Archives muîiicipales, 4 octobre
2. Vaësen, Documents imprimés (Lyon en 1793, U Sté^e), p. 159.
308 l'insurrection de lyon en 1793
Chôteauneuf-Randon, qui lui « soutirait ses meilleures troupes et sa grosse artillerie », aussi déclarait-il « qu'il n'irait point attaquer des premiers la ville de Lyon». L'ancien huissier de Montbrison ne se souciait point de monter à Tassant et préférait rappeler avec vantardise sa pacifique campagne du Forez. H blâmait le général Vaubois, qui avait fait combattre les gardes nationales de Saint-Etienne, ce qui avait coûté la vie à 56*. Il terminait en demandant des canons, beaucoup de canons ; s'il en avait eu le 29 septembre, « il aurait rasé, disaitil, les 8.000 Muscadins qui étaient dans Tile de Perrache ». Malgré ses prétentions, Javogues manquait absolument de coup d'œil militaire, car il décuplait les 800 Lyonnais qui avaient défendu et repris la presqu'île de Perrache.
Dubois-Crancé, de son côté, se plaignait au Comité de Salut public de la présomption de Châteauneuf-Randon et de Maignet, qui prétendaient ôtre en mesure d'entrer à Lyon « sous deux jours ». Le général Hivaz, chargé par le tout-puissant représentant d'étudier et de préparer un projet d'emporter Lyon d'assaut par Fourvières, le déclarait irréalisable et devenait ainsi suspect.
Ce général n'en persista pas moins dans ses appréciations, qu'il formula avec beaucoup de netteté dans une note dont il envoya prudemment le double au Comité de Salut public. 11 y établissait que l'escalade était impossible, en raison de la hauteur des murs (de 20 à 40 pieds'-), qui ne présentaient à leur sommet qu'un étroit corridor, sans terre-plein. Les portes étaient couvertes de madriers et, pour y arriver, il faudrait traverser des vignes; il serait impossible de transporter de lourdes échelles sous le feu de Tennemi, et on ne pourrait jamais, dans ces conditions, former une colonne d'attaque h l'intérieur
1. Bulletins imprimés des autorités militaires, p. 36 (Javogues à Dubois- Crancé, 2 octobre 1793).
2. Rivnz avouait cependant que les troupes françaises avaient escaladé à Mantoue « des hauteurs de cette nature».
de Tenceinte. Rivaz concluait avec beaucoup de sagacité que, pour prendre Fourvières, « il faudrait suivre les règles do Tart, soit en pratiquant une brèche par le canon, soit en attachant le mineur, nous y arriverons quatre jours plus tard, mais nous y arriverons avec sûreté * » .
Le général Doppet, qui ne semblait jouer qu'un rôle de figurant, avait déclaré que si son armée était forcée à une retraite, elle la ferait sur les batteries de siège ! Rivaz, en affirmant respectueusement « qu'il respectait également et les lumières et les talents » du citoyen général en chef, démontrait avec une fine ironie l'absurdité de cette conception stratégique: les batteries seraient abandonnées par les gardes nationales de réquisition, « si 400 Lyonnais seulement les attaquaient en sortant de Saint- Just », et les troupes actives, enfermées dans Fourvières, n'auraient « d'autre parti que celui de se faire égorger jusqu'au dernier ou de se rendre^ ».
Doppet n'insista pas et, pressentant une sortie désespérée de l'armée lyonnaise, il envoya deux adjudantsgénéraux en mission, l'un dans le département de l'Ain pour y faire garder les gorges de Saint-Rambert et de Pierre-Chastel, l'autre dans le département du Mont- Blanc pour occuper les défilés importants. Enfin le général Lajolais recrut l'ordre de « se garder » dans le département de Tlsère-^
Le commandant de l'armée des Alpes se borna à ces vagues mesures et, pour le reste, il s'en remit aux décisions de huit commissaires de la Convention, toute une délégation de représentants, qui commandaient en réalité son armée. Ils formaient cinq groupes de commandement, ayant chacun son quartier général.
1. Bulletins imprimés des aulorifé.s mililfiireSj p. 33, sous ce litre : Réflexions du général Rivnz sur le projet d'emp(»rter Lyon d'assaut adressées aux représentants du peuple Dithois-Crancé et Gauthier.