‹ Contre la terreurChapitre 387 sur 400 · Elle prit plus tard le nom de tribunal révolutionnaire · texte numérisé non relu

Elle prit plus tard le nom de tribunal révolutionnaire

556 LINSLItRECTION DE LYON EN 1793

qui altestera à la poslérité les crimes et la punition des royalistes de cette ville, avec cette inscription :

LYON FIT LA GUERRE A LA LIBERTÉ LYON n'est plus

Art. 6. — Les représentants du peuple nommeront sur le champ des commissaires pour faire le tableau de toutes les propriétés qui ont appartenu aux riches et aux contre-révolutiormaires de Lyon pour être statué incessamment par la Convention, sur les moyens d'exécution du décret qui a affecté ces biens à l'indemnité des patriotes.

Les deux Commissions rivalisèrent de condamnations^ toutefois la Commission militaire fut la plus expéditive. Au d(^but les juges constataient Tidentité, pour la régularité de leurs archives mais devant le hautain silence de certains prisonniers, on leur attribua souvent un nom et un grade inexacts. Qu'importe? L'essentiel était d'aller vite.

Le lieu d'hécatombe était l'emplacement situé aux BrottoHUx entre Taxe du pont qui s'appelle maintenant pont Lafayelle et celui de la passerelle du Collège (( entre les avenues Duguescliu et de Vendôme et les rues Robert et Vauhan, à environ cent mètres du Hhùnedansun chemin bordé de saules et de peupliers, et le long des fossés fangueux coupant une grandes prairie i ».

Là tombèrent, le 15 octobre, aux cotés de l'administrateur Bi;mani, le colonel manjuis de Vichy et le capitaine Chappuis (le Maubou ' qui chantèrent, en allant au supplice, le chant des cavaliers lyonnais. Dans les jours qui suivirent et pour ne citer que ceux qui avaient joué un rôle militaire, le général comte de Glermont- Tonnerre, le lieutenant-colonel d'artillerie Chappuis de

1. Baron Haverat, L'/n/i sftiis In Hèrohit\t,n. Lyon, Breton, 1883, p. 90.

2. Cf. Annoruil <h> la nnhlesse de Frnnct>, par d'Auriac, Paris. 1856. Notice intéressante.

Maubou*, les capitaines Buisson des chasseurs à cheval, Pérache de l'infanterie, Martin des canonniers moururent aussi sans forfanterie comme sans faiblesse.

Le2r)Octobre, le chevalier de la Roche-Négly, s'obstinant à garder son nom de général Rimberg, tombait à son tour sous les balles du peloton d'exécution*-. On exécuta dans les trois derniers jours d'octobre, le lieutenantcolonel d'artillerie Milanais, ancien avocat du roi au présidial de Lyon, Tabbé Servier, au double titre d« prêtre et de capitaine quartier-maître, pacifiques fonctions de comptable qui ne Tobligeaient pas à combattre, le colonel Gérard-Loppin, les capitaines Ité et Drunguet, aide de camp de Virieu.

Dans les premiers jours de novembre, le même sort frappa les lieutenants-colonels Boullay,Mocey et Bernard, les adjudants-généraux Julien de Vinezac et de Vaugirard, Boiriven, secrétaire de Précy et Soullier, aide de camp, le chef de bataillon Prayre deNeyzieu. Le vieux M. deSavaron baron de Chamousset, commandant des vétérans, fut passé par les armes, sous les yeux de sa famille par un raffinement de cruauté, devant son hôtel, « repaire d'aristocrates », il fit preuve jusqu'au dernier moment d'un calme et souriant courage. On doit encore citer parmi les victimes le lieutenant-colonel de gendarmerie Ducreux de Trézette et trois de ses officiers : Guignard, Capdeville et Mathon*^ qui retrouvaient dans ceux qui les insultaient plus d'un mal-

1. D'après une tradition dans la famille de Maubou, le lieutenant-colonel d'artillerie aurait été l'objet de vives sollicitations pour prendre du service dans les armées républicaines.

2. En errant autour de Lyon après la dispersion de l'avant-garde qu'il commandait, La Roche-Nrgly entra dans une auberge, accablé par la fatigue et la faim. L'aubergiste lui demande ce qu'il veut: « Une soupe à la Reine », répond distraitement l'ancien capitaine de Itoyale-Auvergne. Aussitôt, du fond de l'auberge, surgissent des volontaires qui ont entendu, et qui se ruent sur lui, en criant : « A mort, le ci-devant! » On l'amena enchaîné à Lyon, il raconta en souriant à sei compagnons de prison Tétourderie qui lui coûtait si cher.

3. Badger, fr^e du chef de bataillon si brave le 29 mai, fut con<laumé à sa place et ne protesta pas. (Delandine, les pris(/tis de Lyun^i). 32.)

faiteur surveillé par eux, le chef de bataillon Posuel, Badger et les deux Terrasse dTvours, officiers dans la garde nationale de Lyon, frères de Terrasse Ae Tessonnet, Taide de camp du prince de Condé.

Du H octobre au 28 novembre, la Commission militaire en fit fusiller quatre-vingt-dix-sept, elle en avait condamné quatre-vingt-dix-neuf. Deux de ces victimes purent s'échapper, comme nous rétablirons plus loin : un vétéran, Gingenne, Tancien « Saint-Pierre de Lyon » et un sous-lieutenant venu de Tarmée de Condé, Cudel de Montcolon.

Le 26 octobre un peu avant que la Commission de justice populaire ne commençât à fonctionner. Couthon, porté sur les épaules d'un robuste sans-culotte, inaugura la démolition des quartiers condamnés par Thôtel de Cibens^, situé sur la place Bellecour, à l'angle de la rue des Deux-Maisons*^. Toutes les maisons de la place Bellecour étaient désignées pour avoir le même sort, une partie put y échapper, grâce aux nombreux habitants dont beaucoup s'étaient improvisés locataires depuis la reddition de la ville et qui obtinrent un sursis pour déménager. Toutefois une armée de démolisseurs-' munis d'outils, accompagnés de tombereaux réquisitionnés se mit à Tœuvre et, pendant de longs mois, travailla à la destruction de la la ville, quinze cents maisons furent démolies. On put utiliser une partie des 20.000 montagnards amenés par Couthon et Javogues avec la promesse d'un gigantesque pillage, la plupart furent déçus dans leurs espoirs et rentrèrent en Auvergne avec des sacs insuffisamment garnis à leur gré.

Les Jaco])ins Ivonnais, dont Couthon lui-môme allait

1. Il frappa d'un coup de marteau en disant: « la loi te frappe. »

2. Couthon alla faire l.i mrnie représentation au château de Pierrescize. J. On compta des milliers d'ouvriers, jusqu'à des femmes et des enfants

(jui touchèrent un hon salaire, ce qui contrihua, il faut l'avouer, à ramener un peu daisanco dans la population si éprouvée par les derniers jours du sièfi^e.

subir le joug, pressc^rent Tentrée en fonctions de la nouvelle Commission devant laquelle il était si facile de traduire ceux qu'on déclarait suspects de sympathies contrerévolutionnaires. Les détachements de l'armée des Alpes retournaient à la frontière du Sud-Kst ou au siège de Toulon.

Le Comité de Salut public les remplaçait par « Tarmée révolutionnaire» », bandes d'émeutiers embrigadées en force publique sous le commandement de Ronsin, l'infatigable dénonciateur des généraux républicains en Vendée. L'état-major s'était recruté parmi les vainqueurs de la Bastille. On y voyait parader, empanachés et galonnés, déguisés en généraux, Tau teur dramatique Parcin, le tragédien Gramont et le fameux Haussaye, apôtre de la Raison, qui tenait à porter officiellement le sobriquet qu'il s'était choisi de « Pas de Bon Dieu* ». Cinq bataillons et une compagnie d'artillerie allaient donner toute sécurité aux persécuteurs de la ville de Lyon et fournir aux pelotons d'exécution les effectifs désirés.

Gendarmes, réquisitionnaires restés avec les représentants et volontaires de l'armée de Ronsin, sous la direction des nouveaux commissaires des sections, tous jacobins, multipliaient les visites domiciliaires. On ouvrit de nouvelles prisons : les Carmélites, la Manécanterie, Saint- Pierre, le Petit Collège.

La Commission de justice populaire devait prononcer cent dix-neuf condamnations à la guillotine. Klle siégea jusqu'au 30 novembre et fut alors remplacée parla Commission révolutionnaire qui varia les modes d'exécution

i. L'armre révolutionnaire arriva à Lyon le 25 octobre. (Balleydier, t. Il, p. 2:>1.)

2. Archives tiisforiijues de In Guerre: Armt^e fies Aij)es^ octobre 1793. — Le ministre de la (Juerre envoie dés le 6 octobre aux représentants la liste de l'état-major de l'armée révolutionnaire adoptée par le conseil exécutif : Ronsin, général d<' division. Boulanger et Furoin, généraux de brigadi.', GrnmtMit, Haussayt* dit I*ms de Bon Dieu, Mniibon, adjudants-généraux, llaleis, Lemair»', Thun*l, Vizcn, Bricard, comniandants de bataillon.

en employante son caprice, la guillotine, la fusillade* et même la mitraillade ; elle prononça seize cent quatrevingt-sept condamnations à mort'-... !

On condamna des vieillards, les uns comme ayant fait partie du jury qui avait jugé Chalier, les aulres, comme hommes de loi qui auraient dû détourner leurs concitoyens « de la rébellion », des fabricants et des rentiers, parce qu'ils appartenaient à une classe déclarée hostile à la Révolution. La Commission de justice populaire affirmait qu'ils avaient tous encouragé Précy et ses soldats à la résistance. Elle devait être cependant dépassée dans sa cruauté par la Commission révolutionnaire. Couthon •' fut presque regretté, quand on vit à Tœuvre Collot d'Herbois et Fouché, le comédien sifflé et le moine renégat, tous deux implacables.

A Feurs, siège spécial de Tautre tribunal de sang, Javogues fut la Terreur en personne ; les prisons de la ville ne suffisaient pas, des maisons particulières furent converties en lieux de réclusion, sans cesse remplies, sans cesse vidées par les supplices. C'est ainsi que périrent M. (le Meaux, président du bailla^e de Montbrison et frère du capitaine au régiment de Bourbon, fusillé lui aussi, mais à Lyon, le comte de Sainl-Polguos, octogénaire, le jeune de Lesgallerye, un enfant de seize ans, MM. de Hocliefort père et fils, do Lachèze et de Bigny. Vingt-huit autres Forésiens, sous la bénédiction de Tun d'eux, un religieux, marchaient au supplice en chantant le Miserrre.

A Lyon, les hécatombes se multiplièrent avec la (Commission révolutionnaire, dont (Collot d'Herbois et Fouché alinu^itaient les listes, accueillant toutes les délations

1. On fusilla ù la fois deux cent neuf Lyonnais, presf|ue tous des jeunes ^cns.

1. 11 faut lire les tortures inlli^'ées aux prisonniers entassés les uns sur les autres, ]>resque sans nourriture dans Delandine. Tnhlvau des prisons fie Ljfon, Lyon, 17în.

;L Coutlion fut rappelé le 3 novembre. Collot dUerbois arriva le lendemain ; Fouché, queirpies jours ai»rès. Avor Laporte, ils furent toul-puissants.

IIEAUCOLP DE VICTIMES ET gUELQUES ÉVASIONS 561

même les plus vagues, même les plus suspectes. On retrouva pour les mener au supplice quelques officiers de Précy : MM. Passerai de la Chapelle, de Boubée, de Rostaing, Staron de Largentière, Puy de Musieu, Giraud de Saint-Try, de Forbin, de Mexiniieux, Léviste deBriandas frères, Joseph de La Tour Varan, de la Chassagne *, tous avaient pris une part active à la défense et la revendiquèrent courageusement. En môme temps qu'eux, furent condamnés des officiers retirés du service depuis longtemps-, comme le vieux maréchal de camp de Crenolle, d'anciens soldats malades ou infirmes, le seul grief articulé contre l'un d'eux fut qu'il avait appartenu à la « ci-devant maréchaussée ^ ».

Le crime d'aristocratie était inexcusable, on exécuta, sans pouvoir relever même un délit de parole, les marquis de Pure et de (iroslier, MM. de Vaurenard, de Vernas, etc. Les « femmes de qualité » furent jugées de bonne prise pour la guillotine : ainsi succombèrent M"" de Tridon de Ray, parce qu'elle était la femme d'un officier général émigré, M""" Gavot parce que son mari, le lieutenant-colonel, échappé aux assassins de Pierrescize, avait été l'un des pins intrépides lientenants de Précy, M°* de Lesgallerye parce qu'elle était parente d'antrc^s victimes... Des griefs de même nature contèrent la vie h MM"**"* de Rostaing, de Vaugirard, du Grozet, et(!. De riches bourgeoises, de modestes ménagères, des femmes d'ouvriers* ne furent pas pins épargnées snr la dénonciation de leurs voisins, de leurs débiteurs, de leurs obligés.

A coté de saintes religienses • tombèrent sous le conpe-

1. M. de La Ch/issji^^nn' iiï-tait à*»é qin' dr viii^t-tri»is ;iiis.

2. Los colmu'ls tir Unisson d'Auzoïi ri ilc Hoiss-ic, 1rs m.ijm-s (Miuiloiiic et de M(*Iloniiiic, une don/nhie (raiiciciis ('a|iitaiii<'S.S('|itii<-ig(}ii.-iirrs pour la plupart!

3. Trois autres officiers, plusieurs sous-officicrs i-t une Irciitain».* d»; ^'endormes furent condamnés et exécutés.

4. M"* Mortier, logeus»', (^.iienet, ouvrière en soie, David, revendeuse, etc.

Page 1