‹ Contre la terreurChapitre 57 sur 400 · Même source, n · texte numérisé non relu

Même source, n

3. Signé : Rasl, président ; Albert, vice-président ; Charviiiet Péricaud, secrétaires.

66 l/l>«LflRECnO!* DE LYON E> I7î)3

le^ plus marquants et de deux ministres du même groupe. Clavi^;res et Lebrun. Le prétexte était naturellement un complot... contre l'indivisibilité de la République.

Les Girondins, qui presque tous avaient voté la mort du Roi et largement contribué à l'œuvre révolutionnaire, s'étaient laissés arrêter, le 2 juin, sans tenter la moindre résistance.

Les délégués de la ville de Lyon^ étaient arrivés à Paris dans la soirée du 1*^ juin. Toute la journée du lendemain, ils errèrent autour de la Convention, bloquée par les émeutiers des faubourgs que commandait Henriot, digne chefde cette ignoble armée. M. de Fréminville el les collègues durent renoncer à pénétrer dans l'enceinte de la représentation nationale, dont on écartait brutalement les délégations qui n'appartenaient pas aux bandes de la Commune de Paris. Ils se rendirent auprès d'un gazetier, nommé Prud'homme- qui leur prédit que la Convention le» traiterait en contre-révolutionnaires s'ils ne déclaraient point à leurs concitoyens « qu'elle avait fait un acte de justice en expulsant les vingt et un Brissotins'^ >».

Avant de reprendre la route du Lyonnais, les délégués firent remettre à la Convention un récit de leur révolution municipale, timidement exposé par les administrateurs du département. Ceux-ci semblaient en décliner toute responsabilité, faisant remonter l'origine tle eonilit à un incident " d'accaparement de beurre, destiné d ailleurs à l'armée des Alpes », ce qui était une singulière façon (le rabaisser le débat. Après avoir mentionné la

1. Gensonné, Vergniaud, Brissot, Guailet, Gorsas, Pétion, Salies, Cbambon. Barharoux. Buzot. Birotteau. Rabaut, Laft>urce. Lanjiiinais, Gran<:e- Deove. Lefapre (d'Eure-et-Loir . Lausset du Loiret . Valazé, Doulcet, Lidon, l^hardi du Morbihan . Lanjuinais seul protesta avec énergie et refusa de ronseiitir à la suspension de ses pouv(»irs qu'on avait l'hypocrisie de lui demander. Voir Moniteur. 3 juin, p. 675, séance de la Convention du 2 juin.

2. Rédacteur en «-.hef du journal les Rrrolut ions tle l*aris.

'A. Balleydier, Uvttoire polififfue et militoire du peup'e île Lyon^ t. l, p. 210. Cf. Morin, Histoire de L'ion, t. lll. p. 20.

lutte acharnée, qui s'était engagée le 29 et les avantages rapportés par les sections, les administrateurs déclarèrent que, d'accord avec les commissaires de la Convention et pour éviter le siège de la maison commune, ils avaient suspendu la municipalité et le conseil général, ce qui avait fait cesser Teffusion du sang.

Quant k l'arrestation des principaux Jacobins, les membres du conseil général du déparlement l'avouaient en ces termes embarrassés : « La découverte d'un complot contre-révolutionnaire nous a mis dans la nécessité de mettre en état d'arrestation les principaux auteurs de la conjuration, ainsi que des provocations au meurtre et les agents connus de la faction qui l'avaient insolemment provoquée. »

Chalier et ses amis avaient bien droit au titre de révolutionnaires et c'était à tort que les vainqueurs de Lyon leur imputaient un complot contre-révolutionnaire, la révolution étant elle-même le gouvernement.

L'extrême prudence des administrateurs n'obtintqu'un dédaigneux silence. La Convention affecta de les ignorer; toutefois leur placet fut communiqué à la Commune de Paris, plus puissante encore que la Convention, et son procureur Hébert, le dénonciateur attitré, la lut lui-même, à la séance du conseil général révolutionnaire, dans la séance du 4 juin ^ sans paraître attacher d'importance à cet incident.

La veille, en séance de la Convention, le cauteleux Barrère, au nom du Comité du Salut public, donnait lecture d'une lettre écrite de Lyon, le 31 mai, par les représentants Nioche et Gauthier, qui rendaient compte de la journée du 29 mai- dans des termes plutôt favorables aux sections lyonnaises, les rancunes des prisonniers de

1. Moniteur universel {Compte rendu île la séance de la Commune de Paris^ le 4 juin).

2. Moniteur universel {Compte rendu de la séance de la Convention du londi 3 juin).

G8 l'insuhrection de lyon en 1793

Tarsenal n'élaient pas dissipées, elles se dissimulaient seulement par prudence. On en jugera:

Nous terminions notre lettre du 28, en vous donnant la plus grande espérance qu*il n'y aurait aucun mouvement : nous nous étions fondés sur ce que les corps administratifs nous avaient témoigné la plus grande confiance dans Tesprit des citoyens. Le malheur a voulu que la méfiance nous ayant devancés, on prit pour un refus de justice Tajournement que nous avions prononcé sur plusieurs pétitions.

Dès que nous eûmes connaissance, le 29, que Ton battait la générale, nous fîmes, de concert avec les corps administratifs, une proclamation. Elle ne produisit aucun effet, le sang a malheureusement coulé. Dans Tintervalle des attaques, nous nous sommes présentés pour proposer la paix. Les corps administratifs nous ayant dit que le meilleur moyen de ramener Tordre était la suspension de la municipalité, nous avons saisi ce moyen de faire cesser le trouble. Ce qui s'est passé depuis a prouvé qu'il n'y avait pas d'intentions contre-révolutionnaires. Les cris de Vive la République Une et Individuelle se font entendre, le drapeau tricolore flotte partout.

Le mouvement qui s'est fait sentir était l'effet du mécontentement contre la municipalité qui abusait de son pouvoir Pour dissiper toutes les inquiétudes, nous avons fait partir quelques détachements qui étaient ici. Les administrations nous assurent que nous serons respectés. Nous désirons rendre compte à la Convention de notre conduite : en attendant ses ordres, nous visiterons les districts de Gex et de Carouge où notre présence est absolument nécessaire.

Barrère ajoutait que, d après les renseignements parvenus au Comité de Salut public, les pertes totales s'élevaient k 200 hommes tant tués que blessés ( chiffre très inférieur à la réalité), et qu'il proposait en conséquence Tarrèté suivant qui fut adopté :

La Convention nationale adjoint le citoyen Robert Lindet aux représentants du peuple, députés près de l'armée des Alpes ; ordonne qu'il se rendra incessamment à Lyon, pour s'y réunir avec ceux des représentants du peuple, qui s'y sont

rendus et qu^il reviendra à son poste, aussitôt que les troubles de la ville auront cessé et que les représentants du peuple auront rétabli Tordre et fait les dispositions que les circonstances exigent relativement aux derniers événements arrivés à Lyon.

Le nouveau commissaire de la Convention appartenait au parti delà Montagne. Il avait rédigé Tacte d'accusation contre Louis XVI et proposé la création du tribunal révolutionnaire. Petit avocat normand, de manières cauteleuses et d'aspect souriant, sans talent de parole, plutôt bureaucrate qu'homme d'action, très vaniteux sous une affectation de simplicité, Lindet partit pour Lyon avec des allures de proconsul en mission, disposé à traiter Nioche et Gauthier en subalternes maladroits et convaincu d'ailleurs qu'il allait aplanir toutes les difficultés.

Page 1