‹ Contre la terreurChapitre 95 sur 400 · Cl. Joachim Puy, p · texte numérisé non relu

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Le second groupe, aux ordres de M. de Nervo, n'avait que trois cents hommes, avec une pièce de canon en tète, selon la tactique rudimentaire '. Il devait obliquera gauche, remonter jusqu'à Saint- Pau 1-en- Jarret, gagner un point dominant d'où Ton découvrirait la ville de Saint-Chamond et, en restant autant que possible en liaison avec le corps principal, tourner la ville et y pénétrer par le Sud-Est, pendant que la colonne de Servant y arriverait par le Xord ^.

Saint-Paul-en-Jarrét, qui était un gros bourg fortifié, n'était pas occupé par les Jacobins : la colonne de Nervo latteignit et le traversa sans difficulté. Les quelques habitants de cette localité ne semblaient attacher aucun intérêt au passage du détachement. Les jeunes Lyonnais, peu habitués à la marche, ressentaient une grande fatigue ; toutefois, pour entrer en ligne le plus tôt possible, ils demandèrent à prendre les chemins de traverse.

Ceux-ci étaient fort escarpés. Pour aider les attelages de la pièce d'artillerie, il fallut pousser aux roues ; le désordre se mit dans la petite colonne, les quelques fianqueurs qui devaient observer la colonne principale la perdirent de vue. M. de Nervo rétablit Tordre et pressa la marche.

La colonne que dirigeait Servant et qu'accompagnaient Biroteau et Chasset avançait rapidement; elle arriva sans incident jusqu'aux premières maisons de Saint-Chamond. L'avant-garde de Fleur-de-Lys se préoccupait surtout de battre les hauteurs à gauche et à droite, par crainte d'embuscades.

A l'entrée de la ville, les Lyonnais se heurtèrent brusquement à des détachements d'hommes armés^. Un petit nombre seulement portait l'uniforme de la garde natio-

i. CI. Joachim Puy. p. 22.

2. D'après le récit de M. Puy, et comme le font remarquer très justement les éditeurs MM. Chaleyer, Véricel et Devet (p. 22).

.3. « Un parti d'anarchistes assez nombreux qui voulaient hardiment lui barrer le passage... » CI. Joachim Puy, p. 22, en note.)

nale : Il y avait environ deux bataillons de la garde nationale de Saint-Chamond et un bataillon de celle de Saint-Etienne, convoqués par le district et composés des plus mauvais éléments, le tout commandé par Lesterps- Beauvais', qui, lui, était animé des intentions les plus conciliantes. Malheureusement plusieurs hommes fort exaltés de Saint-Etienne le surveillaient et le menaçaient.

Les défenseurs de Saint-Chamond, qui vociféraient volontiers, n'avaient pris aucune disposition pour arrêter les nouveaux venus qu'ils croyaient encore éloignés ; aussi se trouvèrent-ils surpris par l'arrivée de la colonne lyonnaise. N'osant pas ouvrir le feu sur une troupe en bonne formation et militairement conduite, ils demandèrent à fraterniser-^ c'est-à-dire en réalité à parlementer pour s'éclairer sur les forces et les dispositions de leurs adversaires. Servant y consentit, tout en maintenant sa troupe en bon ordre avec un cordon de sentinelles. U ne put empêcher les Jacobins de se glisser dans les maisons du faubourg et de s'embusquer aux fenêtres, au-dessus de sa compagnie d'avant-garde.

Les deux commissaires entrèrent d'abord en pourparlers avec leur collègue Lesterps-Beauvais, qui les assura de son désir d'éviter l'effusion du sang, mais en leur avouant son pou d'influoncc sur les énergumènes qui l'entouraient. Biroteau et Chasset haranguèrent les chefs dos « sans-culottos », sans aucune espèce de. succès, car ceux-ci continuaient à rassembler leurs hommes et à leur faire prendre position, malgré les réclamations des Lyonnais. Servant fit cesser les discours et braquer ses trois pièces de canon sur le gros de la troupe des Jacobins. Do part et d'autre, les dispositions de combat étaient prises et la lutte allait commencer lorsqu'on entendit trois détonations très rapprochées. C'était le signal convenu avec

i. Cl. Joachim Pny, p. 24. Cf. note.

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M. de Nervo* pour annoncer l'entrée en ligne de sa colonne. Aussitôt des cris de : Les Muscadins! Voici les Muscadins! proférés par une foule effrayée qui courait dans les rues, produisirent une telle émotion parmi les gardes nationaux jacobins qu'ils prirent la fuite et que la colonne de Servant pénétra sans difficulté dans la ville où elle fut rejointe par le détachement venu de la montagne*'. La poursuite des Jacobins, menée avec mollesse, ne donna aucun résultat. On constata seulement leur disparition dans la direction de Saint-Etienne. Sur la dénonciation de quelques habitants, Servant fit arrêter plusieurs ouvriers mineurs qu'on lui signalait comme très exaltés; ils furent mis en liberté dès le lendemain.

La population de Saint-Chamond fit bon accueil aux nouveaux arrivants, leur offrant une affable hospitalité. Le club des Jacobins, où se réunissaient les hommes de violence et de spoliation, fut déclaré fermé et son association dissoute.

Au son du tambour, les habitants étaient invités à se rendre à THôtel de Ville. Le représentant Lesterps-Bauvais, se promena à cheval sur la place publique et engagea les citoyens « à fraterniser avec Tarmée lyonnaise'* », pendant que Biroteau, toujours éloquent quoiqu'assez prolixe, prononçait un discours à la salle du district'*. Après avoir retracé les événements du 31 mai à Paris, sans s'occuper de ce qui avait eu lieu le 29 mai à Lyon, il jetait les bases d'une magnifique fédération des départements modérés... Ses auditeurs pouvaient être séduits par la chaleur de sa parole, mais ils restèrent pour la plupart fort incrédules relativement au succès de la cause

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