‹ Contre le flotChapitre 15 sur 31 · ARTISTES ET BOURGEOIS. VM · texte numérisé non relu

ARTISTES ET BOURGEOIS. VM

cier. Il en coûterait vraiment trop de donner raison à de pareils anathèmes :

(( Si la France (trop sentimentale) ne passe pas, d'ici à peu de temps à Tétat critique, je la crois perdue. L'instruction gratuite et obligatoire n'y fera qu'augmenter le nombre des imbéciles. Renan a dit cela supérieurement. Ce qu'il nous faut, avant tout, c'est une aristocratie naturelle, c'est-à-dire légitime. On ne peut rien faire sans tête, et le suffrage universel, tel qu'il existe, est plus stupide que le droit divin. Vous en verrez de belles si on le laisse vivre. La masse, le nombre est toujours idiot... Éclairez le bourgeois d'abord, car il ne sait rien, absolument rien. Tout le rêve de la démocratie est d'élever le prolétaire au niveau de la bêtise du bourgeois! »

Je pourrais aisément multiplier les citations de ce genre. Il y a sur le 4 Septembre des pages extrêmement hardies que les uns trouveront injustes et que les autres qualifieront de vengeresses. Tout le personnel du nouveau régime y est houspillé. Je pourrais me donner le plaisir de les encadrer. J'aime mieux faire preuve de sang-froid et même d'abnégation en appelant l'attention du lecteur sur un dernier extrait où le Figaro a sa part :

(( Je suis persuadé que nous semblerons à la postérité extrêmement bêtes. Les mots république et monarchie la feront rire,., car je défie qu'on me montre une différence essentielle entre ces deux termes. Une républigue moderne et une monarchie constitutionnelle

sont identiques. N'importe î On se chamaille là-dessus, on crie, on se bat ! »

Pauvre Flaubert! Malgré sa haine du bourgeois, on va le traiter d'orléaniste ! Il continue ainsi :

« Quant au bon peuple, l'instruction gratuite et obligatoire l'achèvera. Quand tout le monde pourra lire le Petit Journal et le Figaro^ on ne lira pas autre chose, puisque le bourgeois, le monsieur riche, ne lit rien de plus. La presse est une école d'abrutissement, parce qu'elle dispense de penser. Le premier remède serait d'en finir avec le suffrage universel, la honte de l'esprit humain. Tel qu'il est constitué, un seul élément prévaut au détriment de tous les autres : le nombre domine l'esprit, l'instruction, la race et même V argent, qui vaut mieux q^ie le nombre!... » Orléaniste, décidément!

En littérature, la plupart des jugements de Gustave Flaubert subissent la même influence. Il cède involontairement à la même aversion, à la même obsession du bourgeois. Ce qui plaît aux bourgeois est néces" sairement absurde, ce qui leur déplaît, nécessairement admirable. Il ne sort pas de là, et vous seriez mal venu à lui objecter qu'il y a d'autres thermomètres. On comprend, par là, que sa critique, surtout dans la familiarité d'une causerie intime, ait des brutalités démesurées; on comprend surtout qu'elle soit étroite et cruelle. La haine du bourgeois! Ce n'est vraiment pas un critérium littéraire suffisant et infaillible.

A quel point cette critique manque d'étendue et de largeur, à quel point elle se ramasse et se racornit,

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