‹ Contre le flotChapitre 30 sur 31 · LA QUESTION DU LATIN · texte numérisé non relu

LA QUESTION DU LATIN

immortelles; il déclare que tout est perdu si on ne bouleverse pas de fond en comble l'enseignement secondaire ; il annonce la fin du monde si l'Etat ne se préoccupe pas d'assurer aux jeunes Français, aux jeunes bourgeois de la classe mo3^enne qui fréquentent ses lycées, une instruction appropriée aux besoins de la société moderne. Plus de latin, encore moins de grec, pas beaucoup de français. Tant pis pour ceux qui n'auront pas appris l'orthographe à l'école! D'ailleurs, sont-ils si malheureux, et Torthographe est-elle si nécessaire? Nos pères la mettaient mal, et ne s'en portaient que mieux. Plus de philosophie, cela va sans dire ! L'iiistoire elle-même, cette institutrice des peuples, doit rabattre un peu de ses prétentions; elle nous prend trop de temps, et elle n'a jamais corrigé personne. La géographie, à la bonne heure ! C'est la maîtresse faculté, et la vraie science. Elle nous met en communication directe, constante et complète avec l'ensemble et avec le détail de l'univers. Elle nous fait vraiment ce que nous devons être dans le siècle de l'électricité et de la vaj)eur : cosmopolites !

Lhi homme de génie l'a bien compris. Ce conquérant du monde s'appelle, par une sorte d'antiphrase, Elisée Reclus, et vous savez quel mépris il affiche, dans la pratique, pour nos mœurs, pour nos codes, pour tous nos préjugés. C'est le vrai prophète et précurseur de l'avenir; c'est le Messie de Raoul Frary. Uauteur de la Question du latin accorde à la géographie la moitié des heures dont disposent nos jeunes lycéens. Les langues vivantes se partageront le reste

avec les scienccîs mathématiques et physiques. On en étudiera quatre, dans Tordre suivant: Tanglais, l'allemand, l'italien et l'espagnol. Les autres, y compris le javanais, seront facultatives, mais il faudra profiter du moindre loisir pour en apprendre au moins les éléments. Moyennant quoi nous serons aussi grands, aussi forts que tous nos voisins, et nous pourrons affronter sans peur la concurrence universelle, la grande lutte pour la vicl

On voit que tous nos petits réformateurs qui s'étaient essayés depuis une vingtaine d'années sur le vers latin et sur le thème grec, nos universitaires du centre gauche, M. Duruy, M. Michel Bréal, M. Jules Simon, et tant d'autres pédadogues timides qui s'attachaient à Tancien axiome : a Améhorez, ne détruisez pas! » sont fortement dépassés. M. Raoul Frary ne voit dans tout le vieux S3^stème d'études, légué à l'Université actuelle par les Jésuites, qu'une tradition surannée, un hois jDOurri dont il faut se débarrasser au plus vite. M. Raoul Frary, radical entre les radicaux, fait table rase du premier coup et d'un seul coup.

Or, il faut savoir que ce bourreau de l'Université (ce n'est pas moi qui l'appelle ainsi, c'est elle 1), cet impitoyable opérateur qui prétend, du jour au lendemain, la retourner comme un gant, est lui-même un universitaire, un lauréat archiprimé du grand concours, un normalien, un professeur. Aucun des ennemis naturels de cette bonne et sainte mère n'aurait jamais osé le prendre de si haut avec elle, ni la traiter avec si peu de ménagements. Seul, un de ses plus

Page 1