LA LANGUE NOUVELLE
d'esprit qui se jettent à de vaines curiosités et à de laborieux caprices; on nous rappelait à la simplicité Lete; on contestait ce noble goût, ce fier tourment d'un style usagé au mieux et façonné très extrêmement. Nous avions, disaient les pédants racornis, tout au plus la mousse et le débord d'un vin* de souper, les vivacités, Tinapaisement, le tumulte d'humeurs, les entraînements, les envolements. Dans ces fièvres de la pensée, notre tête emportait notre cœur, et comme, en même temps, notre prétention allait à toujours rester maîtres de nous-mêmes, on ne savait comment expliquer tant de chaleur, unie à ces insensibilités, à ces indifférences. Tout ce brillant, tout ce bruyant, tout ce piquant, tout ce pétillant, tout ce désordonné ne semblait pas le signe d'une forte et pleine santé de l'esprit. On souhaitait dédaigneusement qu'il se fît en nous une mue miraculeuse. On nous désirait une sérénité, un apaisement, une onction, un tempérament, un ménagement, un abandonnement, un recueillement, un endormement presque, un je ne sais quoi d'assis, de pondéré, d'équilibré, et surtout une plus grande et volontaire fuite de tout effort, un train pacifié et régulier... Aujourd'hui, on a singulièrement rabattu de toutes ces fadaises, on se rapproche, on capitule; les plus forts et les plus po-
cortégé par les navrances et les lagubrités de la molécule cosmogonique qui est notre mélancholieux habitacle, mais soumis à la norme inéluctable, s'endort dans le courant du fatum, poussé parcetteformegendarmesque vers l'antre géhennique où l'homme cadavre charognise dans le cubicule atraxique du rienisme. » C'est le chef-d'œuvre de la littérature déliquescente !
pulaires baissent pavillon. Augier, Sardou, Ilalévy, About, Feuillet, Dumas lui-même et Renan; ils sont perdus, s'ils n'y viennent. Nous sommes évidemment la musique de l'avenir : et eux, des attardés, des appesantis, qui commencent à douter d'eux-mêmes et qui nous font chaque jour, dans leur foi chancelante, quelque concession nouvelle. Bouche bée est déjà dans toutes les bonnes maisons.
On verra très prochainement que ce mince Alfred de Musset, beaucoup trop vanté, a dit une grande sottise quand il a osé soutenir que la plupart des écrivains de ce temps, et lui tout le premier, avaient usé la langue française. Nous l'avons galvanisée, ressuscitée, au contraire. M"^<^ de la Fayette, pour exprimer la plus violente douleur, se servait autrefois du mot déplaisir; nous parlons, nous, de notre désespoir, et même de notre navrement, quand nous avons manqué l'omnibus; n'est-ce pas le comble de la force?
Les vieux sont enfoncés, éteints, morts. Ils ont pu montrer quelque talent à leur époque, dans ces siècles primitifs de Molière et de Diderot qui sont le moyen âge de l'art. Mais, au fond, quelle misère! Jamais la raideur dorsale de leur échine stylique n'embrassera dans un ondoiement phé aux sensations couleuvrines la troublante et crépusculaire complexité de la psychologie embryonnaire, effleurant, sans y pénétrer, la superficialité perpétuellement moutonnante de l'être humain. Ils n'ont qu'une couleur; nous avons toutes les nuances, tout le clavier, toute la lyre! La gloire nous attend, et, avant la gloire, le