‹ Contre les barbares, 1914-1915Chapitre 12 sur 34 · LA VICTIME · texte numérisé non relu

LA VICTIME

Elle est bien à plaindre !

Qui ça? La Belgique violée, bombardée, piétinée et résistante? Non.

L'Alsace-Lorraine, holocauste sacré, en partie délivrée, perdue, reprise, livrée aux représailles? Non !

La victime, c'est l'Allemagne.

Elle seule est digne d'égards, de sympathie et de pitié.

Qui l'affirme? Un de ses écrivains démocrates, Gerardt Hauptmann. Espérons que l'interview est apocryphe :

« On nous avait, dit-il, mis un anneau autour de la poitrine, et nos poumons, en se gonflant, avaient rompu le cercle qui les opprimait. L'Allemagne voulut vivre et brisa ce cercle. »

Voilà! L'Allemagne manquait d'air. Et il lui en fallait beaucoup^ venu des grèves de la mer du Nord et des sables de l'Adriatique, de l'air passant sur la riche Belgique, de l'air de nos forêts, de nos plaines, de nos pâturages et de nos vignobles.

Vite, des sels, du vinaigre! L'Allemagne, mère Gigogne pléthorique, défaille, et, comme la Gargamelle de Rabelais en mal de tripes, elle halète sous le poids de sa camelotte dé bazar à treize sous. Trop de soldats sous leur pas de parade martèlent sa respiration, et ses cuirassés, cachés sous ses bras, lui donnent des bouffées de chaleur.

Elle suffoque, vous dis-je! Pour qu'elle aille mieux, il lui faut une Europe vaincue ou tributaire. En ne lui faisant rien, on l'attaque. La paix du monde lui est un outrage. Alors elle se rue, pour la civilisation !

Ne lui reprochez pas ses atrocités. M. Hauptmann répond : « Nous, des barbares? Nous, des brutes ? Nous sommes un peuple de haute culture. Nos soldats ne comptent pas un illettré. Beaucoup, dans leur giberne, em-

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