POUR MON FILS
VOUS darde un œil perspicace et « connaît tous les secrets ». Je* ne suis qu'un bon Français, qui voudrait voir son pays gouverné par de justes lois appliquées par les fonctionnaires et respectées par les députés qui les font, puisque actuellement notre régime est parlementaire.
Mais sous quel régime vivras-tu en 1934, Yves-Paul? Un régime de sagesse et de liberté, je le souhaite sincèrement; un régime où les gouvernants n'auront d'autre préoccupation que le bien public, et dont le patriotisme éclairé ne tendra qu'à rendre à une belle nation comme la nôtre toute sa force et toute sa grandeur !
Le patriotisme, on parle beaucoup de son réveil en ce moment- ci, et je suis loin de méconnaître l'opportunité d'un sentiment pareil. Je souhaiterais seulement qu'il se traduisît par des actes et non par des velléités. Le patriotisme, pour se manifester dans son noble esprit de défense nationale, se doit d'exprimer les aspirations d'un peuple robuste. Or, peut-on appeler robuste un peuple qui ne
veut plus faire d'enfants et qui laisse son Parlement donner toute liberté à l'alcoolisme, agent de corruption électorale, empoisonneur des foules ouvrières et rurales^ l'alcoolisme qui sacrifie la race au berceau et la pourrit dans sa croissance? Entre l'avarie et la tuberculose, qui ne diminuent pas, j'imagine, nous voilà bien lotis!
La France de 1934 fera-t-elle des enfants? Tu en feras, j'espère, à une saine et courageuse compagne que tu aimeras et en qui tu les aimeras. Pourvu qu'alors il ne soit pas trop tard! Il y a quelques jours, dans un grand journal du matin, un sociologue et un statisticien, Jacques Bertillon, montrait le péril. Je l'avais fait à la même place, voici quatre ou cinq ans, et j'avais été couvert, il faut bien le dire, d'injures et de récriminations : c'est souvent le lot de ceux qui disent une vérité amère.
Je ne sache pas que l'article de M. Bertillon ait soulevé un tollé semblable. C'est que les idées, par la force même de leur sincérité, finissent par pénétrer les oreilles les plus