‹ Contre les barbares, 1914-1915Chapitre 5 sur 34 · POL'R MON FILS · texte numérisé non relu

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.dures, et que le péril, loin de diminuer, s'est amplifié dans des proportions effrayantes.

La France s'en va, tout simplement. Elle dépérit avec une rapidité incroyable. La courbe qu'elle descend depuis vingt ans est une glissade, à pic, au fond du précipice. Privée de sève vitale, la France meurt, vidée de son sang comme par une de ces hémorragies auxquelles les médecins ne peuvent rien. Encore quelques années et nous ne serons plus grand'chose. Nous fondons à vue d'œil; la main-d'œuvre manque ; nous n'avons plus de bras pour l'industrie et la charrue ; partout déjà des colonies de travailleurs étrangers suppléent les Français.

Oui, je sais bien, nous ne faisons plus d'enfants, les autres peuples non plus : leur boulimique appétit d'engendrer est rassasié, ils n'ont plus faim. Ce sont là des phénomènes que l'histoire a enregistrés hier et qu'elle enregistrera demain. Quelle bêtise qu'un argument pareil! Comme si nos grands voisins n'avaiont pas une avance considérable! .

Tu ne connais pas encore l'histoire de l'Ogre et du petit Poucet, mon enfant, on te l'ap-

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prendra bientôt. Vois-tu, la France est le petit Poucet en face de l'Ogre, de plusieurs Ogres; et en cas de malheur^ ce n'est pas en se sauvant avec des bottes de sept lieues qu'elle s'en tirerait. Il lui faudrait faire face et, comme le jeune David, abattre le géant Goliath d'une balle de fronde au visage. Si encore ce coup-là réussissait toujours I

J'espère vivement qu'avant vingt ans la ' France se sera ressaisie et que tu ne seras pas le seul, alors, à faire de beaux enfants drus comme le petit homme que tu es déjà. Et je compte bien aussi que l'alcoolisme aura reculé, traqué par les lois et condamné par le vote des femmes qui, sans doute, seront en ce temps-là électrices. Pourquoi n'aurions-nous pas aussi des députés consciencieux ou simplement bons patHotes?

Quelle belle histoire pourra-t-on alors écrire que celle de l'alcoolisme, pareil à ce Dragon invulnérable des légendes, le Minotaure, la Tarasque, ou le Fafner wagnérien. J'en ai entendu l'autre jour un épisode : c'est le récit de la lutte qu'un grand journal entama contre

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Jes fabricants de liquides nuisibles, et comment ceux-ci eurent le dessus en boycottant lo grand journal qui, déserté par des milliers de lecteurs, dut venir à composition et faire amende honorable.

Une telle défaite marque une des plus grandes tristesses de notre temps. Est-ce à dire que, dans une France qui fera des enfants et ne boira avec modération que du bon vin, tout sera pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles?

Non, certes, et il restera bien des erreurs â combattre, bien des préjugés à vaincre, bien des routines à déraciner. Dans quelque rôle que ton intelligence, ton labeur et le sort t'aient placé, tu auras alors beaucoup de bonne besogne à faire encore ; mais combien ta tâche sera aisée, qu'elle te paraîtra légère, quand même tu devrais brandir la lourde massue d'Hercule, mon tout petit, si c'est dans une France régénérée qui ne puera plus l'absinthe et l'alcool, et portera sur son fier visage le rayonnement lumineux de la belle santé jaillie du corp^, et de l'âme !

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