‹ Contre-poisonChapitre 10 sur 12 · DES FRUITS DE L'EUCHARISTIE · texte numérisé non relu

DES FRUITS DE L'EUCHARISTIE

Le Membre de l'Institut-Canadien. — Toute comparaison cloche par quelque coté. Celle que vous venez de me présenter me satisfait malgré ses imperfections. Je sens que rien nrest impossible à Dieu : c'est le principal. Toutefois, je ne vois pas pourquoi on nous prêche tant de communier si souvent. Est-ce donc qu'on ne peut plus vivre sans communier ?

L'Instituteur — D'abord, vous savez la parole de Notre Seigneur : « Si vous ne mangez ma chair, et si vous ne buvez mon sangy vous n'aurez point la vie en vous.)) Il faut donc communier pour vivre. Plus on communie, plus on s'approche de la source de toute vie, et plus l'on se sent vigoureux et fort. Les jours de l'homme sont courts. Ils fleurissent et passent comme la fleur des champs, dit Saint Bernard. Mais cette vie si courte est remplie de misères. Du berceau à la tombe, nous creusons le sillon profond de la souffrance. Que de larmes dans une vie d'homme F.

Partout où nous passons, partout ici-bas, où nous voulons aimer, partout où nous voulons jouir, partout nous laissons la trace profonde de l'amertume. La maladie nous poursuit ; les inquiétudes, les chagrins et les peines nous harcellent, l'ennui et les remords s'attachent à nos pas. La mort nous ravit les personnes les plus chères; l'ingratitude répond seule à nos bienfaits; les malheurs détruisent de fond en comble l'édifice de nos plus chères espérances. Et puis, nous supportons le poids du jour et de la chaleur. Tous, nous arrosons la terre de nos sueurs fécondes, parce que tous nous sommes condamnés aux labeurs pénibles !

Ah 1 qui donc nous consolera ; qui donc nous réconfortera, si ce n'est la douce Victime de nos autels ? Dans nos souffrances, dans nos douleurs, dans notre infortune et dans nos faiblesses ; dans nos misères et jusque dans notre déshonneur, allons à Notre Seigneur Jésus-Christ, caché sous les espèces eucharistiques, allons au Dieu consolateur et rédempteur ! Lui-même nous en fait l'invitation pressante : « Venez, nous dit-il, venez à moi vous tous qui êtes chargés, fatigués, vous tous qui souffrez, et je vous soulagerai.»

Nous avons perdu un parent, un ami, et nous pleurons : Allons au Dieu caché de l'Eucharistie ! Il a connu cette infortune, il a pleuré sur le tombeau de Lazare : il nous consolera comme il a consolé Marthe et Marie. Nous sommes l'objet de la trahison, de l'ingratitude de ceux que nous avons aimés et protégés ; allons au Dieu caché ' dans nos tabernacles ! N'a-t-il pas été trahi, vendu, livré par Judas ? N'a-t-il pas été lâchement abandonné par ses apôtres à l'heure de la passion, et renié jusqu'à trois fois par Saint Pierre ? Sommes-nous victime de la calomnie. Qui jamais fut plus indignement calomnié que le Divin Sauveur ? Allons le recevoir à la sainte table ; demandons-lui la réparation de notre honneur, ou, plutôt, le courage de souffrir comme lui ! Avons-nous des peines intérieures : allons au doux Jésus dans le sacrement de son amour. Il abritera nos tortures morales sous son agonie de la grotte des Oliviers. Sommes-nous éprouvés dans nos biens, dans nos membres ; sommes-nous réduits à la pauvreté, accablés d'affronts ? Allons à la Sacrée Victime de l'Eucharistie ! Jésus a tout goûté, tout ressenti : il a des remèdes pour tout. Il n'a jamais vu îe malheur sans en être touché ; il n'en a jamais été touché sans le secourir, sans le soulager !

Enfin, avons-nous eu de grandes faiblesses ? Avons-nous bu l'iniquité ? Subissons-nous l'odieux esclavage du démon ? Portons-nous des hontes, des remords qui nous accablent et nous tuent ? Allons au Dieu du Tabernacle ! Il nous pardonnera, •comme il a pardonné à ses bourreaux ; il nous régénérera comme il a régénéré Marie-Magdeleine et le bon larron ; il nous relèvera comme il a relevé la femme adultère de son déshonneur et de ses hontes ! Oui ! tous les malheureux, tous les affligés, tous les persécutés, tous les déshonorés trouvent leur refuge, leur repos et leurs consolations dans la communion, dans la communion fréquente.

Le forgeron. — Pour moi, au milieu de la fumée de mon usine, lorsque mes sueurs laborieuses s'unissent à la matière pour façonner l'instrument qui doit me rapporter le pain de chaque jour, si je ne pouvais manger souvent le Pain de la communion, si mon Sauveur ne venait me visiter, je ne me sentirais pas le courage de porter mon fardeau, quand d'autres jouissent de tout et ne travaillent point.

Le menuisier. — Lorsque j'ai le bonheur de communier, mon humble condition grandit tout-à-coup à mes yeux. Je ne me sens plus seul dans la poussière de mon atelier. Mon rabot me semble glorieux et léger quand je possède Celui qui autrefois le toucha de ses mains divines.

Le cultivateur. — Lorsque je creuse le sillon qui doit me nourrir, j'entends la cloche du temple où réside Celui qui se donne tout entier à moi ! Alors, j'oublie mes fatigues et je souris aux espérances d'une vie meilleure d'où les fatigues sont éternellement bannies !

L'Instituteur. — Il y a dans le monde des dévouements admirables ! Les pauvres sont secourus, les orphelins sont recueillis, les veuves sont protégées : les malades, les infirmes sont soignés, les prisonniers sont visités, les barbares sont évangélisés, les enfants du peuple sont instruits ! Toutes ces oeuvres sont le fruit du sacrifice, de l'abnégation. Qui inspire, soutient et fortifie ceux et celles qui se dévouent ainsi au service de leurs frères ? Jésus-Christ caché sour4 les espèces eucharistiques. Retranchez la communion à toutes ces âmes généreuses, et le dévouement suocombera, dis-

paraîtra pour toujours. Faites, par exemple, que le Frère des Ecoles Chrétiennes et le Clerc viateur ne se fortifient plus du pain divin, et vous n'avez plus cette éducation populaire si grande et si forte, qui permet à l'ouvrier, au cultivateur, non seulement d'élever magnifiquement leur condition par une instruction, je dirai presque prodigieuse, mais de juger sainement des hommes et des choses et de comprendre l'inestimable bienfait de la foi. Oui ! retranchez la communion aux Frères des Ecoles Chrétiennes et aux autres religieux enseignants, et vous n'aurez plus ces dignes et nobles ouvriers, si nombreux aujourd'hui dans nos villes, et qui portent partout avec eux jusque dans les conseils municipaux, jusque dang les Chambres, avec une parole nette, claire et précise, un bon sens des affaires, une science des besoins publics qui étonneraient, si tant de biens à la fois ne s'épanouissaient pas nécessairement d'une éducation donnée par le dévouement religieux.

Le forgeron. — Merci, monsieur l'Instituteur, de ce beau témoignage rendu à la vérité ! Chaque jour les classes ouvrières, grâce au dévouement religieux, montent à la lumière. Le temps est venu où pour rester dans le vrai et pour rendre hommage à la religion, chacun sera forcé de reconnaître chez la bonne partie des travailleurs, des connaissances et une éducation d'un assez grand prix. Car, enfin, quand, dspuis plusieurs années, les religieux enseignent la grammaire, l'histoire, la géographie, la littérature même, au moins dans ses éléments, les mathématiques et la religion à des milliers d'enfants du peuple, comment cette éducation ne porteraitelle pas ses fruits? Et comme un si beau résultat découle d'un dévouement nourri à la source même de l'Eucharistie, vous avez une fois de plus raison d'en payer l'hommage à la sainte communion.

L'Instituteur. — La communion ! Elle est encore la force qui contient l'homme dans le devoir. Elle triomphe des passions brûlantes de la jeunesse. Elle tempère l'égoïsme de l'âge mûr ; elle affermit la vieillesse dans le bien. On n'en finirait pas, si l'on voulait dire quelle puissante influence la sainte communion exerce partout, même dans la société !

Voltaire, tout impie qu'il était, n'a pu s'empêcher dans les Questions sur V Encyclopédie de rendre hommage au sacrement de nos autels.

« Voilà des hommes, dit-il, qui reçoivent Dieu dans eux, au mi- « lieu d'une cérémonie auguste, à la lueur de cent cierges, après « une misique qui a enchanté leurs seiis, au pied d'un autel bril- « lant d'or. L 'imagination est subjuguée, Vame saisie et atten- « drie ; on respire à peine, on est détaché de tout bien terrestre, « on est uni avec Dieu, il est dans notre chair et dans notre sang. « Qui osera, qui pourra commettre après cela une seule faute, en « concevoir seulement la pensée? »

Voulez-vous maintenant savoir ce que le célèbre protestant Lord Fitz-William pense de la communion? Permettez-moi encore de vous rapporter une page de ses Lettres à Atticus.

« La vertu, la justice, la morale, dit-il, doivent servir de base à « tous les gouvernements.

« Il est impossible d'établir la vertu, la justice, la morale sur <t des bases tant soit peu solides, sans le tribunal de la Pénitence, « parce que ce tribunal, le plus redoutable de tous les tribunaux, « s'empare de la conscience des hommes, et la dirige d'une manière « plus efficace qu'aucun autre tribunal. Il est impossible d'établir « le tribunal de la Pénitence sans la croyance à la Présence réelle, « principale base de la foi catholique, — parce que sans cette « croyance, le. sacrement de la Communion perd sa valeur et sa con- « sidération. Les protestants approchent de la sainte table sans « crainte, parce qu'ils n'y reçoivent que le signe commémoratif du « corps de Jésus-Christ : les catholiques, au contraire, n'en appro- « chent qu'en tremblant, parce qu'ils y reçoivent le corps même de « leur Sauveur. Aussi, partout où cette croyance fut détruite, le « tribunal de la Pénitence cessa avec elle. La Confession devint « inutile, comme partout où cette croyance existe la Confession de- « vient nécessaire ; et ce tribunal, qui se trouve ainsi nécessaire— « ment établi avec elle, rend indispensable l'exercice de la vertu, de « la justice, de la morale.

Le forgeron. — Voilà donc une des plus grandes gloires du Protestantisme qui déclare que le sacrement de l'Eucharistie est un des fondements essentiels de la société. N'est-ce pas rassurant contre les indignes blasphèmes des petits esprits ?

L'Instituteur. — Napoléon I, au comble de la prospérité, rendait, lui aussi, hommage à la sainte Eucharistie. Entouré des compa-

gnons de sa gloire, il leur fait un jour cette question: « Savez-vous quel est le plus beau jour^ de ma vie ? » Les uns nomment la victoire de Marengo, les autres celle d'Austerlitz, celui-ci le triomphe des Pyramides, celui-là celui de Wagram. Il en est qui parlent de son sacre, quand on posa sur sa tête l'illustre couronne de France. « Messieurs, vous n'y êtes pas, répond l'empereur ; le jour « le plus beau de ma vie, cest le jour de ma première commu- « nion.))

Au comble de l'infortune, Napoléon n'avait pas changé d'idée. Relégué sur le rocherMe Ste. Hélène, il vit approcher son heure dernière : il pria le Dieu qui l'avait béni le jour de sa première communion, de le bénir encore au moment de sa mort. A cette heure suprême, il appela autour de lui tous les compagnons de son exil et reçut en leur présence, avec foi et piété, le saint viatique.

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