‹ Contre-poisonChapitre 9 sur 12 · SCENE VIII · texte numérisé non relu

SCENE VIII

^L'apostat chiniquy a fait preuve d'ignorance en enseignant QUE LA PRÉSENCE RÉELLE EST CONTRAIRE A LA RAI- SON.

Le Membre de l'Institut-Canadien. — J'admire ces grands esprits protestants qui, de concert avec tous les plus illustres génies du catholicisme, s'unissent à la foule des fidèles pour proclamer leur foi en la Présence réelle. Je voudrais pouvoir croire avec l'humanité, avec l'Eglise; mais, je l'avoue, il y a dans la Présence réelle quelque chose qui est contre ma raison, je dirai : contre le bon sens. Comme l'a dit Chiniquy, je ne puis croire qu'un' morceau de pain soit changé au corps, au sang, à l'âme, à la divinité du Fils de Dieu fait homme,

L'Instituteur. — Ce mystère est au-dessus de la raison humaine, .mais il n'est pas contre la raison, il n'est pas contre le bon sens. Vous croyez tous les jours une multitude de choses que vous ne comprenez pas. Vous affirmez que vous existez aujourd'hui et que vous n'existiez pas il y a cinquante ans. Comment avez-vous reçu l'existence, comment la pensée s'est-elle éveillée en vous ? Vous le ^croyez, mais vous ne le comprenez pas.

Le Membre de l'Institut-Canadien. — C'est vrai, mais je touche mon existence pour ainsi dire du doigt. — Voilà pourquoi, j'y crois sans la comprendre. — Il n'en est pas de même du sacrement de l'Eucharistie. — Je touche toujours la substance du pain, et je suis obligé de croire que cette substance est changée en une autre que je ne touche pas.

L'Instituteur. — Vous vous trompez cruellement, monsieur, si vous vous flattez de toucher du doigt la substance du pain. La substance du pain, la substance de n'importe quel être, vous ne savez pas ce que c'est. — Demandez à la science la plus savante si elle connaît la substance, si elle a de la substance une idée nette, «claire et précise, et la science confessera son ignorance. Le mot auême le dit. En effet d'où vient le mot substance ? De deux mots Jatins, sub qui veut dire dessous et store qui veut dire dtmeurer.

En sorte que substance signifie demeurer dessous, c'est-à-dire demeurer caché. Oui, la substance nous demeure cachée, nous ne savons pas ce qu'elle est véritablement, et la science elle-même ne le saura probablement jamais ici-bas.

Le Membre de l' Institut-Canadien. — Je n'avais pas encore fait cette réflexion.

L'Instituteur. — Donc vous ne savez pas, la science ne sait pas au juste ce que c'est que la substance. Vous n'avez pas le dernier mot de la substance du pain — Comment alors pouvez-vous vous refuser à croire que la substance du pain se change au corps de Jésus- Christ?

Le cultivateur. — Avant de dire qu'il n'est pas possible que la substance du pain se change en une autre substance, il faudrait commencer par savoir au juste, ce me semble, ce qu'est cette substance du pain.

Le menuisier. — Dans l'Eucharistie, ce que nous touchons du doigt, ce n'est pas la substance, mais ce sont les espèces du pain, Or, la foi ne nous enseigne pas que ce sont les espèces qui changent. Au contraire, elle nous affirme que les espèces restent. — Elle nous dit que c'est la substance qui est changée — Or, la substance, il nous est difficile de dire qu'elle ne change pas : puisque nous ne la connaissons pas suffisamment : puisque nous ne savons pas ce qu'elle est.

Le forgeron. — Dites-moi, monsieur de l'Institut, vous croyez que la substance du pain que vous mangez, est changée peu à peu en la substance de votre sang, de votre chair, de votre corps.

Le Membre de l'Institut-Canadien. — Certainement,

Le forgeron. — Comprenez-vous le dernier mot de ce changement ?

Le Membre de l'Institut-Canadien. — Non, monsieur,. Je sais seulement que ce changement s'opère par le jeu de mes organes physiques.

Le forgeron. — Vous croyez donc, sans le comprendre, que la substance du pain et de même que la substance du vin se changent, par l'entremise, par le jeu des organes physiques, en la substance du corps humain ? Pourquoi alors ne pas croire que la substance du pain et celle du vin se changent, par l'organe de la parc le même

«de Dieu, au corps de Notre-Seigneur Jésus-Christ? Est-ce donc que la parole de Dieu serait moins puissante que votre estomac ? ■ Le Membre de l'Institut-Canadien. — Passe encore pour le changement d'une substance en une autre ! Je vois, par les exemples que vous m'apportez, la possibilité de ce changement. Ce que je -ne vois pas aussi bien, c'est la possibilité de loger le corps de Jésus- C/hrist dans un morceau de pain à peine visible.

L'Instituteur. — Etes-vous sûr de nous voir tous en ce moment ?

Le Membre de l'Institut-Canadien. — Certainement.

L'Instituteur. — Vous nous voyez de vos yeux qui sont infiniment petits. Si vous sortez de cet appartement, si vous vous placez sur une hauteur, vous verrez une immense étendue, votre regard embrassera un horizon presque infini. Comment expliquezvous ce phénomène de votre œil embrassant des corps, des espaces, des lieux qui sont des milliers et des millions de fois plus grands -que lui 7

Le Membre de l'Institut-Canadien. — Je sais que ce phénomène repose sur un mystère dont la science ne peut pas me dire le dernier mot. Cependant, je constate une chose, c'est que l'image de tous ces objets se rapetisse jusqu'à se loger dans mon œil.

L'Instituteur. — C'est là un autre mystère, et voilà tout ! Comment expliquer que cette image si petite et par laquelle votre œil voit les objets, vous permette d'embrasser les objets, non pas dans Ja proportion de cette si petite image, mais dans la proportion que l'on prête aux objets eux-mêmes ?

Le forgeron. — Voilà qui est intéressant. La partie de mon œil qui voit les objets est grande comme une piastre d'or. L'image des objets que je vois est elle-même petite comme une piastre d'or. C'est par cette image que je vois ces objets, et au lieu de les voir .aussi petits que l'image les reproduit, je les vois dans des proportions énormes !

L'Instituteur. — La conclusion qu'il en faut tirer, la voici : si mon œil dans sa petitesse peut embrasser des espaces presque infinis, il est prouvé, sans trop qu'on sache ni comment ni pourquoi, que les infiniment petits peuvent embrasser les presque infiniment grands ; or, c'est sur ce principe de l'infiniment petit embrassant* •contenant l'infiniment grand que repose la croyance à la Présence

Réelle et tout entière de Notre Seigneur Jésus-Christ dans l'Eucharistie. Je dis V infiniment grand. Il faut remarquer que si vous croyez en la divinité de Notre-Seigneur Jésus-Christ, vous admettez que cette divinité est unie toute entière au corps de Jésus qui a les simples proportions du corps humain, et^que dès que^la plus petite hostie contient ce corps, elle porte par là même l'infiniment grand, c'es1>à-dire la divinité qui en Notre Seigneur est inséparable du corps. Alors la difficulté se trouve réduite, quant à l'Eucharistie, à ce simple rapport : si monœilrqui est infiniment petit, peut embrasser le corps de Jésus-Christ tout entier, pourquoi un tout petit morceau de pain n'en pourrait-il pas faire autant ! Le forgeron. — Il est bon de remarquer que c'est sans se forcer que mon œil, que votre œil embrasse le corps humain 1 Et que le miracle de la Présence réelle et toute entière de Notre Seigneur Jésus-Christ dans l'Eucharistie ne doit pas forcer davantage la toute puissance de Dieu !

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