SCENE X
Ce que nous devons faire comme réparation DES BLAS- PHEMES DE L'APOSTAT CHINIQUY.
Le Membre de l' Institut-Canadien. — Tout cela est bien beau Mais il est difficile d'avoir du respect pour une galette de pâte.
L'Instituteur. — Vous blasphémez ! C'est une parole que vousauriez du laisser dans la bouche du prêtre apostat ! Ne vous faite» pas ainsi l'écho facile des impiétés sacrilèges de la canaille !
Le Membre de l' Institut-Canadien. — Vous m'avez mal compris. Je veux dire que les espèces du pain et du vin cachent ce qu'elles portent.
Le forgeron — Si vous voulez qu'on vous comprenne mieux, expliquez-vous mieux — et n'appelez pas galettes de jiâte, ce qui cache Jésus, notre amour !
L'Instituteur. — C'est par amour que Jésus s'est dérobé sous les espèces du pain et du vin : respectons ce jeu puissant de son amour infini. Si ce Divin Sauveur ne se cachait pas sous les dehors du pain, qui oserait manger sa chair ? S'il ne se cachait pas sous les espèces du vin, qui oserait boire son sang ? Est-ce que nous n'au-
rions par une répugnance invincible à faire ce repas sacré ? Bénissons donc sa paternelle bonté de ce qu'il a fait, et, au lieu de blasphémer, éclatons en transports d'allégresse et de reconnaissance !
Le forgeron. — Pour réparer les blasphèmes du prêtre apostat et >de tous ceux qui insultent à la Sainte Eucharistie, communions souvent avec une grande ferveur !
Le cultivateur. — Visitons le Saint Sacrement de nos autels !
Le menuisier. — Montrons partout et toujours notre profond respect pour le Dieu caché de nos tabernacles.
L'Instituteur. — Faisons plus encore — combattons le blasphème et l'impiété. Pour cela, conduisons-nous chrétiennement et unissons nos efforts, prétons notre généreux concours à tout ce qui se fait pour détruire l'erreur et le mal.
A Montréal, il y a un malheureux journal protestant, le Witness, qui vomit l'insulte à l'adresse de tout ce qui est catholique ; ce papier a une circulation assez considérable, et arrive ainsi à beaucoup d'âmes. Monseigneur de Montréal vient de défendre la lecture de cette feuille et Mgr. l'archevêque de Québec a cru nécessaire d'en faire autant. Dociles à la voix de leurs pasteurs, les catholiques ont cessé de recevoir le Witness.
C'est là un grand bien — Mais ce n'est pas assez. Comme Ta dit le vénérable évêque de Montréal, il faut non-seulement cesser de lire les mauvais journaux, il faut de plus encourager les bons et en fonder de nouveaux qui puissent contrebalancer l'influence des mauvais.
LTn grand journal catholique, publié en langue anglaise, est devenu indispensable. Notre devoir à tous est d'en favoriser la fondation et de travailler à lui faciliter la plus grande circulation possible. Il faut espérer que l'appel fait à ce sujet par Monseigneur de Montréal, sera entendu et compris des catholiques irlandais, anglais, etc.
Le cultivateur. — Il y a depuis plusieurs années, à Montréal, un journal catholique anglais qui a fait beaucoup de bien. Rédigé par un homme d'un grand savoir et d'un grand cœur, le True Witness a fait triompher la vérité dans bien des esprits. Malhau- Teusement, il n'est publié qu'un3 fois par semaine. Aujourd'hui, il faut, dan^ la presse angla'se, un journal de tous les jours, qui
puisse lutter ainsi contre les erreurs que le Daily Witness répand chaque jour au sein de la population.
Le menuisier. — Si les catholiques respectent leur foi ; s'ils sont véritablement dévoués à l'Eglise leur mère, ils n'hésiteront pas un instant à s'imposer les sacrifices qu'exige la fondation d'un journal catholique anglais et quotidien.
Le forgeron. — Il faudrait de plus un nouveau journal catholique français, publié à deux éditions par jour, comme le Witness et donnant toutes les nouvelles politiques, industrielles, commerciales, etc.
Le Membre de l'Institut-Canadien, riant. — Certes ! vous n'y allez pas de main morte ! Vos journaux déjà fondés ont de la peine à vivre, et vous voulez du coup en mettre deux nouveaux au monde !
Le forgeron. — Faites donc attention qu'en demandant de nouveaux journaux, nous demandons qu'on les encourage. Si les journaux déjà fondés ont de la peine à vivre ( ce qui a besoin d'être prouvé, ) c'est que l'encouragement leur manque. Voyez les journaux protestants, voyez le fameux Witness, le Star, la Gazette^ le Herald, ne vivent-ils pas ? Est-ce que les catholiques, qui sont en grande majorité en Canada, ne peuvent pas faire pour leur presse ce que les protestants font pour la leur propre ? Et puis les journaux que nous désirons, nous voulons qu'ds soient pécuniairement parlant à la portée de tous. Qu'un journal catholique français, qu'an autre en anglais se publient deux fois par jour. — Qu'ils soient remplis d'annonces, de nouvelles de toutes sortes et de partout, et qu'ils se vendent, non pas deux, non pas trois, mais un seul centin, et vous verrez qu'en peu de temps, ils auront une circulation considérable.
L'Instituteur. — Quoi qu'il en soit, nous constatons un besoin, un besoin urgent, et pour la gloire des catholiques du Canada, nous croyons possible de le satisfaire. Quoi ! on insulte chaque jour à notre nationalité, on jette la boue à la face du Souverain Pontife, des évêques, du clergé, de l'Eglise ! On blasphème Dieu, Jésus- Christ, les sacrements, et plus particulièrement le sacrement, d'amour, le sacrement de nos autels, et nous resterions insensibles, inactifs ! Quand nous pouvons, par un léger sacrifice, soutenir des; journaux capables de venger notre Dieu outragé, nous refuserions de la faire ! Allons donc !
Le forgeron. — Sans doute, pour réparer les blasphèmes de Chiïiiquy, nous devons vivre chrétiennement, adorer ce qu'il a blasphémé, communier le Dieu d'amour qu'il appelle une galette de pâte. Mais nous devons de plus fournir à la vérité des moyens matériels de combattre partout où l'erreur s'affirme. L'erreur s'affirme dans la presse et elle court les rues. Que la vérité en fasse autant, et l'erreur, et le blasphème, et l'impiété seront refoulés dans les enfers !
(En ce moment, la ctoche de V Eglise se fait entendre.}
L'Instituteur. — On sonne. C'est le tintement qui annonce qu'on porté le Saint-Viatique aux malades. Récitons, s'il vous plait, le Lauda Sion, en l'honneur de la douce victime de nos autels. Nous ne pouvons mieux terminer notre entretien de ce jour.
Le forgeron. — Ce sera aussi une réparation des blasphèmes du prêtre apostat.
(En ce moment tous se mettent à genoux et récitent, en français, le Lauda Sion. Le membre de V Institut- Canadien qui ne sait pas cette prose, s'unit cependant décemment à ce beau cantique de St. Thomas d'Aquin.)
Prose du Lauda Sion.
Chante Sion, chante ton Sauveur ; célèbre, dans tes hymnes et tes cantiques, ton chef et ton pasteur.
Exalte son nom, autant qu'il est en toi, puisqu'il est au-dessus de toute louange, et que tu ne saurais assez le louer.
Il est propre à ce jour le sujet qui doit t'inspirer : c'est le pain vivant, le pain qui donne la vie.
Il fut donné à la troupe fraternelle des douze, au banquet de la sainte cène : il nous est impossible d'en douter.
Faites retentir vos louanges ; que vos cantiques, s'éîevant du fond de l'âme, soient pleins de grâce et de douceur.
Car cette solennité rappelle le jour où ce banquet fut, pour la première fois, institué.
A cette table du nouveau roi, la Pâque nouvelle de la nouvelle loi met fin à l'ancienne Pâque.
L'ancien rît le cède au nouveau ; l'ombre s'évanouit devant la vérité ; la lumière chasse la nuit.
Ce que Jésus a fait à la cène, il a ordonné de le faire en mémoire de lui.
Guidés par son divin enseignement, nous consacrons le pain et le vin, pour en faire l'hostie du salut.
Le dogme enseigné aux chrétiens, c'est que le pain devient chair et que le vin devient sang.
Ce que vous ne comprenez pas, ce que vous ne voyez pas, une foi vive vous l'atteste, sans s'arrêter à l'ordre ordinaire de la nature..
Sous diverses espèces, sous des signes sans réalité, sont cachées les plus sublimes réalités.
La chair est un aliment et le sang un breuvage, et cependant Jésus-Christ demeure tout entier sous l'une et sous l'autre espèce..
Celui qui le reçoit ne peut le rompre, ni le briser, ni le diviser, il le reçoit tout entier.
Un seul le reçoit, mille le reçoivent ; un seul reçoit autant que mille ; ils s'en nourrissent sans le consumer.
Il est donné aux bons, il est donné aux méchants ; mais par un partage bien différent ; les uns y trouvent la vie, les autres la. mort.
Il est la mort pour les méchants, et la vie pour les bons ; voyez, comme la même nourriture produit des effets différents.
Quand enfin le signe est rompu, que votre foi ne vacille pas ;. mais souvenez- vous que, sous la plus petite parcelle, il y en a, autant que sous l'hostie entière.
La substance n'est nullement divisée : le signe seul est rompur mais par cette rupture, rien de ce qui est représenté n'est diminué, ni dans son état, ni dans sa grandeur.
Voici le pain des anges qui est devenu le pain de l'homme voyageur. C'est le pain des enfants ; il ne doit point être jeté aux chiens.
D'avance il avait été représenté sous les figures dans l'immolation d'Isaac, dans le sacrifice de l'Agneau pascal, dans la manne donnée à nos pères.
Bon Pasteur ! vrai pain de vie ! Jésus, ayez pitié de nous ; nourrissez-nous ; défendez-nous, accordez-nous de posséder un jour vrais biens, dans la terre des vivants.
Vous qui savez tout et qui pouvez tout ; dans cette vie mortelle-., vous nous nourrissez de votre propre chair, accordez-nous d'êtreassis dans le ciel à votre table, compagnons et co-héritiers deshabitants «de la sainte cité. Ainsi-soit-iL
(Après cette prière, nos amis se séparent, se promettant biew de revenir dimanche prochain) .