‹ Contre-poisonChapitre 6 sur 12 · SCENE VI · texte numérisé non relu

SCENE VI

1/ apostat chiniquy a blasphémé en affirmant que les paroles de notre-seigneur, instituant le sacrement de l'eucharistie, doivent être prises au figuré.

L'Instituteur. — Parlons maintenant des paroles dont Notre-Sei gneur s'est servi la seconde fois qu'il a parlé de l'Eucharistie. C'était au moment même de l'institution de ce divin sacrement. Jésus célèbre la Pâque avec ses disciples. Pour la dernière fois avant sa mort, il se trouve au milieu de tous ses apôtres. Il leur parle avec amour. Il feur donne ses dernières instructions. Puis, il prend du pain, le bénit, le partage et le donne à ses apôtres, en disant : « Prenez et mangez: ceci est mon corps qui sera livré pour vous. )> Prenant ensuite le vin du calice, il le leur donne de même en disant : « Prenez et buvez tous de ceci : car ceci est mon sang, le sang de la nou- .velle alliance qui sera répandu pour vous et pour la rémission des péchés, h

Le Membre de l' Institut-Canadien. — Sans doute, ce sont bien là les paroles de Jésus-Christ. Mais comme l'a fait remarquer Chiniquy, le fils de Dieu a voulu signifier que ce pain et ce vin doivent nous rappeler son corps et son sang. De même qu'un portrait rappelle calui qu'il représente, de même ce pain et ce vin rappellent Jésus-Christ.

Le forgeron. — Etes- vous sérieux ?

Le Membre de l'Institut-Canadien. — Pourquoi ne le serais-je pas ? Est-ce qije, tous les jours, en voyant un portrait, par exemple, ■celui de Chiniquy, que le Witness a reproduit, vous ne dites pas : Voilà Chiniquy ? N'est-il pas convenu qu'une chose qui en représente une autre, s'appelle du nom de la chose représentée ? Jésus Ohrist donnant à ses apôtres le pain qui devait le représenter pouvait donc dire : Ceci est mon corps, sans pour cela vouloir, affir mer

Le forgeron. — Suffit! Je vous comprends; — Que diriez-vous d'un homme qui, tenant son portrait en ses mains, dirait : Ceci, cJest moi ? Vous diriez n'est-ce pas que cet homme parle raisonnablement ?

Le Membre de l'Institutr-Canadien. — Sans doute !

Le forgeron. — Mais si le même homme prenant un morceau de pain, vous disait ; ceci c'est moi, c'est mon corps : que penseriezvous ! Diriez-vous que ce morceau de pain est le corps de cet homme ? Diriez-vous que ce morceau de pain est la figure, l'image de cet homme ?

Le Membre de l'Institut-Canadien. — Je dirais que cet homme veut se moquer du monde ou qu'il a perdu la tête.

Le forgeron. — Vous répondez à merveille. Si notre Seigneur Jésus-Christ n'avait pas fait devant ses apôtres, et cela pendant trois ans, des prodiges qui tenaient de la puissance de Dieu seul, qu'auraient pensé ses disciples, lorsque leur présentant un morceau de pain, il leur disait : Ceci est mon corps ? Auraient-ils cru en sa parole ? Auraient-ils même cru que ce pain était la figure de Notre-Seigneur ? Assurément non ! car, enfin, quel trait de ressemblance y a-t-il entre un morceau de pain et un homme ?

Le menuisier. — S'il y a de la ressemblance entre un portrait et celui qu'il représente, il n'y en a pas, il n'y en a aucune entre un morceau de pain et un homme. Si nous pouvons dire du portrait de Chiniquy, c'est le prêtre apostat, c'est-à-dire c'est la ressemblance de ce prêtre dégradé, nous ne pouvons pas en dire autant d'un morceau de pain ; parce que un morceau de pain ne ressemble pas à un homme. Donc quand Notre-Seigneur disait du pain, ceci est mon corps, on ne peut pas croire qu'il ait voulu affirmer que cepain était la figure de son corps.

Le Mejmbre de l'Institut-Canadien. — Jésus-Christ avait bien la puissance de rendre le pain la figure de son corps !

Le menuisier. — Oui, mais il avait aussi la puissance de faire plus encore. H pouvait faire du pain son corps et du vin son sang, — car il est tout-puissant. — Alors pour savoir au juste ce qu'il a réellement fait, il faut tout simplement chercher ce qu'il a dit. Or, il n'a pas dit : Ceci est la figure de mon corps ; ceci est la figure de mon sang ; mais il a dit : Ceci est mon corps, ceci est mon sang. Donc, c'est en son corps et non en la figure de son corps que Notre- Seigneur a changé le pain en son sang et non en la figure de son. sang qu'il a changé le vin.

Le cultivateur. — Je trouve extraordinaire la prétention de ceux:

qui veulent absolument que le pain eucharistique ne soit que la& figure du divin Sauveur. Ils refusent un mystère pour en accepter un autre. Car, comme vient de le faire remarquer mon ami le menuisier, s'il faut de la puissance pour changer du pain en un corps humain, il en faut aussi pour changer ce pain en la ressemblance humaine, et cela par le seul moyen de la parole ! Il me semble que quand j'aurai le pouvoir de changer, d'un seul mot, l'apparence de l'avoine en celle du blé, je ne serai pas éloigné de changer,, d'un seul mot, mon champ d'avoine en un véritable champ de blé.. Et si quelqu'un me croit capable d'opérer le premier phénomène, je ne vois pas pourquoi il ne me croirait pas capable d'opérer le second.

L'Instituteur. — Vous croyez, n'est-ce pas, monsieur de l'Institut., que l'homme est fait à l'image et à la ressemblance de Dieu ?

Le Membre de l'Institut-Canadien. — Oui, c'est Dieu lui-même qui l'a dit.

L'Instituteur. — Vous croyez aussi que Jésus-Christ est le filsmême de Dieu ?

Le Membre de l'Institut-Canadien. — Oui, c'est Dieu lui-même^ qui l'a dit.

L'Instituteur. — Vous croyez que l'homme est fait à l'image de Dieu parce que, en pétrissant la boue qui a formé Adam, Dieu a prononcé cette chère parole : " Faisons Vhomme à notre- image et à notre ressemblance. " Vous croyez que Jésus est le fils de Dieu, parce que quand cet homme, qui s'appelait Jésus, recevait le baptême des mains de St. Jean-Baptiste, le ciel s'ouvrit et Dieu le Père fit entendre cette étonnante parole : " Celui-ci est mon fil& Bien-aimé. " Pourquoi ne prenez-vous pas ces dernières paroles au figuré ? Pourquoi ne dites-vous pas que Jésus n'a que la ressemblance du fils de Dieu ? Jésus-Christ avait un corps humain. Qu'est-ce que le corps humain ? Une poussière que lèvent emporte. Comment ce corps a-t-il pu s'unir à la divinité, de telle façon que cette divinité et ce corps fussent pour toujours inséparables. Vous ne le comprenez pas, mais vous le croyez, parce que Dieu a proclamé cette vérité, comme vous vgus croyez fait ki l'image de Dieu, parce que cette vérité a été, elle aussi, proclaméepar Dieu.

Le Membre de l' Institut-Canadien. — Jésus-Christ opérait des -.prodiges que Dieu seul peut accomplir. Voilà ce qui a confirmé «sette parole du Père : " Celui-ci est mon fils Bien-aimê.

L'Instituteur. — Très-bien ! Puisque Jésus-Christ a prouvé par ses actes qu'il est Dieu, pourquoi ne le croyez-vous pas quand il .affirme que le pain est changé en son corps, comme vous croyez Dieu le Père lorsqu'il dit de Jésus : " Celui-ci est mon fils bienaimé. " Est-il donc plus impossible à la puissance de Dieu de changer la poussière du pain au corps de son Divin fils que d'élever la poussière du corps de l'homme jusqu'à l'unir à la divinité, de telle sorte que le fils de Marie fût véritablement le fils de Dieu?

Le forgeron. — Quand Notre-Seigneur a affirmé que le pain était ehangé en son corps, en son âme, en sa divinité, il n'a pas plus parlé au figuré que quand Dieu le Père a dit de Jésus : " Celui-ci est mon fils Bien-aimé." Et qui croit le Père quand il élève, : pir l'Incarnation, la boue humaine à la dignité de Dieu, doit croire le Fils quand il élève le pain, par la transubstantiation, à la dignité de Dieu.

L'Instituteur. — Vous aurez beau tourner, retourner en tous sens les paroles de Notre Seigneur, vous n'arriverez jamais à leur donner une signification figurée raisonnable. Comment : ceci est mon corps peut-il signifier : ceci est la figure de mon corps ? Qu'en montrant un portrait, je dise : Voilà telle ou telle personne, cela se comprend, mais, que prenant du pain, je dise : Voilà telle ou ..telle personne, cela ne se comprend pas. Indiquez un seul peuple *«hez qui le pain a été la figure du corps humain et le vin la figure du sang !

Mais il y. a quelque chose de plus définitif encore. A la dernière scène qu'il fait avec ses disciples, au moment solennel où il • établit l'auguste sacrement de l'autel, si Notre Seigneur eût dû parler en figure à ses apôtres, ne les en aurait-il pas prévenus auparavant ? Loin de là, il les prévient que « le temps est venu où il ne leur parlera plus en paraboles.)) Et après que Jésus, leur ..ayant distribué la communion, leur dit : « Ceci est mon corps, ,-szeci est mon sang, * les apôtres avertissent leur maître qu'ils ont j>ris ses paroles dans le sens propre, et non au figuré. « C'est

maintenant, lui disent-ils, que vous parlez ouvertement et que vous n usez point de paraboles.))

Le Membre de l'Institut-Canadien. — Où avez-vous puise ce dernier renseignement ?

L'instituteur. — Dans l'Evangile de St. Jean, au chapitre seizième, chapitre par lequel cet apôtre termine le récit de l'instituitttion de l'Eucharistie.

Le forgeron — Je vojlis le demande, monsieur de l'Institut, si Notre-Seigneur avait parlé au figuré en bénissant le pain et le vinr ne se serait-il pas empressé de détromper ses apôtres quand ils l'avertissaient qu'ils prennent à la lettre tout ce qu'il leur avait dit dans la dernière cène ? Voyant que ses apôtres croient que le pain est devenu son corps, le vin son sang et qu'ils vont adorer ces espèces, Jésus-Christ devait-il les laisser dans l'erreur ? Pouvait-il consentir à être la cause de l'idolâtrie, alors qu'il lui suffisait •de dire un seul mot pour l'empêcher ? Or, Jésus-Christ n'a pas protesté. Il a laissé ses apôtres croire à la Présence réelle. N'estce pas parce que c'était bien la Présence réelle qu'il instituait en disant : « Ceci est mon corps : ceci est mon sang.))

L'Instituteur. — Une dernière preuve que les apôtres ont compris que Notre-Seigneur instituait la Présence réelle, nous l'avons dans le fait de leur foi, de la foi des premiers siècles, de la foi de tous les temps. Vous l'avez saisie, cette foi, dans les faits historiques, dans la doctrine des Pères, dans les enseignements des Docteurs, des saints de la primitive Eglise. Vous l'avez touchée du doigt dans les Liturgies des apôtres qui la proclament si hautement et si clairement. Laissez-moi ajouter à tous ces témoignages celui de l'apôtre St. Paul : Voici comment il s'exprime dans sa Première Epître, chapitre xi, v. 23 et suivants :

« Le Seigneur Jésus, la nuit même où il devait être livré, prit « du pain, et rendant grâces, il le rompit, et dit : Prenez et nian- « gez, ceci est mon corps, qui sera livré pour vous ; faites ceci en « mémoire de moi. Il prit de même le calice, après avoir mangé, « disant : Ce calice est la nouvelle alliance en mon sang, faites « ceci, toutes les fois que vous le boirez, en mémoire de moi ; car h tputes les fois que vous mangerez ce pain, et boirez ce calice, t vous annoncerez la mort du Seigneur jusqu'à ce qu'il vienne.

« C'est pourquoi quiconque^mangera ce pain, ou boira le calice du « Seigneur indignement, sera coupable du corps et du sang du « Seigneur. Que l'homme s'éprouve donc lui-même et qu'il mange « ainsi de ce pain, et boive de^ce calice, car celui qui en mange et « qui en boit indignement, mange et boit sa propre condamnation. « ne discernant pas le corps du Seigneur.»

Et (X, 16.) : « Le calice de bénédiction, que nous bénissons, « n'est-il pas la communication du sang de Jésus-Christ ? et le <( pain que nous rompons, n'est-il pas la participation du corps du « Seigneur.»

Le menuisier. — Une réflexion m'a frappé l'autre jour quand j'ai lu ce texte de St. Paul dans la brochure: Quelques points de doctrine catholique. Cette réflexion me poursuit plus fortement encore aujourd'hui. Saint Paul n'était pas présent à l'institution de l'Eucharistie. Ce n'est qu'après l'ascension de Jésus-Christ qu'il fut renversé et converti. De qui Saint Paul avait>il donc appris que le calice est la communication du sang, et le pain la 'participation du corps du Seigneur ? Evidemment il l'avait appris des apôtres. Donc les apôtres ont bel et bien compris que Notre Seigneur Jésus-Christ instituait la Présence réelle.

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