‹ Contre RomeChapitre 3 sur 106 · LK CLÉRICALISME, VOILA L'ENNEMI · texte numérisé non relu

LK CLÉRICALISME, VOILA L'ENNEMI

négation même de l'esprit national puisqu'il engage les citoyens d'un pays à obéir servilement aux ordres de l'étranger; qui permet à un archevêque, hier encore fonctionnaire de l'Etat, de venir, crosse en main et mitre en tête, déclarer qu'il « n'obéira pas à la loi parce que son chef de Rouie la réprouve et la condamne ».

Et, par ainsi, renverser le cléricalisme ce n'est pas porter atteinte à une croyance religieuse, ce n'est pas violer la liberté de conscience : c'est proclamer de façon définitive qu'il ne peut pas y avoir en un pays deux organisations administratives; que s'il plaît a une Eglise de se dire universelle, cette universalité est pure affaire de dogme religieux; c'est continuer l'œuvre commencée par les révolutions antérieures ; c'est affirmer une fois pour toutes que le pouvoir civil est le seul gouvernement des nations modernes.

Lorsque les Italiens sont entrés dans Rome, en 1810, le pouvoir temporel de la Papauté, ce pouvoir qui, des siècles durant, avait prétendu régenter les nations, qui avait fait des souverains autant de pantins dont il tirait les ficelles, ce pouvoir a pu prendre fin officiellement, il n'a pas entièrement disparu : il a conservé, avec le palais du Vatican, avec sa garde, avec ses ambassadeurs — les nonces — un dernier vestige d'autorité qu'il s'agit de faire disparaîre.

Ce sera le second acte du geste libérateur de 1810, qui n'attend, pour se produire, que l'occasion favorable, et déjà l'Humanité est en marche vers cet avenir qui rompra définitivement avec le passé en expropriant pour cause de « raison publique » la Curie romaine et toute sa défroque d'un autre âge.

La grosse erreur de la Papauté est de croire à l'éternité de certains principes, à l'immobilité de certaines formes hiérarchiques. Or, non seulement le Temporel et le Spirituel ne peuvent plus être réunis sous la même autorité, mais encore la société future, chaque jour émancipée de plus en plus, chaque jour jouissant d'un domaine plus étendu grâce aux découvertes de la Science, ne peut plus s'accommoder d'une religion qui, par ses principes surannés, quoiqu'elle ait

12 CONTRIC ROME

pu varier dans sa morale et dans ses dogmes, prétend faire rétrograder l'humanité, et voudrait la maintenir en tutelle.

Quil soit encore, de par le monde, des intelligences fermées et des contrées rétrogrades, personne ne le conteste; mais que les besoins religieux de l'humanité se modifient, se transforment jusqu'au jour où ils disparaîtront, remplacés par une autre foi, par un autre culte, c'est ce que tout le monde, également, devrait comprendre.

Une société qui a pour temples les halles et les gares de chemins de fer, une société qui rêve de grands phalanstères humains, une société qui, avec raison, met sa gloire à construire des « (Paierie des Machines » et des « Tour Eiffel», ne peut pas vivre d'une vie contfinplative comme la société qui élevait béatement et pieusement, par la force des corvées, les admirables cathédrales gothiques que l'on sait.

Que la société d'autrefois, pliée sous le joug, ait fait retentir de ses prières les voûtes profondes des Notre-Dame, rien de plu* normal. Les vœux et les aspirations de la société moderne, qui s'adressent à d'autres déités, à d'autres forces non encore asservies, vont vers l'Inconnu par d'autres intermédiaires.

Seigneur ou serf heureux ou malheureux, l'homme des sociétés anciennes redoutait et invoquait lu Divinité : le Ciel était son unique objectif, le gagner son suprême désir. Maître ou serviteur, heureux ou malheureux, l'homme des sociétés modernes tient avant tout aux satisfactions terrestres. Et tout autres sont ses recherches de l'au delà : résolument et hardiment, il marche à la conquête de la Vitesse, à la conquête de l'Air, à la conquête des Eaux.

Il a découvert, parcouru, inventorié les continents solides, il lui faut maintenant conquérir les éléments ; il vise à devenir homme-éclair, homme-poisson, homme-oiseau.

Voilà sa religion, celle de la Science et du Progrès, qui en vaut bien une autre, ce me semble.

Certains esprits mobiles, véritables girouettes de la pensée, sans cesse en quête d'une posture nouvelle pour se gagner les salons ou

Page 1