LE CLÉRICALISME, VOILA L'ENNEMI
l'Académie, prétendent, il est vrai, quil nen est rien, traitent de pure rêverie cette si caractéristique évolution, crient à l'aveuglement des sectaires, et affirment que si l'Eglise romaine a, effectivement, perdu certains des pays autrefois soumis à son autorité, « lentement, patiemment, avec une force tranquille, que rien n'arrête, elle regagne le terrain perdu ». — « Elle compense dans le Nouveau Monde », déclare M. Edouard Rod, en un article du Figaro : Rêverie au Vatican, les déchets qu'elle subit dans V Ancien. Ce quelle perd dans le monde catholique et latin, dont les gouvernements la soutenaient autrefois, elle le retrouve dans le monde anglo-saxon et germa nique, qui lui avait échappé. » Bien mieux : parlant de Berlin et de l'Allemagne, M. Edouard Rod nous annonce une évolution qui, à l'en croire, peut aller loin et n'en serait encore qu'à son début.
Or, ce que M. Rod a bien soin de ne pas dire et ce que constatent, chaque jour, les maîtres de la pensée allemande, qui doivent, eux, quelque peu s'y connaître, c'est que, dans sa fréquentation journalière avec le protestantisme, le catholicisme germanique, au Nord tout au moins, commence à être très fortement imbu d'idées luthériennes.
Même état d'âme en Suisse où le cléricalisme batailleur — celui-là même qui, en France, est en train de monter la tête à de pauvres croyants, — - chaque fois qu'il veut empiéter sur les droits de la société civile, est brusquement arrêté par le bon sens d'un clergé sur lequel les mœurs protestantes ont fortement déteint. Que pense M. Rod de cet évéque tessinois — il s'appelle Peri-Morosini — qui, sans se laisser intimider, fait la guerre à ses curés récalcitrants, leur interdit d'intervenir dans les affaires politiques, et leur enjoint de rester strictement dans leur domaine? Je ne présume pas que ce soit là « V indice certain » d'une évolution catholique en pays protestant !
Il est très vrai que le catholicisme gagne de temps à autre quelques adhérents en Angleterre; mais est-ce que le protestantisme anglais, lui, n'est pas encore tout imbu de hiérarchie cléricale?
Qu'on envisage sérieusement — tant le catholicisme progresse
au delà des mers, — l'éventualité d'un pape américain, cela se peut. Cela n'a rien qui doive surprendre, venant d'un peuple qui est en train de s'assimiler tout ce que les Européens semblent peu à peu vouloir rejeter. Noblesse, monarchie, militarisme, décorations, les Américains verront tout cela, quelque jour, au grand complet.
Et alors pourquoi pas un pape, Rome, le Sacré-Cœur et toute la séquelle ? On peut même souhaiter qu'il se présente au plus tôt, ce pontife du Nouveau Monde, car, si la concurrence est tdme du commerce, elle parait être d'une utilité plus contestable en matière de religion.
Le Pape de la Rive gauche tuerait bien vite sous le coup du ridicule le Pape de la Rive droite. Et ainsi nous serions débarrassés pour toujours d'une institution surannée, qui ne fera peut-être pas éternellement la joie des Américains. 0 Voltaire, prête-nous ton rire!
Que trouver a-t-on en ce livre:1 Je l'ai dit : comme toujours, des images, beaucoup d'images, et toutes, d'une éloquence suggestive.
En reproduisant quelques estampes anciennes, j'ai d'abord voulu, non point refaire l'histoire des révolutions religieuses à l'aide de V imaserie. ce <iui demanderait tout un volume de savante documentation, mais rappeler uniquement que, comme le pays de Luther, le pays de Rabelais, de Voltaire, de Paul-Louis Courier fut de tout temps l'ennemi des papegaux.
Puis, alors qu'on nous accuse de manquer de respect envers le Pape et de blesser chaque jour, par le crayon de la satire, les convictions de nos concitoyens catholiques, j'ai pensé qu'il serait précieux de prendre l'avis des Italiens et des Allemands ; je veux dire de rechercher dans les journaux satiriques illustrés de ces deux pays monarchiques,