‹ Contribution à l'anatomie pathologique de la maladie de BasedowChapitre 3 sur 8 · B1J A. JOFFROY ET CH. ACUARD · texte numérisé non relu

B1J A. JOFFROY ET CH. ACUARD

Le grand sympathique, examiné du côté droit, est sain.

Il en est de même du tibial postérieur droit. Le tibial antérieur droit renferme seulement quelques tubes dégénérés en très petit nombre.

Le corps thyroïde présente sur les coupes un épaississement marqué des travées conjonctives : d'où résulte une accentuation très prononcée de la division en lobules. Par places Je tissu fibreux, très développé, forme de véritables nœuds.

Parmi les vésicules thyroïdiennes, un assez grand nombre ont un contenu colloïde, et leurs dimensions sont normales. Beaucoup sont vides, ou du moins ne renferment pas de masses colloïdes, et possèdent une bordure cellulaire d'apparence normale. Enfin le plus petit nombre des vésicules est constitué par des amas cellulaires pleins.

Obs. IL — Marie Lar..., âgée de 54 ans, domestique, originaire de la Nièvre, entrée le 20 février 1889, salle La Rochefoucauld, n° 18, à la Salpêtrière, dans le service de M. Joffroy.

Antécédents héréditaires. — Le père et une sœur morts de phtisie.

Antécédents personnels. — Scarlatine à 16 ans. Réglée à 13 ans, jusqu'à 50 ans. Mariée à 20 ans. Pas de grossesse. Vers l'âge de 28 ans, elle a été prise de toux quinteuse, avec crachements de sang qui ont fait craindre l'existence d'une tuberculose pulmonaire.

Vers l'âge de 35 ans survinrent des troubles mentaux, des idées de tristesse, des idées de persécution, avec hallucinations de la vue, qui n'ont jamais cessé depuis cette époque, et qui ont amené la séparation d'avec son mari et l'internement de la malade à Sainte-Anne pendant quelque temps *.

Il est difficile de dire à quelle époque remonte le goitre exophtalmique. On apprend seulement de la malade que, lorsqu'elle était jeune fille, à un âge qu'elle ne peut préciser, elle eut un peu de goitre qui disparut par l'application d'une pommade. C'est vers l'âge de 30 ans que la tuméfaction thyroïdienne se développa pour ne plus disparaître. Dès son jeune âge, la malade avait des palpitations; mais celles-ci ne sont devenues véritablement incommodes que depuis la ménopause, survenue vers 50 ans.

C'est aussi depuis cette époque que le tremblement, qui existait depuis l'âge de 25 ans et l'empêchait d'exécuter avec les mains des ouvrages fins, a acquis une assez grande intensité.

Il n'y a jamais eu d'exophtalmie bien apparente.

État de la malade à son entrée à l'hôpital. — Le corps thyroïde présente un gonflement notable, mais uniquement dans le lobe droit; son volume n'a pas varié depuis longtemps. La malade y ressent de temps

1. La description détaillée des troubles mentaux a été communiquée par M. Joffroy à la Société médico-psychologique, le 31 mars 1890.

en temps des battements; on y perçoit nettement un mouvement d'expansion, soit par la vue, soit par la palpation.

La malade se plaint de palpitations fréquentes, qui se produisent au moindre effort. Elle éprouve aussi, dans ces circonstances, une anxiété précordiale, avec sensation de constriction, qui l'oblige à s'arrêter et à prendre un point d'appui. Ces accès angineux, qui durent quelques secondes, s'accompagnent d'une sensation de crampe et de fourmillements dans le pli du coude, dans l'avant-bras et dans les trois derniers doigts de la main gauche, qui sont contractures en flexion.

Le cœur ne paraît pas augmenté de volume; ses bruits sont éclatants, réguliers; le premier bruit a le caractère d'un roulement. Le pouls est d'ordinaire à 120, et beaucoup moins accusé à la radiale qu'à la carotide.

Le tremblement, menu, fréquent, s'exagère beaucoup sous l'influence de la moindre émotion. Lorsque la malade est debout, elle oscille verticalement; lorsqu'elle est assise et que ses pieds touchent le sol, ils sont agités d'un mouvement de pédale.

Les yeux ne paraissent pas saillants: la vue s'est affaiblie, paraît-il, depuis quelques années.

La malade a fréquemment des bouffées de chaleur au visage, qui devient rouge; on remarque sur la face quelques varicosités. Souvent, depuis une trentaine d'années, elle éprouve au lit une sensation de chaleur très forte qui l'oblige à se découvrir.

La sensibilité est intacte; le réflexe cutané plantaire, normal à gauche, est diminué à droite. Les réflexes rotuliens sont normaux des deux côtés.

Il y a environ trente respirations par minute.

Les fonctions digestives se font bien. Toutefois il y a assez fréquemment des périodes de boulimie durant huit ou quinzejours.il s'est produit aussi vers l'âge de 50 ans une diarrhée abondante (50 selles par jour), indolente, très fétide, qui dura peu de temps. Actuellement la malade a de la tendance à la constipation.

Il y a un peu de polyurie ; les urines contiennent des traces d'albumine. Les jambes sont enflées, surtout le soir. Depuis quelques années, fréquemment il survient de l'engourdissement des doigts de la main gauche (sensation de doigt mort), des crampes dans les mollets.

En mars 1890, lorsque la malade fut présentée par M. Joffroy à la Société médico-psychologique, son état s'était modifié : les troubles psychiques s'étaient développés, mais les symptômes de maladie de Basedow s'étaient atténués ; il y avait de plus des phénomènes asystoliques assez prononcés, avec un souffle mitral au premier temps, des battements cardiaques tumultueux, un pouls très irrégulier (84 par minute).

En mars 1891, l'asystolie a fait des progrès; l'œdème des jambes est très prononcé, le pouls est très irrégulier et fréquent (116-120) ;

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