‹ Contribution à l'anatomie pathologique de la maladie de BasedowChapitre 5 sur 8 · A. JOFFROY ET CU. ACHARD · texte numérisé non relu

A. JOFFROY ET CU. ACHARD

vestiges de ces cloisons rompues. Les petits kystes ainsi formés par la confluence de plusieurs vésicules sont séparés par des cloisons conjonctives extrêmement minces, revêtues d'épithélium aplati, détaché par place, et contenant de très fines granulations graisseuses que l'acide osmique met en évidence. Les vaisseaux de l'organe sont gorgés de sang. Le corps pituitaire ne présente pas de lésion.

Obs. IV (publiée dans ces Archives, mai 1893, p. 406).

Clémentine B..., âgée de 49 ans, entrée le 29 mars 1885, salle Rostan, n° 23, dans le service de M. JofTroy à la Salpêtrière.

Début à 43 ans, à la suite d'une attaque avec perte de connaissance; troubles de la marche, exophtalmie. Puis apparition de douleurs fulgurantes, de crises gastriques, d'une arthropathie du genou et d'autres symptômes de tabès.

Entrée à la Salpêtrière à 49 ans, elle présente, outre les signes du tabès, une exophtalmie très accusée, du- tremblement et un peu de tachycardie, mais pas de goitre apparent. En outre, elle était hystérique.

La malade étant morte de tuberculose pulmonaire à 55 ans, on trouve à l'autopsie le corps thyroïde volumineux et pesant 46 grammes.

Les lésions des centres nerveux sont celles du tabès. Dans le bulbe, la sclérose occupe les cordons de Goli et une zone mince qui s'étend obliquement du noyau du faisceau grêle en dedans, jusqu'au noyau du corps restiforme en dehors. Il n'y a pas d'altération du corps restiforme ni du faisceau solitaire.

Les nerfs des membres présentent quelques altérations dégénératives. Le grand sympathique droit est sain. Le pneumogastrique droit renferme quelques tubes en dégénérescence wallérienne.

L'examen histologique du corps thyroïde y montre des vésicules à divers stades d'évolution. Un assez grand nombre de cavités sont kystiques et remplies de matière colloïde. Il y a aussi une grande quantité de vésicules petites, renfermant de petites cellules en abondance. Le tissu conjonctif interstitiel présente un léger degré de sclérose.

Obs. V. — Haut..., morte en décembre 1889. Goitre exophtalmique. Observation purement anatomique.

Les centres nerveux ont été seulement examinés. A la région lombaire, la moelle est le siège d'une sclérose très prononcée qui intéresse à peu près toute l'étendue des cordons postérieurs; la pie-mère est épaissie en cet endroit. A la région cervicale, la moelle présente un peu de sclérose au niveau de la partie postérieure des cordons de Goll. Mais la lésion principale est dans les cordons de Burdach, respectant à peu près entièrement les zones marginales de Westphal.

Dans le bulbe et la protubérance on remarque que les faisceaux solitaires présentent un léger degré d'atrophie. Les tubes nerveux qu'ils renferment semblent plus rares qu'à l'état normal, tant dans la boucle

du faisceau que dans sa portion longitudinale. Mais on n'y observe d'ailleurs pas de tubes en voie de dégénérescence. Les corps restiformes ne présentent pas de lésions.

0bs# vi. — Hug..., âgée de 37 ans, lingère, entrée le 28 janvier 1889, salle Louis, n° 9, à l'infirmerie de la Salpêtrière, dans le service de M. Joffroy.

Réglée à 16 ans, la malade eut à 18 ans une suppression des menstrues qui dura neuf mois. Quelque temps après, elle eut un érysipèle de la face qui fut suivi d'une nouvelle suppression des règles. Celles-ci sont normales depuis l'âge de 21 ans. Un an après l'érysipèle la malade remarqua qu'elle engraissait rapidement, qu'elle enflait; en môme temps son appétit augmentait.

« A 23 ans, dit M. Hartmann *, qui observa la malade quelques années avant nous, les yeux, au dire de la malade et de sa mère, devinrent très saillants ; en même temps le cou augmenta de volume, fut plus gros qu'il ne l'est actuellement, et la malade eut, chose nouvelle, des accès de palpitations. A quatre ou cinq reprises, elle eut des crises nerveuses avec cris, contorsions, perte de connaissance. En même temps, le caractère changea, la malade devint facilement irritable; à cette époque, dit-elle, elle pleurait pour un rien. Le médecin, M. Crestey, qu'elle alla consulter à deux reprises, la traita pour un goitre exophtalmique. Au bout de quelque temps, l'exophtalmie et le volume du cou diminuèrent, mais à la même époque elle fut prise d'une grande faiblesse qui persista depuis. »

Puis apparut une tuméfaction des téguments, localisée primitivementaux pieds et qui progressivement, dans l'espace de quelques mois, envahit les cuisses, le tronc, les membres supérieurs et la face. Depuis lors cette tuméfaction myxœdémateuse n'a pas subi de modifications. En même temps la respiration devint un peu plus difficile et la parole se ralentit.

Les fonctions digestives s'accomplissaient normalement, et, à part trois ou quatre crises de petite hystérie qui ont eu lieu dans l'espace de deux années, on ne trouve aucun phénomène saillant dans l'évolution de la maladie2.

Etat delà malade à son entrée à la Salpêtrière. — Le faciès est bouffi et hébété. Les yeux sont sans expression; les paupières font autour d'eux des bourrelets saillants; la paupière supérieure surtout est fortement proéminente. Le nez est épaté, déprimé à la base. La bouche est tombante, les lèvres et les oreilles épaisses, le menton court

1. Hartmann, Observation de myxœdème. {France médicale, 17 et 19 iuin 1884, p. 867 et 881.) J

2. D'après des renseignements complémentaires qui nous ont été obligeamment fournis par M. Hartmann, la pression artérielle, mesurée par M. Fr. Franck était inférieure de 4 ce. de mercure à la normale.

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