L\ CONSERVATION I>ES VOCATIONS
H va des jeunes gens aii\(|uels, visiblement, il serait imprudent d'iniiioser le joug d'une chasteté perpétuelle : soit influences héréditaires, soit complexion personnelle, leur tempérament ne peut être contenu. Ce sont des natures ardentes, molles ou sensuelles, qui ne sont pas aptes à garder les engagements du sous-diaconat. Lors même qu'on y trouverait l'attrait le plus désintéressé et le plus constant pour le sacerdoce, il faut avoir le courage, dans leur intérêt et pour l'honneur de l'Église, de remettre de tels sujets dans leur vraie voie, qui est celle du monde.
Mais à côté de ces natures rebelles, il y a des âmes susceptibles de formation, capables d'apprendre à maîtriser leurs sens et à gouverner leur cœur; et, à notre avis, elles sont nombreuses si, reprenant notre chiffre de vingt vocations perdues, nous en attribuons cinq à des causes diverses et cinq autres à d'invincibles rébellions de tempérament, il en reste encore dix que nous aurions pu retenir. Et que faudrait-il pour réduire ainsi de moitié nos pertes ? Mettre les enfants en garde contre les causes qui déterminent leur départ, en d'autres termes : pratiquer ce qu'on appelle aujourd'hui très justement, l'éducation de la pureté.
Car l'éducation de la pureté se fait comme celle de la loyauté •et de la probité, avec cette différence que, s'il faut du tact pour enseigner les autres vertus, il faut une délicatesse infinie pour ■conserver ou réparer l'innocence des enfants. La crainte de froisser les âmes par quelque maladresse arrête peut-être certains éducateurs ; mais si légitime que soit un tel scrupule, il n'exciserait pas une négligence grave. Quelle responsabilité pèseiait sur des maîtres qui, par incurie, laisseraient contracter des habitudes déplorables, odieuse et humiliante tyrannie des sens dont, plus tard, le jeune homme gémit et rougit devant sa conscience, mais qu'il ne peut extirper assez radicalement pour être moralement assuré d'une vie chaste! Qu'ils méritent bien, au contraire, de l'Église et des âmes, ceux qui facilitent la victoire dans leurs premiers combats !
Ce devoir incombe à tous les maîtres, mais principalement air directeur de conscience. L'éducation générale d'un séminaire comporte des leçons discrètes sur la pureté comme sur toutes les vertus chrétiennes ; mais l'application des conseils donnes en public se fait dans les conversations intimes du confesseur avec son pénitent.
La curiosité des enfants est de bonne heure éveillée sur tout ce qui touche à la chasteté ; à partir de douze ans, elle devient même fort inquiète, et instinctivement elle cherche à se satisfaire. Ou bien elle reste sans réponse, ainsi que cela arrive pour les enfants peu ouverts : alors elle devient maladive et obsédante, elle enflamme l'imagination, elle pervertit les sens, sans que la conscience perçoive autre chose qu'un vague soupçon du mal; souvent les habitudes sont déjà invétérées, lorsque le confesseur est mis au courant de cet état. Ou bien la réponse vient d'un camarade corrompu, et pénétrant dans l'âme comme un fruit empoisonné, elle la tue : car il est d'expérience que les leçons données en fraudes, inspirées d'ailleurs par des imaginations malsaines, excitent les passions mauvaises au lieu de les apaiser. Mais que les doutes de la curiosité soient dissipés par la parole chaste et grave du directeur, la paix se fait dans l'ànie et dans les sens, l'horreur du mal connu se développe dans le cœur avec l'amour d'une vertu qu'on apprécie. L'enfant que de bonne heure on aura giis en garde contre toute inconvenance, sera prêt à lutter victorieusement lorsque viendront les premiers assauts ; ets'ilsubit quelques défaites, il en gémira du moins,." il s'en accusera, et il s'en relèvera. Car les premières blessures de l'âme sont toujours plus faciles à guérir ; elles ne sont pas^ encore envenimées.
Il est vrai qu'une telle instruction ne se donne utilement qu'avec de la prudence, mais il n'y a pas de vérités morales qui ne puissent revêtir une expression chaste. Les réserves que la décence commande à l'égard des sens, la juste mesure que le cœur doit garder dans ses affections : tout cela peut être dit sagement, et dès lors doit être dit.