I.\ CONSKUV A TION HF.S VOCVTIONS
s'assouplissoiil par dos niouNoinonts plus nombreux et moins conipassc's. les neifs se (Irlciidcnl et la loto se décharge. En même lemjis l'àme, dégagre de toute compression disciplinaire, respire librement, s'ouvre aux douces et réconforlautes afTections de famille ; certaines fibres du cœur, que dans l'internat souvent aucune main ne touche, vibrent à l'aise au milieu des parents ; la diversité des relations exerce enfin aux multiples exigences de la vie sociale. Quel maître n'a pas remarqué la bienfaisante influence des vacances ? A la fin d'une année scolaire, les enfants sont énervés, sujets au mauvais esprit, indisciplinés ; à la rentrée, vous les retrouvez apaisés, heureux, ouverts, obéissants.
Ces résultats n'ont pas échappé aux ordres religieux ; c'est pourquoi ils accordent des vacances à leurs novices et à leurs scolastiques. Ce sont des semaines de repos physique, sans doute, mais elles comportent aussi un adoucissement des règles. Autant que possible, il y a changement de lieu, pour éviter la monotonie et l'ennui qui en est la conséquence. Les jeunes religieux ne vont point alors dans leurs familles, ce qui les prive d'un puissant élément de rénovation physique et morale ; et peut-être faut-il attribuer à cette privation une bonne part du déchet de leurs écoles apostoliques. On tache du moins d'y suppléer en les unissant par des liens de fraternelle affection qui rappellent ceux de la famille.
Si saines que soient les vacances, elles ont pourtant leurs dangers ; trois sont particulièrement à craindre : le scandale, l'ennui, les séductions du monde.
Certains enfants arrivent dans im milieu sans foi, vivent avec des parents sans pratiques religieuses ; leur vocation n'est point comprise, parfois elle est combattue, toujours elle est envisagée du point de vue matériel. Dans cette atmosphère glaciale, les sentiments se refroidissent, les idées s'abaissent, l'idéal disparaît, la vocation devient hésitante. Il faut tant de surnaturel enthousiasme pour aller droit à Dieu ! D'autres enfants trouvent, hélas ! le désordre ou la discorde au foyer do-
mestique, et souvent la gène qui en est la suite ; alors le cœur s'aigrit, l'âme est prise de dégoût et descend de la hauteur morale où le séminaire l'avait établie. Si encore ces enfants trouvaient toujours dans le prêtre de la paroisse un exemple et uii secours... — Pour soustraire au scandale de pareilles situations leurs jeunes séminaristes, certains directeurs de séminaires ou bienfaiteurs n'ont pas craint de s'imposer de lourdes charges, de créer des maisons de vacances... ; ils y ont consacré leur fortune, mais ils y ont gagné des vocations. Quant aux enfants qu'on ne peut retirer de ces conditions périlleuses, il faut du moins qu'une active sollicitude les tienne constamment en haleine et les enveloppe d'une paternelle protection.
L'ennui est le danger le plus commun ; il naît de l'isolement et de l'inoccupation. Le séminariste est isolé dans sa famille et dans son village, car il n'en partage ni les travaux ni les préoccupations ; et s'il est vrai que les âmes communient plus entre elles par les idées que par les affections, il reste étranger à ceux même qu'il aime tendrement. Inoccupé, il l'est aussi, car il manque de livres où sont les matériaux de son travail à lui ; et, s'il en avait, il n'aurait pas sans doute cette curiosité qui fait les liseurs, ni cette méthode qui entraîne les travailleurs. Seul et inoccupé, il sera envahi par l'ennui ; l'ennui le minera sourdement et le préparera à ces chutes regrettables qui ruinent les vocations. — Contre l'isolement, le séminariste n'a pas de plus sûr abii que le prêtre de sa paroisse. Aussi les directeurs de séminaires devraient-ils, chaque année, à l'entrée des vacances, recommander leurs enfants à la pieuse sollicitude des curés et des vicaires ; et ceux-ci, à leur tour, devraient accepter, comme une œuvre apostolique fort importante, d'ouvrir leurs presbytères et plus encore leurs cœurs comme un asile indispensable à ces jeunes élèves du sanctuaire. S'ils sont accueillis par les prêtres de paroisses, nos enfants ne seront jamais totalement oisifs ; ils participeront, pour une part, aux œuvres paroissiales. Quant à les occuper par des études, ce sera le fait des maîtres éclairés, qui auront fait naître en eux
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ilo saines curiosités d'esprit et leur auront tracé des j)laiis féconds de travail. Les vacances intelligemment préparées par les professeurs, pourraient devenir, grâce à des lectures bien conduites, une très précieuse ressource pour le progrès des esprits.
Enfin le monde exerce sur le séminariste la fascination de ses attraits ; et parfois le pauvre enfant se laisse prendre à des pièges qu'il ne soupçonnait pas. S'il est séduit par la vanité et le clinquant, il faut que ce soit un bien petit esprit, et, dans ce cas, sou départ n'est pas toujours une perte. Mais il y a des cœurs bons, même purs, capables de compassion et de dévouement, qui, sans d'abord penser à mal, se laissent doucement enlacer dans le filet des affections sensibles. Ils s'illusionnent dans les commencements, se flattant de réservera Dieu la meilleure part. iNIais lentement l'amour humain se développe, absorbe l'âme tout entière ; les sacrifices de la vie cléricale, dès lors, jurent avec les aspirations nouvelles ; la vocation n'est plus. Qu'a-t-il fallu pour opérer un tel changement? Dans le désœuvrement des vacances, une rencontre fort honnête, d'innocentes conversations sous forme de passe-temps, puis des heures de rêverie et d'intime fermentation, puis des assiduités troublantes, et finalement, après le retour au séminaire, de vifs regrets d'avoir quitté le monde. Encore une fois, que les prêtres de paroisses et les professeurs s'entendent pour que le séminariste, en vacances, ne souffre ni de l'isolement, ni du désœuvrement, car les relations saines et le travail sauveront sa vocation.
Nous signalerons encore une cause de déchet : la lassitude. Il y a si loin depuis les premiers pas du jeune séminariste jusqu'à son ordination sacerdotale ! Ce chemin, qu'on ne parcourt pas en moins de dix à douze ans, est si long ! La monotonie fatigue, si l'enthousiasme des premiers jours vient à
tomber. Que l'idûal baisse, que le but poursuivi n'apparaisse plus dans le rayonnement de la plus noble et de la plus sainte des carrières, et voilà compromise la vocation. Sitôt que la sublimité du sacerdoce ne fascine plus les regards de l'enfant, il s'arrête ou il dévie.
Les congrégations religieuses ont grand souci de conjurer ce péril. Pour éviter la monotonie, le temps de la formation est divisé : les années successives ne diffèrent pas seulement par le nom, mais aussi par les occupations : on a même sagement fait de changer de lieu les enfants. On a plus de soin encore d'entretenir dans les âmes le pieux enthousiasme d'où est née la vocation : la vie religieuse est si sûre et si parfaite ! On y goûte, dans la charité fraternelle, tant de douceur ! Les œuvres auxquelles on se prépare sont si grandes ! La congrégation à laquelle on appartient est si noble dans l'histoire et investie, dans l'Eglise, d'un rôle social si important ! La modestie, peutêtre, n'y trouve pas toujours son compte ; mais ces pieuses industries, qui d'ailleurs ne blessent guère la vérité, sont nécessaires pour tenir en haleine le cœur des enfants.
Elles ne sont pas moins indispensables à nos séminaristes. La variété leur est saine : aussi les vocations seront-elles mieux gardées dans les diocèses où les enfants ont quatreétapes à parcourir : école presbytérale, petit séminaire, maison de philosophie, puis de théologie. En divisant le chemin, il semble qu'on l'abrège. Mais quelle que soit la route, il importe surtout que le regard de nos aspirants soit sans cesse attiré par l'éclat du but vers lequel ils marchent.
Dans les petits séminaires, où presque tous les enfants se destinent au clergé, il doit être constamment question du sacerdoce. Les enfants sont là pour être prêtres ; ils travaillent pour être prêtres, et ils multiplient leurs efforts pour faire honneur à l'Eglise ; leur paresse serait odieuse, parce qu'elle ferait d'eux des prêtres médiocres ; dans la tentation ils doivent combattre et vaincre, parce que le péché ne doit pas régner dans les cœurs des prêtres. Si saint, si zélé, si savant, si distingué doit être le
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pirlio, (1110 ccllo ponsôe sliinulo à loul aïonienl le jeune aspira ni.
On est trop timide dans les séminaires mixtes. Sous préle.xte qu'une partie des enfants n'a pas la vocation, on se tait sur le sacerdoce, et ce silence tourne au détriment de tous les élèves. Les aspirants à l'état ecclésiastique perdent de vue leur vocation, et souvent, à partir de la troisième, se laissent séduire par les carrières mondaines. Les autres n'y gagnent rien : si la grâce avait déposé dans quelques-unes de leurs âmes un germe de vocation, cette précieuse semence y resterait à jamais enfouie ; d'un autre côté, il n'est pas inutile que des jeunes gens du monde entendent parler du sacerdoce en termes élevés, qu'ils sachent la haute idée que nous en avons, quels efforts nous avons dû faire pour nous en rendre dignes. Craint-o:i qu'une maison mixte où l'on traiterait beaucoup du sacerdoce ne soit, pour ce motif, abandonnée par les laïques? Crainte bien chimérique, car une maison qui a le renom de fortes études et d'une parfaite tenue morale, sera toujours recherchée par les familles chrétiennes.
Jusque dans nos collèges proprement dits, il est opportun de parler de la vocation ecclésiastique ou religieuse. La campagne que mène à ce sujet le R. P. Delbrel, pour susciter des vocations dans les élites sociales, vient tout à fait à son heure. Il n'est pas question de surprendre la naïveté d'enfants dociles, mais seulement de découvrir et de conserver les vocations que Dieu a semées dans les familles nobles ou bourgeoises. Ces vocations existent : quiconque a soigneusement dirigé des âmes dans un collège a pu s'en rendre compte. Mais il faut veiller sur elles, avec le plus grand soin, pour qu'elles ne tombent pas dans le tourbillon des passions naissantes, pour qu'elles résistent aux séductions qui, à partir de quinze ans, sollicitent le jeune homme de bonnefamille. C'est principalement l'affaire du directeur de conscience, assurément, qui aura la sagesse d'imposer à ses pénitents la plus stricte discrétion ; mais les supérieurs et les maîtres n'ont pas le droit de s'en désintéresser,
et ils ne doivent rien omettre pour relever, à l'occasion, la vocation sacerdotale dans l'estime des enfants.
Nous sommes loin d'avoir épuisé notre sujet ; car les âmes sont infiniment complexes et différentes les unes des autres, de sorte qu'il ne se perd peut-être pas deux vocations pour le même motif. Nous croyons pourtant avoir signalé les principales causes du déchet que nous déplorons, et nous serons trop heureux si quelques éducateurs, profitant de nos remarques, deviennent plus habiles à conserver les vocations.
Pour n'avoir que de bons prêtres
La valeur morale des prêtres est, pour l'Eglise, une question vitale. Si riche que soit le trésor de doctrine et de grâces qui repose en ses mains, il ne rapporte que dans la mesure où le prêtre l'exploite : le mauvais prêtre le dissipe, le prêtre médiocre le laisse improductif, seul le bon prêtre en peut tirer du fruit. C'est un mystère assurément, mais c'est un fait aussi, que Dieu a remis aux prêtres ses ineffables dons, et que les fidèles les reçoivent dans la mesure où les prêtres les leur distribuent. A part certaines âmes d'élite, capables de communiquer avec Dieu directement et de se remplir de Lui, quelque soit le prêtre qui donne les sacrements, la plupart n'entrent en commerce avec Dieu et ne participent à sa vie que dans le cœur du prêtre, de sorte que les peuples manquent de Dieu là où le cœur du prêtre en est vide, au lieu que les âmes le trouvent et s'en rassasient là où le cœur du prêtre en est plein.
De là dans l'Eglise, l'instinctive appréhension du mauvais prêtre ; de là aussi le zèle qu'elle a toujours déployé pour n'avoir que de bons prêtres.
Le mauvais prêtre, en effet, est, à travers les siècles, son douloureux cauchemar. Elle voit en lui un vase sacré de l'autel tombé dans la souillure et livré à des usages profanes ou criminels, et elle pleure sur cette sacrilège dégradation. Celui qui devait être sa gloire devient son déshonneur ; à cause de cet infidèle qui l'a trahie, on doute d'elle et de sa mission, et au lieu du respect on lui jette l'outrage. Elle avait compté sur un
ouviior qui défricherait une part du champ apostolique ; mais le champ restera inculte, les mauvaises herhes pulluleront là où une moisson était attendue, parce que le prêtre a négligé son travail ou déserté son poste. Et ce n'est pas encore tout. Car, si à la négligence le prêtre infidèle ajoute le scandale, il ravage au lieu de moissonner, il tue au lieu de vivifier ; ce n'est plus le pasteur qui garde mais hien le loup qui égorge les brebis ; créé pour faire œuvre de vie, il ne sème partout que la mort. Dieu veuille même que la terre où il a passé ne reste pas, pour longtemps, condamnée à une désolante et irrémédiable stérilité !
Pénétrée d'une si juste crainte, l'Eglise a créé, pour n'avoir que des prêtres vertueux et zélés, des institutions diverses, appropriées aux besoins et au caractère de chaque époque. Elle a édicté de sages lois sur le discernement des élus de Dieu, afin d'écarter du sanctuaire les indignes et de n'y recevoir que des sujets riches de promesses. Elle a ouvert de pieux asiles, où les enfants marqués du signe divin de la vocation fussent élevés dans la science et les vertus de leur état : écoles presbytérales, écoles monastiques, écoles épiscopales, universités, séminaires pour les différents âges ; sa sollicitude n'a rien épargné pour préparer aux saints autels des hommes dignes de Dieu et aptes à sauver les âmes. Elle les suit au milieu de leurs travaux apostoliques, les préserve du péril par les saints canons de sa discipline, les anime à l'étude par les rigoureuses exigences de l'enseignement qu'elle leur confie, excite leur zèle par le sentiment des lourdes responsabilités morales qu'elle fait peser sur leur conscience. S'il ne dépendait que d'elle, quel parfum d'édification le clergé répandrait dans les paroisses ! quel prestige il acquerrait près des peuples par la gravité de sa tenue ! que de fâcheux préjugés il dissiperait par la transparente limpidité d'une vie à l'abri de tout soupçon ! que de lumière il verserait dans les âmes par la richesse de son enseignement ! que de cœurs endurcis il ramènerait à Dieu par les invincibles attraits de la bonté !
iM»i IV >'v\(>iii (^)ri, i»i; iio\s niAïuics 97
Mais. Iiôlas 1 poiirtiiioi faul-il qnc la faiblesse liiiiuaiiic ivs(M-vo à rix^lisc, dans Ions les siècles, de si cruelles drcep- (ious ? lVnii(|iii)i l'aiil-il (|iic, par l'iididélité de certains i)r('^lres, l«'s desseins de la inist-ricorde di\in«' snr le monde soient cons- (anunent entraxes dans leurs elTels ') Car, en drpil de la i)uissanl<' action de la j^ràcesur les clercs, et malgré les ell'orts inccssauls de l'Kfilise i)our n'avoir cpie des saints, il reste encore des |)rètres iulidèles : vrais ennemis, les piies ennemis de cette religion contre lacpielle ils tournent en armes offensives les dons ((u'ils ont reijus.
Les uns sont allés ius((u"à l'apostasie. Sortis bruyamuient des rangs où ils n'avaient été que volontairement enrôlés, moins libérés de la foi (pi 'ils j)rofessaient que devenus esclaves d'inavouables passions ou victimes d'un caractère impatient de tout joug, ils sont passés dans le camp ennemi, ils travaillent et combattent contre leurs frères d'autrefois, ils attaquent ouvertement le sein maternel qui les a nourris. Jusque dans les sectes où ils se sont léfugiés, c'est toujours de leur sacerdoce qu'ils vivent, puisqu'ils e\i)loilent le scandale qui résulte de la pioslilulion de cet inelVacable caractère.
D'autres qui ne sont point apostats, mais dont les désordres ont été publics, ont jeté le désarroi dans des populations surprises de si profondes faiblesses et de si graves trabisons du <levoir. Ils ont fait douter de la sincérité de leur ministère sacerdotal ; ils ont ébranlé la foi dans lésâmes qui les ont vus si grands pécbeurs ; ils ont pour toujours éloigné de Dieu des •âmes qu'ils devaient sanctifier, et que i)eut-étie ils ont flétries.
Si grand que soit le retentissement donné par la presse h ces iléfeclions, le nombre des apostats et des scandaleux demeure, ;gràce à Dieu, fort restreint. Les protestants et les libres penseurs ont beau faire du tapage autour de nos pertes, il n'est pas vrai •que nos rangs soient notablement entamés ni menacés : sociaîement, le clergé catholique est une troupe fidèle à son devoir. Mais, entre nous, nous avons le droit de pénétrer plus avant, et >de rechercher si ce puissant organisme qu'est le clergé correct
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est vivant dans tous ses membres et actif dans toutes ses parties.
Il n'est donné qu'à Dieu déjuger les consciences, parce quelui seul voit le fond des cœurs. Mais il se peut que, par suite d'une faiblesse plus digne de pitié que de colère, il y ait des^ âmes sacerdotales qui, sous des apparences de vie, cachent les ruines que fait la mort. Bons prêtres aux yeux des hommes, parce que tous les dehors sont gardés ; prêtres infidèles au regard de Dieu, parce que le péché, avec ses conséquences, règne au dedans. Quel fruit peut-on attendre de ces rameaux sans sève ?
Faut-il enfin compter parmi les mauvais les prêtres inutileset sans fécondité apostolique. Ils vivent assurément, parce qu'ils gardent pure de tout péché grave leur conscience morale ; mais leur vie est languissante, sans grande poussée intérieure, sans le nécessaire souci de réaliser chaque jour un progrès personnel, et surtout sans cette ardeur qu'inspire la foi vive pour le salut des âmes. Ils comptent dans le clergé, et par leur nombre imposant ils donnent à la milice sacrée du Christ l'apparence d'une armée forte ; mais soldats alanguis, ils sont incapables d'être des conquérants, et ils voient sans tristesse les progrès que fait l'ennemi sur le terrain même qu'ils ont à défendre. Qui nous dira si cette médiocrité d'un grand nombre ne porte pas à l'Eglise un plus grand préjudice que l'apostasie ou le scandale de quelques individus isolés ?
A quelque titre qu'un prêtre soit infidèle, sou infidélité est toujours un immense malheur. Si, pour le conjurer, l'Eglise a tant fait dans le passé par les Saints, elle encourage encore de nos jours le zèle de tous ceux que touche la cause de la sainteté des clercs. Jamais, d'ailleurs, le ministère sacerdotal n'avait exigé des prêtres tant de valeur morale. Le moindre scandale a. devant l'opinion et dans le fond des cœurs, un retentissement désastreux que le passé n'a point connu, si bien que jamais le prêtre n'avait été si étroitement tenu de s'observer. De plus, nous sommes, aux yeux du monde européen, une société en
l'oru \Avoiu ^i^ E dk hons i'UiViuks KU
ik roule, ([ui a perdu ses positions antérieures, vouée à de nouvelles défaites, et dont l'externiinalion n'est plus qu'une aHaire de temps. Confiants dans les promesses du Christ, assurés que le flambeau vital que nous portoas dans nos mains ne s'éteindra pas, nous ne nous troublons pas de ces pronostics de fin prochaine; mais nous n'en sommes pas moins péniblement allWiés de ce qu'à l'iieure présente les idées chrétiennes soient impopulaires, les âmes échappent à l'influence de l'Eglise, le règne de Dieu sur le monde perde du terrain. Il ne nous suffit pas que Dieu doive un jour, plus tard, prendre sa revanche et triompher. Nous sommes impatients de lui rendre son empire et sa gloire ; ce n'est pas demain, c'est dès aujourd'hui, que nous voulons réparer nos pertes, ressaisir nos positions, pousser plus avant nos conquêtes
Or, entre toutes les puissances à mettre en jeu pour cette restauration religieuse, le clergé occupe assurément la première place. Que le clergé demeure médiocre et apathique, et nous continuerons à glisser sur la pente fatale que nous descendons. Mais qu'au contraire le clergé se ranime, qu'il s'épure, qu'il travaille, qu'il devienne un corps sain et riche d'activité et aussitôt il fera prévaloir les intérêts sacrés confiés à son zèle. Voilà pourquoi tous les chrétiens qu'alarme la situation actuelle tournent vers le clergé des regards anxieux ; voilà pourquoi le clergé lui-même sent le besoin de se rajeunir et de renouveler sa vie.
Dans cette rénovation cléricale, le premier devoir est de préserver le corps sacerdotal de la gangrène du mauvais prêtre. Sur ce triste sujet, le seul qui nous occupe ici, nous n'avons rien à produire de nouveau ; mais en rappelant ce qu'ont dit les Saints et ce que l'Eglise a sagement ordonné, nous avons l'espoir de provoquer, chez ceux à qui incombe le recrutement de clercs, une vigilance à la fois plus éclairée et plus courageuse. Ce que nous voulons dire se ramène aux trois points suivants : 1° Quel discernement doit présider au premier choix des enfants ? 2" Dans quelle mesure faut-il éliminer les jeunes gens
(loulcux durant le cours des études ? 3" Enfin et surtout, quels moyens faudrait-il prendre pour assurer la persévérance, dans la vertu morale et dans le zèle, des jeunes prêtres sanctifiés par le Séminaire ?
Le mauvais prêtre — que ce soit un voluptueux, un révolté ou un jugement faux, — est en germe dans l'enfant qui se dirige vers le Séminaire. Un regard pénétrant l'y découvrirait; la sagesse, dès lors, commande de l'écarter. Avec quelle prudence ne doivent donc pas procéder ceux qui ont mission de discerner et de recevoir les débutants dans la carrière cléricale ! C'est aux prêtres de paroisse qu'appartient d'ordinaire ce premier choix. S'ils ont à cœur de sauvegarder les plus chers intérêts de l'Eglise, qu'ils soient indépendants, clairvoyants, courageux.
Ils ont d'abord à se mettre en garde contre certaines influences capables d'altérer l'indépendance de leur décision. Le désir du nombre en est une. Car, s'il est juste qu'un prêtre souhaite de se survivre dans l'enfant qu'il conduit à l'autel, s'il importe de multiplier les ouvriers évangéliques et d'affermir ainsi les colonnes conquérantes delà milice sacrée, il est plus nécessaire encore de n'introduire ni lâches ni traîtres dans les rangs du sacerdoce, de ne j)oint encombrer le sanctuaire de ces non-valeurs qui n'ont de la force que l'illusoire apparence. Puisse le souvenir de la vaillante petite troupe de Gédéon nous guérir de la dangereuse superstition du nombre ! Cherchons des vocations assurément, mais n'en prenons que de bonnes !
Nous aurons encore à nous défendre des sollicitations indiscrètes de serviteurs intéressés qui envient pour leurs fils l'honorable condilion du clergé, de mères empresséesquis'aveuglent sur les talents et les vertus de leurs enfants, de parents cupidesqui nous soumettent à la subtile tentation du népotisme. Xi les services rendus, ni les assiduités de paroissiens pieux, ni les justes sentiments que produit la pauvreté, ne doivent dicter
l'oi II n'\v(»ii\ oiK ni: mons l'iiiVrarcs 101
iiolio jiij^iMiKMil. ni coin I ir (IcNiiiit uns yeux les (jiialit(''S ou les <lt''r;iiils (les fiiraiils (lu'oii nous |)i(''S('iil('. (hic valent ces «Milarils !M hic pioiiicllciil-ils. où tiiic l'on l -ils ciaiiidic à l'Eglise ? ^'oilà ce (lu'ii faut juger avec sévérité.
Le prêtre clairvoyaiil. qui a vu grandir ces enranls, (pii connaît déjà leurs habitudes et leur caractère, qui sait les antécédents de leur famille, discornera sans peine ce qu'ils valent et ce qu'on en peut allendre. Plusieurs lui apparaîtront, pour des causes diverses, indignes du sacerdoce : f|iiel (pie soit le motif, dès lors (pie, sagement, il les lient jjour indignes, qu'il les écarte avec fermeté.
Les uns seront déjà vicieux et corrompus. Ils oui frécpientc des camarades pervers, et à leur contact, non seulement ils se sont souillés, mais ils ont contracté de ces habitudes tyranniques qui ne se corrigent jamais tout à fait ; qui, même assoupies pour un temps, se réveilleront un jour avec une irrésistible furie. Ce n'est pas (pi'il faille évincer lout enfant qui a péché; car il y a des péchés qui, une fois pardonnes, ne laisse point dans l'âme de mauvaises racines. Mais il y a des fautes qui empoisonnent tout l'être, qui, même pardonnées de Dieu, subsistent dans la chair à l'état d'instincts indéracinables. N'exposez pas cet enfant qui s'illusionne sur lui-même parce qu'il ne se juge que jiar ses bons désirs, n'exposez pas cet enfant aux terribles retours d'une nature si tôt pervertie. Devons-nous observer que ces remarques s'appliquent sans réserve aux vocations tardives ? Lorsque ces vocations ne sont pas le natuiel aboutissement d'une vie pure et pieuse, elles ne sont souvent que le fruit d'un accès tout momentané de pénitence fervente ou d'un apaisement relatif de la sensibilité. L'Age, en une matière si délicate, n'est point toujours une garantie. Que le confesseur, juge en dernier ressort, détourne donc du sacerdoce tous les aspirants dont la nature morale serait franchement malsaine.
D'autres enfants, sans être vicieux encore, laissent nettement prévoir qu'ils n'échapperont pas à la contagion du mal. — Tantôt ils sont issus de familles tarées, où certains vices physiques et
moraux sont héréditaires : ces poussées de nature ne se font parfois que tardivement sentir, mais tôt ou tard elles s'éveillent dans le tempérament et y causent de terribles ravages. En les écartant, ce n'est donc pas seulement le déshonneur du nom qu'on repousse, mais le danger certain de chute et de scandale qu'on éloigne. Voyez donc sur quel tronc a poussé et de quelle sève vit le rejeton que vous allez transporter dans le sanctuaire : tel aura été le tronc, tel aussi sera le rameau. — Tantôt leurs propres tendances annoncent déjà qu'en s'accentuant elles conduiront au\ plus graves écarts : dans celui-ci, une nature revêcheet indomptable, sujette aux emportements irréfléchis ; dans celui-là, une dissimulation qui n'a rien de la timidité, la fourberie et le mensonge ; dans un autre, la sensualité très accusée sous l'une de ses formes, gourmandise, mollesse, propension aux amitiés sensibles, etc. Quand le pli moral est pris, quand il est avéré qu'il ne pourra que s'exagérer avec le temps, c'est faire œuvre de zèle que de rebuter des avances dont l'esprit de Dieu n'a point été le principe.
Certains enfants seront indemnes du côté moral, mais ils seront insuffisants du côté de l'esprit : s'ils sont par trop bornés, ou s'ils ont l'esprit faux, qu'ils ne soient point admis. Trop bornés, ils seraient incapables de recevoir la haute culture que comporte le sacerdoce, ils ne pourraient dignement remplir la tâche d'enseigner les peuples : c'est donc parmi les intelligences les plus ouvertes du catéchisme et de l'école que seront choisies les jeunes recrues du clergé. Avec l'esprit faux, ils ne seraient dans l'Eglise que des brouillons ou des fauteurs de désordre ; les plus droites intentions et la plus sincère piété ne les préserveraient pas des plus désastreuxécarts de conduite ; aussi les têtes mal équilibrées doivent-elles être écartées avec non moins de soin que les cœurs corrompus.
Que sera donc l'enfant choisi de Dieu sur qui le prêtre arrêtera son regard ? Il sera pieux, il goûtera les choses religieuses, il se plaira aux cérémonies saintes ; il aura une tenue honnête, un air franc et plutôt timide, une conduite irréprochable ; il sera resté
l'oi i\ NvvDin (ME i»F. iu)\s iMuVrniîs lO.'î
•«'•lran<;rr aux mauvaises r()Mii)a<^aiios et n'aura point conlraclc <riial)iludcs inquiétantes; il n'importe pas que sa famille soitri- <lio. pouiNu (|u'(lle soit honorable, laborieuse, plutôt libre qu'en (lomeslicité ; il s(M'a d'un fempéranient tempéié et non excessif, arlif. [)rèt au Iravail ol généreux au sacrifice ; d'iînc intelligence apte au\ éludes, très ouverte s'il se peut, il devra présenter un jugement pondéié, un bon sens qui soit impeccable ; son incli- Tialion vers le sacerdoce sera spontanée et personnelle, et nullement imposée par ses parents, surnaturelle, et nullement dictée par l'intérêt, persévérante, et nullement sujette à des variations ^contradictoires.
De telsenfants, manifestement marquésde Dieu, se rencontrent encore nombreux, surtout dans les pays de foi. On les trouve dans nos écoles libres; ils ne manquent point même dans nos écoles laïques. Il appartient aux prêtres de paroisse d'en augmenter le 'nombre, non point en les circonvenant par des assiduités près" santés — ce qui ne donne que des vocations artificielles et sans ])ro fondeur — mais en leur présentant tous les jours l'idéal d'une \ie sainte et heureuse — ce qui donne aux enfants la solide impression que le bonheur et la noblesse, ces deux causes déterminantes de toute vocation, sont plus assurés dans le sacerdoce que <laus toute autre carrière. Ce sont donc les prêtres eux-mêmes qui, par leur religion et leur vertu, font la conquête des bonnes vocations. Plus ils attireront d'enfants dignes du sacerdoce, plus il leur sera aisé d'écarter les indignes.
Cependant, qu'ils ne se hâtent point de prononcer un jugement définitif. Lorsqu'ils ne discernent pas clairement ce que vaut un enfant, qu'ils prennent du temps pour l'étudier. A cet égard, les écoles presbyléralcs présentent une ressource infiniment précieuse.
Dans quelques diocèses, ces écoles presbytérales ont une organisation régulière et officielle : un prêtre groupe dans son presbytère plusieurs enfants de la localité ou des localités voisines ; il les instruit pendant im an ou deux ; parfois il les reçoit chez lui comme pensionnaires, et le diocèse pourvoit à ses frais par
lOi LA VOCVTIO\
\w.o siilnonlioM IWen jiislifiôc. Ailleurs, les jeunes aspirants font leurs pieuiières classes chez leur curé ou leur vicaire : ils ne sont pas hébergés, mais giatuitenient instruits, chaque prêtre se faisant un (leNoir de rendre ainsi au clergé ce qu'il a reçu.
De quelque Taçon qu'elles fonctionnent, ces petites écoles cléricales retiennent un an ou deux le petit aspirant sous les yeux de son curé. Celui-ci peut l'étudier à loisir, et bientôt il le connaîtra à fond. S'il découvre en lui des instincts bas ou pervers, il le renverra au champ ou à l'atelier ; s'il n'y voit rien de limpide et de tout à fait rassurant, ou bien il le congédiera, ou bien il prolongera son épreuve ; il ne le dirigera vers le petit séminaire que s'il le connaît bon sujet, pieux, vertueux, loyal, intelligent.
Qui ne voit combien serait avantageux une telle sélection, faite dès le début? De quels frais inutiles les caisses diocésaines ne seraient-elles pas allégées? A combien déjeunes gens le déclassement ne serait-il pas épargné? Quelle édification régnerait, quelle haute éducation se donnerait, dans des séminaires désoimais peuplés par des sujets d'élite ! mais surtout que de douleurs seraient épargnées à l'Eglise, que de scandales seraient supprimés du clergé, si on n'engageait dans la voie sacerdotale que des vocations mûrement étudiées ! Xe serait-il pas urgent que tous les prêtres de paroisse fussent invités à mettre autant de prudence que de zèle dans le recrutement des vocations.
Et pourtant, si sages que puissentètrecespremiers choix, nous ne serons pas encore sûrement préservés du mauvais prêtre. Certaines natures, qui ont trompé le premier observateur, se révèlent au bout de quelques années ; d'autres, vraiment bonnes au début, se perdent durant le cours des études. De là, pour nos maîtres des petits et des grands séminaires, la dure mais inévitable nécessité de faire des éliminations,
l'OLIl n'avoir (H I. de IlONS l'IlÊTllES 105-
L'éclucalion dos cU' ics est ainsi iloublée d'un IjicngiaAO souri Autant elle est consolanio du côlé des enfaiils qui promettent un bel avenir, autant elle est troublante du côté de ceux qui inspilont de graves itupiiétudes. Car c'est une douloureuse angoisse pour des maîtres (jue d'avoir à prendre et à notifier une décision qui ferme les poites (\u sanctuaire à des jeunes gens résolus d'y rentrer. Et pourtant il n'est point de maison si bien tenue où de telles éliminations ne s'im})Osent.
Parmi les aspirants au sacerdoce on dislingue, en elTel, à côté des meilleurs sujets, trois sortes d'enfants qui ne peuvent avancer. — Les uns sont entrés au séminaire sans vocation; une vigilance plus attentive eut saisi dès l'abord les défauts qui les rendent indignes ; une fermeté plus courageuse les eut arrêtés sur le seuil ; aux maîtres du sén)inaire incombera la dure mission de les renvoyer au foyer paternel qu'ils n'auraient jamais dû quitter. — D'autres étaient venus avec de bonnes apparences ; mais, sous l'action un peu tardive de l'hérédité, leur nature s'est révélée toute autre qu'on ne l'avait pensé ; à mesure que leur tempérament s'achève, il s'accuse incompatible avec les obligations sacerdotales : chez celui-ci, la santé est insuffisante; celui-là est mou et insouciant, paresseux et sans ressort; tel autre est d'un caractère insoumis, etc. — Les autres, enfin, venus avec tous les signes d'un appel divin, ont perdu, chemin faisant, leur vocation ; leur valeur morale intérieure, ils l'ont dissipée ; l'attrait religieux qui les poussait in^ inciblcment vers Dieu, ils ne le sentent plus ; leur cœur ayant changé de fin, leurs pas doivent changer de voie.
De douze à vingt-quatre ans, un jeune homme traverse tant et de si redoutables crises, qu'il n'est point étonnant qu'un objet aussi délicat que la vocation vienne à sombrer dans la tempête. Crise morale, crise intellectuelle, crise religieuse : tels sont les-
<langcrs que courent, bien qu'à des degrés divers, tous nos jeunes aspirants au sacerdoce.
La crise morale se fait sentir la première, et d'ordinaire dès avantquinze ans. La nature, avec le mauvais forment qu'elle porte en son fond, suffirait à la provoquer ; mais des causes multiples peuvent en exagérer l'acuité. Des lectures dangereuses, des camarades pervertis, des affections sensuelles éveillées au séminaire ou rencontrées en vacances, les longues heures de l'oisiveté ou de la rêverie..., c'en est plus qu'il ne faut pour précipiter la crise morale. Tourmenté par les sens, dont il va peut-être devenir le honteux esclave, emporté par les désirs d'un cœur qu'il ne sait pas plus maîtriser qu'il n'a su le garder, dévoré par les tristesses de l'ennui, ce malheureux jeune homme, s'il ne s'attache pas à Dieu par la prière et s'il n'est pas soutenu par la main vigilante d'un am.i, sera bientôt la proie du vice et la victime d'habitudes tyranniques. Sous les dehors corrects mais tristes que voient ses maîtres, il cache une âme ravagée aux yeux de Dieu. Il n'entre pas dans notre plan de dire ici avec queJle promptitude et quelle tendresse les éducateurs doivent conjujer de pareilles crises. Remarquons seulement qu'elles tournent mal pour un grand nombre d'enfants, et qu'un jour viendra où le confesseur, ou même le supérieur, constatera qu'ils sont radicalement inaptes au sacerdoce.
Bien que les âmes innocentes ne soient point exemptes de tou te crise intellectuelle, ce sont pourtant les cœiirs entamés qui souffrent le plus ordinairement et le plus cruellement des épreuves <le l'esprit. Cette crise s'annonce par un sentiment d'universelle incertitude, comme si l'âme était subitement déracinée de toutes ses convictions. Bientôt le doute se fixe sur les questions vitales, qui intéressent le plus à fond les destinées humaines : on ne sait plus ni ce qu'on est, ni d'où l'on vient, ni où l'on va. Les idées les plus subversives exercent alors sur l'esprit une action séductrice ; le premier fantôme venu efface les plus solides vérités. Dans ce désarroi de la pensée, l'âme traverse de terribles angoisses et court de redoutables dangers. Que le jeune homme s'ouvre
l'ot u n'woiii ni i; i>i". itoxs i'uiVnu:s 1(17
^iliirs (lo sa pciiip iiiléiiourc, un mol d'un ca-ur aiiiiaiil cl d'une inlcIliiTonco paisiMo suffira pour le guérir. Mais s'il cache ses <l(Uil('s cl s"cii\cloppo de iiivslcic, SCS CDiiN iclioMs loud)ci(iMl une à nne, le scepticisme s'clahliia clie/ lui on maître, et loiscpic la mine intellectuelle apparaîtra, ce sera Irop laid i)Oui' la ré[)arer. Peut-on laisser passer des rlictoriciens ou des philosophes dont la foi est profondément ébrardée, sinon déjà totalement elfacée ? Ce sera les sauver, et du même coup sauver l'Eglise, ({ue de les arrêter à temps.
La crise religieuse n'est souvent que le fruit de la crise intellectuelle mal conjurée. Elle a débuté par des doutes sur la vérité chrétienne ; elle aboutit à une sorte de partage que l'esprit se permet dans les dogmes proposés par l'Eglise, gardant les uns, rejetant les autres. Une telle atteinte à la foi entraîne le dégoût des choses religieuses : la négligence ^rave des exercices personnels de piété et une aversion mar- ([uée pour les cérémonies du culte public en sont la conséquence. Quand un jeunehomme, faute de prière et de courage, se laisse entraîner par ces courants funestes, n'est-ce pas rem- ]>lir un devoir que de le retirer d'une voie pour laquelle il n'est plus fait ?
U y a donc, dans nos séminaires, des enfants et des jeunes ^ens qui, pour des raisons diverses, ne doivent pas avancer vers le sacerdoce. A tout prix, dès qu'ils sont reconnus indignes, notre devoir est de les écarter : devoir pénible, que nous devons accomplir avec sagesse et discrétion, mais avec courage.
La sagesse nous commande de procéder avec lenteur ; car nous serions inconsolables d'enlever à Dieu une seule âme vraiment appelée au sacerdoce. S'il y a des cas où l'indignilc est évidente, comme lorsqu'un jeune homme est dangereux tant au point de vue de la foi qu'au point de vue des mœurs, il se présente aussi des cas où nous hésitons, où une décision pressante ne s'impose pas. S'agit-il du dcfa'.it de talent, ne nous bâtons pas de juger : dès lors que le bon sens existe.
nous avons droit d'espérer qu'un développement de l'espiit permettra d'atteindre une science suiïisante. S'agit-il de fautes morales intimes, ne nous hâtons pas de conclure que la vertu ne s'établira jamais dans cette âme ; dès lors qu'il n'y a point de scandale, et que d'ailleurs nous constatons de vrais eflorts, quoique encore infructueux, attendons ; à la faveur d'une période de paix dans la sensibilité, les habitudes de maîtrise de soi pourront être contractées. En un mot, ne renvoyons nos jeunes aspirants que lorsque, le temps d'épreuve passé, nous avons la certitude morale qu'ils n'auront ni la vertu sufiisanle. ni la foi nécessaire, ni la science requise.
La discrétion demande que la notification du refus desOrdres soil faite par le ])ouvoir comjjétent. IVrsojine n'a le droit de se soustraire à la responsal)ilité qui lui incombe. Tantôt l'exclusion devra être prononcée pour des motifs d'ordre extérieur : insuffisance de talent ou de jugement, insoumission avérée et réfléchie, caractère intraitable, scandale et amitié sensuelle, présomption grave contre la fermeté de la foi...; le conseil des directeurs prend alors une délibération et le supérieur en assure la fidèle exécution. Tantôt l'exclusion relève du for intérieur cl doit être prononcée pour des motifs de conscience ; il appartient alors au directeur de juger prudemment et d'imposer sa décision comme un devoir strict, auquel le pénitent ne peut se dérober. Tandis que la décision du for externe est sans appel dans le séminaire où elle a été portée, le pénitent peut évidemment recourir à un autre confesseur pour faire contrôler la décision secrète qu'il a reçue. Mais qui ne voit avec quelle discrétion, quelle défiance de lui-même, le nouveau confesseur doit examiner le cas qu'on lui soumet?
Aux uns et aux autres, c'est-à-dire aux maîtres et aux confesseurs, le courage est enfin nécessaire pour affronter les difficultés qu'ils ont à vaincre pour prendre et maintenir leur décision. Ces diflicultés viendront du jeune homme, de la famille et des bienfaiteurs, de l'administration diocésaine peut-être, et plus encore des directeurs eux-mêmes.
l'Ol II n'wOIII QIE DE MONS IMUVfRES 109
Les jt'uiios gens alliiinoiil leur vocalidii contre l'autorité qui les congéilic. C'est au moment où on leur déclare qu'ils ne •Miiit pas (lignes, qu'ils conimencenl à se soucier de leur vocalioii. (( Je sens (jne Dieu m'appelle », disent-ils. Oui, le refus qu'on leur oppose aiguise leurs désirs et leur donne l'illusion (le l'attrait. Chez les uns, c'est l'effet d'un vrai mouvement de loi ; chez la plupart, c'est une pure question d'intérêt, parce que toute autre carrière que le sacerdoce exigerait d'euv des elTorts devant lesquels ils reculent. La décision ayant été mûrie, ce serait faiblesse que décéder àdes supplications tardives cl si intéressées. Faisons entendre aux jeunes gens qu'on ne les a pas jugés sur leurs désirs, mais sur leurs aptitudes, ({u'ils nont pas les qualités nécessaires pour alfrontcr les obligations sacerdotales, (ju'il leur sera préférable de se sauver dans le monde que de se perdre dans le clergé... La bonté nous portera d'ailleurs à leur faciliter l'entrée dans quelque carrière du monde proportionnée à leur éducation.
La famille nous livrera souvent un redoutable assaut. Elle ;n ait escompté la situation honorable du futur prêtre, et elle s'était promis d'en bénéficier. Que de rêves s'écroulent en un instant, et par le fait d'une décision dont elle ne comprend pas la justesse ! Encore si elle ne nous opposait (|ue des vues intéressées, notre embarras serait minime. Mais il se peut qu'elle nous reproche d'avoir trop attendu à la prévenir, d'avoir déclassé le jeune homme par des études qui n'étaient pas de sa condition, de l'avoir déconsidéré devant le monde par le port momentané de la soutane... Et comme de telles observations ne manquent certes pas de fondement, il en résulte pour nous l'impérieux devoir de ne point ajourner des décisions que nous pouvons prendre de bonne heure. Car nous avons à sauvegarder ces vies humaines que nous n'acceptons pas pour le sacerdoce.
Les bienfaiteurs à leur tour ont leurs exigences ; même lors- (ju'ils sont prêtres, la vive déception qu'ils éprouvent leur cache les motifs d'ordre surnaturel f[ui nous font agir. Tandis
qu'ils usent de tout le poids de leur influence pour modifier nos décisions, il nous appartient de faire appel à leur esprit de foi pour leur faire entendre que nous entrons dari^ leurs vues, et que nous ne rejetons leur protégé que parce qu'il n'eût pas fait honneur à leur dévouement.
Si l'administration diocésaine intervient, c'est alors qui les directeurs ont besoin d'une courageuse indépendance ytoxi suivre leur conscience. 11 est rare qu'un évêque déjuge les directeurs qui, dans nos séminaires, agissent en son nom; maiss'ii le fait, il est plus rare encore que son clergé en tire du profit.
Cependant, c'est encore contre eux-mêmes, que les directeurs des séminaires doivent le plus s'armer de courage. Linélimination est pénible à faire, elle attirera des ennuis, instinctivement, ils reculent devant une décision. Toute résolution coûte à la faiblesse humaine ; mais combien plus une telle résolution ! Aussi qu'arrive-t-il ? Au Petit Séminaire, tanl pour ne i)as entamer le nombre des élèves que pour échapper à l'odieux d'une exclusion, on renvoie au Grand Séminaire l'élimination de tous ceux qui ne sont pas scandaleusement indignes. Au Grand Séminaire, on attend, on espère que les sujets inférieurs sentiront leur indignité et s'en iront d'euxmêmes. Mais ceux-ci demeurent. Alors, ou bien ils passent ;i la fin, parce qu'on manque de faits assez graves pour les repousser toujours ; ou bien ils acceptent l'épreuve du service militaire, du professorat ou du préceptorat, et à la faveur d'un moment d'inattention de la part des maîtres, ils passent aussi ; ou bien enfin ils traînent quelques années avec l'habit ecclésiastique qu'ils exploitent et qu'ils déshonorent, et lorsqu'ils se résignent à rentrer dans le monde, ils n'y sont que misérables et déclassés. Qu'il serait donc avantageux aux jeunes gens et à l'Eglise, qu'il serait honorable pour nous, que nous osions prendre et exprimer, à l'heure convenable, la décision que devant Dieu les circonstances nous suggèrent !
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Depuis que lo sacerdoce ii"a d'alliails que pour les vocations désinlércssées. la sélection des aspirants s'opère spontanément : les bons demeurent, les indignes s'éloignent, les médiocres résistent peu. Aussi les éliminations sont-elles, d'ordinaire, assez aisées. Il en résulte que nos ordinands sont, à part de rares exceptions, sérieusement choisis, pénétrés de saintes dispositions, désireux de persévérer dans la grâce et d'accomplir leur tâche apostolique. Nous n'avons guère que de très bons prêtres le jour de l'ordination. Si donc, dans le cours de leur vie sacerdotale, plusieurs deviennent infidèles, leur déchéance ne sera pas le fruit d'un mauvais choix fait au début, mais une défaillance personnelle dans la grâce de leur sacerdoce.
Pour épargner à l'Eglise ce fléau du mauvais prêtre, il ne sulTit donc pas de bien choisir les jeunes et d'éliminer courageusement les indignes, il faut encore assurer la persévérance des bous. Grave problème que celui de la préservation des bons prêtres. Tandis que leur formation est assurée par des institutions solidement organisées, leur conservation reste encore livrée, parmi des tentations fort périlleuses, aux ressources et aux inconstances de leur propre volonté. Que ceux qui se maintiennent ne jettent point la pierre à ceux qui tombent : car les déchus sont plus malheureux encore que criminels, et la vertu des meilleurs est souvent moins faite de leurs efforts que des circonstances providentielles où ils se meuvent. La roule est si glissante, et si faibles sont les soutiens !
Quelle brusque transition du séminaire à la vie paroissiale ! Quoi de mieux abrité, quoi de mieux secouru que l'âme du séminariste ? Est-il rien de plus exposé, rien de plus abandonné que la vie du jeune prêtre ? Et c'est en un jour, en un clin d'œil,.
que le jeune prêtre passe ainsi de l'evtrème préservation à l'extrême péril. Hier, tranquille au port ; aujourd'hui, en butte à de violentes tempêtes.
Sa vie morale subit le premier assaut. A la sortie du séminaire, il se produit une soudaine détente de tous les ressorts <le l'âme ; heureuse d'échapper à la contrainte d'une règle extérieure, la volonté jouit de s'appartenir enfin et d'être à ellemême sa règle intérieure ; mais elle ne saisit pas d'abord que ielFort moral, facilité autrefois par l'entraînement de l'exemple, lui coûte maintenant et souvent échoue. Les premières et imperceptibles défaites de la volonté ébranlent sa force de résistance aux funestes influences du dehors. Lejeune prêtre devient d'abord la proie de son milieu : le milieu sacerdotal prend possession de lui : aussitôt son idéal s'abaisse ; il ne veut pas être autrement que les autres, ni plus mortifié ni plus travailleur, ni plus zélé ; la médiocrité n'est plus pour lui un objet d'effroi. En même temps le monde le fascine, par les relations al)sor]jaatcs qu'il lui présente, par les jouissances bourgeoises <[u'il lui procure, par les affections amollissantes dont il l'enveloppe : bientôt il vit, non j)lus seulement hors de sa chambre <'t de son presbytère, mais surtout hors de son propre cœur. C'est alors que la chair, depuis longtemps domptée et soumise par la mortification et la prière, lentement s'éveille et fait par degrés sentir ses exigences : elle se plaît au bien-être de la table, au sommeil prolongé, puis aux conversations féminines, et cnfinaux rêveries malsaines des longues heures d'oisiveté, ellereciicrche dans les livres la mauvaise pâture d'une imagination délirante et avide, jusqu'à ce que les sens révoltés la précipitent <lans la fange. Et encore la chute a été si lente qu'elle .se produit sans secousse et ne cause point de réveil moral. Que les «ircoiistances s'y prêtent et la crainte même du scandale sera f^ans empire sur une volonté ainsi désemparée. Pour sauver ce pauvre prêtre eût-il donc fallu l'arracher à son milieu, le soustraire aux séductions du monde, le délivrer de sa propre chair/ jN'on ; car il ne devait pas fuir le péril, mais vaincre le péril.
roi II n'aVOIU QIE DE UONS rUÊTUES 1 13
II fallait (|iie sa volonté (Vil uiio place foiic iiiNiolablc ; il l'allail (1110, ]mv la prière et le travail, il j^ardàt la maîtrise de soi et la facilité de l'eirort victorieux. La tentation n'a pénétré chez lui que parce que sa faiblesse morale a ouvert des brèches dans son ame.
Après l'assaut de la volonté vient l'assaut de la pensée. La volonté a trop de part dans nos convictions pour que ses défaites ne compromettent pas la fermeté de notre esprit. Ce n'est pas que les défaillances morales aboutissent fatalement aux défaillances intellecluelles, mais elles y préparent en les rendant plus pernicieuses. Tant que le cœur est seul malade, une rigoureuse médication ])cut le guérir ; mais, si l'espritlui-même est atteint, il ne reste plus aucune partie saine pour réagir, et les remèdes qu'on applique restent d'ordinaire sans efficacité. Hélas ! le prêtre n'est point à l'abri de cette douloureuse épreuve. Elle le frappe d'autant plus violemment, qu'il est moins immunisé contre le mal. II a grandi dans un milieu si renfermé, qu'il n'a rien vu, rien lu, rien entendu, il n'a jamais senti dans sa foi le moindre malaise ; aussi lorsque tout à coup les questions se posent devant lui, et souvent sous leur plus mauvais jour, son âme tombe dans une pleine obscurité, et il sent tout appui solide se dérober sous ses pieds. Hélas ! il y a peut-être des ruines secrètes sous d'irréprochables apparences. (^)uelle horrible contradiction, que l'existence reste liée à des mystères que l'esprit ne croit plus! De ce que la conscience évite de tirer au clair une telle situation, l'état n'en est pas moins anormal pour le prêtre et dommageable à l'Eglise. Dieu veuille qu'une étude loyale et une intense piété ramènent cette âme dans la vérité, dans la vie et dans la paix !
Si, par la grâce de Dieu, la foi reste entière et la pensée sereine dans la plupart de nos prêtres, il n'en est pas un qui échappe à un troisième assaut, que nous appellerons la crise du caractère. Certaines âmes en subissent le premier choc dès la sortie du séminaire ; dans les plus bienveillantes, le contact des hommes n'exaspèrequeplus tardivement la sensibilité. La vie réelle nous
coNiniBinioN A l'kducation des clercs. 9
apporte de grandes déceptions ; elle nous montre les hommes indiscrets, parfois méchants, rarement fidèles quand il leur en coûte, toujours égoïstes et prêts à nous sacrifier à leurs intérêts ; pour notre dévouement nous n'avons recueilli que de l'ingratitude, pour notre affection que de la froideur ; certains actes de nos confrères nous ont apparu sous de noires couleurs de trahison ; nous avons cherché en eux des secours, et, suivant le mot de l'Ecriture, au lieu d'appuis nous n'avons trouvé que des roseaux aigus qui nous ont percé la main. En face de ces amères surprises, nous eussions été forts si nous avions pu noii'^^ sufQre ; mais nous ne savions point nous contenter de Dieu an dedans de notre conscience, nous avions trop peu de vie intérieure et personnelle, pour nous rendre indépendants des jugements et des procédés des hommes ; nous nous sommes trouvés lâches et faibles devant les assauts d'une si décevante réalité. Notre naïveté s'en est étonnée; notre susceptibilité s'en est t'*mue ; notre caractère s'est graduellement aigri ; notre enthousiasme est tombé, et notre courage a été abattu. Le découragement a brisé notre zèle ; et, résigné à ne plus faire que notre service obligatoire, noiis nous sommes retranchés dans la misanthropie ou répandus dans la dissipation et le jeu.
Tels sont bien les écucils où sombrent les bons prêtres. Ceux qui y trouvent la mort, sont le petit nombre, je le veux bien ; mais ceux qui s'y blessent, ceux qui s'y rendent inutiles, combien sont-ils ? Au lieu de supputer ici les éléments d'une douloureuse statistique, cherchons plutôt les moyens de sauver les bons prêtres de ces redoutables périls.
Puisqu'il est impossible de supprimer le danger, nous devrons armer le cœur du prêtre et lui ménager des protections efficaces, afin qu'il le traverse sans dommage.
Le moyen par excellence est assurément d'armer le cœur du prêtre, de lui donner un vigoureux tempérament intellectuel et moral : des âmes chétives périront infailliblement dans cet air empesté du inonde ; les âmes fortes, prudemment préservées, I)Ourrout sans crainte lalfronter. Or, cette puissance intérieure
POl II n'aMIIR que de 1K)NS l'nÉlilES iWt
<Jc rôsislancc, c'est lôdiicalion qui la donne, de sorte que le problème de la pcrsévéïance des prêtres se résout en une (jucsliou deducalioii cltMicale. C'est donc aux séminaires fiuil appartient, par une l'orle trempe, de rendre les âmes invulnérables. Aussi les éducateurs de prêtres seront-ils astreints, plus que tous les autres, aux deux grands devoirs qui s'imposent à tout éducateur soucieux de sa mission.
Le premier devoir est de ne point laisser grandir les enfants au hasard comme des herbes sauvages, mais de les cultiver ■comme des plantes précieuses qui promettent une riche moisson de fruits. C'est dire qu'il faut s'en occuper et les suivre avec autant d'intelligence que de zèle. Et si excellente que soit la •direction générale donnée aune maison par les avis généraux, les lectures spirituelles et les instructions, elle est insuffisante. Chaque individualité doit être prise à part, chaque cœur doit être façonné suivant ses aptitudes et ses besoins. Le supérieur, le professeur, mais surtout le directeur de conscience, y vaqueront avec un paternel dévouement ; et cette direction intime •devra s'exercer depuis le petit Séminaire jusqu'à la fin de la formation sacerdotale. On s'attachera d'abord à connaître •chaque sujet, pour découvrir ses ressources, ses tendances, ses défauts ; l'enfant apprendra de son maître contre quelles passions il doit se tenir en garde, sur quelle pente il pourrait glisser vers sa perte ; sous sa conduite, enfin, il s'exercera à puiser dans la piété et le commerce de Dieu les grâces nécessaires, puis à maîtriser ses tendances et à repousser les tentations du -dehors. C'est au directeur qu'il appartient de soumettre l'âme du jeune clerc à la séduction de l'idéal moral, de l'animer chaque jour à remporter des victoires par l'effort moral, de déposer en son cœur le puissant ressort moral qu'est l'esprit de foi.
Le second devoir du maître est de développer la personnalité de son élève : devoir infiniment délicat et souverainement méconnu. Beaucoup d'éducateurs ignorent tout de la personnalité ; plusieurs trouvent plus simple de l'étouffer; très peu .sont assez habiles pour en guider le développement.
Il paraît avantageux, à première vue, de supprimer la personnalité ; l'enfant ne verra rien, ne lira rien, ne saura rien : jamais son esprit ne se troublera d'ombres qu'il ne voit point ilottcr sur la doctrine enseignée, jamais ses curiosités indiscrètes n'embarrasseront le maître de questions épineuses ; de même, l'enfant sera réduit, par une autorité impérieuse, au rôle d'automate qui accomplit mécaniquement l'action pour laquelle il est monté ; jamais ses initiatives ne donneront d'inquiétudes, jamais ses désirs ne mettront en échec la souveraine volonté du maître. Mais, tôt ou tard, la personnalité se réveille ; on ne l'annihile pas pour toujours. Que ses détentes sont alors redoutables ! Une pensée qui se débride est sujette à tous les écarts; un cœur qui se libère tombe vite dans la licence. Cette âme était en léthargie ; quand la vie se ranime, elle ne sait point se maîtriser, elle suit aveuglément ses instinctives poussées. C'est une éducation manquée, puisqu'on n'a ni provoqué ni gouverné la vie.
11 s'agissait, au contraire, de présider à l'éclosion de la personnalité. 11 fallait apprendre à l'enfant qu'il est une personne humaine, et lui révéler tout ce qu'un tel litre contient de dignité et de responsabilité. 11 fallait lui remettre son âme entre ses mains, et le guider dans le premier exercice de ses facultés. Puisqu'il a une volonté, principe d'activité morale, son obéissance sera parfaite si elle devient une action joyeusement accomplie ; en dehors de l'obéissance, ses initiatives seront encouragées, sagement redressées quand elles dévieront, franchement applaudies quand elles seront sages et bienfaisantes. Son intelligence est de même une puissance active ; qu'elle agisse donc sous le contrôle du maître ; que, non contente d'enregistrer des idées toutes faites, elle soit provoquée à réfléchir et à s'exprimer ; qu'elle soit mise en face des écueils où elle pourrait un jour faire naufrage, afin d'apprendre à les tourner ; que sa curiosité s'éveille ; qu'elle aime à s'alimenter de lectures bien conduites; qu'elle exerce et développe son aptitude au travail, afin qu'un jour les recherches intellec-
roi II >'AV()m Ol K DE BONS l'UÊTRES H7
luollos l'absorhont ol la pivserveiil. La \\q sociale, à son tour, iloit être dirigée et non coni primée, car le prèlre n'est pas desliiié à fuir les lionuues, mais il doit saintcnioiit converser avec eux et les gagner à Dieu : son éducation doit donc développer en lui l'habitude des convenances humaines et l'art de prendre les âmes par les œuvres de zèle.
Qu'on nous donne des prêtres j\ personnalité bien accusée, qui ne se fassent point sottement gloire de rompre avec la discipline, mais qui aient à cœur de grandir et d'utiliser toutes leurs ressources dans la ligne du devoir : ces prêtres, affranchis de l'esclavage des hommes, maîtres de leurs facultés et de leurs tendances, traverseront sans chutes les périls, et creuseront bien avant dans les peuples le sillon du bien.
Quoique le grand secret de sauver le prêtre soit de le rendre intérieurement assez fort pour qu'il se sauve lui-même par la grâce de Dieu, ce n'est pas à dire qu'il faille négliger les moyens extérieurs qui peuvent le protéger et le soutenir. Si quelques hommes d'élite sont capables de se suffire, la plupart ont besoin d'être secourus : ce sera leur avoir donné le secours opportun que de les encadrer et de les occuper.
Le soldat bien encadré garde son rang au plus fort du combat : ce n'est pas que ses voisins le retiennent par violence, mais ils lui mettent de la vaillance au cœur. De même les administrations diocésaines se préoccupent à juste titre du milieu où elles jettent le prêtre ; elles ne le déplacent point comme un pion sur un damier, mais, se souvenant que c'est un homme riche de certaines ressources et alïligé de certaines faiblesses, elles lui choisissent le cadre vivant où ses ressources seront le plus sûrement mises en œuvre et ses faiblesses le mieux neutralisées. La sagesse des placements importe donc souverainement au prêtre qui ne saurait pas s'aiTranchir des influences extérieures : dans un milieu sacerdotal pieux et zélé, il se conservera ; parmi des hommes légers et peu soucieux de leur devoir, il se fût perdu.
D'ailleurs, le prêtre lui-même, défiant de sa faiblesse, doit se créer le cadre moral dont il a besoin. Il le fera par le choix d'un bon confesseur, qu'il prendra parmi les prêtres les plus éclairés et les moins timides : trop souvent les prêtres ne trouvent point dans leur confesseur un vrai guide ni un ferme appui. Outre son directeur de conscience, le prêtre aura des amis : je ne dis pas des camarades avec lesquels il joue^ mais des frères bien aimés avec lesquels il cause, dans le cœur desquels il déverse ses peines, près desquels il dissipe ses ennuiset ses chagrins, qui aient le courage de le reprendre s'il s'égare. 11 lui sera bon, enfin, de s'agréger à quelque confraternité sacerdotale, de sorte qu'il soit tenu de rendre régu-' lièrement compte de ses exercices de piété, de ses heures de travail, des obligations de son ministère.
Nous ajoutons que les prêtres doivent s'entendre pour envelopper de leur charité le confrère dont ils craignent la chute. Au lieu de l'abandonner, au lieu de le compromettre en publiant ses imprudences, que l'on crée autour de lui une chaude atmosphère d'amitié. Vae soli ! Le prêtre isolé a tout à redouter de lui-même et du monde : qu'on l'entoure donc. Le prêtre sans amis sera la proie facile de toute affection sensuelle qui passera sur son chemin ; qu'il sente donc que ses confrères l'aiment, et il échappera aux dangers que crée la solitude du cœur.
Mais ce n'est pas assez d'encadrer le prêtre ; il faut qu'on l'occupe. En dehors de ses exercices de piété, il lui reste de longues heures de loisir. Qu'en fera-il ?
Les occupations normales du prêtre sont l'étude et les œuvres de zèle.
Qui ne connaît les bienfaits de l'étude ? Elle chasse l'oisiveté,, elle préserve de la tentation, elle lire l'âme des sens et l'élève vers Dieu, elle enrichit l'esprit, elle honore le clergé, elle arme les défenseurs de la foi. Mais comment donner l'amour de l'étude? Comment faire travailler le clergé paroissial? Toutes les tentatives officielles, examens, conférences..., semblent
rorn n'avoiu qi k dk novs I'kétrks ll'J
avoir t'clioué. C'est un liop n^ros prf>hlrnio pour rpio nous l'abordions aujourd'hui. Disons scidotuont (pi';') nolro avis \c prôln^ no trouvora dans le travail inlcllcrlucl un siir ahii ot un profit réol. cpio s'il a pris dos lial)ilu(los ot dos nuHliodos i\o travail porsonnol durant son éducation cléricale.
Quant aux œuvres de zèle, affaires paroissiales, visites à domicile, soins des malades, catéchismes et prédications, organisations de fêtes, etc., elles absorbent aisément les loisirs du prêtre entièrement livré à son devoir. Que si des heures trop lonf^uos lui restent encore à dépenser qu'il prolonge sa prière devant les saints Tabernacles, cl qu'il traite avec le Maître les intérêts de son anie et le salut do ses paroissiens. Ce fut la méthode du curé d'x\rs, et elle se trouva bonne. La prière, d'ailleurs, n'est-elle pas le souverain préservatif du prêtre? '
' Une controverse récente sur la l'ocation sacerdotale a provoqué, le 2 Juillet 1012, une décision de Rome, qui met hors de toute contestation les trois points suivants :
1° Neminem habere iinquam jus iilhim ad ordinalionem antecpdenter ad liberam electionetn Episcopi.
2° Condilionem, qiiœ ex parte Ordinandi débet attendi, qnœque Vocalio sacerdotalis appellatur, nequaqaam consistere, saltern necessarlo et de lege ordinaria, in interna quadum adspiratione subjecti seu invitamentis Spiritus Sancli, ad saccrdotiiim ineandiim.
3° Sed e contra, nikil plus in Ordinando, ut rite vocetur ab Episcopo. requiri quam rectam intentionein simul cuin idoneilate in iis gratise et naturœ dotibus reposita, et pcr eani vitœ probitatem ac doc trime sufficientiam comprobata, qux spcm fundalam faciant fore ut sacerdotii mnnera rectc obire ejusdemque obligationes sancte servare queat.