LA PIÉTÉ, PRISE EN ELLE-MEME, EST UNE COMMLMON A DIEU
Considérée dans ce qu'elle a de plus intime, dans son essence même, la piété est, disons-nous, une communion à Dieu. C'est à dessein que nous employons le terme de communion plutôt que celui d'union. Car l'union est principalement un état, tandis que la communion est proprement une forme d'activité. L'union est l'état de repos en Dieu, de jouissance de Dieu, en vue duquel l'âme travaille : la communion, au contraire, est l'activité que l'àme déploie pour arriver à Dieu, pour posséder Dieu, pour jouir de Dieu. Cet effort intérieur que comporte la communion est justement ce que nous appelons Ja piété.
La piété, ardente, active, ambitieuse par nature, aspire donc
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•il se {U'iU'lrcr (II- la \ ic iiiriiic ilc Dieu. Kllc ne l'ait du rcslc, <lans cclciroil, que n'-poiidii" au\ iin italioiis dixiiics en même k'iiips qu'aux besoins pressants de l'ùme. Que l'àme ait besoin de la vie de Dieu, c'est ce dont elle est avertie par ses propres désirs et surtout par ses défaillances. Mais cette faim de Dieu, si vive (pi'elle soit, sera-t-elle contentée? Dieu se fcra-l-il le pain de notre pau\reté {)Our relever notre faiblesse?
La IV)i nous apprend que, non seulement Dieu nous olfre sa Aie, mais (ju'il nous commande d'y participer; que, non content de nous ouvrir ses trésors, il nous ordonne d'y puiser ; que •c'est trop peu, pour sa munificence, de nous avoir donné la vie naturelle, image lointaine de la sienne, mais, qu'il nous presse de prendre part à sa vie la plus intime, la plus réelle, la vie surnaturelle.
C'est ce qu'il nous déclare en maints endroits de l'Ecriture, principalement dans les Evangiles et les Epîtres, où il va jus- (ju'à dire que nous sommes k associés à sa nature divine' >> divinœ consortes naliiree, et aussi par les écrits des Pères, des théologiens, et des grands ascètes, qui prennent à tàclie de nous éclairer sur ces « infusions » de la vie divine eu nous, accordées aux saintes aspirations de la piété. Aussi la piété estelle représentée, tantôt comme cette ascension de la sève, qui monte du tronc jusqu'aux rameaux de la vigne, tantôt comme cette course du sang qui s'élance du cœur à travers les artères pour aller nourrir tous les membres, tantôt comme celle succion avide de l'enfant qui, les lèvres appliquées au sein de sa mère, y absorbe le lait qui fait sa vie, tantôt — pour prendre un langage plus moderne — comme ces puissances élévatoires qui vont chercher dans les profondeurs du sol les eaux dont, à la surface, pourront s'alimenter tous les êtres vivants. Toutes ces images, où nous voyons une activité qui puise la vie dans ses sources, nous représentent la piété mettant en œuvre toutes les facultés de l'âme pour attirer la vie de Dieu et en prendre
« Il Pclr., I, 4.
possession. C'est avec raison que nous disons toutes les facultés : caria piété doit remplir de la \ie divine et l'esprit, et le cœur, et la volonté du chrétien.
Tout d'abord l'esprit doit, par la piété, se remplir de la vie <lc Dieu. Or celte présence de la vie divine dans une intelligence humaine se reconnaît à deux signes : on y trouve la pensée habituelle de Dieu, et on y reconnaît les pensées mêmes de Dieu.
La pensée habituelle de Dieu est la preuve la plus évidente qu'une àme aspire à Dieu et que déjà elle commence à le posséder. Dès ce début, et à mesure qu'elle se fortifie, cette pensée est douce et apaisante, bienfaisante et féconde.
Au temps de l'ancienne loi, la pensée de Dieu était déjà moins un objet de terreur qu'un sujet de consolation, u Goûtez, dit le Psalmiste, et voyez combien le Seigneur est doux' ». Sous la loi nouvelle, où la peur de Dieu n'existe plus, la joie que sa pensée procure est bien rendue par ce mot de saint Bernard : « 11 n'y a point de penser plus doux que Jésus, Fils de Dieu. Ail cogilalnr dulcius quarn Jésus Del Flllus* ». Aussi voyons-nous des âmes fatiguées par le travail ou abaissées par le péché chercher dans la pensée de Dieu présent un repos, un abri, leur pardon.
Elle n'est pas moins féconde qu'apaisante. Car à une àme abattue par le découragement, il suffit de la pensée de Dieu pour recouvrer la vaillance ; à un cœur épuisé par le travail, il suffit de la pensée de Dieu pour recouvrer la force ; à une conscience dégoûtée du bien par la pratique du mal, rien n'est plus efficace que la pensée de Dieu pour faire renaître le goût et le besoin de l'idéal moral.
' Gusiate et videte quoniam suavis esl Dominas. Ps. xxxiii, 9. * Oflice du Saint Nom de Jésus, hymne.