IDÉE GÉNÉRALE DE LA I'IÉTÉ
Mais la jxmisc'c de Dieu ii'csl |)as loiijours égalcuKMil facile ; ;usi't à ocilaincs j^mmis. elle ost jxMiiblc à d'autres ; loulc spotilaiiée à corlaiiK's épiuiucs de la \\q, elle semble fuir à certaines ;uities. Au siMuinaice, dans les débuts suiioul, elle est aux clercs feiNents une délicieuse cousolalion ; dans le ministère sacerdotal, au milieu du monde et dans les occupations encombrantes de la \ie, elle demande de grands efforts qui restent souvent infructueux.
D'où \i(Minent ces (Hlférences ? Dire cpie la facilité est un don de Dieu et la difficulté une épreuve d'en liaul, ou 1/ien (pic la facilité est une récompense de notre application et la difficulté un châtiment de notre dissipation et de notre négligence, c'est assurément, pour l'ordinaire, exprimer une vérité ; mais cette vérité reste superficielle, et elle suffit rarement à ramener la facilité de la pensée de Dieu. Pour remédier au mal dont soutï'rent les àmcs qui cherchent Dieu et le sentent fuir toujours, il est utile d'entrer plus avant dans l'analyse de l'esprit humain.
Notre pensée jaillit tout naturellement des images qui ont pris possession de notre àme. Si, dans cette âme, il y a une image prépondérante qui s'impose par sa continuité et son éclat, la pensée qui en émane sera fixée à demeure dans l'esprit : c'est ce qu'on observe dans l'homme d'affaires qui poursuit un gain; dans l'homme de lettres (jui compose un écrit; dans l'homme de sciences que tourmente un problème ; il y a l'unité <lans la pensée, parce qu'il y a l'unité dans l'objet qui a saisi l'àme. Si, par contre, une àme n'est possédée par aucune image prépondérante, si elle ressemble au miroir indilï'érent •<iui réfléchit à tour de rôle tous les objets qui passent, sans en retenir aucune empreinte, la pensée sera flottante, changeante, •dépouvue de toute unité : c'est ce qu'on peut observer dans les 4imes dissipées et curieuses qui courent après toutes les nouvelles et recherchent tous les spectacles ; dès lors qu'il y a instaibilité dans les images successives, il ne peut y avoir ni unité ni stabilité dans la pensée.
130 LA riÉTÉ
De ce qui précède il est aisé de conclure sur quoi doit porter l'cfFort, qui assurera la continuité de la pensée de Dieu. Fermez les portes de votre âme à toutes les images futiles et inutiles, fuyez la curiosité qui peuple l'esprit d'impressions multiples et distrayantes, en un mot, retirez-vous et mortifiezvous ; puis, au milieu des affaires qui s'imposent à vous, fussent-elles ordonnées au Lien de la religion, ne fuyez pas assurément le devoir qui vous y attache, mais ne vous y appliquez pas de telle sorte que l'empreinte en soit en vous trop profonde, et que leur image prenne en vous une prépondérance capable d'effacer la pensée de Dieu; enfin recourez à tous les moyens les plus aptes à fixer et à faire régner en vous la pensée de Dieu, recherchant la solitude où il habite, goûtant le silence où il se révèle, vous nourrissant des pages sacrées où il parle, conversant a>ec lui dans toutes vos difiicultés...
Cette pensée de Dieu revêt, suivant les caractères, des formes diverses : tantôt c'est Dieu lui-même qu'on se représente ; tantôt ce sont les traits, plus à notre portée, du Dieu fait homme qui nous saisissent ; tantôt c'est l'un de ses mystères, comme celui de la Passion, qui nous obsède ; tantôt ce sont les saints, et principalement la Vierge, qui l'incarnent pour nous et le rendent sensible aux regards de notre àme. Tous ces courants de dévotion sont bons, parce que tous fixent en nous la douce et féconde pensée de Dieu.
Le second signe auquel on reconnaît que, par la piété. Dieu a pris possession de l'esprit, c'est qu'on y découvre les pensées mêmes de Dieu.
L'homme livré à lui-même n'a pas les pensées de Dieu. 11 y a même opposition entre ce que Dieu pense et ce que l'homme pense sur les principaux objets de la vie. C'est que l'homme, depuis la dépravation du péché originel, subit les suggestions des sens et des passions, qu'il prend souvent pour sa raison, au lieu que Dieu, fidèle à lui-môme, suit les inspirations de sa pensée éternelle, à laquelle la raison de l'homme, pour être elle-même, devrait se conformer toujours.
lUV.E GÉMatVI.K l>i; I. V l'IlViÉ i31
11 Y a liDiii points principaux, où, en praliquo, les pensées (les hoinincs dillèienl des pensées de Dieu, et où, par la piété, les pensées des lioninies se leclilicnt pour s'iijnsler aux pensées de Dieu.
Tout d'ahord les lioninies recherchent les plaisirs ; ils les licnnent pour des biens réels ; ils estiment heureux ceux qui en jouissent et infortunés ceux cjui en sont privés ; ils ne tra- \ailleut que pour les multiplier; chaque fois qu'ils le peuvent, ils s'enivrent de leurs prétendues délices. Ce n'est pas ainsi que Dieu pense des plaisirs. S'il est vrai qu'il faut à l'homme, pour agir, une certaine somme de joie qui le soulève, cette joie n'est pas dans les j)!aisirs sensibles : aux yeux de Dieu, ces plaisirs sont dégradants pour le corps et pour l'àme, et le devoir de l'homme est de les sacrifier pour procurer la libre ascension de son âme vers le bien. C'est pourquoi les saints, s'attachant à cette pensée divine, ont toujours méprisé et foulé aux pieds les jouissances de la terre, et plusieurs, dans la crainte d'être pris par leurs appâts, se sont livrés aux macérations les plus capables d'éteindre tous les désirs mauvais de la sensualité.
En second lieu, les hommes estiment les honneurs ; ils recherchent avidement le premier rang ; ils veulent paraître, être loués, tenir les premières places, exercer l'empire sur leurs semblables ; par là, ils croient étendre leur être et lui donner plus de dignité et de perfection, aussi se livrent-ils entre eux à des combats acharnés pour occuper plus de place, et surtout la première place, dans le monde. Ce n'est pas ainsi que Dieu pense des honneurs ; il n'a que des menaces et des paroles sévères pour ceux qui recherchent les premières places ; il nous répète cent fois dans les Ecritures que la gloire est vaine, qu'elle est trompeuse, qu'elle prépare les pires ruines ; il a pris pour son lot, en se faisant homme, l'humilité, la vie cachée, puis l'opprobre, l'ignominie, le mépris des hommes. C'est pourquoi les chrétiens, qui sont les vrais sages, se pénétrant des pensées divines, aiment mieux travailler que paraître.
servir qu'être ser^is, être oubliés qu'exaltés, être foulés aux pieds plutôt que d'être flattés et portés au premier rang ; ils s'inquiètent de toujours plus être aux yeux de Dieu, mais ne se mettent pas en peine d'être glorifiés aux yeux des hommes.
Troisièmement enfin, les hommes font grand état de la richesse et redoutent par-dessus tout la pauvreté : les uns, parce que l'éclat de l'or flatte la basse convoitise de l'avarice ; les autres, et c'est le })lus grand nombre, parce qu'il n'y a que privation et déshonneur pour la pauvreté, au lieu que la richesse procure le plaisir et l'honneur. Aussi avec quelle âpreté on poursuit la fortune ! ({uc de veilles et d'efforts fait accepter l'amour de l'argent ! que de haines, que de divisions, que de combats engendre la soif de l'or ! Quelle paix, au contraire, régnerait parmi les hommes, quel bel ordre réglerait le travail humain, si les hommes avaient sur la richesse et la pauvreté les pensées de Dieu ! L'Ancien Testament, après avoir exprimé ses préférences pour une modique aisance, nous dit : « Et si par hasard les richesses affluent dans vos mains, gardez-vous d'y attacher votre cœur ' ». Le premier mot de Jésus-Christ dans son sermon sur la montagne est pour glorifier la pauvreté : « Bienheureux les pauvres en esprit parce qu'à eux appartient le royaume des cieux ' ». Pour ceux qui veulent des conseils de perfection, il ajoute : « Allez, vendez tout ce que vous avez, donnez-le aux pauvres, et suivez-moi ' ». Nous savons comment les saints, se conformant a ces pensées divines, se sont comportés à l'égard des biens de la terre, comment ils s'en sont dégagés et comment, libres de toute entrave, ils se sont élancés dans les voies de la perfection.
Voilà donc ce que la piété, en communiant à Dieu, puise dans le sein de Dieu ; voilà comment elle enrichit l'âme des
• Diviliœ si affluant, nolite cor apponere. Ps. lxi, il.
* Beati pauperes spiritu, quoniain ipsorum est regnum cxlorum. M.vtt., v. 3. ' Vade, vende quœ habes, eldn paiipcriijus..., et veni, sequerc me. Matt., \ix, 21.
lOKE r.ENKnvi.E i>i: i.v 1'ii:ti:
plus liantes inspiialioits morales ; >oilà (•oimiienl elle eiii|)lil rfsj)iil (le Ihomine des lucilleurs dons de riiilelligcncc di\iiie.
En même temps (pi'elle appelle Dieu dans l'espiil, la piété en péiièlie et en fait vivre le conir. L'acte propre du cœur est d'aimer : aussi la piété fait-elle aimer Uieu.
Sous l'ancienne loi, la peur de Dieu était si naturelle à l'homme qu'Israël disait à Moïse : u Que Dieu ncnousparle point de peur ([ue nous ne mourions* » . C'est pourquoi Dieu avait dû écrire comme premier article du Décalogue sur les tables du Sinaï : u Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton Ame, de toutes tes forces" ». Quelle chose étrange (lu'il faille faire de l'amour de Dieu l'objet d'un commandement? Sous la loi nouvelle, le commandement demeure: « Maître, dit un Scribe, quel est le premier commandement? » et Jésus lui répond : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu : voilà le premier et le plus grand des commandements'. » Cependant ce n'est plus la crainte qui relient l'homme, mais seulement l'indifTérence du cœur et la sécheresse d'àme produite par la multiplicité des aiTaires.
Néanmoins les hommes n'ont pas tous besoin qu'on les sollicite à l'amour de Dieu par un commandement. Ceux que la piété anime s'y élancent spontanément ; ils n'attendent pas qu'on leur crie : « Aimez donc » ; entraînés par leur propre cœur, ils sont trop heureux de savoir qu'ils peuvent aimer Dieu. En eux, la religion ne produit pas seulement la crainte, le respect, la vénération, la dépendance à l'égard de Dieu ; la religion crée l'amour.
• Non loquatur uobis Dominus, ne forte moriamur. Exod., x\, 19.
• Dilifies Dominuni Dctini tuum ex loto corde tuo, et ex tota anima tua, et ex tota fortitudine tua. Dcvit., m, .^.
3 Mogister, quod est mandatuni ntagmim in leije ? Ait il H Jésus : nili<jes Doniinum Deuin tuum... Hoc est maximum, et primum mandatum. Matï.,xxii, 30-38.
13i i>\ PIÉTÉ
Cet amour de Dieu, fruit de la piété, s'attache à Dieu et l'embrasse pour le posséder. Et pour tout résumer en trois mots, l'âme éprise de Dieu aime ce qu'il est, aime ce qu'il aime, aime ce qu'il veut.
Et d'abord, la piété fait aimer Dieu toi qu'il est, bon etgrar.cl tout ensemble, justement parce qu'il esta la fois grand et bo;i. Elle ne redoute point ses grandeurs, sa magnificence, son immensité, sa toute puissance ; car elle a besoin de l'admirer pour l'aimer : sentiment très naturel au cœur de l'homme, qui voudrait toujours la perfection dans l'objet de son amour. Si l'âme sentait son Dieu limité par quelque endroit, elle ne le trouverait plus digne d'elle, puisqu'alors il ne la dépasserait plus infiniment. Séduite par la grandeur, elle est captivée par la bonté ; elle semble même oublier que Dieu est grand, et elle ne veut plus savoir qu'une chose, c'est qu'il est bon. Elle ose alors approcher de lui et lui découvre ses faiblesses, ses aspirations, ses besoins. Il est son seul vrai confident ; il n'y a qu'à lui qu'elle dit tout : (( Je suis si fragile..., je suis si tentée..., j'ai si souvent et si gravement péché..., j'ai tant de peine à rompre ces maudits liens..., je suis si seule et si facile à surprendre..., je suis si lasse de souffrir l'humiliation, l'abandon,
la douleur , j'ai si grand besoin d'un Sauveur..., Seigneur,
ayez pitié de moi ! » Dans ces colloques intimes, l'amour seul inspire la prière.
Elle aime, en second lieu, tout ce que Dieu aime; car son cœur se met naturellement à l'unisson du cœur de Dieu. Voilà pourquoi ses affections deviennent si hautes, ses sentiments si purs, ses tendresses si délicates. Dans le ciel, elle aime la Vierge Marie et les Saints qui ont mérité d'être les plus proches de Dieu ; sur la terre, elle aime les hommes, tous les hommes, parce que Dieu les aime tous, malgré leurs infidélités, parce qu'elle voit en tous l'image de leur Créateur. Mais, parmi les hommes, elle a une particulière inclination vers les âmes pieuses, où Dieu règne en maître ; vers les pauvres et les petits, parce que Dieu les regarde d'un œil compatissant : vers les
iDri: (iiiNKii VI i: m; i.\ l'iiVii'; 135
inisérablos cl (oiis rciix (|ui smilTiwMil, paire (m'ollo los voit assooiôs à la Passion do .K'-sus-Ciiiist. Dans !<> nioiulc moral, rllo aime la paiiN ictr, elle ainic riiiiiii i lilr cl la \ ic caclicc, elle aime les privations et la morlilicalion, parce (pi'cllc sait que son Dieu en lail irraïul état. Elle n'a pas besoin d'y déployer nn grand cITorl ; il Ini suffit de suivre le courant de sentiments (pic la présence de sou Dieu crée en elle.
Kiifin, elle aime ce c(ue Dieu veut. Mais pour l'aimer, elle <!oit vouloir avec Dieu mcmc. Cela suppose la prise de possession de la volonté liuniaiiic par la piété : c'est ce que nous .;nons déjà signalé comme son troisième fruit.
Le triomphe de Dieu dans une Ame n'est complet que lors- <iu'il a coiupiis la volonté. La piété achève donc son œuvre Lorsqu'elle fait aimer et pratiquer la volonté de Dieu. Lorsqu'elle est profonde et sincère, elle va jusque-là : elle dompte, <^lle assujettit la volonté de l'homme. Elle lui fait accepter ce (jue Dieu veut, tantôt sous forme de résignation à la douleur, tantôt sous forme d'obéissance aux commandements, tantôt sous forme de zèle pour la propagation du règne de Dieu.
Il ne faudrait pas croire que la résignation soit d'un médiocre mérite. Il serait injuste de la prendre pour une sorte de vertu passive, qui ne sait que se taire sous le coup de l'épreuve. Elle suppose, au contraire, une force d'àme peu commune. Si on y regarde de près, ni l'effort de l'obéissance, ni la dépense d'activité sur un champ d'apostolat, ne sont comparables à l'acceptation silencieuse et généreuse de la douleur. Vous avez été humilié par une parole piquante, par la révélation d'une faiblesse, par une infâme calomnie, par un sanglant outrage qui vous a été jeté à la face ; la colère vous monte au cœur, le sang bouillonne dans vos veines, vous allez tirer vengeance de l'affront reçu : mais, tout à coup, la pensée de Dieu surgit dans votre âme, l'image du crucifié couvert d'opprobres vous apparaît, une voix
iiilriiouro NOUS commande d'arrêter voire Ijras prêt à frapper; aussitôt, si c'est vraiment Dieu qui lèg^ne en vous, le frein puissant de la résignation suspend tout désir de vengeance, et vous acceptez, parce <jne Dieu le veut, de porter devant les hommes celle tache qu'imprime à la nature l'humiliation reçue. Il en est de même dans la souffrance physique, dans les peines morales, dans ce sentiment d'annihilation et de lente décomposition d'êtreque donne la maladie ; il en est de même dans les privations, dans les revers de fortune, dans les insolubles préoccupations d'une pauvreté sans issue, dans l'échec des projets les plus sagement combinés et des ambitions les plus légitimement nourries. . . 11 appartient à la résignation d'adoucir les aigreurs del'àme, d'arrêter la plainte sur les lèvres, de créer la patience et l'abandon ;"i Dieu dans de telles tribulations. Mais cette résignation est surhumaine ; elle n'existe que là où Dieu lui-même la produit ; et Dieu ne la produit que dans les Ames où il a été attiré par la piété.
L'obéissance, bien que plus aisée que la résignation, a cependant son mérite. Vouloir ce que Dieu veut, accepter loyalement tout ce qu'il commande, faire abstraction de ses vues personnelles et de ses propres désirs pour se soumettre à ce que Dieu ordonne par lui-même ou ses représentants, c'est une abnégation qui coûte à notre orgueil et qui humilie notre amour-propre. Néanmoins l'Ame en qui Dieu réside par la piété n'hésite pas à faire le sacrifice de sa volonté personnelle pour embrasser la volonté de Dieu. Elle ne renonce pas précisément à son vouloir ; mais, maîtresse de son vouloir, elle le conforme à celui de Dieu. Elle veut, elle veut fortement, elle veut avec intiéjjidilé, et c'est pourquoi elle ne perd rien de l'intégrité et de la noblesse de sa nature ; mais elle veut ce que Dieu veut, elle veut ce que Dieu lui commande, elle veut ce que Dieu lui conseille, elle veut ce qui est le plus en harmonie avec les desseins connus de Dieu, et c'est ce qui fait le mérite de son obéissance.
Quand enfin Dieu demande à l'Ame chrétienne la dépense de son activité pour l'extension de son règne, elle est prête à tout donner pour que son Dieu soit plus connu, et plus aimé, et
ii>i;io CKNKiivi.K ni: i. v i'iktk 137
iiiioux so|•^i. \-l-('ll<> des i(\ss<)iiitcs d'argoiil, elle y puise nbon- (liimmcnt pour les hmi\ res. frardaiit à pciiic riiulispcnsablc pour sa suhsislaïuo. A-t-cllo ihs Ikmiks libres qu'elle puisse consacrer à (les Iravauv craposlolaf. an lieu de les consumer dans nu repos iiiaclifou dans des jouissanc<\s même hoimèlcs, elle les consacre enllèremenl à dt^s ctmm i(\s ([ui profilent à la gloire de Dieu. Est-elle libre de sa personne, nullement retenue par des liens de famille oud'alTaires, elle renonce volontiers à son indépendance et à toutes ses aises pour s'enrôler dans la troupe fervente des apôtres de Jésus-dlirist. Ainsi se consomme en elle la conformité de sa volonté à la volonté de Dieu.
C'est donc le propre de la piété de s'emparer de toutes les puissances de l'Ame pour les soumettre à Dieu. Lorsqu'elle communie à Dieu, la vie que la piété puise en Lui devient donc une force agissante, qui conquiert toute l'àme et en fait un fidèle instrument de la volonté de Dieu.
l\ riété, considékée dl dehors, est un ensemble d'exeuciges HELIGIELX.
Le terme de piété, qui signifie par lui-même une communion à Dieu, est souvent pris pour désigner les exercices qui préparent et consomment cette communion.
Les exercices de piété ont une double fin : pour les âmes ferventes, ils sont un moyen d'exprimer les sentiments d'amour dont elles sont pénétrées : pour tous les chrétiens, ils contienent l'aliment dont la piété doit se nourrir pour se développer.
11 y a, en effet, des Ames d'élite pour qui les heures consacrées à la piété sont l'heureux temps, où il leur est permis de déverser leur cœur dans le cœur de Dieu. Certes, elles sont fidèles à leurs devoirs d'état ; elles ont si bien mis leur volonté en harmonie avec la volonté de Dieu, qu'elles se feraient un scrupule de dérober la moindre minute à leurs travaux : affaires, soins
\ 38 LA PKTÉ
fie la famillo, tâches quotidiennes à fournir, études à faire, etc. Mais parmi des occupations qu'elles accomplissent si consciencieusement, leur C(Tîur, épris de Dieu, ne se désoccupe jamais tout à fait de lui ; il aspire aux instants de liberté où il pourra converser seul à seul avec lui ; il tient en réserve des sentiments dont il lui tarde d'offrir à Dieu la brûlante expression. L'heure venue, lorsque la rencontre de l'àme avec Dieu est enfin possii>le, l'âme s'enferme avec lui dans une sorte de solitude intérieure, l'écoute dans la lecture, le prie dans l'oraison, se repose en lui de tous ses travaux. Ce colloque intime n'est jamais trop long parce qu'il ne fatigue jamais.
A des âmes de cette trempe, pour qui la présence de Dieu est si aisée, il n'est pas besoin de rappeler l'obligation des exercices de piété ni d'indiquer les méthodes à suivre. Le mouvement qui les y porte est si spontané et si puissant, ,qu'il suffit de veiller à ce que ces âmes n'y consument ni leurs forces ni leur temps ; car, souvent, l'excès de leur zèle nuirait à leur santé ou à leurs devoirs d'état.
La Vie des Saints nous en offre de nombreux exemples : 710US y voyons des jeunes gens angéliques comme saint Louis de Gonzague et saint Stanislas de Kosta, des vierges ferventes comme sainte Catherine de Sienne et sainte Madeleine de Pazzi, ne povn'oir se désoccuper de Dieu. Mais, sans rechercher dans le passé, en regardant seulement autour de nous, ne rencontrons-nous pas dans nos séminaires, dans les noviciats religieux et jusque dans le monde, des âmes privilégiées qui <ispirent vers Dieu ardemment, qui le cherchent avidement, pour qui les exercices de piété, loin d'être une corvée, sont un bienfait, qui y prennent occasion d'exprimer leur amour pour Dieu sans avoir besoin de les nourrir.
Cet élan spontané vers les exercices de piété n'est pas le fait du grand nombre. A la plupart des chrétiens il faut rappeler la nécessité des actes religieux pour entretenir leur foi, leur espérance et leur amour.
Il est d'expérience, en effet, que la religion d'une âme, même
IDKi; (.ÉNÉKM.K DK I. A l'IlVlÉ i'.V.)
LUI (lop^rc OÙ elle dcviciil la piélé, tombe iji.sensiblemeiil, si elle n'est aliiiieiitéc. Dans un foyer, le feu ne dure pas indéfinilueiil ; il baisse el il s'rteinl. à mesure qu'il consume ses pioxisions ; pour l'entretenir, il faut lui donner régulièrement son aliment. Ainsi en est-il de la religion, à quel([ue degré qu'elle vive dans une àme. S'agil-il de la religion trop rudimentaire, bêlas ! du paysan, de l'ouvrier ou de l'bomme du monde, elle périra lentement, si elle ne se soutient par des prières quotidiennes, par les offices du dimanche, par la confession et la communion annuelles. S'agit-il de la religion ])lus développée et plus profonde d'un prêtre, d'un religieux, d'un séminariste et d'un novice, d'une personne adonnée à la piété dans le monde, elle languira d'abord, puis elle périra tout à fait, si elle ne renouvelle constamment sa flamme dans les exercices quotidiens et autres que l'ascétisme chrétien a si sagement institués.
Aussi entendons-nous les saints, les maîtres de la vie spirituelle, les directeurs d'àmes nous rappeler sans cesse la nécessité des exercices de piété : tantôt ils nous disent qu'à les négliger on tombera vite de la ferveur dans la tiédeur, de la tiédeur dans le péché, du péché dans la damnation éternelle ; tantôt ils nous donnent ce grave avertissement, que le seul mépris de l'oraison peut entraîner la perte éternelle de notre àme ; tantôt ils nous rappellent ce proverbe que, <lans la voie du bien, « ne pas avancer c'est reculer », et que celui qui ne veut pas déchoir doit faire effort sans ces^^e vers plus de perfection. Ces maximes sérieuses ne sont pas réservées pour les cloîtres, elles sont aussi bien faites pour le monde. Elles doivent être expliquées en chaire devant tous les fidèles, mais encore plus dans les groupements particuliers de nos œuvres ; les mères chrétiennes, les enfants de Marie, les jeunes gens de nos patronages ont besoin de les entendre. A tous il faut répéter fréquemment cette parole : <( Si vous négligez la mesure d'exercices de piété qui a été jugée nécessaire pour vous par votre directeur, vous perdrez votre
\ U) LA l'IKTÉ
Ame )). El il ii'ost (luc trop vrai hélas ! que les âmes négligentes' perdent leur \erlu d'abord, puis l'espérance de leur salut, lorsqu'elles s'éloignent graduellement de Dieu.
Nous distinguerons deux sortes d'exercices de piété ; les exercices privés durant lesquels l'âme chrétienne traite ses affaires avec Dieu, seule à seulet suivant la méthode qui revient le mieux à son tempérament ; les exercices publics, qui se font avec la communauté des chrétiens et dont la méthode est réglée par la sainte liturgie.
Les exercices privés sont ])rincipalement de trois sortes : les lectures ou entretiens, les prières ou oraisons, les examens de conscience.
Les leciiires ou entreliens tiennent le premier rang, parceqii'ils sont, pour l'àme fidèle, l'enseignement de Dieu. L'âme ne peut rien créer d'elle-même, elle ne peut que combiner dans ses méditations des notions déjà accjuises. Mais ces premières notions d'où jaillit la lumière sj)irituelle, elle a besoin de les puiser dans les réservoirs où Dieu les a déposées pour elle. Ces trésors des pensées divines, de connaissance religieuse, de sentiments chrétiens, lui sont ouverts dans les livres et les entretiens de piété. Et il ne suffît pas d'y avoir participé même abondamment une première fois, par exemple durant dos années de séminaire ou de noviciat ; elle doit, toute sa vie durant, revenir à ces chères sources de lumière et de savoir religieux, afin d'y renouveler ses réserves. Aussi a-t-on raison de considérer la lecture spirituelle, prise dans son sens général, comme essentielle à la vie de piété ; il est impossible qu'une âme goûte l'oraison et s'y adonne fidèlement, si elle ne s'alimente de saintes pensées par la lecture. Et l'expérience ne montre que trop avec quelle rapidité la prière s'éteint dans une âme que la lecture ne régénère pas.
Pour l'ordinaire, c'est dans les livres qu'on cherche cet aliment
lUKE GÉNÉIIVLE DE I.A l'iÉlÉ lit
s;i(ir (le l'cspi il ; CM les ciiliclinis spii iliicls, si supri irms (pTils ^Minit ;ui\ livics |)ar Iciii- iiilluencc, soiil (lop rares pomrlie Icims coiuuu' le pain (piotidicii. Il faudra donc aimer el pialicpicr les livres. Mais (jiiels livres ?
Le premier de tous est la Bible, (pii nous préseiile la propre parole (le Dieu, el, dans la Bible, avant tout l'Evangile. C'est pourquoi on ne saurait trop louer la pralic[uc qui consacre chacpic jour un leinj)s important à la lecture des })ages sacrées ; on ne saurai! niieuv se remplir des pensées de Dieu. Nous conseillerions ensuite la lecture de la I7t' des Sainls. On sait cpielles merveilles elle opéra dans saint Augustin et dans saint Ignace de Loyola ; c'est cpi'on y trouve à la fois la doctrine et l'exemple, la science spirituelle qui éclaire et la force de l'evcmple (jui entraîne. Viennent ensuite les innombrables livres de spiritualité ; parmi eux, un choix s'impose et l'on ne doit retenir que les excellents.
Parfois nous avons entendu dire avec insistance que la règle à sui\re dans ce choix était la suivante : « Ne prenez que des livres signés par des saints canonisés. » Si on appliquai! crlle règle absolue, ce serait se limiter et se priver d'une façon très fâcheuse. A part les Exercices de saint Ignace et la Vie dévote de saint François de Sales, qui sont de tout premier ordre, les meilleurs livres sont rarement signés par des saints canonisés : 1'/milation, le Combat spirituel de Scupoli, les Examens parliculiers de Tronson, la Perfection chrétienne de Rodriguez, la dnide des Pécheurs de Grenade, la belle pléiade des grands mysti(iues des bords du Rhin au xiv' siècle, la belle floraison épanouie auxxvi* et xvir siècles, et plusieurs productions des temps modernes, sont très dignes de notre attention et contiennent pour noire piété un aliment très fortifiant et souvent même succulent.
La prière est aisée aux âmes que la lecture a remplies des pensées de Dieu. Qu'elle jaillisse sur les lèvres comme prier-' vocale, ou qu'elle se consomme dans le cœur comme prière mentale, toujours elle est Iffcri réel et spontané d'une àme qui a le sentiment de son besoin et la connaissance de la bonté divine.
Ce serait une dangereuse tentation que de suspendre la prière vocale pour ne s'adonner qu'à la prière mentale. Si prononcé que soit notre goût pour l'oraison et pour les colloques intérieurs avec Dieu, il ne faut rien supprimer des pratiques vocales. Celles-ci sont à l'oraison ce que sont à la flamme les tisons du foyer ; la flamme vaut mieux que les tisons, mais les tisoas sont indispensables à la flamme, si bien que, les tisons usés, la flamme tombe fatalement. De même, l'expérience n'a que trop montré comment certaines âmes, très élevées d'abord en oraison, sont peu à peu tombées dans le dégoût de tout commerce avec Dieu, parce que, sous prétexte de plus de perfection, elles avaient fait taire en elles la voix des prières vocales.
Une fois éveillée et enflammée par la prière vocale, l'âme pieuse se livre avec fruit à la prière mentale. Encore ne se laisset-elle point aller au hasard de ses impressions ; elle a eu soin de limiter le sujet de son entretien avec Dieu, soit par la considération de quelque pressant besoin du moment, soit par une lecture faite dans quelque livre spirituel. Jamais elle ne va à son Maître sans avoir préparé ce dont elle traitera avec lui.
Que ce mode de prière soit excellent, qu'il soit le tout-puissant levier qui soulève les âmes au-dessus de leurs insignifiances ou de leurs péchés, que ce soit une arme invincible contre la tentation et un moyen infaillible de progrès dans la perfection,, c'est ce que nous révèlent, et avec les plus graves raisons, tous les maîtres de la vie spirituelle. Aussi l'oraison entre-t-elle à juste titre dans le programme de vie de tout prêtre et de tout religieux. Pour le même motif, les directeurs de conscience tentent sagement d'en faire pénétrer l'usage parmi les personnes qui s'adonnent à la dévotion.
Mais les examens de conscience sont la conclusion obligatoire de tous les exercices privés. Ils ont toujours été pratiqués dans l'Eglise; mais personne ne les a plus mis en honneur que saiat Ignace de Loyola.
Ils ont un double objet. Tout d'abord, il^ ramènent l'âme sur ses exercices de piété, et l'obligent de considérer comment
IDÉE giîm';ii\i.i: dk i.v pikié 14.1
elle les accomplil : ils si^iialciil les lu'gli^t'iircs, ils in.iniiit'iil les iléfcctuosilés, iiiriiK» les iinoloiitaircs. ils stimulent à mi(Mi\. faire. Ea second lieu, les exauieiis de conscience oui surloul lia but moral. Nous n'allons pas à Dieu dans la piélé princii)alement pour en jouir, mais pour devenir meilleurs par sa grâce : c'est pounpioi nous \ prions pour corriger ce défaut. j)Our acquérir celte vertu, pour développer notre zèle et notre dévouement. Or qu'advieul-il de tous ces bons désirs? Quel fruit tirons-nous de ces prières? Avec quelle fidélité observons-nous les résolutions prises ? Autant de questions auxquelles répondent les examens de conscience.
Celui qui néglige les examens de conscience ne sait rien de ce qui se passe en lui-uième ; car ses yeux toujours ouverts sur le dehors ne voient pas au dedans. Dès lors son âme est comme une terre abandonnée que son maître ne visite pas ; les mauvaises herbes y poussent librement et y étoufTent les bonnes moissons ; les êtres venimeux y circulent à l'aise et menacent d'y établir leur demeure. Malheur à celui qui néglige d'examiner sa conscience ! 11 se perd d'autant plus vite qu'il ne se rend pas compte du péril.
Il est vrai que les examens de conscience régulièrement pratiques imposent un grand elTort moral ; même si l'on ne s'astreint pas à noter, par écrit et jour par jour, ses défaillances, il en coûte néanmoins de se replier sur soi-même pour s'étudier et voir agir. Mais le résultat en vaut la peine. L'heure et le lieu de l'examen de conscience importent peu, pourvu qu'il soit pratiqué en fait chaque jour au même lieu et à la même heure. De même la méthode employée peut varier d'une âme à une autre pourvu que chacune garde fidèlement celle qu'elle a choisie.
Outre les exercices privés, la piété s'impose la participation aux exercices publics ou offices de l'Eglise. Elle s'y rend fidèle».
d'abord parce qu'ils sont commandés, et ensuite parce qu'ils sont nécessaires.
L'Eglise, en efTet, ordonne que, chaque dimanche et certains jours de fête, les fidèles se réunissent dans les lieux saints pour entendre la parole de Dieu et s'adonner à la prière commune. Par là elle ressaisit périodiquement rinduence sur son peuple, s'assure qu'il demeure et progresse dans la vérité religieuse.et dans les pratiques chrétiennes, renoue les liens de charité qui doivent unir en une même famille les membres du corps du Christ. Plus une àme est attachée à Dieu par la dévotion, plus elle a de zèle pour ces réunions fraternelles.
D'ailleurs, l'Eglise n'en fait un devoir (pie parce que ces ■exercices publics sont nécessaires. Ils constituent ce qu'on appelle le culte social, le culte rendu par la collectivité. Dieu l'exige, parce qu'il a droit à la voix de tout le peuple ; devant lui. les hommes sont comme une puissante unité, celle de l'humanité, les groupements humains de même. L'hommage qu'il attend de ces grandes unités, il le reçoit par les exercices du culte public, lien résulte aussi pour les individus un entraînement nécessaire. Dans ces rendez-vous de religion, la foi de chacun s'affermit par le spectacle de la foi des autres, la ferveur de chacun se ranime par le contact de cœurs qui brûlent de la même flamme. Les âmes les plus pieuses ellesmêmes gagnent beaucoup dans ces assemblées de prières ; leur <lévotion est sujette à se ralentir, lorsqu'elle est livrée à ellemême, au lieu qu'elle se réchaufTe, lorsqu'elle traverse ces foyers de vie chrétienne entretenus par l'Eglise dans les offices publics.
Mais les exercices communs de religion n'ont toute leur valeur et ne produisent tous leurs effets que s'ils sont accomplis suivant l'ordre établi par l'Église. Cet ordre est réglé par la liturgie. C'est donc dans l'amour et dans la pratique de la litur- :gie sacrée que les fidèles bénéficieront le plus du culte public. Loin de nous la pensée de blâmer les réunions extra-lilurgi- <[ues, comme les pèlerinages, les assemblées de mission, les
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cérôinoiiies propres à roilniris j,'r(Mipomoiils, etc. Ce sont autant d'excitants de reli^àcMi, (|ui portent les plus heureux fruits. Les ànies (pii y j)rennent part y trouvent, jiour l'onlinaire, j)lus de goùl parce ([u"il s'y rencontre plus d'iuiprévu et de spontanéité cpie dans les ofïices lilur;,n(pi(>s. Très salutaiies en eu\mènies, ces exercices peuvent être, de plus, considérés comme tine préparation aux actes mêmes de la liturgie.
Mais il faut qu'ils y conduisent et non pas (pi'ils en détournent, car c'est la liturgie qui contient et règle la vie religieuse proprement dite. La liturgie émane de la sainte Eglise ; celleci, en nous la proposant avec l'autorité d'en haut dont elle est revêtue, nous dit : (( Pliez ainsi, car c'est ainsi que Dieu veut qu'on le prie ». Dieu ne pouvait pas abandonner l'homme à sa faiblesse et à ses caprices dans ses rapports avec la divinité. Et de même que Jésus, fils de Dieu, ayant rassemblé des disciples, fit de la prière l'objet de sa première leçon, ainsi l'Église, poursuivant son œuvre, met au premier rang de ses fonctions sacrées celle de diriger la prière des fidèles en créant et en surveillant la liturgie.
C'est pourquoi les prières composées et proposées par l'Eglise pour les offices liturgiques sont si supérieures à toutce qui est sorti de l'initiative privée. Quelle supplication peut-on comparer aux oraisons que dit le prêtre à la sainte Messe ? Quelle préparation à la communion, écrite de main privée, fut jamais aussi riche de doctrine, et aussi expressive de sentiments élevés, que les prières récitées par le prêtre au canon de la messe? Quel cantique de composition purement humaine égalera jamais, par la dignité et par la ferveur, les proses, les hymnes et surtout les psaumes de la liturgie? Rien de petit ni de mesquin dans tout ce que l'Eglise fait passer sur les lèvres de son peuple réuni. Il n'y a pas d'assemblée, si majestueuse et si imposante soit-elle, qui ne se sente dépassée par la grandeur du Te Deuni ou la puissante envergure du Credo. Quand l'Eglise groupe ses fidèles, elle ne les abaisse donc point par des fadaises, mais elle les élève toujours par des formules sublimes.
CO.NiniBUTION A l'ÉDUCATION DES CLERCS. Il
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L'ordre établi par l'Eglise clans ses offices ne présente pas moins de dignité que ses prières. Que tout y soit décent, de bon ton, inspiré par le respect, non seulement par le respect qu'on doit à Dieu, mais aussi par le respect que les fidèles se doivent les uns aux autres, c'est ce qui apparaît tout d'abord dans la propreté et le rangement des objets du culte, dans la tenue et les démarches des ministres sacrés, dans les moindres lignes que comportent les cérémonies. Car tout est prévu ; rien n'est livré au hasard, ni à la capricieuse inspiration de chacun. Cependant l'ordre ne réside pas seulement au dehors ; il pénètre les offices eux-mêmes. Au lieu d'être une suite inarticulée de prières qui s'entassent sans s'enchaîner, les offices de l'Eglise sont tous des organismes vivants. Il est aisé de s'en convaincre en étudiant de près les deux exercices auxquels participent d'ordinaire les fidèles : la messe et les vêpres. La messe surtout présente une unité parfaite dont le sacrifice par la consécration du pain et du vin, est le centre. On s'y prépare de loi», on s'en approche peu à peu, la prière s'émeut à mesure qu'on y touche, toutes les âmes se recueillent au moment où le sacrifice s'accomplit ; une fois en possession de la victime immolée, on se dispose à y communier, et, la participation une fois faite, le prêtre avec le peuple exprime sa joie par l'action de grâces. Il n'y a donc point deux choses dans une messe, mais une seule ; c'est un organisme qui vit, qui se meut, qui avance; qui a ses membres, qui a son cœur, d'où vient toute l'impulsion, en un mot, c'est un tout parfait.
C'est ainsi que l'Eglise a le don, par la liturgie, de nous créer des offices qui ne sont pas moins riches d'intérêt que de grâces. Ces offices doivent nous être chers plus que toutes les autres formes de la vie religieuse. Nous devons estimer que c'est faire œuvre néfaste que de les supprimer ou de les mutiler en quoi que ce soit, sous prétexte de plaire au groupement des fidèles que nous dirigeons. Sur tous et principalement sur les jeunes gens, les offices religieux exercent une influence profondément salutaire. Aussi, quand nous les conduisons, sur
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Torilrc de l'Kj^liso, à la sainte Messe, ne les détournons pas de la messe par des cantiques ou des lectures qui les distrayant, mais, au contraire apprenons-leur à suivre les moindres actions du prêtre et à suivre la raessc avec lui. De même lorsque, pour l'exercice du soir, nous leur faisons chanter les Vêpres, que ce soit bien les ^'êp^es de l'Eglise et non pas des vêpres de notre composition, tronquées et défigurées par notre caprice. En accomplissant ainsi l'ordre établi par l'Eglise })Our la prière publique, nous sommes assurés de mieux ouvrir les âmes au vrai esprit religieux.
Lorsqu'il est réuni pour l'office public, le peuple chrétien profère tout haut sa prière. Cette voix commune sera-t-elle émise suivant le goût et le caprice de chaque assistant ? Ce serait alors le désordre et la confusion. De même que l'Eglise a réglé les paroles qui seront dites, elle règle le ton sur lequel elles seront prononcées avec ensemble. Elle harmonise toutes les voix en une par le chant liturgique.
Œuvre des siècles chrétiens, fait de l'apport religieux de chaque génération, le chant liturgique a ce double caractère qu'il est adapté aux paroles qu'il énonce et aux fidèles qui prient. En effet, les modulations du chant sacré suivent de si près les paroles et expriment si exactement leur sens, que l'on conçoit à peine que ces prières puissent être dites par le peuple sur d'autres modes. Le chant d'église n'est pas moins adapté à la capacité et aux besoins du peuple. A part quelques pièces plus ornées, exécutées par des chantres, les mélodies sont si simples que les âmes les plus frustes et les enfants les ont vite apprises.
C'est en vain que des virtuoses de la musique, même des artistes de marque, ont tenté de remplacer le chant liturgique. On sent que leurs compositions ne sont que juxtaposées aux formules sacrées, qu'elles ne sont pas pénétrées de la même âme, qu'elles ne les incarnent pas. De plus, elles ne sont pas populaires ; l'assistance les écoule, distraite, mais n'y prend aucune part.
C'est pourquoi l'Eglise nous ramène avec une insistance inlassable à l'usage du chant liturgique ; elle commande d'en fouiller les traditions, d'en vérifier les meilleui's textes, pour les imposer dans les offices publics. Dociles à ses ordres et à ses indications, gardons-nous donc de substituer des chants fantaisistes à ceux que nous propose l'Eglise. Dans les offices liturgiques, mettons du scrupule à faire chanter par le peuple toutes les formules de louanges ou de prières qui doivent être proférées par la voix populaire.
Aucun de ces moyens propres à entretenir la piété privée ou collective ne doit être tenu pour une chose petite et négligeable. Quelque vile que puisse paraître parfois la matière des barreaux de l'échelle qui unit la terre au ciel, tons, en réalité, sont d'un prix inestimable, puisque, à mesure que le pied s'y pose, nous nous rapprochons de Dieu.
s II I.a valeur sociale de la vie contemplative
Il y a présenlcmciit une crise de la vie contemplative. Celte ^ie d'union à Dieu dans la prière cachée et d'immolation de soi-même par le sacrifice obscur n'est plus en honneur comme par le passé.
Deux faits, d'ailleurs inrpiiétants, en sont la preuve.
Le premier est la diminution progressive des vocations contemplatives. Les cloîtres se recrutent avec peine : un grand nombre sont en souffrance. Leur population ne sort plus des mômes milieux qu'autrefois : les sujets de condition ordinaire et de culture seulement moyenne y sont plus aisément admis. Et que d'obstacles ne faut-il pas vaincre, avant de franchir le seuil de ces austères maisons? S'il a toujours fallu se résigner à de douloureuses déchirures de cœur pour y entrer, du moins il n'y avait pas, jusqu'à ces derniers temps, à réfuter des arguments d'ordre intellectuel qui se donnent pour de très solides motifs d'opposition. Aussi voit-on des influences même religieuses élever des barrières sur le chemin des couvents où l'on se livre à la contemplation.
Le second fait est la facilité avec laquelle des chrétiens, même parmi les plus apostoliques, omettent les exercices de piété et de pénitence, c'est-à-dire la part de vie contemplative que comporte leur existence vouée à l'action. Cette négligence suppose chez eux une mésestime, irréfléchie mais réelle, de la prière et du sacrifice. En s'agitant, ils pensent travailler,
plus utilement que par l'oraison et l'immolation, au salut desâmes. S'il leur restait du temps, ils prieraient bien ; s'il y avait en eux un surcroît de forces, ils se mortifieraient bien. Maisil:> manquent de temps et de forces ; afin d'économiser pour les âmes, ils dérobent à la prière et à la mortification. Tel est, du moins, le calcul des meilleurs ; car il n'est pas question ici des faibles qui se négligent par simple manque de volonté.
A peine est-il besoin de signaler les dommages graves qui, pour l'Église, résulteront de celte tendance.
Les monastères, lentement, se videront. Faute de vocations, on verra s'éteindre ces ardents foyers de vie religieuse, où des âmes de choix, par des immolations librement consenties, s'épuraient et se consumaient dans les flammes de l'amour divin. L'Église perdra ainsi ses joyaux les plus précieux, le.s institutions les plus touchantes de son histoire, la preuve la plus tangible de la puissance morale du christianisme. De l'iiorizon humain aura disparu le grand exemple de l'abnégation poussée jusqu'à l'héroïsme.
En même temps que la prière se taira dans les cloîtres, elle deviendra plus rare et moins fervente sur les lèvres des fidèles ; car, si ceux qui donnaient le ton de la supplication ne sont plus là, comment se fera l'unisson des voix, qui produira l'entraînement des cœurs ? De môme, si nous n'avons plus sous Icà yeux le spectacle de la mortification pratiquée sans merci, qui arrêtera nos égoïsmes dans la recherche des jouissances où sombre notre vie morale? Or un christianisme sans prières et sans sacrifices ne serait plus le christianisme de l'Évangile : à supposer que le culte extérieur demeurât encore, ce ne serait plus qu'un paganisme, puisqu'il serait sans action sur la vie. Une société religieuse où l'on ne prierait plus, où l'on ne se mortifierait plus, cesserait bientôt d'être vivante, puisque les aliments qui seuls peuvent la faire subsister lui seraient enlevés.
Le mépris de la vie contemplative, c'est-à-dire de la prière et de l'immolation de soi, va donc plus loin qu'à la suppressioa