‹ Contribution à l'Education des ClercsChapitre 19 sur 60 · FOI ET PIÉTÉ · texte numérisé non relu

FOI ET PIÉTÉ

œuvres de charilé et d'assi^^lancc ; à l'éganl de Dieu, elle s'affirme par la piété et la vertu : la piété qui cherche la possession de Dieu, la vertu qui assujettit l'iiomme à la volonté de Dieu. De ces ellets divers de la loi, le premier, le plus spontané, le plus reconnaissahle est la piété : la piété qui adore, la piété qui aime, la piété qui invoque. L'homme pénétré d'une vive foi est d'abord un homme qui prie : il prie dans son cœur, et sa prière a besoin de s'épancher au dehors.

Aussi la piété est-elle avec raison considérée comme le signe et la mesure de la foi. Cet homme prie, donc il croit ; il prie souvent et avec ferveur, donc il est animé d'une foi vive. Dans ces termes, la règle n'est pas douteuse.

Mais a-t-on le droit de dire : sa piété se ralentit, donc sa foi baisse ? Ou encore : il ne prie plus, il n'a plus de piété, donc sa foi a péri ? Sous cette forme al)solue, la conclusion sonnerait faux. Pour la mettre au point, il y a lieu de distinguer les deux éléments de la foi : l'élan de l'âme et l'objet auquel elle adhère.

Lorsque la piété baisse, il n'est pas douteux que l'élan de l'âme croyante baisse dans la même proportion. Lorsqu'on ne prie plus, où peut-on discerner le mouvement d'ascension de l'âme? Mais il n'est pas rare que, la piété étant comme éteinte, l'objet de la foi demeure encore intact devant les yeux de l'esprit, et qu'on déploie même un certain zèle très sincère pour en conserver l'intégrité, on dirait alors un foyer où le feu dort sous la cendre : il est du moins facile d'en ranimer la flamme.

11 arrive aussi hélas ! que, faute d'activité de la part de l'âme, le dépôt de la croyance soit mal gardé par l'esprit et que, sous les coups de la tentation, de fatales atteintes soient portées à son intégrité. Aux heures funestes où circulent des erreurs séduisantes, il est à remarquer que, dans le trouble général qui s'empare des âmes, celles qui prient se sauvent par leur piété, celles qui ne prient plus sont victimes de leur inertie intérieure. Yoilà de quelle sorte on peut dire que la foi est exposée à périr dans les âmes qui ont perdu la piété. On comprend dès lors,.

même à ce point de vue limité, que saint Jacques ait pu écrire celte forte parole : « La foi sans les œuvres est une foi morte. »>

Autant il est vrai que la foi vivante produit les œuvres, et avant tout les œuvres de piété, autant il est certain que les •œuvres, et principalement celles de la piété, raniment la foi. Au foyer du cœur humain, les tisons ne sont jamais totalement éteints ; qu'on souille dessus et la flamme y renaîtra. Les réserves de grâce quy retient la bonté de Dieu sont toujours prêtes à jaillir en étincelles. L'observation des âmes à cet égard 'Cst féconde en leçons.

S'il s'agit de nous-mêmes, si nous avons des inquiétudes sur la véracité ou l'inlégrité de notre foi, si nous sentons nos 'Gsprits « lents à croire », tardl ad credeiidani, devenons plus pieux, rendons-nous plus fidèles à nos exercices : prions mieux, ïious croirons mieux.

C'est aussi par la prière que nous maintiendrons la foi dans les âmes tentées, que nous calmerons les esprits troublés, que nous ramènerons au vrai sentier les intelligences égarées. C'était la pratique du curé d'Ars et de tous les grands convertisseurs. C'est aussi la méthode que préconi.se si éloquemment i^ascal dans les Pensées.

s V La vie surnaturelle

Le prctrc, s'il reste dans sa médiocrité, ne sert ni Dieu ni l'Eglise; il lient une place et fait nombre, mais il n'est pas une force et il ne produit pas le bien. Aussi, pour peu qu'il ait le souci de répondre à sa vocation, doit-il avoir à cœur d'exceller en quelque forme de vie.

Or la vie surnaturelle est celle où le prêtre ne doit point souffrir de médiocrité. Car c'est proprement sa vie. On lui pardonnera, quoique à regret, de ne point dépasser l'ordinaire dans le domaine intellectuel ; maison ne concevrait pas, que du côté religieux, il restât dans l'ornière. Il est « l'homme de Dieu » ; il doit, en conséquence, entretenir avec Dieu des relations intimes, plus intimes que les autres chrétiens. 11 le doit à son Ame, il le doit aussi à son ministère.

Il le doit d'abord à son ame. En effet, par la profession de la vie sacerdotale, il s'est détaché du monde et il s'est donné à Dieu. Que lui arrivera-t-il, si sa vie ne jette pas de profondes racines dans le sein de Dieu ? Ou bien il retournera vers le monde, en partagera les idées et y déploiera toute son activité et, dès lors, il trahira sa vocation. Ou bien il sera un être amorphe, ni tout à fait à Dieu, ni tout à fait au monde, et celte existence sans caractère ne sera ni une joie pour sa conscience ni une édification pour le prochain. C'est dans le contact journalier de Dieu que la vie du prêtre puise sa valeur ; à fréquenter Dieu fidèlement, il devient meilleur.

Il y trouve aussi la fécondité deson ministère. Car, à vrai dire, le prêtre n'est pas tant un administrateur de paroisse qu'un sauveur

CONTRIBUTION A l'kIUCATION DES CLEHCS. 13

d'âmes. Certes, il faut bien qu'il mette l'ordre dans les services qui lui sont confiés. Mais, s'il faut de l'ordre dans le temple, ce n'est que pour y faire régner la religion. Or toute la religion consiste dans les relations des âmes avec Dieu. Le prêtre, dans le temple, a pour mission d'établir ces relations entre les âmes et Dieu. Si grande est l'infirmité des hommes, qu'ils ne peuveut se passer de cet intermédiaire sacerdotal pour communiquer avec l'invisible et suprême réalité. Ils confient au prêtre leurs offrandes et leurs demandes, pour qu'elles soient agréées de Dieu. Us attendent des mains du prêtre les dons célestes que leur prière implore. Le prêtre est donc placé sur les confins de deux mondes ; d'un côté, le monde visible, où s'agitent les hommes, en lutte perpétuelle avec le travail, la tentation et la souffrance ; de l'autre côté le monde invisible, où Dieu réside dans son immuable fécondité, toujours prêt à verser sur les hommes ses grâces de miséricorde, de force et de consolation. Le rôle du prêtre consiste à établir un continuel commerce de prières et de grâces entre le visible et l'invisible durant la vie présente; puis à faire franchir aux âmes qui ont mérité dans le travail et la douleur, la barrière qui sépare pour un temps les hommes de leur créateur.

Mais pour remplir un tel rôle de médiateur, quelle intimité ne faut-il pas que le prêtre a it contractée avec son Dieu ? De quel esprit s urnalurel ne doit-il pas être pénétré ? pour donner ainsi Dieu aux hommes, ne faut-il pas qu'il le possède, que Dieu soit devenu son Dieu ? Le peuple, d'ailleurs, ne s'y trompe pas. D'instinct, il va de préférence, pour trouver Dieu, au prêtre qu'il en voit tout rempli.

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