‹ Contribution à l'Education des ClercsChapitre 20 sur 60 · VI · texte numérisé non relu

VI

Les actes extérieurs de religion

C'est une tendance très fâcheuse qui porte communément les fidèles à s'abstenir, sans motif grave, des actes extérieurs de religion. Lorsque le prêtre en gémit devant eux et leur en fait des remontrances, ils ne sont jamais à court de raisons pour excuser leur paresse, leur respect humain, ou leur répugnance. S'ils ont abandonné les pratiques religieuses, leur foi, disent-ils, n'en reste pas moins vivace au fond de leur cœur. Au surplus, qu'importent à Dieu ces manifestations extérieures ? ^ 'est-ce pas le culte en esprit et en vérité qu'il recherche, et dès lors qu'on l'aime, n'a-t-on pas accompli envers lui tout son devoir ?

Cependant l'autorité religieuse a toujours imposé des expressions sensibles de foi et de piété. A ses yeux, les actes intérieurs ne suffisent pas.

Sous l'ancienne loi, elle ordonne que le peuple vienne adorer et prier dans le temple de Jérusalem. C'est là que les sacrifices sont ofTerts à Dieu. Loin du temple, on se réunit dans les synagogues pour s'y instruire et pour y louer le Seigneur. A la maison, on se tourne vers l'orient pour prier. Aux heures de pénitence, il est commandé de se couvrir du cilice et de s'humilier sous la cendre.

La loi nouvelle, qui nous apprend, suivant les termes mêmes de Jésus, à honorer Dieu « en esprit et en vérité », n'abolit point les conditions de la vie religieuse. Dès le commencement les fidèles s'assemblent dans les églises ; ils chantent les psaumes en commun, et le prêtre dit tout liaut les oraisons au nom de tous. Il n'y a plus de sacrifices sanglants ; mais le

Christ lui-mcine s'immole sous les apparences du pain et du vin : son corps et son sang sont distribués aux fidèles dans la communion. Entre les expressions njultiples de la religion, les deux plus essentielles sont rendues ol>ligatoires : chaque dimanche, les fidèles assisteront à la messe ; chaque année, ils communieront au moins une fois à l'Eucharistie. Mais combien d'autres actes sont instamment recommandés, depuis les prières publiques qui se célèbrent à l'Eglise jusqu'aux prières domestiques que les familles chrétiennes conservent comme une précieuse tradition. Sous toutes les formes, l'Eglise sollicite les fidèles de ne pas retenir leur religion captive au fond du cœur, mais de l'exprimer au dehors en des actes sensibles.

Pourquoi agit-elle de la sorte ?

Est-ce pour compter ses clients, pour s'assurer de leur fidélité, pour les avoir dans sa main comme une force dont elle usera socialement ? Non : l'Eglise n'est conduite ni par cet orgueil ni par celle ambition. Même lorsque ses fidèles, groupés autour d'elle, constituent une réelle puissance sociale, elle n'envisage dans celte armée que le moyen de rendre gloire à Dieu et de préparer le salut éternel des âmes par leur progrès moral dans le temps.

Est-ce même, à proprement parler, pour glorifier Dieu que l'Eglise organise et impose des actes de culte extérieur ? Serait-ce parce que le corps, aussi bien que l'âme, doit rendre hommage à son Créateur par des expressions qui mettent en en jeu ses organes ? Non : car, remarque saint Thomas (2-'» 2a>, q. 81, a. 7), Dieu n'a aucun besoin de nos hommages ; il se suflit, pour se procurer à lui-même la plénitude de la gloire ; aucune démonstration venant des créatures n'y saurait rien ajouter.

11 reste donc que ce soit aux fidèles eux-mêmes que profitent les actes extérieurs de religion. Ces actes ne leur sont point commandés comme un impôt qu'on prélève sur leur liberté, mais comme un secours qu'on apporte à leur faiblesse. Ils ont un impérieux besoin de religion, puisque c'est par elle qu'ils

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