I.'aUT HKI-ICIIUX KT I.K CHANT OUKCOHIKX 1 Ijli
laii^'uo (.les iiiolViiblcs coiuimiiiicafioiis i\o l)i(Mi et des liomnios ; et c'est le hait ([ui (léteiMiirie son caractère essentiellement religieux.
Oui, quand il plaît à Dieu de parler aux hommes, ce lanj^agc est digne de lui. 11 s'exprime avec la gravité de la majesté di\ine : rien en lui de léger ni de précipité. 11 ne passe point sur l'àuie comme un ouragan ; il la caresse comme un souille bienfaisant, et il se glisse en elle comme un murmure révélateur. L'Ecriture nous apprend que le Seigneur « n'est point dans les tempêtes qui ébranlent », non in commolione Domi/ius, et l'Imilation ajoute qu'il parle « sans fracas de paroles », sine slrepitd cerboruni. Que la mélodie grégorienne, si douce, si enveloppante, est donc bien faite pour nous apporter la voix de Dieu ! C'est par elle que l'Eglise s'est fait écouter des Barbares ; ce sont ses accents qui ont donné aux fortes générations du moyen âge la sensation du divin. Aujourd'hui encore, ses notes sont pleines de la vertu d'en haut : car jamais nous ne prétons mieux l'oreille à la parole intérieure de Dieu que recueillis sous l'action suggestive d'un pieux chant d'église. Au Salut du soir, si nous voulons prier, faisons taire toute musi(pie tapageuse, et chantons la mélodie inspirée sur laquelle saint Thomas d'Aquin composa le Taniiun ergo.
Et si l'homme veut à son tour prendre la parole et répondre à son Dieu, aucun langage ne rend plus fidèlement que le chant grégorien les sentiments qu'il éprouve. Ecoutez le prêtre à l'autel, lorsque, debout entre le ciel et la terre, il exhale en notes extatiques la louange et l'amour avec l'ardente supplication de tous les hommes : voudriez-vous qu'il substituât au chant d'une sublime simplicité que lui impose la liturgie les compositions même du meilleur goût de nos maîtres modernes ? Ne diriez-vous pas, alors, qu'il ne parle plus la langue qui convient aux mystères augustes qu'il célèbre ? De même, quand le peuple entier élève la voix vers son Dieu, le chant grégorien lui présente d'heureuses formules
CONTUIBUTIO.N A l'ÉDUOATIO.N liES CLERCS. 14
pour exprimer tous ses hommages et toutes ses prières. Il lui J3ffre des airs majestueux pour chanter les grandeurs de Dieu ; il a pour les heures de tristesse des notes pleines de larmes, et pour les instants de joie des accents de véritable enthousiasme ; il se fait suppliant et pousse vers Dieu d'ardents soupirs dans les âmes éprouvées par la douleur ou par la tentation.
Aussi quelle injustice n'a-t-on pas commise à l'égard du chant d'église, lorsqu'on a prétendu que, pauvre en ressources, il ne saurait ni parler à toute l'âme humaine, ni rendre les sentiments si variés de toute l'âme humaine ! Eh quoi ? L'âme humaine est-elle donc une chose si complexe, et les mouvements qui l'agitent sonl-ils donc si divers? Non, mes Frères, l'âme humaine est plus simple dans son fond qu'elle ne le paraît à la surface, et les vagues qni se poussent et soulèvent si diversement ses flots dépendent d'une force unique, qui est l'amour. Elle va, elle vient, par une sorte de flux et de reflux, selon que la mènent les attractions de son amour. C'est donc avoir compris une âme, que d'avoir saisi comment elle aime ; c'est donc avoir rendu une âme, que d'avoir exprimé les multiples manifestations de son amour. Tantôt cet amour est angoissé par la crainte ou froissé par la douleur, et alors, s'il est païen, il s'abandonne à des fureurs et à des désespoirs que, seule, je l'avoue, la musique profane peut servir ; mais s'il est chrétien, il se résigne dans la souffrance, il esquisse à peine une douce plainte, il se relèTe dans la prière, et tous les sentiments continus qui naissent ainsi dans une âme religieuse trouvent dans la mélodie grégorienne leur fidèle expression. Tantôt l'amour est exalté par l'espérance ou enivré par la possession de son objet, et alors, s'il est païen, il se livre au délire d'une joie passionnée, et de nouveau, seule, la musique profane s'adapte à ces jouissances sans retenue ; mais s'il est chrétien, surtout quand Dieu même est l'objet auquel s'attache l'amour, les joies saines qu'il fait goûter et les radieuses visions qu'il provoque trouvent leur expression dans d'inimitables compositions de la poésie grégorienne. Il nous
l'art UELIGIELX ET LE CII\.NT GUL(;()11IEN l'JI)
faïiclrait parcourir ici tout le recueil de nos cliauls, poury Irou- \rr les iiiii(nul)rablcs et fidèles éciios de tout ce <|ue peut sentii une àine diioiuuie.
l*eut-èlre. mes Frères, vous semble-t-il que je me laisse <?Dtraiucr et que j'exagère l'éloge. 11 est vrai que mes paroles seraient étranges pour ceux qui ne connaîtraient du plaiu-chant cjue les informes lambeaux de nos éditions couranlesct que l'exécution barbare faite par des chantres sans méthode.
Si pour goûter une oraison funèbre de Bossuet, il faut lire le texte même de Bossuet, et non de mesquines réductions de ses simples et harmonieuses périodes, il importe, de même, pour savourer les beautés du chant grégorien, de le lire dans le texte même des auteurs, tel qu'il sortit de l'ânie religieuse des artistes. Les œuvres des artistes ne se corrigent pas, on les prend telles qu'elles sont : perdant l'empreinte des maîtres, elles perdraient toute aptitude à éveiller dans nos âmes les nobles ^sentiments qui les ont fait naître. Ce fut la grave erreur du ivi" siècle de porter la main sur les mélodies du moyen âge ; en les amputant, on leur arracha la vie. De nos jours, les moines de Solesmes ont été inspirés par le vrai sens artistique, lorsqu'ils ont restauré le chant grégorien dans sa teneur première : les arts et la religion leur en garderont une éternelle reconmiissance. Par leurs soins, des éditions fidèles se sont produites ou se préparent. La première condition pour rendre au chant d'église sa splendeur est de revenir à sa formule originelle. Et si des questions d'intéi'èt peuvent jetarder pour un temps ce mouvement de retour, à brève échéance la vérité triomphera de la contrefaçon.
Toutefois ces textes sincères, pour être mis en valeur, exigent une interprétation digne. Vous entendrez dire que l'exécution est délicate, que souvent d'un artiste à l'autre elle présente des nuances diverses. Mais quelle pièce musicale n'en est pas* là ? Obtient-on de bonnes exécutions musicales sans de longues préparations ? Les mélodies grégoriennes ne sont point si banales qu'elles puissent être lues et comprises à première vue : elles
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réservent des surprises aux amateurs qui se donnent la peine de les approfondir. C'est leur force, et non leur faiblesse, que, pour les interpréter, il faille une éducation préalable, et que, pour chaque pièce, une préparation spéciale soit obligatoire. Si elle est nécessaire, cette éducation est heureusement à la portée de tous : elle demande moins de science que de zèle, et elle se développe en proportion des goûts innés. Quant à ses efTets, ils sont à la fois prompts et consolants.
Cette fête même est pour nous, mes chers Frères, la vivante démonstration de tout ce que je viens de dire. Si nous avons tant goûté CCS chants, c'est que nous les avons entendus dans leur forme primitive, c'est qu'ils ont été dits par ces enfants avec un art parfait, marqué au coin de la simplicité et de la piété. Et pour atteindre ces résultats, nos jeunes artistes n'ont point dû se transformer en spécialistes désoccupés de tout le reste ; il a suffi qu'une intelligente organisation donnât à l'art musical la place moyenne qu'il doit tenir dans toute éducation distinguée. Si, à si peu de frais, on a pu tant obtenir ici, n'a-ton pas lieu d'espérer qu'ailleurs le même zèle produirait le même effet ?
Quant à vous, mes enfants, je vous félicite de votre application en même temps que de votre succès. Vous serez récompensés du sérieux que vous apportez dans cette étude : vous l'êtes déjà par les joies inexprimables que vous éprouvez, je le sais, à goûter le beau chrétien, et par la délicatesse de sentiment que le commerce d'un art aussi pur développe dans vos âmes ; mais vous le serez plus encore quand, devenus prêtres et pasteurs de paroisses, vous emploierez les douces séductions du chant d'église pour attirer les fidèles et renouveler en eux le sens religieux.
Mais il est temps que je m'arrête ; je vous rends la parole,^ mes chers enfants. Reprenez vos chants, faites-nous retrouver cet état de recueillement où nous voulons être pour prier Dieu.
LIVIU^] IV
s I La Sanctification ou la Formation morale
La première pensée qui saisit le jeune clerc à l'entrée du séminaire est qu'il va vivre dans un lieu saint et que eon grand ouvrage sera de s'y sanctifier. Le sentiment de ce devoir le poursuivra durant toutes ses années de séminaire ; il ne le quittera point, même après son ordination, puisqu'il le pressera toute sa vie de se donner tous les jours plus complètement à Dieu.
11 ne s'agit point ici d'une sainteté purement riluelle ou légale, telle qu'on l'exigeait des prêtres de l'ancienne loi, lorsqu'ils étaient admis à remplir certaines fonctions sacrées. Ils devaient être sans souillure, c'est-à-dire avoir rempli les rites préparatoires ordonnés par la loi. 11 ne s'agit pas, non plus, seulement d'une consécration de l'être une fois faite à Dieu ; c'est de cette sainteté que parle saint Paul lorsqu'il nomme saints, c'est-à-dire consacrés à Dieu par le baptême, tous les premiers chrétiens ; ils sont initiés à l'Evangile, cela suffit, sans préjuger de leur état intime de conscience, pour qu'ils soient dits sanctifiés ou saints. 11 ne s'agit pas, non plus, seulement
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de la sainteté que nous appellerons sacramentelle, et qui consiste à participer aux sacrements, particulièrement à l'Eucharistie, dans les conditions de parfaite pureté de conscience qu'impose la loi chrétienne : ce contact des choses saintes, ineffablement saintes, comme est le corps du Christ dans le sacrement, donne assurément un caractère de sainteté du plus haut prix, mais ne remplit pas la totalité de la notion de sainteté. La sainteté dont il s'agit ici va jusqu'à la sainteté morale, jusqu'à la transformation de la vie par la pratique des vertus chrétiennes; les sacrements, et avant tout TEucharistie, sont des moyens tout divins de sanctification, parce qu'ils permettent aux chrétiens, armés de la force même de Dieu, d'arriver jusqu'à la pratique des vertus.
C'est dans ce dernier sens que l'Eglise comprend la sainteté. Car lorsqu'elle informe, pour la canonisation, sur quelque serviteur de Dieu, la question qu'elle pose, et sur laquelle roule tout le procès, est la suivante : « A-t-il pratiqué les vertus au degré héroïque? » Dans la pensée de l'Eglise, les vertus sont donc la matière de la sainteté, et leur degré la mesure de la sanctification. D*^où il résulte que l'œuvre de la sanctification personnelle n'est autre chose que le travail accompli pour l'acquisition des vertus. Aussi avons-nous raison d'identifier, pour les clercs et les prêtres, la sanctification et la formation morale.
La formation morale comporte deux points : l'acquisition des vertus qui suppriment le mal, et l'acquisition des vertus qui font la vie, la richesse et l'ornement, de l'Ame chrétienne.
l'acquisition des vertus qui SITPRIMEXT LE MAC
Il s'agit d''abord de supprimer le mal par l'acquisition desveitusqui lui sont opposées.
Or quel est le mal de l'âme ? 11 se présente sous deux aspects r le pécliê qiii la souille, et les défauts qui la déforment. C'est
LA SVNCTIl-IC.VTlO^f OU LA KOUMATION MOIWI.n t'J'J
'loue à la suppression du péché ot à l'oxtirpaliou dos défauts (|uo le clerc soucieux do se sanctifier va premièrement consa- (ler ses eiTorls.
Le péché peut être considéré du ciMé de Dieii et du côté de riioniaio. Par rnjiporl à Dieu, il C(M!stitiio une injure, parfois même un outrage, parce qu'il est une désobéissance formelle à sa loi ; il est un acte de révolte par lequel la volonté humaine répond à la volonté de Dieu par le mot de Satan : « Non serviani, je ne servirai pas. » Celle rébellion fait du péché une faute à l'égard de Dieu. Du côté do l'homme, le péché produit une plaie plus ou moins profonde suivant la gravité du mal. En péchant, l'homme n'a pensé atteindre que Dieu par sa désobéissance ; en réalité. Dieu, invulnérable par nature, a échappé à ses coups, et c'est sur lui seul que le pécheur a porté la blessure. Dieu est offensé, sans doute, mais l'homme est cruellement blessé. En ce double mal consiste la souillure du péché, qu'il s'agit de laver et de guérir.
La première tâche du pécheur est donc d'effacer la faute qu'il a commise en se révoltant contre Dieu. Il ne le peut point par lui-même ; car Dieu seul a le pouvoir de remettre les péchés. Mais sous l'impulsion de la grâce divine qui ne lui manque, jamais, il peut aller se jeter aux pieds du Maître dont il a violé les ordres,, aux pieds du Père qui attead l'enfant prodigue. Et comme les entrailles de la miséricorde divine sont infinimeiit tendres. Dieu accorde le pardon, il efface toute la faute, il en oublie toute la gravité, il rend toute sa ferveur à l'enfant repentant qui lui est revenu. Grtâce à l'absolution tombée des lèvres du prêtre au nom de Dieu, il ne reste plus aucune trace de la faute', im début du séminaire, dans une retraite fervente qui saisit les: âmes, le jeune clerc s'assure qu'il est bien renti'é en grâce avec Dieu. Il fait le tour de sa conscience, dans une révision générale de toute sa vie, et, s'il reste quelque point douteux que le pardon divin n'aurait peut-être pas dissipé, il implore sur tout son passé la bonté divine et reçoit une absolution qui remet tout en règLe dans ses rapports avec Dieu. Toute
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faute est effacée. Il continuera, dans chaque confession et dans chaque retraite, à mettre ainsi sa conscience en paix avec Dieu ; durant tout son sacerdoce, il gardera la même fidélité. Ainsi sera supprimé le péché dans ce qu'il est par rapport à Dieu.
Mais, quand Dieu a pardonné l'offense faite à sa sainteté, il reste hélas ! la blessiire dans le cœur de l'homme. Disons que la plaie a été la\ée ; mais elle n'a pas été fermée. C'est pour- ï quoi on ne peut pas dire qu'une confession suffît à détruire l'œuvre néfaste du péché. Guérir totalement l'Ame du péché, c'est panser et supprimer la blessure même laissée par le mal dans l'être du pécheur. Cette blessure consiste dans une faiblesse morale, dans une tendance au péché, dans un appétit du mal, dans une sorte de besoin de le commettre encore, qui rend les chutes si faciles et si dangereuses. Le péché est pardonné, mais il peut si aisément revenir ! Achever de le combattre, en triompher véritablement, c'est lui fermer toutes les voies de retour. L'œuvre de la délivrance est à ce prix.
Pour y réussir, les remèdes surnaturels doivent être appliqués tout d'abord : la prière et l'Eucharistie. La prière doit être ininterrompue : celle qui jaillit du cœur matin et soir, la première et la dernière, celle qui s'enflamme durant les oraisons et les visites au saint Sacrement, celle qui s'adresse à la Vierge dans le chapelet, celle qui part comme un trait à tout moment sous forme d'oraison jaculatoire, toutes doivent tendre à ce cri : « De tout péché, délivrez-moi, Seigneur. » Cette expression d'une âme angoissée, qui a peur de pécher de nouveau, émeut le cœur de Dieu et attire la grâce de la persévérance. Pluselïîcace encore est l'Eucharistie, puisqu'elle met au dedans de nous la prière substantielle, le Fils do Dieu implorant son Père, la Victime du Calvaire intercédant pour les pécheurs. En outre, l'Eucharistie est un aliment sacré qui transforme le tempérament moral, qui assainit la chair elle-même, qui y éteint les feux delà concupiscence, qui modère tous les emportements de la nature. Aussi est-ce une ressource incomparable pour la vie morale des clercs et des prêtres, qu'ils reçoivent tous les jours ce remède