I.A S.VNCTIl-lC.VTION OC I.A FOHM.VTIOI M(Ul.VI,K
tout puissant do IKiicliaristio. Los (liicclcurs de conscience à la l'ois les plus sa^^es el les plus zélés afllrmenlque la plaie faite par le péché ne résiste pas à ce traitement eucharistique.
Cependant le pécheur doit mettre la main lui-même à l'œuvre de sa guérison. Vaï même temps qu'il fait appel à la force d'en haut, il doit lut ter courageusement dans la lice où il est placé. Dieu l'aidfMa à vaincre : mais Dieu ne veut pas triompher sans lui. C'est pourtiuoi, chaque matin, dans son oraison, il se proposera fermement de remporter quelque victoire : « Aujourd'hui, se dira-t-il, je ne succomberai pas à ce péché. » Le jour suivant, il se mettra eti garde contre un autre. S'il faut qu'il tienne tête, même durant plusieurs mois, à tel ou tel péché plus difficile à déraciner, il ne se lasse })as de faire face, tous les matins, au même ennemi. 11 est d'autant plus fort qu'il surveille toutes les avenues par lesquelles le péché pourrait faiie son entrée : regards, conversations, lectures, heures d'ennui et de mélancolie. Au début, la lutte est pénible, la vigilance parfois fastidieuse ; mais à mesure que les victoires se multiplient, l'ennemi perd de son audace, l'àme gagne en confiance et en énergie. Finalement, la persévérance est couronnée de succès et l'habitude du péché est déracinée. Ce n'est pas qu'on puisse ensuite se tenir dans une sécurité imprudente, exposée aux surprises fâcheuses ; il faudra, au contraire, avoir toujours l'œil ouvert pour saisir le mal dans ses premières tentatives de retour ; mais les chances de victoire n'en sont pas moins assurées dès le premier assaut.
Le péché n'a d'entrée facile dans l'àme qu'à la faveur des déformations de la nature : « Dieu, dit l'Ecriture, avait créé l'homme dans la rectitude '. » Cet équilibre a été détruit dès le commencement par le péché originel. En purifiant l'homme de la souillure transmise par nos premiers parents, la grâce du
' Hoc inveni quod feccril Dcus liomincm roctiim. Eccle., vii, .30.
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baptême ne le réintègre pas dans l'état de droiture, où il avait été créé. Malgré la présence de la grâce, le chrétien reste victiriiedf déformations causées par la première faute et en proie au\ luttes qui en sont la conséquence. Cependant il a le devoir d& faire ciforl pour se guérir des blessures qui demeurent, et cetravail de réformation est comme un second baptême auquel il doit se soumettre.
L'apôtre saint Jean, dans sa première épître, résume admirablement les tendances que ces déformations produisent en nous : « Tout ce qui est dans le monde, dit-il, est concupiscence de la chair, concupiscence des yeux, orgueil de la vie ' ». A. la concupiscence de la chair on opposera la mortification, la concupiscence des yeux sera combattue par le détachement, et l'orgueil de la vie sera maté par l'humilité : mortification, détachement, humilité, trois vertus, essentiellement chrétiennes, qui sont, pour les clercs, le fondement de la sanctification ou formation morale.
Un chrétien ne peut réaliser aucun progrès spirituel, s'il na déclare d'abord la guerre à la concupiscence de la chair ; car c'est elle qui, par dessus tout, déshonore, abaisse, tyrannise. Elle déshonore surtout le prêtre, en arrachant de son front la brillante couronne de la pureté ; elle l'abaisse dans ses idées, qu'elle détache de l'idéal, dans son cœur dont elle ravale l'amour, dans sa volonté dont elle brise les ressorts, et jusque dans sa chair qu'elle couvre d'ignominie ; elle le tyrannise, en ce sens qu'elle est exigeante, qu'elle appelle tous les jours de nouvelles satisfactions, joug intolérable sous lequel l'àme gémit secrètement jusqu'à désespérer de son salut. C'est assez dire que la chair, si elle n'est de bonne heure maîtrisée, devient un tyran impérieux et violent,
La mortification est le remède à la concupiscence de la chair. Aussi les saints l'ont-ils, de tous temps, tenue en grande estime et pratiquée fidèlement. Les règles des congrégations religieuses
' Omne quod in mundo est, concupisccntia carnis est, et concupiscentia oculorum, et superLia vilic. I Joan., ii, 10.
i.\ s vNciriricM'ioN oi; l\. formation mouvi.t. 203
|ii(''S«'nU>nt lie «iiaiidcs vaiiôlrs ; mais rllcs sont iinaiiinios à po- ^(■r la moiliriralioii coimiu' lu haso do louto poilVclion. Les veilles, les jeûnes, le silence prohmgé. l'obéissance, les macérations, les llagoUalions volontaires, l'usage des ciliées et des. pointes de fer. la privation des satisfactions mondaines, même d'apparences innocentes : lelh^s sont les armes par l(\squelles, dans la \ie religieuse, on combat les convoitises de la chair.
De nos jours, la mortification a subi comme une tempête de défaveur. Des ascètes d'un style nouveau ont parlé d'elle avec mépris et l'ont présentée comme une vertu négative de médiocre importance. Certaines âmes ont été séduites par les théories nouvelles, d'autant plus que la sensualité soufflait dans le même sens des conseils perfides. Ce courant anti-chrétien a été condamné par l'Eglise sous le nom d'américanisme, et la mortification a été remise à sa place dlionneur. De nos jours comme dans le passé, dans les communautés religieuses comme dans les existences privées, il reste vrai que la mortification est le premier facteur et le signe le plus incontestable de la valeur chrétienne des âmes.
Les désirs de la chair résident dans les sens, tant ceux du dehors, comme les yeux, l'odorat, le goût, les oreilles et le toucher, que dans ceux du dedans, comme l'imagination principalement. Quiconque est décidé à combattre l'ennemi, doit l'attaquer dans chacune de ses places fortes, d'où il nous menace.
« J'ai fait un pacte avec mes yeux » ', disait Job. De même,^ tout chrétien doit faire un pacte avec ses yeux, de peur que, suivant le mot de la sainte Ecriture, u la mort n'entre par ces fenêtres » * de l'âme. Celui quia conclu ce pacte estd'abord réservé dans ses regards sur les personnes : non pas qu'il faille se rendre ridicule en fermant ou en détournant les yeux ; mais la prudence commande de ne point les fixer de façon à faire naître chez soi ou chez les autres des pensées dangereuses.
* Pepig-i Fœdus cum oculis mois. Job, xxxi, r.
* Ascendit mors per fencslras nostras. Jer., ix, 21.
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Lorsqu'un prôtre traverse les rues dune ville, il doit bien se çrarder de poser son regard dans les yeux des personnes qu'il rencontre ; en société, il doit éviter d'arrêter obstinément ses yeux sur une personne déterminée. La môme prudence est commandée par rapport aux images ; à cet égard, la visite des musées est fort dangereuse à certaines âmes ; dès qu'elles s'aperçoivent que ce n'esl plus l'art qui les touclie, mais les formes humaines qui flattent leiirs sens, elles doivent s'abstenir. Ainsi €n est-il des gravures inconvenantes, des sculptures exposées dans les lieux publics, de certains spectacles étalés sur les plages mondaines....
La pâture dont les yeux sont le plus avide, ce sont les représentations du théâtre. Elles sont, ajuste titre, interdites à tous les ecclésiastiques ; car si elles ne sont pas toujours la glorification du vice, elles ont toujours pour but d'exalter les passions humaines par les personnages de la pièce jouée, et de les exciter dans la sensibilité des spectateurs. Or si déjà il est fort discutable que de tels spectacles soient inoffensifs pour les gens du monde, du moins il est certain qu'ils sont un grand péril pour des prêtres et des clercs qui doivent étouffer en euxmêmes toute manifestation des passions sensuelles. Qu'on ne dise point qu'on veut voir une représentation classique, qu'on ne prétende pas être en état de garder son sang-froid devant des scènes toujours provoquantes : ce sont autant d'illusions dont se letnre la raison pour trouver une excuse aux appels de !a passion. Qu'on se souvienne plutôt du jeune ami de saint Augustin, Nébridius. Ce jeune homme avait promis au saint de ne pas aller au théâtre ; entraîné cependant par des amis, il se crut assez fort pour gouverner ses yeux et ne pas regarder le spectacle ; mais de tels bravos acclament les acteurs que, lui aussi, il veut voir ; aussitôt, pris par les yeux, puis par le cœur, il devint la proie d'une ])assion misérable.
Les maîtres de Tascétisnie ont toujours étonné le monde en condamnant les satisfactions de l'odorat. En effet, cueillir et flairer une fleur, c'est peu de chose, c'est même un acte en soi
1,.V SVNtriIKIC. VTION OU I. V KOIIMA IION MOUALK 20.>
Inrt iiiiKH't'iil. (l(>|)('M(liiiit c'est mw première recheiclie des Ixtmies odeurs, c'i'st un |)i'eiui(M' eniiletiteiiieiil dorme au besoin (le respirer des senteurs agréables. Sur cette voie, on descend \ile à la sensualité ; on répand sur soi, sur ses habits, sur ses. dievcux. sur ses gants..., dos parfums. On se plaît dans la compagnie des personnes cpii agissent de même. Ce jeune liommc est ofTéminé, dira l'opinion publique. En réalité, il mérite un jugement plus sévère ; car, s'il commence par une simi)le coquetterie et une sotte vanité, il aboutit presque infailliblement à la volupté. Le monde sait bien ([ue les parfums, non seulement entretiennent, mais provoquent la sensualité.
Le sens du goût a toujours été sévèrement traité par les personnes mortifiées. Dans les communautés religieuses, dans les séminaires, les âmes ferventes déclarent aux appétits du goût une guerre si acharnée, que souvent la santé est mise en péril, et que les supérieurs doivent intervenir pour faire prendre le nécessaire. Rien ne mate plus vile la chair que la mortification en ce point : de là les jeûnes rigoureux, les abstinences prolongées, dans les ordres religieux. Par contre, rien ne lâche la bride aux passions brutales de la chair autant que les satisfactions données aux désirs du goût. Les repas copieux, les viandes abondantes, les boissons généreuses, les mets recherchés, les liqueurs fines, tout cela alimente la sensualité, éveille les passions charnelles, met la vertu dans un danger prochain de ruines. Je ne dis rien de l'abrutissement que les excès dans le boire et le manger produisent même sur les plus riches natures ; je me borne à signaler les périls que le sens du goût fait courir à la vertu. Sans aller jusqu'aux austérités des Carmélites ou des Clarisses, sans mettre aucunement la santé en danger, le clerc et le prêtre doivent être amis de la vie frugale, se modérer sur la quantité des aliments, se montrer indilTérents à la qualité, incliner vers le régime végétarien plutôt que vers un régime carné, s'abstenir autant que possible des vins liquoreux et de tout alcool.
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Les oreilles s'ouvrent aux nouvelles par la curiosilc et aux sons flatteurs par la sensualité. La niortificalion de l'ouïe portera donc sur la privation des sons agréables capables d'éveiller les passions. A cet égard les oreilles sont peut-être encore plus dangereuses que les yeux ; car l'ébranlement causé dans Insensibilité par le son musical a plus de profondeur que celui des images entrées par les yeux. De là le péril moral qui résulte d'une tendance immodérée vers la musique. Contenu dans de justes limites, le goût de la musique peut n'être malsain ni au prêtre ni au clerc ; il peut, au contraire, leur procurer un délassement fort utile dans la vie privée, et surtout les aider puissamment dans le ministère des âmes par les ressources de la musique religieuse. Aussi a-t-on raison de favoriser la culture du talent musical chez les séminaristes particulièrement doués. Mais le terrain musical est fort glissant ; à moins d'une énergie morale très haute, le musicien se laisse entraîner ; de la musique religieuse il passe aisément à la musique profane ; de la musique profane, qui exprime le beau, il arrive promptement à celle qui incarne les passions les plus ardentes : il a commencé par d'humbles morceaux d'orgue, il aboutit à des opéras, il était maître de lui-même au début, il finit par être tyrannisé pnr le besoin d'impressions musicales ; la musique en chambre ne lui suffît plus, il cède à la tentation de la chercher au théâtre. Qui ne voit, dès lors, de quelle mortification il faut user pour se tenir ferme dans l'usage modéré de la musique?
Le toucher, parce qu'il est répandu sur tout le corps, a toujours été considéré par les saints comme un sens très dangereux. Aussi recommandent-ils d'abord de ne point le flatter soit par des habits d'une finesse exagérée, soit par des contacts vite périlleux à la vertu, soit par des soins immodérés qui dépassent les besoins de l'hygiène. Ils recommandent plutôt de le traiter durement, assurent que la santé d'ailleurs ne fait que gagner à cette austérité : vêtements grossiers et rugueux, support de l'intempérie des saisons, macérations et disciplines, Toilà, au dire des saints, les agents efficaces de la vertu de chasteté. « Je cha-
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tîc mon corps, dit saint Paul, cl je lo rôtliiis on servitude, do peur qu'après avoir prêché aux autres, je ne de\ioniio nioimôme un réprouvé '. »
Les'scns internes, et entre autres l'iuiagination, ne doivent pas être l'objet d'une moiiidrc vigilance. Et même, à vrai dire, c'est dans l'imagination que le péché commence, avant de se consommer dans la réalité : c'est elle qui le conçoit, qui le combine, qui le goûte, qui le désire, qui met en branle tous les ressorts de l'être pour l'atteindre. Pour supprimer le mal, il faudrait donc l'arrêter au seuil de l'imagination. Or, cpii met rimagination dans cet état de fermentation qui prépare les chutes, sinon les satisfactions des sens, la curiosité, les lectures, la rêverie, l'oisiveté ? Mortifier l'imagination, c'est donc la priver des impressions qui entrent par les sens, c'est la fermer aux nouvelles plus ou moins scandaleuses que la curiosité cherche dans la conversation, c'est lui interdire la lecture des livres comme les romans, où la passion est décrite avec des couleurs vives et provocantes, c'est la remplir d'images saines pour chasser les fantômes impurs dont elle se peuple naturellement dans la rêverie, c'est enfin combattre par un travail continu l'oisiveté, d'où naît l'ennui où germe le mauvais rêve. Cette maîtrise exercée sur l'imagination est une mortification universelle ; mais l'elfort qu'elle impose a sa récompense dans les victoires qu'elle fait remporter sur la concupiscence de la chair.
La concupiscence des yeux est la seconde déformation morale ■que signale l'apôtre saint Jean. Il semblerait, av^ant mûre réflexion, qu'il s'agit là de la curiosité, c'est-à-dire de cette démangeaison de savoir, de regarder, d'emplir ses yeux de toutes sortes de spectacles ; mais les saints Pères et les théologiens ne l'ont pas entendu de la sorte ; ce n'est pas le désir de
* Castigo corpus Meum et in servitutetn redigo, ne, cum aliis praedicaverim, ipse reprobus efïiciar. I Cor., ix, 27.
voir, mais la passion de posséder qui est exprimée là, disentils. Et comme posséder serait peu de chose, si on n'avait le plaisir de se repaître par le regard de l'objet possédé, le terme de concupiscence des yeux est celui qui convient le mieux à cette passion. Dans son éducation, de même que dans la suite de sa vie, le clerc doit s'exercer à réfréner, à ramener dans de justes bornes, ce besoin de posséder. La vertu qu'il pratiquera par suite de celte lutte contre la concupiscence des yeux s'appelle le détachement des biens de la terre.
Le séminariste a mille occasions de se détacher des biens terrestres, même durant sa période de formation. La plupart du temps, il est pauvre ou du moins de famille peu aisée; il est sujet à de nombreuses privations ; il est exposé k jalouser des confrères plus fortunés que lui et à envier diverses satisfactions, d'ailleurs innocentes, qu'ils peuvent se payer; il souhaitera d'être plus au large du côté de l'argent, pour s'habiller plus proprement, pour se procurer plus de livres, pour voyager davantage durant les vacances. Tout pauvre qu'il est," peut-être est-il très attaché à la richesse et très avide de posséder. Qu'il se mette donc au pied de la croix nue du Christ, et qu'il y apprenne à aimer sa pauvreté. D'abord, qu'il n'en rougisse pas; qu'il n'ait pas honte de ses parents quand ils viennent le voir; qu'il n'affecte pas une tenue composée pour faire croire à une origine plus aisée ; que ses habits et ses livres n'aient rien qui sente le luxe ; que ses conversations n'aient point pour but de déguiser sa condition. Un jeune homme ne fait pas seulement acte de vertu chrétienne, mais il s'honore grandement aux yeux du monde, quand il ose avouer et paraître qui il est. Notre séminariste aimera donc son modeste état de pauvreté ; il ne fera point effort pour en sortir ; il ne mendiera point, comme le font certains jeunes gens qui se rendent par là méprisables, des secours qui ne serviraient qu'à le sortir de son milieu. Par contre, il n'aura point honte de tendre la main, s'il le faut, pour la nécessité. 11 ne sera point impatient de devenir plus riche, et il ne rêvera point, pour l'a-