L.\ SANCTlFIC.VnON OL LA FOKM V l ION MOUAI.E
L'espérance est une ferme confiance en la parole de Dieu, qui a promis sa grâce ici-bas et la gloire dans l'au-delà à ceux qui observent ses commandements. Comme la foi, elle se compose de deux éléments : l'un, subjectif, est dansl'àmeun mouvement de confiance en Dieu ; l'autre, objectif, est l'objet même auquel s'attache cette confiance tant pour le présent que pour l'avenir.
L'espérance, ainsi qu'on peut l'observer^, est de nos jours l'objet d'une attention très distraite : on parle beaucoup de la foi et de la charité, rarement de l'espérance ; on met en garde contre les défaillances de la foi ou de la charité, jamais contre celles de l'espérance. Serait-ce donc que l'espérance ne faillit point? Cet oubli tient, croyons-nous, à une transformation des fautes contre l'espérance. Dans le passé, on ne doutait pas de son objet ; mais la confiance était souvent entamée par la présomption ou le désespoir; les présomptueux, optimistes, se dispensaient de l'effort de la vertu en croyant la récompense trop facile ; les désespérés, pessimistes, se décourageaient devant l'effort, soit parce qu'ils croyaient Dieu trop sévère, soit parce qu'ils redoutaient trop la gravité de leurs péchés. Aujourd'hui, le désespoir •et la présomption, là où on les rencontre, ne portent point sur les dispositions propres à l'espérance chrétienne, mais sur de tout autres sujets. Lorsque l'espérance est atteinte dans une ■âme moderne, c'est par un doute ou une négation qui porte sur son objet même. On nie l'immortalité ou bien on en doute. On nie l'immortalité proprement dite, en Ijornant les effets ultimes de la vie humaine à l'influence heureuse ou fâcheuse qu'elle aura sur l'humanité ; la personne périt ; son œuvre reste. On doute de l'immortalité, par conséquent des promesses divines, lorsqu'on dit par exemple : « Qui sait ce qu'est l'au-delà, ce qui nous y attend, si même on nous y attend ? Vivons bien, car c'est le moyen d'y être bien traité, si nous devons y survivre. » Il est
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évident quo, soit par cette négation, soit par ce doute, l'espérance chrétienne est sapée par la base ; elle manque d'objet ; la confiance qui reste au cœur n'est plus qu'une vague aspiralioii vcis l'inconnu.
Il y a lieu, certainement, dans l'éducation des clercs, de se méfier de cet état d'ànic si répandu de nos jours. Quelques jeunes gens, sans en prendre nettement conscience, peuvent être imbus de ces sentiments. Aussi n'est-ce pas inutile de traiter de cette vertu comme des autres et de s'assurer dans la direction intime, que l'espérance remplit bien les conditions de la ^erlu clirélicnnc de ce nom.
La charité est la reine des vertus. Là où elle règne. Dieu même réside : iibi carilas el amor, iblDeus est '. C'est que d'après saint Jean, u Dieu est charité, Deus caritas est.' » Développer la charité dans les jeunes clercs, c'est donc y faire croître Dieu lui-même. Or la charité s'exprime principalement par deux actes : l'un d'amour, l'autre de dévouement. Le dévouement est la mesure qui fait juger de la valeur de l'amour.
Les séminaristes, en conséquence, s'exerceront à l'amour de Dieu. Pour le faiie naître, •ils vaqueront de bon cœur aux exercices de piété où se fait la rencontre avec Dieu. Ils étudieront ses grandeurs et ses beautés dans les saintes Ecritures el dans les meilleurs écrivains ascétiques ; ils les étudieront dans leurs manifestations historiques, comme le développement de l'Eglise et la vie des saints ; ils les goûteront et en quelque sorte les expérimcnteiont dans le commerce intérieur que l'oraison établit avec Dieu ; ils s'en pénétreront plus encore dans la participation à l'Eucharistie, où, suivant le mot de saint François de Sales, ils ont le bonheur de manger la bonté et la beauté dans la personne de Jésus-Christ. A mesure qu'ils
' Ofjice du Jeudi-Saint.
* I. Jort/i., jv, 8.
i.v s.vm:i ii'k; VTioN oi i.v ioumvikin mokvi.f: 221
«ippientlioiit ce que Dieu est cm liii-inriiic, puis ce (pi'il .1 l'iiit pour (Mi\ (Ml les appclaiil à la double ^'tàcc du clii islianisnio et <lu sacerdoce, ils s'épreiidroul d'admiration cl d'amour pour Lui. Ce n'est point perdre son temps (pic d'insister, tous les jours, de lonjj^ues heures, sur cette contemplation de l'cfre de Dieu cl de ses hienl'aits. Car notre vie suit la pente de notre amour, ijiiocunujiicj'cror, ainore fcror, dit saint Augustin, cl si nous voulons que sa pente soit vers Dieu, nous ne saurions trop faire pour élaldir en nous l'amour de Dieu.
Cet amour, du reste, s'entretient en même temps cpi'il se manifeste par le dévouement. « Quel est celui d'entre nous, disait Newman encore anglican, en qui l'amour de Dieu est assez puissant j)our lui avoir inspiré quelque sacrifice ? » Au sortir d'\iu bancpict, les hôtes ont coutume de dire : a Que pourrions-nous bien faire pour un ami qui nous a si bien reçus? » Le dévouement à la cause de Dieu ne part pas d'uii autre sentiment : on veut faire quelque chose pour celui qu'on aime. Et que peut-on bien faire pour lui ? Trois choses : 1" lui procurer plus d'honneur par la religion ; 2° étendre son règne par le zèle ; 3° le servir dans le prochain, où il réside, par la bienfaisance.
La religion est celle disposition intérieure qui, non contente d'exprimer à Dieu, des hommages secrets, s'exerce à multiplier les honmiagcs extérieurs et à les rendre dignes de la Majesté à laquelle ils s'adressent. Elle ne souffre pas que son Dieu reste caché ; elle veut qu'il paraisse et qu'il reçoive du peuple les témoignages de respect qui lui sont dus. C'est pourquoi elle recherche tous les moyens d'accroître le culte divin : elle inspire la construction des belles églises, elle suggère les sacrifices nécessaires pour orner les lieux saints, elle assemble autour des autels ce qu'elle a de plus riche pour marquer que là est son trésor, elle prend soin de tous les vêtements qui servent au ministre de Dieu, elle y entretient la propreté, elle en use pour exprimer le symbolisme des choses saintes, elle n'épargne rien de ce qui peut frapper les regards du peuple et
lui faire dire que les églises sont les plus belles habitations du monde. Pcnctrcc du sens liturgique, et très au courant des règles qu'elle-même a inspirées, elle veille sur les moindres mouvements du prêtre, sur les inflexions de sa voix, sur sa démarclie même, afin que tout en lui édifie les fidèles. Ennemie de la fantaisie dans les offices divins, elle ordonne que tout soit accompli suivant les prescriptions de la sainte Eglise. Si un profane a pu dire que 1' « Eglise est une grande école de respect », c'est à la religion qu'on le doit.
Au Séminaire, l'éducation de la vertu de religion est de la plus haute importance. Je n'hésite pas à dire qu'elle doit avoir le pas même sur la formation intellectuelle. Car on ne demande pas d'abord à un prêtre qu'il soit savant, mais qu'il soit religieux. Dans le but de créer dans les jeunes clercs cet esprit de religion, on a établi des cours de liturgie et de chant, des exercices préparatoires aux cérémonies sacrées, des offices où les règles de la liturgie sont scrupuleusement observées. Des jeunes gens qui ne prendraient pas au sérieux ces exercices de religion, mais qui leur préféreraient des exercices d'études, seraient moins faits pour le sacerdoce que pour des universités.
Le dévouement aux intérêts de Dieu ne va pas sans un grand zèle pour l'extension de son règne. Le cœur qui aime Dieu voudrait qu'il fût aimé et connu par toute la terre. Nous entendons dire aux saints, par une pieuse exagération, qu'ils souhaiteraient d'avoir mille vies et de posséder un million de voix, pour aborder tous les hommes et leur crier d'aimer Dieu. Les saints, en effet, ont toujours supporté impatiemment qu'il y eût tant de pays où Dieu fût inconnu, qu'en pays chrétien il y eût tant d'âmes égarées qui méconnaissent Dieu ou vont jusqu'à le blasphémer. De là ces milliers d'entreprises pour la conversion des infidèles, de là ces nombreuses vocations de missionnaires, de là ces collectes pour subvenir à leurs besoins, de là ces prières répandues à profusion dans les cloîtres pour que la religion atteigne et ramène à Dieu tous les hommes, Le zèle multiplie ainsi les formes de son activité.
LA SVNCni IC VI ION Of L.\ KOU\l \ I loN MoUAI.lC 2'2'.i
V.n alliMitlanl (|ii('. (Ic\rims pirlics, ils piiissonl (lomicr un libre essor à leur /èlc. les jeunes clcivs ne doiveiil rien négli^^'er ties moyens qui sonl à leur portée pour élendie le règne de Dieu. S'ils ne peuvent enrore ni prêcher, ni caléchiser, ni visite r les pécheurs, du ludiiis ils peu\ent prier, faire i)énilence. accomplir quelques sacrifices |K)ur témoigner à Dieu leur zèle, en le priant d'applicpier aux Ames les jilus besogneuses le mérite de leurs premiers etlorts a|)ost()liques.
Enfin l'amour de Dieu s'applicpie à ser\ir le ])r()chain par la bienfaisance. Le cœur de l'homme s'émeut toujours des besoins et des misères de son semblable, parce que c'est son frère selon la chair ; mais le chrétien s'en émeut plus encore, parce qu'il voit, dans ce frère, une image de Dieu el surtout un membre de ce corps du Christ au([ucl il appartient lui-môme. Qui aime vraiment Dieu, l'aime partout où il le découvre ; orle chrétien, par la foi. le découvre vivant dans son frère ; il nepeut donc s'empêcher de le suivre jusque-là par sa charité. C'est pourquoi Notre-Seigneur dit que le commandement de l'amour du prochain est « semblable » à celui qui nous ordonne d'aimer Dieu *. Pour le même motif, saint Jean nous dit dans sa première épître : « Celui qui prétend aimer Dieu, et qui n'aim& pas son frère, celui-là est un menteur '. »
On veillera donc, dans l'éducation des clercs, très spécialement sur leur charité envers le prochain. S'aiment-ils les uns les autres, n'entretiennent-ils point des sentiments d'opposition et de rancune avec quelques-uns de leurs frères ? Ne sont-ils point parfois jaloux, dédaigneux, hautains ? Sont-ils reconnaissants envers ceux qui leur témoignent du dévouement ? Sontils inclinés vers les pauvres, et font-ils volontiers l'aumône, même sur le maigre budget de leur pauvreté ? Ont-ils le cœur sec ou ému devant la souffrance, la misère, l'abandon, la dé-
' Secundum autem simile est luiic : diligcs proximum timm sicut tcipsum. Math., xxii, 39.
^ Si quis dixerit quoniam diligo Dciim, et fratrem suura odcrit, mendax est. I Joan., iv, 20.
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tresse ? A quelque degré que soit rendue leur charité, ils ont besoin d'en recevoir la leçon, d'apprendre qu'il faut donner au prochain l'estime de notre esprit, l'amour de notre cœur, la générosilé de nos mains.
Le premier don que le prochain attend de nous, c'est notre estime. Pascal a dit non sans raison ; « Nous avons une si grande idée de l'àme de l'homme que nous ne pouvons souffrir d'en être méprisés... Quelque possession que l'homme ait sur la terre, quelque santé et commodité essentielle qu'il ait, il n'est pas satisfait s'il n'est dans l'estime des hommes. Il estime si grande la raison de l'homme, que quelqu'avantage qu'il ail sur la terre, s'il n'est placé avantageusement aussi dans la raison de l'homme, il n'est pas content. C'est la pins hclle place du monde '... n Aussi est-ce une charité de premier ordre que d'admettre nos frères dans cette « belle place ». Xous le pouvons, si nous prenons l'habitude de bien penser des autres. C'est toujours possible ; car, parmi leurs défauts, nos frères ont toujours des qualités que notre sagacité s'exercera à découvrir, et c'est une persuasion juste que, sous la méchanceté des hommes, il y a toujours des ressources de bien sur lesquelles notre estime peut faire fond. Dès lors, pensons avec bienveillance de notre prochain, parlons-en avec estime, témoignonslui de la sympathie, faisons-lui sentir que nous ne le méprisons pas, et ces avances d'un esprit bien disposé le gagneront plus promptement même que nos générosités.
Il n'y a qu'un pas à faire pour aller de l'estime à l'amour. L'amour du prochain est un élan de cœur qui nous porte à être -compatissants et bienveillants. Car si nous aimons, nous ^lurons pitié, nous nous pencherons comme le Samaritain sur le blessé de la roule de Jéricho : sur les plaies morales et, s'il y a lieu, sur les plaies physiques, nous saurons verser « l'huile «t le vin » de la charité. Nous ne piétinerons pas ceux qui sont tombés, mais nous leur tendrons la main pour les relever;
* PensJes de Pascal, édition Margival, art. l'', ii" ô et 5 bis, page il.
i.A SA>(Miri(:Ario\ oc i, \ KoinuiK» mohai.e 225
nous ii';i<iT(>îlroiis p.is Inir mal j)ar des n'[)ioclios durs, mais lunis (Ml (liminuiMoiis la douleur par des paroles douces et Iioimes. C'est pourcpioi noire compassion nous conduira jus- (p>'<\ la bienveillance ; nous imiterons saint François de Sales (pii fut le C(vur hienveillanl j)ar excellence, et qui éclaira l'hori/.(Mi assombri de tant d'àmespar le sourire de sa bonne grâce et de son amabilité. N(Mis répandrons autour de nous, comme lui, une impression de joie, et, en donnant un peu de bonbeur, nous créerons cette sensation du passage de Dieu sur une vie, et nous ferons produire des actes de résignation et de courage. Mais ne noiis arrêtons pas en cbemin ; allons jusqu'à la générosité. Sacbons donner ; sacbons donner de ce qui est à nous ; sachons nous donner nous-mêmes. Adoptons pour maxime le mot de saint Paul : Ego aalem Ubenlissime impendam, et super iwpendor ipse pro aiiiniabus\ Seule, la charité est capable d'ouvrir ainsi nos mains. Ingénieuse, elle sait nous suggérer les moyens de donner encore lorsque notre bourse est à sec ; car elle sait que nous pouvons toujours donner du temps, que nous pouvons toujours donner de nos forces par les services rendus, que nous pouvons du moins donner de notre cœur par la bonté des procédés.
Tel est le fond de l'éducation de la charité. Dès le séminaire, le jeune clerc doit, par des exercices quotidiens, en créer en lui les habitudes. Quand, devenu prêtre, il arrivera au milieu du petit troupeau confié à ses soins, loin d'y apparaître comme un guerrier armé de pied en cap pour faire des conquêtes, il viendra très humble, très doux, très compatissant, témoignant à tous de l'estime et de la bienveillance, assez aimant pour faire entrer tous ses paroissiens dans la possession de ce qu'il a et de ce qu'il est. Saint Paul définit cette manière d'être par ce mot : « Comme une nourrice qui réchauffe ses petits*. » Dieu sait ce qu'une telle charité gagne d'âmes à Dieu.
' II Cor., III, 1.5.
* Tanquam si nutrix foveat filios shos. I Thcss., ii. 7.
CONTHIBUTION A l'ÉDUCATION DES CLEUC». 16
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Tandis que les vertus théologales regardent vers Dieu pour le servir, les vertus morales sont tournées vers l'homme pour le perfectionner. Elles sont dites morales, parce qu'elles ont pour but de former les mœurs ou habitudes de l'homme suivant les principes du bien. Les théologiens les ramènent à quatre ; la prudence, la justice, la force, la tempérance. Développer ce qui concerne ces. quatre vertus fondamentales, ce serait écrire tout un traité d'éducation. Du moins nous dirons ici sur chacune d'elles les points essentiels, d'après lesquels il importe de façonjïer l'âme des clercs.
La prudence a le pas sur les autres, parce qu'elle doit les régler toutes. Bien obsenée, elle constitue la sagesse ; ceux qui la possèdent sont des hommes pondérés dans leur conduite et de bon conseil pour leurs semblables. Elle met en garde contre tous les excès. Parfois on l'accuse de trop niveler les âmes humaines et de trop briser les élans du cœur. Mais elle ne mérite point ce reproche : elle laisse à chacun sa valeur ; par elle, les grandes âmes deviennent de plus grandes âmes, parce que, <;n réglant leur course, elle ne suspend pas leur marche, elle les préserve seulement de chutes et d'écarts.
Elle a deux ennemis redoutables à combattre : la précipitation et les préjugés. L'homme précipité va sans réfléchir : il porte un jugement sans prendre la peine d'étudier les différentes faces d'une question, sans prendre le temps de laisser les arguments pour et contre se tasser dans son esprit; au lieu d'attendre, comme saint Vincent de Paul, le lendemain pour se décider et agir, il se jette dans l'action avant même que vous ayez fini de parler. Que de fautes de jugement et de conduite en sont la conséquence ! L'homme prisonnier de préjugés de famille, de caste, d'éducation, de milieu, est fermé à toutes les bonnes raisons que vous pouvez lui exposer en faveur d'une
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opinion contraire aux si<'nnet;. Il vous écoulera p(nit-<}lre, il ne Aous cédera jamais. Son préjugé le tyrannise, au point (}u'iî n'a j)as tant le souci de la vérité que la préoccupation de penser, •d'agir suivant son préjugé. Essayer de le convaincre et de le diriger, c'est vdtis he\irler à une porte close. Dans ce cas, le premier clTort de l'éducateur doit être de lil)érer une ànie de -celte chaîne, en lui persuadant qu'il peut aussi y avoir hors de son milieu une part de vérité. C'est avoir donné la sagesse, que d'avoir formé un jeune homme à tout ce qui est vrai et bon, et à s'en inspirer dans sa conduite.
La justice nous fait reconnaître et respecter les droits du prochain. Or ce qui tombe sous l'empire de ses lois est son bien. La justice notis impose donc l'obligation de ne pas porter la main sur le bien d'autrui. Certes, il n'y a pas de risque qu'un prêtre porte jamais atteinte à la vie ni à la liberté de ses semblables, mais, sous l'empire d'une fâcheuse inconscience, il pourrait, dans certains cas, ne pas être assez scrupuleux relativement à trois sortes de biens : la propriété, l'honneur et le secret du prochain.
La propriété est entamée par le vol, sans doute, et le vol fait justement horreur ; mais elle peut être entamée aussi par ce qu'on nomme l'indélicatesse, c'est-à-dire par le défaut d'exactitude dans la manière de traiter le bien d'autrui. C'est pourquoi, dès le séminaire, il importe de former les clercs à une exquise délicatesse dans la manière de traiter soit les intérêts de leurs confrères, soit les objetsappartenant à la communauté.
L'honneur est un bien qui ne mérite pas moins de respect ; les gens les plus pauvres en richesse se consolent du moins dans la pensée qu'ils ont l'honneur pour fortune. L'honneur s'appelle aussi la bonne réputation, et nous savons ce qu'en dit l'Ecriture : « Ayez grand soin de votre bon renom '. » Pour un prêtre surtout, la bonne renommée est une force indispensable ; la moindre tache sur sa réputation peut annihiler son minis-
' EccU., XLi, 13.
tère. Aussi y a-t-il lieu d'apprendre aux jeunes clercs à se respecter les uns les autres au séminaire, afin qu'ils aient contracté l'habitude de respecter aussi le\irs confrères dans le sacerdoce ; car il est constaté que les pires atteintes portées à la réputation d'un prêtre sont celles qui lui viennent de quelque confrère malveillant. Or personne n'ignore que les coups portés à l'honneur arrivent tantôt sous forme de calomnie, tantôt sous forme de médisance, tantôt sous forme de récit humoristique jetant le ridicule sur une personne, tantôt, enfin, sous forme d'injure ou d'outrage lancés en plein visage. La règle sûre à donner est de ne parler des al^sents que dans les termes qu'on emploierait s'ils étaient là à écouter.
Le secret est le bien de celui qui nous le confie ; si vous l'avez reçu, c'est un dépôt sacré dont vous ne devez pas disposer à votre guise. En divulguant le secret d'autrui, non seulement vous trahissez la confiance qu'il vous a témoignée, mais vous compromettez les intérêts peut-être fort graves qui en dépendent, intérêts d'affaires, intérêts de position, intérêts de réputation... Le secret sacramentel n'est pas le seul qui lie la conscience ; le prêtre doit se considérer comme lié aussi par le secret professionnel, c'est-à-dire par les connaissances qu'il acquiert et par les épanchements d'âme qu'il reçoit en vertu de son ministère même de pasteur et de confident. La discrétion va même plus loin ; car elle demande le respect du secret purement naturel, c'est-à-dire qu'elle interdit à l'homme sérieux d'être, sans discernement, le porteur de nouvelles parfois fort dommageables. Autant de délicatesses sur lesquelles il faut attirer l'attention des jeunes clercs.
La force est une vertu qui met en branle toutes les énergies de l'âme pour l'accomplissement du devoir. Elle arme d'abord la volonté contre la tentation, soit du dehors soit du dedans. — La tentation du dehors se présente tantôt sous forme de séduction, afin de gagner les âmes par les attraits des plaisirs, des honneurs ou des richesses, tantôt sous forme de menaces, inspirant la crainte, le respect humain. La force chrétienne incline
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ràino ;\ i('|)oiiss(M- les altrails i\c la sc-diiclioti ot à luéprisor les leneius de la menace. Klle crée la vaillance morale et fait vaincre les hommes en ce qu'ilsont de dangereux jionr nous. — La tentation du dedans est celle qui naît de nos passions, de nos habitudes, de nos connivences secrètes avec l'ennemi du dehors. Tantôt ces tendances sont violentes comme la colère, la suscej)til)ilité, la jalousie, l'esprit de vengeance ; tantôt elles sont doucereuses et insinuantes comme la mollesse, la paresse, la volupté sensuelle, la gourmandise, la vanité. La force chrétienne nous arme contre nous-mêmes lorsque nous sommes un péril à notre propre vertu, comme elle nous a armés contre les tentateurs du dehors. Mais la vertu de force va plus loin , elle inspire les grandes entreprises, les nobles sacrifices ; c'est elle ({ui suggère et fait aboutir les vocations généreuses, tant celle du cloître que celle de l'apostolat ; c'est elle qui soutient la carmélite derrière ses grilles, comme le missionnaire au milieu des sauvages ; nous lui devons à la fois sainte Thérèse et saint François-Xavier.
La tempérance, enfin, vient à propos pour modérer les effets de la force. Il y a quelque chose de dur, de tendu, de rugueux, dans la force ; la tempérance en amortit les ressorts, en adoucit l'action. Elle apprend à l'àme à tout conduire avec suavité. Elle met l'égalité d'humeur dans l'àme qui agit, elle répand le bon sourire du cœur dans toutes les relations. Elle ne tue pas ce qui est, elle n'achève pas le roseau à demi brisé et n'éteint pas la mèche qui fume encore. Son rôle est de tempérer. Vous avez une nature violente ; la tempérance ne vous brisera pas, mais elle vous réglera. Vous avez une nature passionnée ; la tempérance n'en supprimera pas les élans, mais elle les modérera. En un mot, elle met chaque chose à son juste point. Grâce à elle, les natures fortes ne deviennent pas nuisibles, de même que les natures douces ne restent pas inutiles.
Comme on le voit par tout ce qui précède, la sanctificalioiï d'un clerc n'est ni un jeu d'enfant, ni l'œuvre d'un jour. Elle demande du temps, et ce n'est pas trop d'y consacrer les quatre ou cinq années du Séminaire. Elle demande surtout, pour soutenir lafaiblesse du jeune homme, l'appoint de secours extérieurs. Ces secours sont, les uns d ordre tout surnaturel, lesautres d'ordre humain. Les secours d'ordre surnaturel arrivent directement du cœur de Dieu par la prière et par les sacremeats. L'Eucharistie, en particulier, est souveraine ; car clleiiiel au centre de l'être humain la force di^ine descendue pour remédier à sa faiblesse et pour l'aider à se dépasser lui-même.. Aussi le clerc fervent a-t-il raison de communier tous les jours.
Les secours d'ordre humain consistent dans les exhortation.sjournalières des supérieurs, dans l'entraînement efficace produit par l'exemple des confrères, mais, par-dessus tout le reste, par les lumières et les impulsions venant du directeur de conscience. La formation morale suppose le soldat chrétien soumisà des exercices longs, compliqués, logiquement enchaînés. Cette stratégie savante exige un guide qui ne perde jamais do vue la jeune recrue de la sainteté. Ce guide est le directeur d(» conscience, qui n'a pas seulement pour tâche de se rendre compte de l'état de son pénitent, mais aussi de lui tracer pour chaque quinzaine ou chaque mois la route qu'il doit suivre vers le but désiré.
Cependant, si complexe que soit le travail de formation, il peut être singulièrement facilité par un principe d'action que nous appellerons l'éducation de la conscience. iNous entendons par là la souveraineté absolue donnée à la conscience sur toutes nos actions. Nous la supposons éclairée bien entendu, et si le le directeur découvrait qu'elle fût erronée sur certains points, il serait tenu de la redresser. Mais, une fois dûment informée.