‹ Contribution à l'Education des ClercsChapitre 29 sur 60 · I.i SANCri! tCATIO OU LA r()U\l\TIO\ MOUAI.E · texte numérisé non relu

I.i SANCri! tCATIO OU LA r()U\l\TIO\ MOUAI.E

elle (luit cire maîtresse absolue. Tout liommc de conscience, tl le clerc surtout, doit passer avec lui-même le pacte sui- >ant : a Je m'engage à ne jamais marcher sur ma conscience ; lout ce que ma conscience me dictera comme un devoir, me sera sacré, et je serai prêt à tout endurer, à tout sacrifier, plutôt que de fouler aux pieds le devoir. (^)u'il soit éclatant de sa nature, ou qu'il soit très humble, je me laisserai toujours dominer par l'impérieux commandement du devoir. » Un tel pacte peut avoir une immense portée. Son énoncé comprend l'abrégé de toutes les vertus. Que ce soit au séminaire, que ce soit dans le sacerdoce, que ce soit dans le monde, il sanctifiera toujours celui qui l'adopte et en vit.

s n Le juste vit de la foi

C'est par ce mot que saint Paul nous révèle la source d'où jaillit la vie religieuse. Sans la foi, point de vie ;plus la foi sera ardente, plus la vie sera intense. Au chrétien, au prêtre qui veut la vie, nous dirons donc : « Ayez la foi. »

Mais peut-on se donner la foi ? La foi n'est-elle pas un don de Dieu? Oui, certes, la foi est un don de Dieu, et celui-là seul la possède à qui Dieu l'a donnée. Aussi voyons-nous dans l'Evangile des suppliants qui disent : « Seigneur, secourez mon incrédulité... Seigneur, augmentez en nous la foi. » Que ceux donc qui se lamentent de n'avoir plus la foi, ou qui la sentent trop faible, commencent par la demander à Dieu. Ils la trouveront d'ailleurs le long du chemin ; car au devant d'eux vient Dieu qui la leur offre. Il n'est personne à qui Dieu n'offre la grâce de la foi ; il n'est pas un cœur que Dieu n'incline vers la foi ; la prière même quune âme fait pour l'obtenir est une grâce d'En-Haut. A cet égard, personne n'a le droit de se plaindrede Dieu. S'il en est qui n'ont pas la foi, ou quil'ontchancelante et inactive, ils ne peuvent s'en prendre qu'à eux-mêmes ou aux contingences dont ils ont été les victimes.

Le croyant a donc sa part, une grande part, dans l'état de son âme au regard de la foi. De là vient son mérite ; il n'aurait pas de mérite à croire si l'adhésion de son esprit n'était pas une ac tive et libre coopération de son âme à la grâce divine. Dieu tend la main, l'homme la saisit.

La foi, en elTet, estd'abord un élan de l'âme ; elle met enbran tout l'être humain, l'esprit et la volonté, et le transporte hors

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lui-iiièino. au-dessus de lui-nièine. Or, il y « deux sortes d'àiiies (|ue ne soulève pas ce niouvenieut iutéiieur; les aines paresseuses et lésâmes prisonnières. Aussi voil-on des honnncs qui n'ont pas la foi siinpleuient par inertie ; de même, il en est qui la perdent peu à peu par nue lente extiuction. D'autre part, les liens du péché sont parfois si serrés qu'ils ne laissent à la volonté aucuue liberté d'expansion : ici ce sont les captifs de l'idée fixe qui ne peuvent secouer leur chaîne, là ce sont les prisonniers de la passion sensuelle qui ne peuvent rompre le charme qui les enveloppe.

En second lieu, la foi est un élan de l'àme vers Dieu : non point dans le vague, non point vers le mystérieux inconnu en général, mais vers l'Etre réel et personnel. Principe et Fin de toutes choses, qui, si invisible qu'il soit aux yeux du corps, est adoré, aimé, invoqué avec autant de certitude que si sa présence était sentie. Loin de nous, par conséquent, cette croyance vaporeuse, ce simple émoi du cœur qui ne sait s'il est devant le vide ou devant la plénitude de l'Etre. Notre foi est assurée ; elle va tout droit, quoique dans l'ombre, au Dieu qui l'appelle.

En troisième lieu, la foi est une complète adhésion de notre esprit et de notre cœur aux vérités qu'enseigne l'Eglise. Elle ne fait aucun partage dans le Credo : elle l'accepte dans son intégrité. Si elle divisait son objet, elle périrait ; car le Dieu qu'elle se ferait alors ne serait plus le vrai Dieu, le Dieu qu'au fond elle appelle de tous ses vœux. Aussi la foi suppose-t-ellc une pleine fidélité aux enseignements de 1 Eglise : en fait de Conciles, elle ne s'arrête pas à celui de Nicée, elle va jusqu'à celui du Vatican ; en fait de définitions pontificales elle va de même jusqu'à repousser les dernières erreurs condamnées.

Tous ces actes, dont le croyant est l'auteur conscient, donnent à la foi son intégrité et sa puissance de vie religieuse.

s III Gardez le dépôt

Les tivsors dont le prêtre a la garde sont : L'Eucliaristie^ dans l'église : les âmes, dans les paroisses ; la doctrine et la la vertu, dans les fidèles ; la foi, dans son cœur.

De tous ces trésors, celui sur lequel il doit veiller avec le plus de sollicitude, c'est la foi de son cœur. Car c'est par sa foi que chaque matin, à l'autel, il avive la flamme eucharistique ; par sa foi qu'il ouvre aux âmes les voies du salut ; par sa foi qu'il maintient la doctrine dans la pure lumière de de la vérité et qu'il communique aux fidèles les saints élans de de la vertu. Aussi était-ce du trésor de sa foi que saint Paul disait à son disciple : u 0 Timothée, gardez bien le dépôt. »

La foi est tout ensemble le mouvement de l'âme vers l'objet que l'Eglise présente à son adhésion, et la somme intégrale des vérités que l'esprit doit accepter. Croire, en effet, c'est adhérer aux vérités proposées par l'Eglise. Garder sa foi, c'est donc veiller sur les deux éléments dont elle se compose ; c'est préserver de ralentissement et d'arrêt le mouvement qui porte l'âme vers Dieu ; c'est consener intact le trésor doctrinal où l'âme croyante va puiser sa vie.

Pour donner à la même pensée un autre tour, nous dirons ; l'âme croyante est comme un organisme vivant ; sa foi est l'esprit qui l'anime. Quiconque veut sauvegarder son organisme évite avec soin ce qui le ferait périr ; de même, quiconque veut préserver sa foi la tient à l'abri des dangers qui causeraient sa perte.

Or un organisme meurt, ou bien parce qu'il s'empoisonne,.

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DU bien paiic (ju'il s'atrojjhic. Taiilùl il s'omixiisoiuic li;i-m('''nu\ lorsiiiiil prodiiil irabotulaiiles toxines (lu'il n'élimine pas; lankSl, il est empoisonné par son milieu, lorsqu'il se laisse en- \aliir par des «germes pernicieux. 11 s'atrophie dans ses organes et il inan(pie dès lors de résistance dans la lutte contre les causes (le mort, lorsque, faute d'exercice physique, il laisse son cœur s'étioler, ses mus<les s'aflaiblir et ses nerfs s'émousser. De savoir comment un organisme périt, c'en est assez pourdécou- Nrir toutes les règles de l'hygiène.

La foi, aussi, a son hygiène. Elle ne se garde et elle ne se développe qu'à la condition d'en observer sévèrement les règles. Tous les préceptes, d'ailleurs, se ramènent à deux : ne vous empoisonnez pas, ne vous atrophiiez pas.

t" Ne vous empoisonnez pas : préservez-vous du poison du dedans et des mauvais germes du dehors.

Qu'il y ait des poisons qui, spontanément, se forment au dedans, ce n'est pas douteux. La tentation contre la foi peut surgir dans l'âme sans y avoir été introduite par une lecture dangereuse ni par une conversation risquée. Il suffit, pour la faire naître, de la tendance si naturelle à tous les hommes, si développée en certains esprits plus chercheurs, qui nous fait dire: est-ce bien vrai ? 11 suffit, à plus forte raison, d'un assaut de passion sensuelle, dont aucun âge n'est exempt, qui nous fait dire de la loi morale et de son principe : est-ce bien sûr?' Que ce doute soit accueilli, qu'il fasse à lame une blessure qui s'envenime, une plaie qui s'élargisse, il naît bientôt un malaise, une inquiétude, puis une fièvre qui annonce que tout l'être est pris. Que le malade alors cache son mal, et, peu à peu, avant qu'il prenne pleinement conscience de son état, il sera en péril de mort. Il devrait déclarer sa souffrance à un médecin de l'ordre moral ; il en recevrait le moyen de purifier son esprit et son cœur du poison qui le dévore. L'ouverture d'âme, faite promptement, le guérirait. Malheur à lui si, au lieu de recourir à ce remède, il se laissait alors imprudemment envahir par les germes du dehors : c'est ce qui arrive trop souvent.

Les poisons pénètrent, du dehors, parla lecture ou la conversation. On fréquente des milieux contaminés et l'on contracte le virus de l'incroyance. 11 ne tue pas d'abord ; il s'insinue lentement. D'abord on croit avec fidélité, tout en souffrant de doutes dont on gémit ; puis on hésite davantage, la prière se ralentit sur les lèvres et dans le cœur, et on sourit à la négation qui se présente ; finalement, le mal a ravagé l'esprit, la foi s'est éteinte, la prière se tait, l'incroyance s'est implantée dans l'a me.

Il est clair que, pour éviter un tel malheur, il faut en écarter de soi la cause : pour garder la santé de son âme, il faut fuir *es germes qui l'empoisonneraient. Dès lors, il faut tenir pour certain qu'il y a des livres qui sont dangereux et des hommes dont la conversation est pernicieuse. Les défenses de l'Eglise à cet égard, doivent être prises au sérieux et être fidèlement observées. De nulle autre chose il n'a été dit avec plus de vérité : (( Qui aime le péril, s'y perdra. » Mais, dira-t-on, les miasmes sont partout ; il n'est point de milieu où l'on n'en respire fatalement. Soit. Seulement, autre chose d'absorber des germes répandus en petit nombre dans une atmosphère généralement pure, autre chose de les recevoir à pleins poumons dans un milieu contaminé.

2° Ne vousatrophiez pas : c'est le second précepte. L'être s'atrophie, lorsqu'il manque de nourriture et d'exercice. Non seulement il se diminue lui-même, mais il est sans résistance sous l'assaut des principes ou des germes de mort.

Or la foi se nourrit par les saintes lectures et les entretiens religieux : lectures dans les livres sacrés, dans les traités de théologie et d'ascétisme, dans les pages de morale, dans les ouvrages sortis de la plume des saints les plus pieux et animés de la fol la plus ardente ; entretiens avec des prêtres instruits qui se plaisent à parler de questions religieuses, avec des âmes ferventes dont les expressions de foi ravivent la croyance de ceux qui les écoutent. Sous toutes ces formes, la foi s'alimente et se fortifie.

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Kilo ne s"accn)ît pas int»iiis par l'oxorcicc, que ce soit parl'exorcîce (le la prirrc qui on aclivo la flainmo, que ce soil parrexeroico tlo la M'iiu (pii eu développe l'efTicacilé.

IlaurasulTi d'iudicpjer hrièveuieiit de quoi la foi meurt, de- (pioi la foi vit, pouf que toute ànic soucieuse de sa vie ait appris coninient elle doit u garder le dépôt. »

s IV La vie personnelle du prêtre

Lorsque l'Eglise a marqué les jeunes hommes qu'elle se propose d'élever au sacerdoce — soit qu'elle les y ait invités, soit qu'elle ail seulement accueilli leur demande spontanée — son premier souci est de former en eux une âme digne de leur vocation. Elle ne leur enseigne pas d'abord ce qu'ils auront à faire, elle commence par leur apprendre ce qu'ils doivent être. La vie apostolique se déroulera en son temps ; avant toutes choses, il faut assurer la vie sainte de la personne.

Rien de plus juste, d'ailleurs. Car le prêtre est un objet sacré, tant parce qu'il approche de Dieu que parce qu'il sera le députe des hommes près de la divinité ; en conséquence, il faut qu'il devienne un être de choix; tiré de la masse humaine, il doit s'en distinguer par une vertu supérieure qui en fasse un objet de vénération. D'autre part, destiné à être le pasteur des âmes, il doit leur donner l'aliment de ses exemples plus encore que celui de ses paroles ; sa vie doit plus prêcher que sa langue ; sa doctrine morale doit emprunter à sa vertu sa valeur persuasive. Enfin l'expérience montre que le zèle est une flamme qui jaillit du cœur comme de son foyer ; une âme fervente sera toujours une âme d'apôtre, tant la charité a besoin de se répandre, tant l'amour de Dieu aboutit à l'amour des hommes. Qu'une âme sacerdotale n'ait, au contraire, qu'une vie intérieure tiède et réduite, le goût des œuvres y sera vite éteint ; s'il se produit quelque mouvement, ce ne sera qu'une agitation superficielle, promptement remplacée par l'apathie.

LA Mi: ^'EH80^^EL^E ni tuéiuk 230

Ce que fait un {nôtre dcpciul (.loncde ce qu'il csl. C est iK»ur- <juoî rï'j^'lisc s'applicjuc avec tant de sollicilude à lui procurer un être supérieur.

Elle y consacre tout le temps nécessaire. Que les candidats se présentent dès ladolescence ou dans un Age plus mur, ils anront tous à parcourir les mêmes cycles de formation ; ils dc- Yront acquérir toute l'éducation humaine et recevoir tous les éléments de l'éducation cléricale. Le nombre des années n'importe pas ; on y mettra douze ans et même plus s'il le faut, mais le prêtre ne sera nanti d'un ministère ecclésiastique que lorsqu'il sera intégralement formé. La disette de sujets n'est point un motif de précipiter les ordinations ; mieux Aaut laisser des paroisses sans prêtres que d'ordonner des prêtres sans formation suffisante.

L'Eglise ne recule point devant les sacrifices d'argent. Locuvre des Séminaires est celle qui rencontre le plus de sympathie parmi les fidèles et sur laquelle les évêques veillent a\ec le plus d'attention. En certains milieux, où les vocations sont trop peu nourries par la foi des fidèles, un seul prêtre coûte très cher ; mais, du moment qu'il présente une haute valeur sacerdotale, personne ne regrette ce qn'il a fallu d'or pour lui frayer le chemin.

L'Eglise ne recule pas même devant le sacrifice des sujets médiocres. Certes, elle souhaite le nombre, et elle en a besoin, mais elle sait que le grand nombre des êtres insignifiants ne lui profite pas. Aussi n'hésite-t-ellc jamais à congédier les sujets dont elle ne peut rien attendre. Elle ne leur demande aucune compensation pour les frais dont ils ont donné l'occasion ; il lui suffit qu'ils n'entrent pas, qu'ils ne deviennent pas, dans ses rangs, des centres d'amoindrissement religieux et moral.

Par contre, il n'est pas une forme de vie qu'elle ne procure à ses élus du sanctuaire. Naturellement elle met au premier rang la vie religieuse, et elle fait régner la piété sur tous les séminaires ; car il est juste que des élèves destinés aux rapports les plus étroits avec Dieu prennent de bonne heure l'habitude

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(le vivre en contact avec lui. Dans ce commerce divin, les jeunes gens prennent le goût du bien et puisent le courage de l'exprimer dans leurs mœurs par la vertu ; ils se dégagent de la vulgarité par la hauteur morale. En même temps, ils participent aux bienfaits de l'éducation intellectuelle la plus élevée : on leur confère, par les « humanités », la culture générale de l'esprit ; par la préparation spéciale à leur carrière ils sont initiés aux plus grands problèmes qui puissent occuper l'âme humaine.

Vie religieuse, vie morale, vie intellectuelle : voilà le triple don de la formation sacerdotale ; c'est aussi le triple objet qui doit devenir, pour le prêtre, le souci de sa vie personnelle.

Le péril de la médiocrité

Comme la rouille mine sourdement le fer ainsi la médiocrité use lentement la vie du prêtre. Et de même qu'on voit fléchir, puis crouler, les constructions métalliques qu'a ravagées la rouille, ainsi verrait-on baisser, puis sombrer, un clergé dont

j les membres seraient en grand nombre atteints de ce mal sour-

j nois de la médiocrité.

On pourrait dire, sans trop de témérité, que les prêtres infi- <lèles sont moins pernicieux à l'Eglise que les prêtres médiocres. Un prêtre infidèle se place hors de la voie ; il se signale luimême comme un objet réprouvé ; on le plaint, mais on s'éloigne de lui ; son départ est une perte ; du moins il n'est plus là pour nuire. Le prêtre médiocre, au contraire, reste investi de sa mission, mais il la remplit mal, parce qu'il est au dessous de sa tâche ; sa vie, trop pauvre en son foyer, ne se répand pas au dehors ; il ne conquiert les âmes ni par ses exemples, ni par ses paroles, ni par ses entreprises de zèle ; sous un tel pasteur, le troupeau dépérit faute d'aliment ; il n'y a même plus de faim religieuse dans les âmes, nul idéal envial)le ne leur étant proposé ; de jour en jour, on sent que la foi baisse et s'en va. Aussi n'y a-t-il point de mal qu'il importe autant de combattre que ■celte langueur d'àme qui crée la médiocrité.

La médiocrité dont il s'agit ici est moins un vice organique <iu'un désordre moral. On peut avoir une constitution de valeur itout ordinaire, des facultés de portée à peine moyenne, un esprit sans grande ouverture, et sortir néanmoins de la médiocrité. Un homme qui développe ses dons, quels qu'ils soient, qvie l'ef-

CONIHIBITION A L'tDl'CATION DES CLERCS. 17

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fort continuel tire de l'apalhie et met en marche vers le meilleur^ n'est jamais un homme médiocre. 11 n'est pas même besoin qu'ii pousse avec la même application toutes ses facultés ; pour n'être point médiocre, il suffît qu'il excelle dans une partie de son être, qu'il soit homme d'étude, ou homme de zèle, ou homme de sensreligieux et liturgique ; car, dès lors qu'il n'est pas enlisé dans une sorte d'anéantissement de lui-même, il a un être qui vit, qui croît, qui parle, qui agit, qui, dès lors, accomplit l'œuvre de Dieu.

Si elle est d'ordre moral, la médiocrité peut donc être combattue efficacement : c'est, en effet, un mal dont on peut guérir, mais deux conditions sont requises : le bon vouloir et l'effort.

Le bon vouloir, disons plutôt le ferme vouloir, n'est autre chose que la généreuse résolution de secouer cet engourdissement de la tiédeur. La grâce en fait toujours les avances ; car elle dit au cœur assoupi : Surge, qui dormis. Mais à cet appel divin la volonté doit répondre : Siirgam. Et ce mot, dans sa plénitude signifie : « Je me lèverai et je me mettrai à l'œuvre : car l'inertie où je suis plongé est une honte et un dommage. Une honte, puisque je laisse inculte le champ que Dieu m'avait confié, puisque, au milieu d'une société que dévore la fièvre du travail, je suis le seul qui s'abandonne au désœuvrement. Un dommage grave, puisque je mets mon âme en danger de se perdre, puisque, au lieu de conduire et de nourrir le troupeau dont j'ai la garde, je le laisse errer vers des pâturages malsains ou mourir d'inanition. » Ces heureux sentiments naissent dans l'âme à l'époque des retraites, ou encore sous le coup de la souffranceou de l'humiliation. Or il n'est point de temps plus propice à leur efficacité, que cette époque de l'année où cessent les voyages dissipants, où le travail reprend son cours normal, où la saison elle-même, plus rigoureuse, se prête davantage aux pensées sérieuses et aux efforts courageux.

11 faudra bien en effet en venir à l'effort : peut-on se lever, peut-on marcher, peut-on gravir une pente, sans faire effort ? mais souvent le bon vouloir échoue devant la difficulté de se dé-

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finir un prof^raiiiiui" précis il'aclion. Jo voudrais bien, dil-on, mais tout est à rofairo, et je ne sais par où commencer. Et pourtant, rieu n'est plus simple, (piand on est tout à fait résolu : il ne s'agit pas de soulever une montagne, mais seulement de marcher sur un chemin ouvert et facile. El d'abord, reprenez votre vie religieuse, vos exercices de piété, depuis l'oraison du matin jnscpi'à la lecture spirituelle. En même temps, appliquez-vous à être doux et bon, à maîtriser votre caractère, à disposer avec ordre vos occupations de la journée. Puis réservez vous une heure ou deux pour la lecture et l'étude, et poursuivez ce travail intellectuel suivant un plan conforme à vosgoûts^t à vos préférences. Voyez enfin quels actes apostoliques, en tenant compte de votre milieu et de vos aptitudes, vous pouvez accomplir, et soyez-y fidèle. Faire ainsi doucement et généreusement, c'est vivre ; et \ivre, c'est être sorti de la médiocrité.

s VI Les réunions sacerdotales

Dans sa sollicitude pour le clergé, l'Eglise est guidée par deux sentiments également fondés : elle veut que le prêtre vive parmi le peuple ; elle ne veut pas que le prêtre s'amoindrisse au contact du peuple.

Elle veut que le prêtre vive parmi le peuple. Dans ses desseins, il y a une église et un presbytère au centre de chaque groupement chrétien ; près de la maison de Dieu, la maison du prêtre. Et le prêtre n'est pas tant là pour garder son Dieu que pour vivifier son peuple ; la place du pasteur est au milieu de ses brebis ; le ferment doit être dans la pâle qu'il a pour mission de faire lever.

L'expérience prouve qu'autant le voisinage du prêtre est salutaire, autant son éloignement est funeste. S'il est tout près, il agit par sa seule présence sur le quartier qu'il habile ; son influence s'affirme par son regard, par ses avis, par d'opportunes interventions. S'il vit au loin, on pourra le mander sans doute pour les sacrements, de lui-même il visitera de temps en temps son troupeau ; mais il n'exercera pas cette action à la fois personnelle et surnaturelle que, seule, la résidence permet. Comment la pâte lèverait-elle, si elle n'est qu'entrevue et non pénétrée par son ferment ?

Aussi faut-il déplorer que la rareté des vocations sacerdotales ne permette pas, d'ici longtemps, de replacer des prêtres à côté de toutes les églises. Pour le même motif, peut-être n'y a-t-il pas lieu de hâter la formation, pourtant conforme aux vœux de plusieurs, de ces groupes cantonaux d'où les prêtres, comme de

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ccnlros slralt'fj^iquos. so n'paiulrnioiit j^oiir porlcr au\ àincs les src(iuis(loiniUult''S. (lotte orj,'aiiisali(»ii laNoiahlc à la conservation (lu prêtre, habituerait les lîtièles à se passer, sur de larges espaces déserts, de la présence el de l'inlluence immédiate du ministre de Dieu. Mais à (|uoi bon tenir le ferment dans la paie, s'il doit y perdre ses propriétés vitales? Au lieu de faire lever la masse il y périrait. Le dommage, alors, serait irrémédiable. Aussi importe-t-il de conserver aux prêtres dispersés toute la puissance d'action, et dans ce l)uf, toute leur richesse de vie.

Le problème était résolu lorscpie, au moyen à'^o, la plupart des paroisses étaient aux mains des bénédictins. Le curé et ses aides n'y étaient pas isolés. Ils étaient soutenus à la fois par l'office divin qu'ils disaient en commun et parla mutuelle influence de leurs bons exemples ; ils se gardaient les uns les autres. Dom Gréa a tenté, ces dernières années, de reconstituer, une congrégation religieuse qui eût pour mission de desservir les paroisses et principalement les plus pauvres. Jusqu'ici l'œuvre n'a eu qu'un succès très limité. Pourquoi ? C'est sans doute que les jeunes gens qui embrassent la vie religieuse recherchent, en retour de leur sacrifice, les avantages du grand couvent ou le bénéfice d'une vie moins attachée.

En pratique, la vie des prêtres de paroisse est fatalement isolée. Cette solitude a ses dangers, dangers du côté du monde qui tente, dangers du côte des prêtres eux-mêmes exposés à s'attiédir. Pour combattre, dans la mesure du possible, les funestes effets de l'isolement, on a établi l'usage des réimions sacerdotales périodiques. Toutes sont salutaires, toutes sont à encourager.

La simple réunion de quinzaine, avec déjeuner commun, suivi d'une récréation agrémentée par le jeu, a bien son prix. Même avec ses apparences toutes profanes, elle fait du bien. Car on se voit entre prêtres : on y parle des choses de son état ; an y ranime le cœur ; on y trouve l'occasion de s'y confesser régulièrement. Il faut bien qu'elle soit sacerdotalement profitable, puisque, toujours, on voit s'en éloigner les pauvres prêtres qui

2i6 LA SA^GTIFICATIO!»

commencent à suivre un mauvais sentier. Il est sain de se voir entre frères, ne serait-ce que pour se voir ; les liens de famille s'y resserrent.

Bien plus utile, assurément, est la réunion connue sous le nom de « Conférence n. On y étudie : on y revoit les sciences ecclésiastiques ; chacun, à son tour, y apporte un travail qui lui a coûté peut-être des semaines de recherches et de réflexions. Par le fait, le rendez-vous fraternel se produit sur un ton plus •sérieux. Les évêques ont jugé ces assemblées cantonales si importantes que, partout, ils les dirigent et les contrôlent

Les Cercles d'études, inaugurés depuis quelques années par certaines initiatives très louables, rendent plus sensible et plus continu le bienfait des Conférences. Ils se tiennent durant l'année entière, et, précisément parce qu'ils sont plus spontanés, ils provoquent plus d'application et produisent de meilleurs résultats. A plusieurs reprises nous avons cité le Cercle d'études de Forcalquier. Le seul diocèse de Chartres en compte onze.

Enfin, poussant plus avant, nombre de doyens ont institué les retraites mensuelles cantonales. Un jour entier chaque mois, les prêtres du canton, sous la direction d'un prêtre ou d'un religieux étranger, vivent en commun, prient en commun, entendent des entretiens spirituels, se confessent ; puis ils retournent, avec une jeunesse sacerdotale renouvelée, à leur ministère quotidien. Treize cantons, au diocèse de Chartres, s'adonnent régulièrement à ces retraites.

§ MI Le placement du Cœur

Il y a deux placcmonls dont l'art est difficile : le placement de l'arg-cnt et le placement du cœur. Si vous placez mal votre argent, vous perdez votre fortune et vous ruinez votre maison. Si vous placez mal votre cœur, vous perdez votre vie et vous ruinez votre existence. On peut encore se résigner à perdre sa fortune ; mais qui voudrait se résigner à la perte de sa vie ? Des deux placements, celui qui importe le plus est donc celui du cœur.

Ois au dire d'un certain monde, c'est un placement où la religion n'entend rien, où elle prétend néanmoins donner des ordres. Que faut-il en penser !

D'abord, il est vrai que la religion prétend nous diriger dans le placement de notre cœur. Mais, en cela, elle ne fait qu'user d'un droit et remplir un devoir. Car elle est la gardienne, l'unique gardienne hélas ! de la morale. Dans tout ce qu'elle entreprend, elle vise à la sauvegarde et au progrès de la morale. Même quand elle organise le culte et ranime dans les âmes l'élan de la prière, c'est en faveur de la morale qu'elle agit, puisqu'elle a toujours en vue d'armer les volontés humaines pour l'extirpation des vices et la pratique des vertus. Or, qui ne voit que c'est le cœur qui donne le branle à la vie morale ? Tant vaut le cœur, tant vaut la vie morale. Car la vie suit infailliblement la pente du cœur. Le cœur mal placé entraîne la vie morale aux abîmes ; au contraire, le cœur bien placé soutient la vie morale dans ses luttes et l'élève à la hauteur où il s'est mis. Comment, dès lors, la religion pourrait-elle, sans se

2i8 LA S.VNCTIFICVTION

trahir .elle-niêino, rester indilTérente au placement du cœur? ||

Mais est-elle sufTisanimeut éclairée dans l'exercice de ce droit? Saura-t-ellc reconnaître les imprescriptibles besoins du „ cœur? Ne \a-t-elle point l'étouffer au lieu de le dilater? Saura- ^ l-ellc lui permettre d'aimer?

Justement, c'est un point où la religion chrétienne se montre bien divine, qu'elle sache se montrer en même temps si humaine. Elle a trop la lumière de Dieu, pour ne pas com- I prendre l'homme. Non seulement elle permet au cœur humain I d'aimer, mais elle le lui commande ; elle veille seulement à ce ■ qu'il ne s'égare pas, parce qu'en cette matière les écarts sont la ruine des âmes. Placez votre cœur, dit-elle, mais placez-le bien.

Quel est, en effet, le premier mot de la religion, sinon : « Tu aimeras » ? Jésus, dans l'Evangile en rappelle le précepte. Mais qui aimer? Dieu, sans doute : « Tu aimeras le Seigneur ton |. Dieu, de toute ton àme, de toutes tes forces » ; mais aussi les hommes : u Tu aimeras ton prochain comme toi-même... C'est mon précepte, à moi, dit Jésus, que vous vous aimiez les uns | les autres, commmc je vous ai aimés. » Et rien n'est plus loué dans les saintes Ecritures, rien n'apparaît plus béni de Dieu dans l'histoire, que la vraie amitié, celle qui unit par l'affection les cœurs hiimains. Et quand l'Eglise consacre l'union des époux, elle ne lie pas des fortunes qui se combinent par un contrat, elle bénit des cœurs qui s'aiment.

Il n'est point, dans le cœur humain, de besoin inné en qui elle ne découvre l'œuvre de Dieu et auquel elle ne condescende. Elle sait qu'il en est du cœur des hommes comme des oiseaux qui ont le don de planer dans les airs. Si haute que soit l'envolée de ces petits êtres, ils ont besoin, de temps en temps, de j. poser leurs pieds sur des appuis afin de reposer leurs ailes. Et il arrive souvent aux oiseaux migrateurs qui traversent les mers, par exemple aux petites cailles qui traversent la Méditerranée, d'être si épuisés d'avoir parcouru de longs espaces sans trouver aucun appui, qu'en abordant sur la terre ferme ils se

LE i'i.\<;lmi:n r di ccki u 2il>

jetleiit sur lo inomicr point solitlo qu'ils roncoutrenl, sans prendre garde peul-èlrc que c'est sur un pièg(^ tendu par l'oiseleur. Ainsi en est-il des hommes, qui, ayant prétendu planer toujours dans les sphères d'un idéal (pii dépasse les forces humaines, retombent lourdeiiKMit sur le sol terrestre et se laissent grossièrement prondie à des pièges que des gens avisés auraient découverts et évités. C'est pour nous garder de pareilles illusions et nous épargner ces lamentables surprises, que la religion très sage nous dit : « Elevez-vous par l'amour de Dieu, mais laissez-vous soutenir par de nobles amitiés humaines. »

Seulement, ajoutc-t-clle, soyez vigilants ; voyez où vous posez le pied. Placez votre cœur; mais ne le placez pas mal à propos. Si vous l'engagez mal, en le perdant vous perdez tout.

Soit, dira-l-on, voilà des conseils marqués au coin de la vraie prudence. Mais y a-t-il des signes certains auxquels on puisse reconnaître si on a fait un bon ou un mauvais placement du cœur? D'ailleurs, est-on à ce point maître de son cœur qu'on puisse le placera son gré? N'a-t-il pas des spontanéités qui déroutent, et des entraînements qui défient tout effort de volonté ?

Il y a deux signes au([uels on reconnaît infailliblement ce que vaut le placement du cœur. Ce sont les conséquences morales et les conséquences sociales. Et si l'intéressé craint de se faire illusion, pour en juger sainement, qu'il se fasse éclairer par des amis sûrs, et particulièrement par son directeur de conscience.

Au point de vue moral, (pii est tout intime et personnel, lebon placement du cœur produit la paix et la vertu : la paix qui exclut l'agitation, le trouble, la crainte, parce qu'elle donne un vif sentiment de sécurité : la vertu, qui domine et apaise les passions désordonnées, règle les désirs, soutient les nobles inspirations d'honnêteté. Il en va tout autrement, lorsque le cœur est mal placé : préoccupations fiévreuses, obsessions maladives, expressions excessives et désordonnées d'affection, troubles

profonds dans l'accomplissement du devoir d'état, perles do temps et d'argent, diminution chaque jour plus sensible de la délicatesse morale, et bientôt peut-être satisfactions hautemcîif réprouvées par la conscience. Tandis que la l)onne affection vous apaise, vous soutient et vous porte, la mauvaise vous |i trouble, vous abaisse et vous souille.

Au point de vue social, la rumeur publique vient au secours fie votre conscience pour vous informer du mauvais placement que vous avez fait Qu'un père de famille, qu'une mère de famille, vienne à placer son cœur hors de sa maison, aussitôt

tout de^ient froid à ce fover où l'amour s'est éteint, le lien qui

unissait tous les membres de la famille est rompu, une morne

tristesse a remplacé les joies de la mutuelle tendresse, chacun cherche hors de chez soi un bonheur qui ne saurait être là où le cœur n'est plus. N'est-ce pas une des causes principales de la désagrégation des familles et de la dispersion des pierres du foyer domestique ? D'où vient que cet homme a ruiné sa maison, que cette femme a déshonoré sa famille, que ces jeunes gens ont compromis ou perdu leur avenir, sinon de ce qu'ils ont eu le malheur de mal placer leur cœur ? Et d'où vient que ce prêtre a tant baissé devant l'opinion, que son ministère est ilevenu stérile, que peut-être sa vertu est soupçonnée, sinon de ce qu'il a mal placé son cœur? Et cet autre aurait-il affligé ses amis par une chute retentissante et scandaleuse, s'il avait mieux veillé sur la voie où s'engageait son cœur?

Quelque spontané et prompt que soit le cœur, il n'en reste pas moins sous l'empire de la volonté. L'homme qui le veut gouverne son cœur. Avant que le cœur ne se livre, il y a toujours un premier moment où il se sent ému, où peut-être il se sent pris. C'est alors qu'une lutte doit s'ouvrir entre le cœur que sollicite un instinct aveugle et la volonté que conseille et que soutient la prudence morale. Sans aller plus avant, nous pouvons affirmer que la victoire appartiendra à la volonté et que le cœur sera retenu, si on le veut bien.

Fût-on malheureusement engagé, et le cœur fùt-il déjà cap-

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