‹ Contribution à l'Education des ClercsChapitre 30 sur 60 · I.E l'I.VCEMENT 1)1 CHU l · texte numérisé non relu

I.E l'I.VCEMENT 1)1 CHU l

lif, si le sons moral n'ost pas tolalcmcnl oblilt''r('', si l'àmc n'est I>,'is siinplcnicut une épave (pii Iraiiic sur la rue. un vigoureux clTort de volonU", soulciui par une grâce de Dieu particulière, |i(ut encore hiiser les chaînes et reconquérir la liberté. Mais il ('<t infiniinont ])lus dilllcilc de rofiouvcr son cœur que de ne pas le livrer.

Ainsi jiaile la religion du placement du comii' ; il n'est pas un moraliste qui n'approuve cette sagesse. Mais la religion a sur la simple morale un grand avantage : elle ne se contente pas de belles paroles, elle vient, par la prière qu'elle inspire et par la grâce qu'elle confère, au secours des cœurs qui sont tentés de se mal placer et des cœurs qui ont le sincère désir de se dégager.

s VIII Politesse

La politesse est faite d'un corps et crime Ame. Le corps est le code des lois du savoir-vivre ; l'Ame est la vertu morale inspiratrice des règles de la bonne éducation. Le corps est compliqué, d'innombrables parties s'y harmonisent pour composer les i membres ; lame est simple et commande à tout sans se divi- h ser. L'étude du corps conduit à l'âme, et les gens sincèrement polis pratiquent la vertu morale ; mais l'élude de lame aussi conduit au corps, par des chemins plus courts, et les âmes vertueuses trouvent spontanément la politesse. A commencer par le code des lois, on reste souvent en chemin, et la politesse , demeure une banale et froide démonstration extérieure ; si, au i contraire, elle émane de la vraie vertu comme de sa source, eûtolle certaines gaucheries, elle va droit au cœur et gagne immédiatement les sympathies.

La vertu morale d'où découle la politesse est la tempérance. Quoi d'étonnant ? Est-il rien qui dompte, plus universellement t[ue la politesse, l'égoïsme et les susceptibilités de la nature? ÎNe faut-il pas « tempérer » constamment son humeur pour présenter à tous le bon visage de la politesse ? Cette maîtrise du caractère fait l'amabilité ; aussi la politesse pourrait-elle être | définie lart d'être aimable et de faire plaisir. Et cet art n'a rien • de mondain ; il est, au contraire, très chrétien, puisqu'il est li fait de là mortification qui refrène nos passions, et de la charité qui nous porte à donner au prochain ce que nous avons de mieux dans le cœur.

Envisagée comme une vertu, la politesse se ramène à des

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règles très simples, au nombre de Irois : « Tu ne Ijlesseras point ; Tu ne te blesseras pas ; Tu feras plaisir. »

K Ne blessez pas. » Ne blessez ni les veux, ni les oreilles, ni le cœur île ceux avec qui vous entrez en relation. La ri^glc esl d'une immense portée ; elle comprend prcstpic tous les préceptes du savoir-vivre.

D'abord ne blessez pas les veux, lléglez donc votre tenue et votre démarche, de telle sorte qu'aucun de ceux qui vous voient n'en soit froissé. En conséquence, vos habits ne seront ni négligés ni recherchés, ni dégoùtatits de malpropreté ni luisants d'un éclat factice, ni d'une pauvreté au-dessous de votre condition ni dune richesse au-dessus de vos moyens. Vous ne serez fardé ni sur votre visage ni dans vos cheveux ; vous apparaîtrez sans emprunt, soigné, niais content des dons que Dieu vous a faits. Vos gestes ne seront ni inconvenants, ni brusques, ni gauches ni niullipliés à l'excès. A table, vous vous tiendrez et vous mangerez de telle sorte ((ue rien ne puisse choquer les tempéraments les plus délicats ; comme, en ce point, on commet beaucoup de fautes sans le savoir, priez une bonne fois quelque ami de vous dire en quoi vous péchez à table. Veillez, de même, sur vos démarches ; examinez comment, dans la rue, vous portez les pieds, si vous agitez les bras et les mains, quelle tenue gardent votre tète et vos yeux, ^"oyez de quelle façon vous vous présentez dans une maison, comment vous vous y asseyez, le temps que vous y restez, la façon dont vous prenez congé. Aucun de ces détails n'est méprisable. Car, outre qu'il ne faut pas blesser les yeux du prochain, il ne faut pas non plus lui donner de soimême une idée défavorable. Or, la Bible s'accorde avec le dicton populaire pour nous avertir que rien qu'à voir un homme en face on le connaît. Faites donc en sorte que tous ceux qui vous voient, non seulement soient charmés, mais prennent de vous une connaissance favorable.

ÎNe blessez pas, non plus, les oreilles de votre prochain, d'autant plus que ce qui frappe désagréablement ce sens est particulièrement énervant. Prenez donc garde à vos paroles. N'en

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dites pas trop : les bavards sont insupportables ; on leur tient rigueur, non seulement de la longueur de leurs discours, mais aussi de ce qu'ils encombrent la conversation et ne laissent pas à d'autres le loisir de placer leur mot. rS'en dites pas de désagréables ; par conséquent, ne relevez ni les défauts ni les fautes de vos interlocuteurs, ne les critiquez pas, ne les tournez pas eu dérision, n'abusez pas de votre supériorité sur eux, ne leur rappelez pas des souvenirs pénibles, en un mot, ne les humiliez pas. Que votre voix n'éclate point en paroles trop aiguës, en cris propres aux gens mal élevés, en ces rires excessifs que 1 Ecriture elle-même nous dit être le propre des sots.

?\e blessez point le cœur. Ce sont les procédés indélicats qui blessent le cœur. Quoiqu'il soit très malaisé de n'user jamais de procédés quiapparaissentindélicatsauxyeuxduprochain, cependant prenez à tâche d'observer cette règle. D'abord, on blesse le cœur par des oublis : n'oubliez pas la fête de vos amis, n'oubliez pas de les féliciter de leurs succès, et dites-leur un mot de sympathie dans chacune de leurs peines ; dans leurs maladies, visitez-les et informez-vous de leur mal, leur laissant toujours l'espoir d'une prochaine guérison ; répondez à leurs lettres même assez promptement, et n'omettez pas, tant sur l'adresse que dans la conclusion, les formules qui correspondent à leurs titres et que leur susceptibilité exige. On blesse aussi le cœur par des maladresses, par des paroles dites à contre-temps, par des mots fâcheux dont on n'apas mesuré le péril, par des démarches importunes... Ayez à cœur de n'être jamais à charge et vous aurez trouvé le secret de ne pas blesser le cœur.

Mais c'est trop peu de ne pas blesser les autres. La vertu devient plus méritoire encore, lorsqu'elle comprime la susceptibilité et fait observer la seconde règle : w Xe vous blessez pas i>. Vous aurez beau faire effort pour atteindre aux plus fines délicatesses du savoir-vivre, vous n'arriverez point par là à corriger les autres de leur rusticité. Ils resteront rugueux et pénibles dans le commerce quotidien ; et pkis vous aurez acquis vousmême de délicatesse, plus vous sentirez leurs aspérités. Vivre

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