‹ Contribution à l'Education des ClercsChapitre 32 sur 60 · I. V discii'Lim: i>v\s les skmin vîmes · texte numérisé non relu

I. V discii'Lim: i>v\s les skmin vîmes

car los j(Minrs ^ows où cllrs (''clDsciit so font toujours roinar- (jucr par tiuo piôlt'' plus \\\t\ pnv une rô^MiIarilé plus exacte, par une niorlili( alioti plus austère, par une charité fratcrnclie plus généreuse. Or de tels exemples ne sont pas perclus ; pendant (pi'ils laissent dans les veux une impression favorable au bien, ils impriment au cœur un élan plus courageux vers la vertu. C'est, d'ailleurs, dans ce même but que dans les maisons secondaires, on crée des congrégations (pii groupent les meilleurs élèves et que, dans les grands séminaires, on favorise les associations de piété qui rapprochent les plus fervents. Ce qu'on exige alors de ces jeunes gens qui affichent une piété plus grande, c'est qu'ils se fassent encore plus remarcpier par leur régularité disciplinaire. En un mot, ce (pie l'on se propose, c'est de mettre sous les yeux de tous l'exemple de quelques-uns, de provoquer l'entraînement de tous ])ar l'élan des meilleurs. Par Vu l'efTort disciplinaire devient moins pénil)lc, chacun se répétant à lui-mdme cette parole de saint Augustin : « Ce que ceuxci et ceux-là peuvent faire, pourquoi ne le ferais-je pas » ?

Austère d'apparence, la discipline est en réalité fort bienfaisante, puisque, par les joies qu'elle procure et par les facilités qu'elle assure à la vertu, elle devient un milieu très favorable à la vertu morale...

Ce qui accroît son prix, c'est qu'elle est par elle-même un exercice moral. En effet, à quoi se ramène toute la vie morale? Aux deux points que l'Ecriture exprime a^ec une simplicité si noble : « Evitez le mal, et pratiquez le bien ». Or la discipline procure aux jeunes gens, d'u'nc façon très efficace, l'accomplissement de ces deux préceptes.

Elle combat d'abord le mal au sens strict du mot ; car elle est contre le péché une arme très puissante. Qui veut en faire usage vivra à peu près sans péché. Les confesseurs des collèges et des séminaires le savent bien : autant l'indiscipline relâche

206 L\ DISCIKI^I^'E

la conscience et ouvre au péché des portes toutes grandes, autant la régularité aiTermit la conscience et rend la volonté forte contre le péché. Les condisciples, entre eux, ne s'y trompent point ; ils donnent hardiment le nom de « saints » à ceux qui obéissent inviolablement aux règles. Ils savent que tout est dans l'ordre dans la vie de ceux qui ont assez de fermeté pour respecter tout l'ordre de la maison. Et ce jugement n'a rien de^ risqué ; il peut être tout spontané dans sa forme ; au fond, il repose sur de très solides raisons.

Mais ce terme de mal a un sens plus large que celui d'action mauvaise. Ajuste titre, nous tenons pour mal ce qui mène au mal, comme les tendances, les inclinations, les liens, qui peuvent nous amener à commettre des actes mauvais. Même lorsque le mal a disparu de la vie, comme cela se voit dans un séminariste sérieux, il peut rester, dans les profondeurs de l'àme, des racines du mal. prèles à germer dès la première occasion. Ce sont ces racines, mal toujours menaçant, qu'il importe d'extirper, et c'est le propre de la discipline bien gardée d'arracher peu à peu ces germes pernicieux.

Et quelles sont les principales racines du mal ? Les unes sont au dehors, dans nos relations avec nos semblables ; les autres sont au dedans, dans nos propres facultés.

Parmi les premières, nous noterons d'abord le respect humain, ou la crainte de l'homme. La vertu n'est jamais aifermie dans une âme tant qu'elle redoute, pour se produire, des regards humains. L'esprit de discipline guérit ce mal en portant la volonté au devoir présent, dès que l'heure sonne, en dépit de tous les sourires et de toutes les critiques. — Nous noterons ensuite la curiosité et la sensualité qui cherchent leurs satisfactions dans la rue et le commerce des créatures. La vertu morale n'est à demeure dans une Ame, qu'à condition qu'elle triomphe aisément de ces deux attraits du dehors. Or, la discipline, en retenant les veux, en réglant les expressions de la sensibilité, met l'àme à l'abri de ces surprises dangereuses ; par exemple, c'est une petite chose, en soi, que d'avoir défense de-

i.\ discii'i.im: dans i.ics srMiwiiir.s 2117

iTj:;ii(li'r ilaiis la iiic par niic fcnôlro ; mais c'en osl iiiio ^Maiul(\ m l'ail, (iiio (rappuMulrc' à \aiiicic la ciiiiositi'. — Dans un sriiiiuairo, les IInics son! d'im .i^Mand alliail. Alais ils ])(mi\(M!I civcr aussi dv grands ])(''iils. soit par les ])oilcs de toinps qu'ils causoid. soit par los docliiiios avec h'squollos ils mettent indûment en contact, soit i)ar les lal)l(\ui\ ])assionnés que j)iéseident la plupart des romans. !)(> (piel secours n'est ])as, alors, la lidélilé à la discipline ! Onelle sanvei^arde, (lue l'ohi'issance, glace à lacjuelle les livres ou I(\s })ériodi(jues seront ('cai'tés {)Our laisser, dans l'esprit, la place entièicinenl lihie aux bonncs^ impressions. — Enfin, qui ne sait combien peuvent devenir périlleuses les relations de personnes, tant celles qui se contractent «ivec certaines gens du monde, que celles qui se nouent même eiiUo séminaristes sous forme d'amitiés particulières ? Tous ces liens peuvent, à une heure néfaste, faire gravement échec à la vertu. >i'est-ce donc pas un bienfait que la discipline intervienne pour les briser, ou du moins pour les régler sagement et lesrendre inoffensifs.

Les racines du mal qui sont principalement en nous sont le jugement propre et la volonté propre : de part et d'autre, il peut en sortir pour nous de grandes fautes morales. Or la discipline les remet tous deux dans l'ordre.

D'abord, elle est un remède capajjle de combattre les prétentions du jugement propre ; car elle demande qu'il s'abaisse à tout moment devant ses préceptes. La vraie obéissance, en effet, n'est point celle qui discute les motifs, qui examine les raisons , elle s'interdit même la recherche de l'utilité de l'acte commandé. 11 lui suffit de savoir que c'est l'autorité qui parle ; que l'ordre donné soit raisonnable ou non, elle l'accomplit ; le verrait-elle clairement déraisonnable en soi, s'il ne nuit à personne, elle l'accomplit quand même. C'est pourquoi l'obéissance dece religieux qui, sur l'ordre de son supérieur, planta un arbuslr'la tète en bas est si louable. La discipline lui fit vaincre son jugement propre.

Elle impose, de même, le sacrifice de la volonté propre. Nous

avons nos goûts et nos préférences, comme nous avons nos idées ; nous formons des projets, et peut-être sont-ils fort louables ; nous rêvons un état de vie qui serait plus parfait pour Tious et plus profitable à l'Kglise. La discipline intervient et, coupant court à tout ce plan de vie, nous confine dans un devoir obscur et sans attrait pour nous. L'obéissance est alors l'immolation de la volonté propre. Par là, nous voyons la discipline assurer les plus bauts triomphes d'ordre moral.

Mais la vie morale ne comporte pas moins l'accomplissemenf du bien (pie la fuite du mal. De ce cpae la fidélité au bien fait moins de bruit et semble prendre moins de temps que la lutte contre le mal, il n'en est pas moins vrai que le bien est toujours la moisson qu'on recueille sur le champ où l'on a combattu pour sa cause. C'est pourquoi la discipline d'un séminaire, par le seul fait qu'elle en chasse le mal, y fait fleurir et fructifier le bien.

Que voit-on, en elfct, dans un séminaire bien discipline? D'abord, la piété y est intense ; non seulement on s'y rend fidèle à tous les exercices, mais on y communie à Dieu avec tant de ferveur qu'on attire à soi toutes les richesses de sa vie. Est-il un bien comparable à cette divine union ? En second lieu, le travail y est appliqué ; tous les élèves y sont actifs comme les abeilles dans leurs ruches; non seulement la science compétente s'y acquiert par tous, mais on voit, chez plusieurs, s'y développer une science éminente. C'est que l'esprit de discipline a multi[)lié en quelque sorte les heures d'études et doublé par le recueillement la puissance des facultés. En troisième lieu, un progrès moral se manifeste dans tous ces jeunes gens ainsi réglés par la discipline : leur esprit s'ouvre à des idées plus hautes ; leur cœur à des ambitions plus généreuses ; leur volonté à des élans plus courageux ; leur sensibilité est plus rigoureusement terme sous le joug ; c'est, en toutes choses, une visible ascension morale qui s'est produite dans les âmes. Ce tableau, pris sur le vif, monlre assez clairement que la discipline est un puissant facteur de vie morale.

LV DISCII'I.IM: DVSS I.ICS Sl';.\JI>AIHES 2tll>

Notre esliiiit' pour la (lisciiiliiir, dans l'édiiralioii, f^Maiidira (Micoro si nous ct)nsid(''rous (|u"olle cré^, pour l'avenir, (ies habitudes d'une importance souveraine. Car le jeune homme accoutumé à observer les règlements n'aura aucune peine à s'assujt'tlir aux lois des milieux où devra se dérouler sa vie.

L(> collégien se réjouit de quitter la pension principalement parce que la discipline lui pesait, et que l'avenir qui s'ouvre^ devant lui sera enfin une carrière libre et sans discipline ; il exulte d'en avoir fini avec le joug disciplinaire. C'est, de sa part, une erreur très dommageable : une erreur, parce qu'une discil)line nouvelle le guette et va le saisir, la discipline d'une vie à créer, la discipline d'une famille à fonder, la discipline d'une position à garder ; erreur donnuageable, parce que, en essayant de se dérober d'abord à toute règle, il suit la pente de ses caprices et de ses passions, s'abandonne à de graves écartsde conduite et imprime à son être des blessures morales dorit il aura, dans la suite, du mal à se guérir.

Cette illusion ne peut avoir entrée dans le cœur d'un jeune prêtre, qui sort du séminaire. Car il sait que la discipline l'attend, non pour martyriser sa volonté, mais pour lui dicter son devoir et le soutenir dans l'accomplissement de ses obligations. Cette discipline nouvelle est double : l'une est intérieure et pourvoit aux besoins intimes de son âme ; l'aulre est extérieure, délimitée par les lois de l'Eglise, et elle a pour but de régler sa vie sociale.

Le prêtre, en effet, doit d'abord se soumettre à une discipline intérieure et toute personnelle. Il a des devoirs intimes à remplir : devoirs envers Dieu, multiples, fréquents, qu'une piété régulière peut seule accomplir ; devoirs envers lui-même, devoirs dictés par une morale austère, excluant tout désordre, devoirs dictés par le souci sérieux et ininterrompu d'une ascen-

.210 L.V DISCIPHNi;

sion continuelle vers plus (le pcrfeclion, devoirs fendant à la culture de son être par le travail intellectuel; enfin devoiis <'nvers le prochain, qui ne tomljent passons le coup des canons de l'Eglise, mais qui (Irrivcnl des inspirations personnelle^ de la charité, comme la visite des malades et des pauvres, comme l'action morale incessante exercée sur les âmes par des relations continues, etc. Or, tant de devoirs supposent de l'ordre dans la vie. Cet ordre ne peut être étahli que par un règlement dévie tout personnel. Certes, tout jeune prêtre em- i porte avec lui, du Séminaire, un règlement sagement adapté à ses besoins et contrôlé par son directeur de conscience. Après quelques mois ou quelques années d'expérience, il en améliore les dispositions et le rend plus pratique pour lui-même. Mai> rien ne lui servirait d'avoir dans ses cartons un règlement bien étudié, s'il ne l'accomplissait. Le bon règlement est celui qu'on observe. Là réside pour le jeune prêtre la discipline intérieure à laquelle il doit se soumettre.

Il doit une déférence plus exacte encore à la discipline qui lui est imposée par l'Eglise. Elle présente comme trois échelons distincts. Car elle comprend d'abord les saints canons et les ordonnances cpiscopales qu'on ne peut enfreindre sans manquer gravement à l'obéissance. Elle comprend ensuite les ordres qui émanent comme accidentellement et temporairement de l'autorité légitime du Pape, de l'Évcque, ou du Supérieur religieux ; ces ordres ont un caractère sacré et lient la conscience. Elle comprend enfin les conseils, les directions émanant des Supérieurs légitimes. Car ceux-ci, pour nos susceptibilités, évitent de fulminer toujours des commandements et se contentent souvent de nous manifester leurs volontés par l'expression de simples désirs ; il nous appartient de saisir la portée de leurs paroles et de répondre à la délicatesse de leurs procédés par la délicatesse d'une fidèle obéissance. De tout cet ensemble résulte ce qu'on appelle la discipline ecclésiastique. Tout prêtre résolu de ne pas rompre av^c son devoir doit en embrasser in-: f tégralement l'observation.

\.K hiscii'i.ix;; dans i.i;s skmiv viiii:s 271

Mais, (ju'oUe soil de sa iialiin' iiilôiiciuc ou cuiioiiniuo, la discipline est toujours la discipline. Elle se présente toujours avec les diflicultés qui lui sont inhérentes, puis([u*elle injpose latalenienl le sacrifice du juf;ciuenl propre et de la volonté personnelle. La première, celle cpii nous saisit par noire règlement parliculit'r de \ie, n'a pour stimulant et j)()ur sandion ([ue la conscience : elle est aisée à ceux chez qui la conscience exerce un empire tout-puissant ; mais elle est difficile et elle subit des atteintes nombreuses et fâcheuses chez ceux dont les fléchissements de la conscience sont ordinaires. C'est pourquoi il n'y a point d'obéissance plus méritoiie ni plus sanctifiante pour le prêtre que celle qu'il rend à Dieu dans le secret de sa conscience ])ar la fidélité à son règlement. — La seconde, la discipline canonique, est d'un accomplissement beaucoup i)lus facile ; car à la force intime de la conscience s'ajoute une certaine crainte des sanctions extérieures ; si on obéit, ce n'est pas seulement parce que Dieu le veut, mais aussi parce qu'on ne veut pas encourir la mésestime de son milieu, parce qu'on ne veut pas s'attirer les disgrâces de ses supérieurs. En tout état de cause, la discipline reste l'objet d'un efi'ort pénible.

Or, c'est là que le prêtre, s'il fut un séminariste discipliné, recueille les fruits de son obéissance passée. S'il a contracté des habitudes de soumission, s'il s'est formé à mettre de l'ordre dans ses occupations quotidiennes, et principalement dans sa piété, s'il a accoutumé son esprit à Aoir et à respecter Dieu lui-même dans tout Su2:)érieur qui commande, s'il est rompu à vaincre sa volonté pour la plier au devoir, il n'aura aucune peine à subir la discipline de la vie sacerdotale. Loin d'y voir un fardeau, il y trouvera un soutien.

Que, par contre, il ait été un séminariste peu discipliné, peu •ordonné dans sa vie personnelle, critique et souvent infidèle en face même des petits règlements de la maison, les habitudes d'indépendance qu'il aura prises le suivront durant toute sa vie et l'exposeront peut-être à de graves infidélités à l'égard de la discipline.

Il nous semble, que de tous ces argumenls. il résulle claireuient (|ue la discipline des luaisons d'éducation et, principalement des séminaires, mérite xme grande estime et vaut l'obéissance qu'elle exige, par les grands avantages d'ordre moral qu'elle procure.

H Les moyens disciplinaires

Tel est le prix de la discipline, que les maîtres ne peuvent s'en désintéresser. Si leurs élèves ne la pratiquent pas spontanément, ils doivent néanmoins les y assujettir exactement. Mais, alors, il s'agit d'exercer une sorte de violence, si douce soit-elle, sur la volonté des jeunes gens. De quels moyens disposent les maîtres pour amener leurs élèves à la fidélité disciplinaire ?

Ces moyens, que nous appellerons moyens disciplinaires, sont partout les mêmes. S'agit-il d'une petite école, d'un grand collège, d'un séminaire, même d'un atelier, les maîtres ont deux moyens de se faire obéir: les sanctions et l'ascendant personnel. Pour nous limilcr aux Séminaires, cbercbons quelles sanctions peuvent y être appliquées, et à quelles conditions un maître exerce l'ascendant personnel efficace.

Quand on veut marquer une différence entre la discipline d'un collège et celle d'un grand séminaire, on a coutume 'de dire qu'au collège la discipline est militaire tandis qu'au séminaire elle est paternelle, parce qu'au collège elle a des sanctions sensibles, tandis qu'au séminaire clic est dépourvue de sanction. Ainsi énoncée, cette formule est pleine d'erreurs. En effet, dans nos collèges catholiques, la discipline s'efforce de devenir paternelle, d'abord en ce que les maîtres font d'ordinaire de douces remontrances à leurs élèves avant de les punir, ensuite parce qu'ils font appel aux sentiments de foi pour que l'obéissance

L\ niSCin.INE DANS LES SÉ.MIN AIIIF.S 27.'i

ilevicmie un aclo moral ot non pas simploniont uno action nu'cani(|ii('nioiit coiirornic an devoir. D'nn autre côté, s'il est vrai que la discipline (!(>s ^Mands séminaires est snrlonl paleiiicllc, il ne faudrait pas altacluM- à ce terme un sens de lailtlesse cl de désorilre ; elle est j)alernellc on se sens qu'elle s'ellorce d'écarlei' tontes les sanctions autres (pie celles de la conscience ; mais, elle n'en (>st ni moins exacte ni moins austère, comme on peut le constater en comparant la tenue d'un grand séminaire à la tenue d'un collège. — Un collège, il est vrai, a des sanctions sensibles comme îles pensums écrits, des arrêts, des retenues, même des journées de cachot. Mais, pour n'avoir point ces (( punitions », le grand séminaire n'en a pas moins des sanctions très réelles comme sont les avertissements, les refus dappel et les renvois, et surtout les reproches de la conscience. Le maniement de ces trois sanctions exige tant de doigté de la part des maîtres, qu'il sera utile de leur donner ici quelques développements.

L'avertissement est-il vraiment une sanction ? Venge-t-il la loi violée ? Punit-il réellement le délinquant ? S'il s'agissait d'une caserne, nous dirions que la sanction est nulle : s'il s'agissait d'un collège, nous dirions qu'elle est faible ; mais, s'il s'agit d'un séminaire, nous n'hésitons pas à dire qu'elle est suffisante. En efl'et, l'avertissement est un blâme, et un blâme, quand il est justifié, punit toujours le coupable par l'himiilialion qu'il lui indigo, ^lais cette humiliation n'a do portée, que dans la mesure où il reste de la sensibilité dans l'être sur qui elle tomljo. A la caserne, la sensibilité dos hommes est trop émoussée par les punitions matérielles, pour qu'elle s émeuve d'un simple avis. Au collège, les « pensums » sont trop nombreux pour que la sensibilité reste accessible aux inlluences délicates. Il n'en va pas ainsi du séminaire, où l'absence de toute punition matérielle conserve chez les séminaristes l'intégrité de la sensibilité.

Aussi tous les éducateurs sérieux veillent-ils à ne pas entamer celte précieuse sensibilité. Dans un collège, un maître qui

CONlIURirriiiX a I.'hltrCATION DES CLERCS. 1 9

punit à tort et à liavers, qui croit faire de la bonne discipline en infligeant les peines les plus rudes, témoigne d'autant d'ignorance que de brutalité. 11 n'y a pas d'animal à réagir contre l'abrutissement qu'une telle méthode produit. Le maître sage est celui qui punit rarement et légèrement : rarement, c'est-àdire quand vraiment les moyens plus doux comme les avis et l'expression sévère du visage ont totalement échoué ; légèrement, c'est-à-dire n'imposant que des « pensums » sans gravité,. mais attachant la plus haute importance au fait souverainement regrettable qu'un « pensum » a été nécessaire. De la sorte on peut arriver à conduire un collège sans y infliger jamais aucune punition trop pesante. Certains maîtres même sont assez habiles pour n'avoir jamais besoin de punir. La tradition,, du moins dans nos grands séminaires français, a consacré ce principe fondamental d'éducation, c'est pourquoi les punitions n'y trouvent jamais place comme sanction de la discipline ; le simple avertissement suffît à éveiller la conscience délicate de nos jeunes gens.

L'avertissement peut, suivant la gravité des manquements,, leur parvenir de plusieurs façons. Tantôt c'est le directeur de conscience qui avertit son pénitent de certaines faiblesses dans la discipline ; et ce moyen réussit d'ordinaire à refaire l'ordre. Tantôt l'avis est donné par le supérieur de la maison, soit en son nom personnel, soit au nom du Conseil des maîtres ; l'avis prend alors plus de gravité, et agit plus puissamment sur la sensibilité du jeune homme indiscipliné ; car on lui fait comprendre qu'il faut obéir ou s'en aller.

D'où qu'il émane, l'avertissement doit être traité prudemment. S'il vient à tout propos, il lasse, il provoque la critique et le mauvais esprit, il émousse l'âme et ne corrige pas les défauts. 11 exige autant de tact que les punitions. Sur cent fautes que remarquera un supérieur, souvent il ne donnera d'avis qu'une seule fois. De même, dans sa classe, le professeur ne doit pas tout reprendre. Habile et discret tout ensemble, le bon maître est celui qui avertit au moment favorable, c'est-à-dire

L\ DISCIPLINE DANS LES SÉMIIAIRES 21Ti

(juand il est siir d'iiiclinor les jeunes gens vers un amour plus eflicace de la discipline. La même sagesse dirigera le Ion de sa voix et le choix des termes employés, de fa<;on à ne point blesser l'àme (pTau contraire il entend guérir.

Du simple avertissement au refus d'appel la distance est grande. Et cependant, clans nos séminaires, il n'y a pas de sanction qui tienne le milieu entre l'un et l'antre. Le refus d'appel peut se produire pour des motifs très divers. Le plus souvent il a pour cause de graves lacunes dans le sujet que l'on n'appelle pas : déshonneur de la famille, jugement faux, incapacité intellectuelle, écart de conduite hors du séminaire. Mais il peut aussi avoir pour cause l'indiscipline, ou infidélité habituelle au règlement.

On ne peut dissimuler que ce soit une sanction très grave. Lors même que le refus ne serait que temporaire, il est toujours un gros chagrin pour le séminariste frappé. Il l'humilie aux yeux de ses confrères, il devient un objet d'inquiétude pour sa famille, en un mot. il diminue le jeune homme dans l'estime du public. Si le refus est définitif, il se conclut par le renvoi plus ou moins explicite du sujet non appelé, et il prend alors une gravité exceptionnelle. Car, depuis les décrets de PieX (décret Vetuit et ses compléments), être renvoyé d'un séminaire ou d'une communauté religieuse, c'est voir fermés devant soi tous les séminaires et toutes les communautés, c'est être obligé de changer de voie et de renoncer à l'état ecclésiastique.

Est-il permis à des directeurs de séminaire de livrer un jeune homme, pour des fautes purement disciplinaires, à des conséquences si terribles? Les cas particuliers sont toujours plus ou moins discutés et objets de regrets, mais, en thèse générale, le droit n'est pas douteux : la sanction doit être appliquée tant dans l'intérêt de la maison que pour le bien même du jeune homme.

Le séminaire a besoin de se défendre, de protéger l'ordre qui lui est nécessaire, de protéger les séminaristes eux-mêmes par

276 LA niSGIt'LlN'E

de salutaires et sévères exemples. On ne peut accepter qu'un séminaire devienne comme la proie de la légèreté ou du mauvais esprit d'un ou de plusieurs jeunes gens. S'il ne peut le corriger, et assainir le milieu éducateur par de fermes avertissements, il est juste qu'il écarte les indociles irréductibles.

D'antre part, s'il est vrai qu'un jeune homme non appelé est gravement contristé, il ne peut que tirer profit de la leçon reçue. S'il est sérieux dans le fond et léger seulement dans certaines expressions de sa vie, il se corrigera, il se montrera capable de discipline, il donnera de vrais gages de fidélité pour l'avenir, et ses directeurs rassurés lui ouvriront de bon cœur les portes du sanctuaire. Que si la leçon ne produit aucun effet, s'il témoigne d'une légèreté d'esprit et d'une faiblesse de volonté incompatible avec la régularité qu'exige l'état ecclésiastique, il a tout intérêt à être écarté d'un milieu où il ne serait pas à sa place. 11 n'est pas fait pour le sacerdoce ; c'est justice que les portes du sacerdoce lui soient fermées.

11 reste au directeur de séminaire une autre sanction plus douce, plus efficace, plus religieuse surtoutque toutes les autres : elle consiste à éveiller les reproches de la conscience dans le séminariste indiscipliné. 11 n'est pas de supérieur, pas de directeur, qui n'y fasse appel. De cet effort rien ne paraît au dehors ; il n'en est que plus facile à mettre en œuvre. Persuadons-nous bien, en effet, que nos avertissements et nos sanctions extérieurs ont peu d'empire sur les jeunes gens, parce qu'ils sont de moins en moins accessibles au sentiment de la crainte. Mais grâce à Dieu le pouvoir de la conscience, qu'elle soit considérée comme avertisseur ou comme force motrice, est encore très puissant et on ne saurait trop en user. 11 faut que ce soit sa conscience qui réprimande et qui corrige un jeune homme.

Mais cette conscience ne remplira ce rôle qu'à condition d'être bien formée, et c'est à cette formation que s'appliquent, dès le début, les directeurs de grands séminaires. 11 font sentir à leurs dirigés que les devoirs disciplinaires ne sont pas de simples mesures d'ordre réglant le dehors, mais qu'ils lie;it

Lv i)ist;ii'i,i\K i>\NS m;s sî;mi\aihi:s 277

ii'clliMiioiil la coiisci(Micc, cl i\uo cVsl prclu'- (|tjc de los cnfrcin- (lir. Sans (loulo on peut l'aiic valoir d'alxtid on Inir laveur (|iu'l([ii(>s iiiolifs liiiiiiains, à saNoir (ju'il y a dos rr^dcnicnls à observer dans loules les ad niinislra lions, (jno le bon sens coiMinandc de res|)eoler l'ordre de la ir.aison où l'on est reçu, (jn'il exisie un conirat lacile pour l'observation des règles entre les cliers d'une maison et ceux (pu v soni admis.

(;<>pendanl il v a des niolifs i)lus liaul (pi'il laul faire valoir. IVahord la disri|)line fpii règle un séminaire est l'expres- >ion vraie de la volotiléde Dieu, parce (|u'ellenous est imposée par l'autorité qui a mission de nous commander en son nom : et, à cet égard il n'y a pf)iiit de distinction à faire entre article (>t article du règlement, comme si quelques-uns seulement émanaient de l'autorité supérieure ; car ceux qui émanent de l'autorité immédiate participent à la dignité ties autres. En second lieu les règlements d'un sén)inaire tendent tous à la formation du prêtre, etc'est gra\ement conipronicttre celte formation que de \ioler habituellement même des points de règle ({ui paraissent peu importants. Enfin la désobéissance est contagieuse de sa nature, et celui qui rejette un point de règle scandalise ses condisciples et les porte au mal ; j^ar là le devoir de la charité peut être gravement atteint.

Quand une conscience est armée par ces fortes convictions, elle se fait elle-même l'austère sanction des nianqueuîents à la discipline. Aussi les directeurs usent-ils d'un moyen disciplinaire de premier ordre, lorsqu'ils façonnent ainsi la conscience de leurs jeunes gens. Ils n'ont plus besoin d'exercer de surveillance extérieure, la conscience de chacun est le surveillant à la fois très sympathique et très exigeant qui veille au bon ordre.

Les sanctions ne sont pas le tout de la discipline. Elles punissent les fautes, mais ne les prévieiment pas. La crainte qu'elles inspirent n'a pas toujours assez de puissance pour

retenir, dans l'occasion, les volontés faibles. Qui n'a connu de ces séminaristes qui, après avoir pris le matin la résolution d'une parfaite tenue en classe, s'y sont néanmoins laissés aller à la dissipation. Pour prévenir les fautes, pour soutenir les volontés débiles dans leurs bons désirs, l'ascendant moral du maître est seul efficace. C'est pourquoi, plus encore que les sanctions, ce pouvoir disciplinaire est indispensable dans les maîtres.

Il est tout personnel ; on ne saurait l'emprunter à l'autorité même du Supérieur ni à la sévérité des règles. Un maître en est doué ou ne l'est pas : s'il en est doué, partout où il passe, partout où il préside l'ordre règne ; s'il ne le possède pas, partout où il apparaîtra on verra éclater au moins quelque petit désordre. On dirait que c'est un pouvoir inhérent à la nature reçu avec la vie. Cependant il s'acquiert. Tel maître, qu'on a vu débordé par la dissipation des élèves à ses débuts, finit par remporter la victoire et dompter une jeunesse portée à l'indiscipline.

En quoi consiste, chez un maître, le pouvoir disciplinaire ? D'où vient que ce Supérieur, par le seul fait de sa présence dans son séminaire, maintient l'ordre partout? D'où vient que ce professeur, quand c'est lui qui fait la classe, tient dans l'application et le silence des élèves qui, avec d'autres maîtres, glissent dans la dissipation et la paresse? Ce quelque chose qui fait l'autorité disciplinaire d'un maître paraît d'abord assez mystérieux, et beaucoup de théoriciens ont renoncé à l'analyser. Ce mystère cependant ne nous paraît pas impénétrable, et il y a trop d'intérêt à l'éclaircir, pour que nous ne fassions pas un effort en ce sens.

L'autorité disciplinaire diffère d'abord de l'autorité scientifique : on peut être un savant de premier ordre et avoir la plus sincère admiration de la part des élèves et cependant ne pas leur imposer du tout. Elle diffère ensuite de l'autorité morale : un maître peut avoir une grande influence morale, par la sainteté de sa vie et par la sagesse de ses conseils, et être néanmoins incapable d'obtenir le bon ordre et le travail dans

L\ DISCHM.I\K 1>\NS LES SKMIN'AIHKS 279

raclasse. Ello ilillV-iP aussi de raulorilé du cœur et de la lionté : ou a vu tles uiaîlirs très <lé\(»urs à louis élrvos et nièuio très kÙmu'S d'eux. (Mic iiicapahh^s de l(>s laiie ohriraux liciiies do (liscipliue. L'aulorilé disciplinaire résitle dans la seusalionque donne un niaîlr(> (ju'il \ a en lui une volonté, que cette volonté a des points riv(\s l)ien précis, «jue cette volonté, si douce qu'elle [)uisse paraître, ne s'en départira jamais. Le tout pour un maître (jui veut ac(iuérir du pouvoir disciplinaire est donc de *e créer et de manilesler au dehors une volonté.

Par quels moyens y réussira-t-il ?

Kcarlons d'abord tout ce qui est violent ; car la violence, passagère de sa nature, est en contradiction avec la volonté qui •est durable et persévérante par essence. En conséquence, point de paroles bruyantes, point de cris, point de vivacités, point <le punitions d'une sévérité outrée, point d'avertissements donnés en termes exagérés. Tout cela, loin d'accroître la force disciplinaire, ne fait que l'amoindrir.

Le maître soucieux d'exercer une autorité réelle a d'abord le culte du silence. Par le fait seul qu'il sait maîtriser sa langue, 11 témoigne qu'il a de la force de caractère. De plus, toutes les paroles dites par le maître délient '.es langues et commencent la dissipation ; qu'au contraire jI se taise et son silence impose le silence à tous. C'est pourquoi le maître, même professeur, doit être un grand silencieux, en ce sens qu'il se réduit au minimum possible de paroles. Qui ne s'est rendu compte dans les maisons secondaires, à quel point les présidents d'étude ou les professeurs produisent l'ordre par leur propre silence. J'ai ■connu des maîtres qui sachant leur volonté débile, décuplaient leurs forces en s'abritant derrière le solide rempart du silence. (( Pourquoi, disais-je un jour à un jeune homme, avez-vous si grand peur de votre préfet de discipline.^ » Il me répondit ce mot très suggestif: « Ah ! Monsieur, il est terrible, il ne parle jamais. » Que les maîtres bavards acceptent donc cette première leçon ; presque tous sont débordés par la dissipation ; tous trouveront là un premier remède au cauchemar qui les tourmente.

280 LA mscirLi\K

Copciulnnt lo iiiiulro n'osl pas contlainiié au mutisme. Il faudia b'w.n qu'il parle : en classe, en diiccHnn, en récréation. Mais, l.'.iulis que son silence protégeait son autorité, la parole peut aisément la Itaiiir. C'est {)ourquoi il ne sera pas simplement sobre, mais il sera surtout pondéré. Jamais il ne doit paraître nî léger, ni ridicule, ni naïf ; tout en lui doit être digne et respectable. Il doit d'autant plus y veiller, que les séminaristes, souvent malins, ne manqueraient pas d'exploiter ses faiblesses, s'ils les avaient une fois reconnues. En classe surtout, c'est chercher une popularité de mauvais aloi q»ie de suspendre, ne fus.-e qu'un quart d'heure, le cours régulier dn programme, sous prétexte de délasser les élèves en leur racontant des histoires plus ou moins pittoresques. A ce commerce, le maître a vile ruiné son autorité.

Mais il ne suffit pas que la parole ne révèle pas de faiblesse ; il importe qu'elle soit toute imprégnée de la force morale du maître. A quelle conditioîi cela sera-t-il ? A la condition que la parole soit précise et nette, soit en ce qui concerne les points de discipline, soit en ce qui concerne l'enseignement lui-même.

— S'il s'agif des points de discipline, la netteté de la parole est d'autant plus nécessaire, que les élèves ont besoin de savoir au juste ce qu'on exige d'eux : quel degré de silence, quelle mesure de ponctualité, quelle application dans les devoirs intellectuels. Si le maître a dit avec précision ce qu'il entend tenir, cette netteté même cl expression en impose aux élèves et saisit leur volonté. Si, au contraire, le maître a été imprécis etflottant dans la manifestation de ses désirs, les élèves seront incertains de l'exacte portée de leur devoir, et cette incertitude laissera leur volonté voguer à l'aventure, c'est-à-dire à la négligence et à la dissipation. Cette règle est souveraine, d'abord pour le supérieur de la maison, dont il faut à tout prix connaître les exigences disciplinaires, ensuite pour le professeur, qui doit déterminer la tâche de chacun, tant en fait de travail qu'en fait de tenue.

— La précision dans l'ciiseignement a une vertu disciplinaire qu'à mon avis on n'a pas assez remarquée. J'ai connu un maître

i.v discwi.im; dvns les sihiiwiuts 28!

(jiii cusoi-^iiail à la fois 2")() rlô\os; il oblcnait uno parfailo discipline de silence el d'allerilion, sans avoir ancun aulre movon d'i ni poser son anlorilé (pic l;i neHeté même de sa parole. La précision, en elle t. esl prenaiile de sa nature ; ellecaplive l'altenlion, elle écarle les distraclions ; elle enliaîne de force l'esprit (pii écoute à la suite d'une jiensée (pii marclie ; elle ferme ainsi toutes les voies à la dissipation. 11 en est de même pour le supérieur, dont la parole prend possession des élèves en lecture spirituelle. Et, à cet égard, quelle que soit la valeur très appréciable d'une parole chaude el éloquente, la précision et la logique d'une parole à contours bien nets a plus de prise encore. Et ce qu'on ne saurait trop admirer, c'est que cette emprise exercée en classe ou ci lecture spirituelle, poursuit sa bienfaisante action disciplinaire dans tous les détails de la vie ; car les Ames, une fois domi)tées, demeurent assujetties.

Peu parler, c'est très bien ; parler avec précision, c'est l'indice d'une grande force. Cependant, si l'on veut que l'autorité disciplinaire soit solidement établie, il faut que la parole ne soit pas changeante, mais que le maître veuille toujours ce qu'il a voulu et promulgué une l'ois. Rien ne ruine si promptement l'autorité que la contradiction dans les ordres donnés. J'ai connu un supérieur qui, s'étarit trompe une fois dans les avisdonnés à ses élèves, aima mieux faire une brèche, pour une fois, aux habitudes de la maisoîi, que de se contredire dans sesparoles : inutile d'ajouter qu'il jouissait d'une grande autorité. Cette continuité dans le vouloir est assurément la marque la plus évide.'ite de sa fermeté.

Que de fois, néanmoins, on porte atteinte à cette règle importante. Il y a des maîtres (pii annoncent un programmed'études, et qui ne l'abordent jamais ; qui promettent de suivreune certaine méthode denseignoment, et qui ne s'en inquiètent plus ; qui commencent une explication d'une question particulière, et la laissent bientôt en plan ; que dis-je, il y en a qui, au début d'une classe promettent telle ou telle étude, et oublient aussitôt le programme tracé seulement pour une heure,

Au point de vue disciplinaire, on promulgue certains règlements ; on parait y attacher de l'importance ; on y tiendra fortement la main ; et souvent, ces paroles dites, on n'a plus le souci de faire exécuter ce qui avait été si nettement commandé. Ou bien on avait dit que certaines sanctions sévères seraient appliquées à tels ou tels manquements ; les manquements se produisent sans qu'intervienne aucune sanction. On pourrait multiplier à 1 infini les exemples d'illogisme dans la conduite des maîtres.

Cette faiblesse de l'autorité est vite connue des élèves. Dès lors les ordres nouveaux multipliés, les réseaux les plus«wrés du règlement, ne les troublent plus, parce qu'ils savent que tout cela sera lettre morte ; les menaces ne les émeuvent pas davantage, parce qu'ils sont sûrs qu'elles ne seront pas mises à exécution. 11 y a donc une certaine sévérité disciplinaire apparente qui tourne en fait contre le bien de la discipline.

Qu'il est autrement sage le maître qui, sans sévérité, sans règlement nouveau, maintient simplement et avec obstination <:e qui est. Devant cette volonté qui ne brise rien mais reste inébranlable comme un rocher, les élèves finissent toujours par coder. Cette persévérance dans le vouloir achève de constituer lautorité disciplinaire. jt

Page 1