I. \ Discii'i.iM-; i)\Ns i.i;s sîiminaiufs
>\il)s(iriuli-a, par ronscicncc, de toiilos Ins |1(mI(*s de toriips qui IVraiciil ('clicr an dcNoiidr rt'liidc.
Il y a des jeunes ^eiis (|iii jtei'denl du temps parce (pi'ils vaga- Ixtiideiil hors de leur (■liaiiihr(\ Taiilot le uiolil" paraît plausible : ils ont des cliarfjfes à la sacristie, à la bihiiollièipie ou ailleurs; ils eu preiineni prétexte pour luer une j)artie de leur tonips au coinnienconienl des éludes ; ils prolongent les rangcMiienls, ils balayerd plus soigneusement, ils ajustent plus rorrectornenl, etc. ; et comme ce qu'ils font a l'air il'une bonne (LMivre, loin de se reprocher ces petites flâneries (jui dévorent leur temps, ils les compteraient volontiers comme autant de mérites. Tantôt c'est le besoin de bavarder à la porte d'un confrère ou cliez un directeur qui les détourne du travail; ils ont toujours de petites commissions à faire, des confidences secrètes à transmettre, des éclaircissements nouveaux à demander; le temps se passe en ces mille riens, et il en reste à peine pour réviser le cours qui vient d'être fait ou préparer le cours (pii va se faire.
D'autres jeunes gens se suffisent à eux-mêmes pour gaspiller leurs heures ; ils rentrent iidôlement dans leur cellule quand l'heure sonne; mais ils ne se mettent pas promptement à leur devoir. Je ne parle pas des paresseux qui rêvent ou sommeillent, car ils sont rares. Mais il s'en trouve toujours qui commencent d'abord par nue autre élude que celle qui est imposée : on dirait que le devoir répugne, et que n'importe quoi, fût-ce mêine plus aljstrait, a plus de charme. C'est ainsi qu'on voit des jeunes gens faire de la juusique, plus souvent de la littérature, quehiuefois une philosophie fort abstraite. De toutes ces façons le temps se perd, et les études commandées n'auront plus qu'un reste insignifiant d'attention.
Ce n'est pas ainsi que procède le sémin-jriste discipliné. Qu'il ait ou qu'il n'ait pas la passion de l'étude, il a du moins la passion du devoir. Ce besoin de sa conscience le rend très économe de son temps. Il a hâte d'être rendu dans sa cellule. A peine y est-il entré, qu'il dit sa prière sans retard et prend
tout de suite l'objet de son travail. Si cet objet est détermine heure par heure par ses maîtres, il n'a qu'à suivre leurs indications ; s'il lui reste plus de latitude, et s'il est un peu maître de son programme, le règlement particulier qu'il s'est tracé supprime pour lui toute indécision. Non seulement il ne perd pas de temps, mais il fournit sur chaque point le maximum de son activité; il s'applique, c'est tout dire. Aussi qu'il soit interrogé, ou qu'il ait des rédactions à présenter, tout son travail témoigne d'un effort sans contention mais constant.
Voilà à quelle fidélité et à quelle puissance de conscience intérieure, les maîtres doivent amener leurs séminaristes, soit qu'ils y emploient les avis publics comme font le supérieur et le professeur, soit qu'ils mettent en jeu les exhortations privées, comme fait le directeur intime.
§ II L'amour de rÉglise
J'ai toujours cru qu'exhorter des clirétiens à aimer l'E^'llsc, •c'était la même chose qu'exhorter des enfants à ai mer leur mère ; < t j'ai longtemps pense qu'il était aussi inutile de faire l'un que l'autre, tauiraniour de la mère me semblait gravé par la nature même au cœur de l'enlant. Mais, dans ces temps d'indéperi- <lance, on rencontre des enfants qui n'aiment pas leur mère, et <{ui, dès l'adolescence, lui jettent l'injure. De même il y a, paraît-il, des catholiques qui n'aiment pas l'Eglise, qui la critiquent, qui la diminuent dans l'estime des autres. Je ne parle pas de ces révoltés qui ont rompu violemment avec elle et qui la combattent ouvertement par leurs menées politiques.
Gomment se peut-il que des fidèles, qui restent encore atta- <;hés à l'Eglise, ne respectent pas leur mère ? Cependant elle leur a donné le jour, elle les a élevés, elle continue de les proléger. En faut-il davantage pour que le cœur leur crie d'aimer une <elle mère '?
Elle leur a donné le jour, le jour incomparable de la lumière évangélique et delà grâce, lorsqu'elle les a admis au saint baptême. Cette seconde naissance, n'a-t-eile pas pour nous infiniment plus de prix que la première? Et à quoi, en définitive, nous servirait-il d'avoir reçu la vie naturelle, si nous ne devions -être mis, par la vie surnaturelle, sur le chemin du salut? La A raie vie nous est donc venue par l'Eglise.
De plus, elle nous a élevés. Car, non seulement elle nous a pourvus d'éducateurs chrétiens dans nos parents et dans nos .maîtres, mais elle n'a cessé de nous donner elle-même les aliluents qui nous ont fait grandir : la Aerité religieuse sous ses
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mille formes d'enseignement, lu \ie deTàme parles sacrements dont elle est dépositaire et, spécialement par l'Eucharistie. Sa sollicitude nous suit à travers l'existence; elle nous attend à tous les tournants de la vie pour nous prêter main forte ; sa demeure nous est toujours ouverte et sa table toujours servie pour nous, afin que nous trouvions chez ellciin asile sûr, lorsque nous sommes égarés, aliandonnés, persécutés, ou lorsque nous sommes pressés par le besoin de la faim.
Enfin, elle nous protège. Dieu sait à quel point notre faiblesse doilêlre défendue. Nous sommes aux prisesavcc tant d'adversaires! Notre foi eslen butte aux difficultés soulevées par l'incrédidité moderne et exposée à se flétrir dans l'atmosphère intellectuelle que nous respirons tous les jours. L'Eglise veille sur notre foi, elle nous signale les périls, elle purifie l'air dans lequel nous vivons, elle frappe, s'il y a lieu, ceux qui l'empoisonnent ; elle ne voudrait pas que l'esprit d'un seul de ses fils vînt à se corrompre. Notre vie morale ne lui est pas l'objet d'un moindre souci ; elle multiplie les moyens de protection pour tous les âges et pour l'un et l'autre sexe : patronages, orphelinats, ouvroirs, confréries, associations...; à tous ces groupements elle prodigue les exhortations, par les missions, par les retraites, par la presse ; à tous elle ouvre les trésors de ses sacrements et les presse d'y recourir pour ne pas mourir moralement. Et n'est-ce pas, précisément, parce qu'ils la rencontrent sur toutes les avenues, prête à défendre ses fils, que ses ennemis s'irritent contre elle et lui font la guerre ?
Mais, si l'Eglise veut que nous l'aimions, encore faut-il que nous l'aimions comme il convient. 11 y a des chrétiens qui paraissent dépenser un grand zèle pour l'Eglise et qui, cependant, ne la servent pas comme elle veut. Car l'Eglise veut être aimée et servie telle quelle est, et dans son intégrité.
Certaines personnes se montrent 1res attachées à l'Eglise ; mais elles regrettent vivement qu'elle soit ce qu'elle est. Elles ont, de l'Eglise, une conception à elles; et elles voudraient, pour l'aimer, qu'elle se réformât et qu'elle se rangeât au plan qu'elles ont con-
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çii. En fj:«''iu'Tal. ros poisoimos sont inibuos d'idros proloslanlrs : ollos ont trop rrc(pjenté les AlltMiiaïuls ou les Anj^'lais. Aussi osl-ce une sorte de régression vers le protestantisme quelles souhaiteraient. Elles demandent de fortes coupures dans la doctrine, de grandes réductii'tns dans les cérémonies, la substitution tl'un pouvoir central d'iiinncnce purement morale à un pouvoir d'autorité et il'administralion. Ainsi gia\ement amputée, l'Eglise leur paraîtrait [)lus aimable, plus digne de leurs sympathies; mais une telle Eglise ne serait plus notre Église caliiolique.
Les vrais fidèles prennent l'Église telle qu'elle est. Ils ne se doiment point la présomptueuse mission de la transformer. Us l'aiment comme l'épouse du Christ, comme son corps mysti- (pie ; et puisque, telle quelle, elle plaît à son Epoux divin, elle leur plaît aussi. Ils l'acceplent avec son chef suprême, reconnaissent, avec son autorité morale, son pouvoir de gouverner et d'administrer. Ils se complaisent dans la richesse de la liturgie calholi(pie ; ils adhèrent à tous les dogmes de la foi, se réjouissent de ce (pie, ces derniers temps, plusieurs aient été tirés de l'obscurité pour être mis en pleine lumière, applaudissent au travail des théologiens qui ne cessent de fouiller l'Ecriture et la Tradition pour y découvrir les moindres parcelles de vérité religieuse. En un mot, ils aiment l'Église telle qu'elle est.
C'est aussi un devoir de l'aimer dans son intégrité. Or elle se compose de diverses parties. Dans l'Évangile de saint Jean, elle nous apparaît comme la vigne, ayant un cep et des branches. Dans les Épîtres de saint Paul, elle nous est représentée comme un vaste organisme vivant ayant une tête et des membres. Il n'y a aucune partie de l'Eglise qui ne doive nous être sacrée et chère. Certes, il existe entre elles une hiérarchie ; toutes n'ont pas la même valeur, et à toutes ne reviennent pas les mêmes honneurs. A la tête appartient la primauté, tant celle de la dignité que celle du pouvoir et du commandement ; tous les membres lui doivent obéissance et, celui qui ne suivrait pas ses ordres témoignerait qu'il n'a plus la vie en lui ; de même,
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tous les membres doivent secourir la tète et s'exposer au pt'riP lorsf|u'ollc est menacée. Cependant les membres font vraiment partie du corps de l'Ég-lise, et tout ce qui les frappe et les blcss<'atteint l'Église ; c'est pourquoi la tête protège les membrespar les directions qu'elle leur donne, et les membres doivent se protéger les uns les autres par l'aide mutuelle qu'ils se prêtent.
Quand on aime l'Église dans son intégrité, il y a trois défauts qu'on évite avec un égal soin : on évite de caresser la tête pour flageller plus librement les membres ; on évite de flatter les membres pour mettre plus à loisir une couronne d'épines sur la tête ; on évite de se décbirer entre membres du même corps, mais lesmembres plus vigoureux s'efforcent de relever, par le trop plein de leur vie, les défaillances des membres plus faibles.
Lorsque les sentiments de lamour de l'ï^lise sont vraiment enracinésdansle cœur, ils trouventd'eux-mêmesleurexpression..
La première expression de cet amour est tout intérieure. Dansl'esprit, elle est une pensée de complaisance à l'égard de l'Église ; elle trouve que l'Église est belle dans son origine, dans son organisation, dans ses épreuves et ses luttes. Dans le cœur, elle est un mouvement de sympathie, un élan de dévouement ; elle exclut toute amertume, toute opposition ; elle est un don total de l'âme..
Au dehors, l'amour de l'Eglise s'exprime d'abord par des paroles soit prononcées, soit écrites. A toute occasion il se plaît à honorer l'Église par des termes louangeurs, par des adhésions sans réticence et hautement prononcées, par une fidélité empressée à recevoir ses enseignements et ses directions. C'est encore trop peu. L'amour de l'Église la défend quand elle est attaquée ; il s'irrite des injures qui lui sont lancées à la face dans les réunions publiques ou dans la presse ; il s'indigne de tout ce qui outrage sa mère. Les enfants bien nés ne fuient pas quand on insulte leur mère, mais ils ripostent ; de même, les fidèles enfants de l'Église ne baissent pas honteusement la tète, quand on s'attaque à leur mère, mais ils relèvent le front et disent fièrement : « Taisez-vous^ c'est ma mère, >>
i.'vMoi H nn i.'kci.isf, 2!ir>
L'amour de l'Kglise ne se coiilciilc point de paroles, quoûjiie beaucoup de paroles soient des actes; mais il \a jus(pi'au dévouen)eiit. jus(|u"au sacrifice. Le vrai fils de ri*lj,dise ne \eiit pas qu'on la diminue, et c'est pourquoi il la clrCciid jusqu'à verser son sau-,' j)Our elle, connue cela s'est produit au (cuipsdcs zouaves j)OMlificaux. S'il ne peut prendre les armes pour elle, du moins il la sert par son argent, par le temps qu'il consacre à ses intérêts, etc. Il a un égal souci d'étendre son empire. 11 sait (qu'elle est appelée à régner sur tous les hommes et sur tous les peuples, afin de les mettre tous sur la voie du salut, en les gagnant à Jésus-Christ. C'est pourquoi il s'intéresse à toutes les œuvres d'expansion ; aux œuvres i)ar lcs(juelles l'Kglise gagne du terrain dans les pays infidèles par les missions, aux œuvres par lesquelles elle approfondit ses conquêtes en pays déjà chrétien. Lorsqu'il ne peut y concoorir de sa personne, du moins il y concourt par ijes subsides et ses sympathies.
Telles sont les expressions que revêt, dans le fidèle, l'amour de l'Kglise. Mais quel fidèle lui est aussi attaché que le prêtre P Car le prêtre, en même temps qu'il est « l'homme de Dieu », est aussi l'homme d'Église. Aussi toute sa vie, comme le comporte sa vocation, doit-elle être dirigée par l'amour de l'Église. C'est à lui surtout qu'il incombe de toujours bien penser d'elle, de toujours bien parler d'elle et pour elle, de toujours se dépenser pour elle. Il n'est ni tout à fait de La tête ni seulement des membres de l'Kglise ; tenant des deux, il est spécialement obligé d'aimer et de servir la tête et les membres. Qu'il soit très fidèle à la tête et très secourable aux membres : alors, il sera vraiment « l'homme de rÉoflise ».
s III Le bon esprit
Le bon esprit est une disposition de sympathie et de bienveillance à l'égard des hommes et des choses et principalement à l'égard des hommes qui nous gouvernent et des institutions auxquelles nous appartenons.
Il est malaisé de dire au juste où le bon esprit prend sa source, si c'est dans l'intelligence ou dans le cœur ; car il semble jaillir des deux à la fois puisqu'il est tout ensemble une bonne pensée et un bon sentiment.
En effet, le bon esprit pense bien des gens qu'il juge et des choses qu'il apprécie, au lieu que le mauvais esprit est, avant tout, une pensée défavorable et critique sur les personnes et sur les œuvres.
Dans le mouvement de sympathie qui l'anime, le bon esprit cherche les bons côtés, les qualités, les vertus, les avantages de tout ce qii'il considère ; il s'y arrête volontiers et en use comme d'arguments solides pour asseoir des jugements empreints de bienveillance. Ce n'est pas qu'il soit aveugle et que les mauvais côtés lui échappent ; mais il sait que les hommes, toujours courts par quelque endroit, sont sujets à d'inévitables défauts et que c'est méconnaître leurs mérites que de ne les juger que sur leurs lacunes. Le mauvais esprit, au contraire, se complaît dans le spectacle des défaillances ; il ferme les yeux à cent qualités, pour emplir sa vue d'un seul défaut ; il se réjouit d'y avoir trouvé matière à ses propos malveillants.
Dès lors, il est aisé au bon esprit de parler en bons termes des hommes qu'il connaît et des institutions qu'il a rencontrées sur sa route. 11 en a contemplé les mérites solides; il en loue les
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(iualili''s el il cti vanlc les avaulagos ; on cela, il ne fait que siii- Me rins[)ira(i(>n de sa coiisoi(Micc. A r«Mileiulrc, on éprouve du bien-être ; l'Iiunianité paraît moins méchante et les entreprises de nos semblables moins défectueuses. Ce souille tloptimismc dilal(> le cuMjr. Toul. au conlrain*. apparaît en noir dans les tableaux pessimistes (|ue peint le mau\ais esprit : les hommes y sont représentés méchants, égoïstes, vaniteux, incapables : les institutions y sont battues en brèche comme inutiles ou dangereuses, caduques et sans valeur. Uion de plus glacial et de plus décourageant que ces amères critiques des hommes qui tra- > aillent et des oeuvres qui s'efTorceiit d'améliorer la vie des autres.
Knlîn, le bon esprit, issu d'un fonds de bienveillance, produit le dévouement parce (ju'il insi)ire la confiance, il est créateur d'action. De quel cœur on se sacrifie pour les gens (ju'on estime ou pour les œuvres dont on attend la prospérité! Quoi de plus déprimant, au contraire ; quoi de plus paralysant que le mauvais esprit ! J'aurais fait quelque chose pour cet homme, mais à quoi bon, s'il est vrai qu'il est brouillon et inapte au succès ? J'aurais donné de ma fortune et de ma vie pour cette œuvre, mais à quoi bon, s'il est vrai qu'elle n'est pas viable, s'il est vrai qu'on ne peut que lui souhaiter la mort? Point d'élan à la suite du dénigrement.
Mais déjà on pressent où aboutit le bon ou le mauvais esprit. Autant le bon esprit produit de joie, de générosité, de prospérité, autant le mauvais esprit engendre de mauvaise humeur, de h\cheté et d'insuccès. L'un bàlit, l'autre défruit.
-Tout d'abord, chacun vit de rame qu'il possède. Vous êtes bienveillant, sympallùque, pensatit bien de vos semblables, aimant votre travail, heureux de votre tache ; par le fait, le bonheur réside chez vous, vous êtes dans la lumière, de chauds rayons dévie passent sur votre cœur, un soulTle fécondant vous anime. Que si, au contraire, vous étiez malveillant, antipathique, pénétré de pensées critiques et décourageantes, par ce seul fait, vous auriez une humeur sombre, le cœur serré, la volonté
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débilitée, une existence ravagée par un vent froid d'hiver. Mai» il y a plus, le mauvais esprit n'est pas seulement découragé, il est décourageant : il n'est pas seulement enténébré, il produit, les ténèbres en tout ce qu'il approche. Par contre, le bon esprit communique sa lumière et sa joie ; il éveille l'entrain et animel'espérance en tous ceux qui le fréquentent.
Principe de joie, le bon esprit est donc inspirateur d'élan, degénérosité, de sacrifice. A voir de près comment se déterminent les hommes, il est aisé de conclure que nous ne faisons rien degrand que dans un accès de bonheur, qu'emportés par le souffle ailé delà confiance. C'est pourquoi le secret de créer de grandes entreprises n'est autre que le secret d'inspirer de puissants en^ thousiasmes et de fonder d'inébranlables confiances. Or ces élans de cœur et de volonté, seul le bon esprit a le don de les produire. Une crise de mauvais esprit, au contraire, éteint toute ilamme, suspend toute générosité, par le mauvais vent de scepticisme qu'il souffle sur les âmes.
Non content de faire des mécontents qui se plaignent, et deslAches qui se croisent les bras, le mauvais esprit prépare l'échec des œuATes que, par ses critiques, il ruine sourdement. Si encore il ne faisait qu'arracher aux institutions des bras qui auraient dû travailler à leur prospérité ; mais il opère une besogne plus néfaste, puisqu'il fournit des armes dont on usera pour abattre les vaillants qui se dévouent, puisqu'il dresse des barrières devant les pas de ceux qui, animés d'un zèle ardent, ambitionnent de marcher plus avant. Si le bon esprit régnait dans tous nos rangs, combien nomljreuse et forte serait l'armée du bien î comme les voies lui seraient largement ouvertes vers les conquêtes de l'avenir. !
La teri-e classique du bon et du mauvais esprit, ce sont les maisons d'éducation. Les supérieurs expérimentés, sachant quels ravages opère le mauvais esprit, quel milieu salubre aux âmes crée le bon esprit, ne négligent rien de ce qui j^eut éveiller la joie dans le cœur des enfants, de ce qui peut en chasser l'humeur critique ; ils invitent les maîtres à ne donner jamais prise
i.v. MON Ksriur 2iM>
;'i 1.1 ni;»lM'illaiiC(» ; ils ruiilliplicnl les ocrasioiis ilc diliilci l'iuiir (les rlt'M's •'! tli* Iriir soulUrr les l'Iaiis tir rciilliousiasiiic.
Li' bon ospiit n'esl pas muiiis nécessaire à nos (imi\ ics aposloliqucs. cttniinc les paliona^'t-s. les cercles d'éludés, les confréries. vU\ Aussi doit-on prendre garde qu'il ne s'y glisse point d'esprit cliagrin. de critique à outrance, cpii voie tout en noir.. qui sème la dé'lianceel la désunion |)ar des{)arole.s anières, (|u» I démolisse l'autorité des chefs j)ar des interprétations nialveillanles de leurs avis et de leurs actes. D(^ enfants animés de ce^ mauvais esj)ril sont des brebis galeuses ({ui gâteraient tout letroupeau : mieux vaut s'en défaire de bonne heure que de perdre tout le fruit de son travail. Car est-il rien de plus déprimant pour un directeur d'œuvresquc de sentir qu'il n'a plus dans sa main les Ames des enfants, depuis qu'elles lui ont été arrachéespar le courant du mauvais esprit ?
Mais ludle part le bon esprit n'est aussi essentiel que dans les^ institutions religieuses, où toute la vie est basée sur la mutuelle confiance qui doit unir les brebis et les pasteurs, les subordonnés et les chefs.
Le cure dans sa paroisse a besoin du bon esprit de ses fidèles ; l'évcque, dans son diocèse, a besoin du bon esprit de tous sesprètres ; le pape, à la tète de l'Eglise universelle, n'a pas un moins pressant besoin du bon psprit de tous les catholiques et de tous les membres du clergé. A tous les degrés de la hiérarchie, le bon esprit consiste à bien penser de ses supérieurs, à les regarder de préférence par les bons côtés de leurs qualités et de leurs vertus, à ne parler d'eux qu'en termes bienveillants et respectueux, à se dévouer et à se sacrifier pour eux. Cet esprit bon, que Dieu donne h tous ceux qui le demandent, produit la joie de tous, la confiance mutuelle, il inspire et soutient les œuvres, il prépare la prospérité de l'Eglise sur tous les champs où son activité se déploie. Qui ne sent, au contraire, que le mauvaisesprit, esprit de défiance, de critique et de dénigrement, jette le malaise dans toutes les âmes, paralyse tous les efforts, anéantit les œuvres, brise la nécessaire influence de l'autorité ?
Ajouterai-je que, s'il y a le bon esprit des subordonnés, il y a aussi le bon esprit des chefs. Dans les chefs le bon esprit n'est point d'une autre sorte que dans les subordonnés ; il fait bien penser des inférieurs, il incline à considérer de préférence leurs bons côtés et leurs réelles ressources, il inspire les paroles bienveillantes, il porte à les bien traiter, même quand ils ont failli, afin de ne pas éteindre en eux la mèche de vie qui fume encore. Dire ce qu'un tel esprit de sympathie et de condescendance produit de joie, d'élan, de force, de dévouement, de sacrifice, ce serait dire les merveilles de succès qu'obtiennent les supérieurs qui estiment et aiment leurs subordonnés.
s i\ Le bon esprit au séminaire *
a Nous promettons île rendre sninlemcnt iiyrèiible lu séjour au Sénûiiairc ».
Mgr LoBuKUKY, év. ilu Moulins.
Qui rond le Séminaire a<rn'al)le? lo bon esprit.
Qui rend le Séminaire désagréable!* le mauvais esprit.
Si donc nous voulons rendre agréable le séjour au Séminaire, il nous faut y faire régner le bon esprit et en écarter toute cause de mauvais esprit .