II. L<' runnrais esprit
a) Eli quoi co/isisle le mauvais esprit. — Le mauvais esprit est une soulïrance dans l'être collectif de la communauté ; il résulte d'un sourd malaise et d'un état de méconlenlement.
Là où sévit le maiivais esprit, on pense mal des maîtres : ou Ijien on croit leur science insuffisante, leur enseignement incompétent ; ou bien on n'estime pas leur caractère et leur vertu ; ou bien on les regarde comme des indiirérents et des égoïstes : If'S maîtres sont, aux yeux des élèves, des étrangers, sinon des ermemis.
De là à mal parler d'eux, il n'y a qu'un pas. On interprète mal leurs paroles et leurs démarches, même les meilleures ; on les critique, on les tourne en ridicule, on démolit leur autorité ; on ne leur accorde aucune confiance.
Telle est l'antipathie qu'on les recherche peu. Bien au cont taire, on les fuit : leurs chambres sont désertes : on les évite en récréation, lorsqu'ils tombent comme des « tuiles » sur la communauté.
On ne lient nul compte de leurs avis ; on leur désobéit ; on monte contre eux des cabales ; les confrères qui gardent aux maîtres leur sympathie sont objet de défiance et parfois « mis en quarantaine ».
b) Les ejfels du mauvais esprit. — 11 rend malheureux et il stérilise.
11 rend malheureux les pauvres jeunes gens qui en sont atteints. Jamais de vraie joie dans les cœurs, jamais d'ouverture : toujours de la défiance, du mécontentement, de la colère. On s'ennuie, et on compte les jours comme à la caserne. La sortie est une délivrance ; la rentrée cause du chagrin...
Qu'attendre de jeunes Ames ainsi déflorées par ce mauvais souille ? Elles n'aiment rien de ce qui se fait au Séminaire : la discipline est un fardeau qu'on secoue, le travail est une tâche qu'on (( sabote ». la piété est une corvée qu'on prend en dégoût, la direction est une démarche qu'on accomplit le cœur fermé.
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Dî'S lors, il n'y a ni c(»iiraf::c à la vertu, ni onhaiii dans rofToil, ni ;,ManiI«'S ambitions do saiulilicatiôti pcrsimnclle ft d'apostolat. Aussi quelle baisse morale dans les iiulividus, parmi lesquels on va chasser les plus mauvais ! Quel afTaisscment dans toute cette communauté où la tiédeur s'est établie, (juc la division dévore, que des vices peut-être souillent.
Quel Séminaire, alors ? (hiel clergé s'y prépare ?
Et pourtant, les hommes d'expérience savent (pie le tableau n'est pas chargé.
H ne faut donc pas de mauvais esprit dans nos Séminaires.
c) Les causes du mauvais esprit.
Parfois, mais très rarement, ces causes sont extérieures au Séminaire. Ici, c'est le clergé diocésain qui, faisant opposition au Séminaire, souITle la défiance aux jeunes gens durant les vacances. — Là, ce sont les Petits Séminaires qui, gardant leur influence sur leurs anciens élèves, créent en eux de petits mouvements d'opinion contre la direction reçue au Grand Séminaire. Ailleurs, peut-être
Mais, presque toujours, lorsque le mauvais esprit s'abat sur nos maisons, c'est à nous seuls. Directeurs de Séminaires, cju'il faut nous en prendre. Comment faire pour ne pas le produire ? Comment nous y prendre pour le guérir.
Voici les défauts ou les fautes qui, de notre part, disposent les élèves au mauvais esprit :
Notre éloigneinent. Si nous vivons à l'écart, les laissant livrés à eux-mêmes, nous les privons de l'élément sain que nous serions pour eux, nous les abandonnons à leurs mouvements spontanés pinson moins dangereux
Notre égo'isme. S'il apparaît que nous vivons pour nous, et non pour eux, et d'une vie plus confortable que la leur, ils se sentent vite de l'antipathie pour nous
Notre faiblesse de caractère. Si, par mollesse de volonté, nous laissons la discipline ou le travail se relâcher, et qu'ensuite, effrayés des conséquences, nous voulons brusquement
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réagir, nous provoquons le méconlenlement par ces actes inattendus d'autorité...
Notre défiance. Si nous manifestons de la défiance à l'égarJ des lettres, à l'égard des relations, à l'égard des lectures, etc., le mauvais esprit éclatera très vite, non seulement dans les élèves soupçonnés, mais aussi dans les autres. La surveillancesoupçonneuse irrite les élèves sans jamais instruire les maîtres ; la confiance de la vie commune éclaire les maîtres sans jamais énerver les élèves.
Notre amour de la popularité. Lorsqu'un maître est atteint de ce mal qui fait de lui un u populacier », il flatte les élèves, particulièrement les moins bons, en dénigrant ses collègues, surtout le Supérieur: c'est un semeur de mauvais esprit. Il faut d'autant plus vite lécarter, que c'est un mauvais éducateur.
Nos divisions. Lorsque le personnel est divisé, il est rare que les élèves ne s'en aperçoivent pas ; ils prennent alors parti pour l'une ou l'autre faction ; c'est le désordre dans la communauté.
Comment s'y prendre pour guérir une communauté du mauvais esprit ?
S'il est à l'état chronique ou habituel, que les Directeurs se réunissent en conseil, non pour accuser les élèves, mais pour rechercher et reconnaître les torts qu'ils pourraient avoir ; puis qu'ils se concertent pour corriger certains défauts ; surtout, qu'ils se proposent d'être plus confiants, plus dévoués, plus mêlés à leurs élèves. Les mesures de rigueur ne feraient qu'exaspérer : seule, la sympathie afi'ectueuse et paternelle fera la guéri son.
Si le mauvais esprit est à l'état aigu, c'est-à-dire lorsqu'on traverse une crise de mauvais esprit, il faut :
D'abord du calme : ce n'est ni le temps des lectures spirituelles tonitruantes et menaçantes, ni des actes sévères d'autorité, puisque c'est l'autorité qui irrite, ne brandissons pas l'auto- ■ rite comme une aime, mais tenons-la plutôt cachée ; lorsque
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LL BON ESPniT AU SÉMINAIRE ;i()7
la vague sera passée, les élèves, épuisés, se re.ulmr.t à merci et 1 autorité, conservée intacte, s'exercera dans sa plénitude IS opposons à la colère des élèves que le calme majestueux (1 une autorité assez sûre d'elle-mén.e pour ne point se hâter Knsu.te de l^fermelé. Dans la crise, lautorité ne doit point capituler. Le Supérieur re(.'oit alors des délégations, des pétitions : avec douceur, il faut ou refuser ou renvoyer à plus tard mais ne pas céder. L'autorité se ruine lorsqu'elle accorde ce qu on lui demande dans ces soubresauts de mauvais esprit
s V La moralité des vacances *
Il s'agit des séminaristes.
Est-il moral de les envoyer en vacances dans leurs familles ? Ne serait-ce pas moins dangereux de les parquer dans une maison de campagne, de leur y faire respirer une atmosphère artificielle créée pour eux, à l'abri de tous les contacts du siècle ?
La question paraîtra étrange à des lecteurs français, qui voient, dans l'usage des vacances en famille, pour les séminaristes, une tradition déjà ancienne et parfaitement légitime. Aussi n'en dirions-nous rien, si des journaux catholiques n'avaient, récemment, prêté leur publicité et leur crédit à un article, d'ailleurs anonyme, qui considère cette pratique comme périlleuse et presque immorale.
Combien fondés, cependant, sont les motifs qui déterminent nos évêques et nos directeurs de séminaires à renvoyer, pour trois mois, chez leurs parents, les jeunes aspirants au sacerdoce.
Ce temps de repos et de détente est d'abord nécessaire à leur santé. Car leurs tempéraments s'épuisent et s'anémient dans l'air confiné de leurs étroites cellules et de leurs salles d'exercices, sous la pression des efforts continus qu'exigent les études et qu'impose le grave souci de la formation morale. Lorsqu'ils
* Il est à noter que ces pages s'appliquent principalement aux séminaires de France, et que les conditions désavantageuses faites aux séminaristes en d'autres pays, exifjent souvent d'autres dispositions. Voilà pourquoi la Cousistoriale a introduit dans le questionnaire des évèques la demande suivante : « Avez-vous une maison de campagne pour les vacances?»