I.V MOnAI.ITK DES VAC.WCl'S 3()'J
>()ril (It'bilitt's par iicnf mois <lo rrcliisidii, ils ont moins df (Viveur (latis ItMir piété et moins d'anlenr an travail, ils font au rè<?loni»Mit d'inévitables brèches, ils ont des nerfs plus excitables et partant le caractère moins souj)le, plusieurs so traînent languissanuuent dans une même voie où il faudrait marcher toujours d'un pas alerte. Les vacances au grand air, loin de tonte contention, rendent au sang la richesse, au tempéranuMit l'éiiuilibre, aux nerfs l'apaisemont, à la volonté ses énergies.
Avec la santé. les jeunes gens retn^nveiit le bon esprit, c'està-dire cette joyeuse disposition du cœur, qui crée la sympathie j)0ur les maîtres et la prompte obéissance aux règles, qui porte au travail avec entrain, et met au service de Dieu une générosité sans calcul. C'est une expérience que font chaque année les éducateurs : au retour des vacances, les séminaristes ont plus d'élan, sont plus ouverts et plus dociles; leur cœur s'est vidé des petites amertumes dont il soutTrait. En un mot, les âmes sont redevenues neuves : les vacances les ont refaites. Qu'adviendrait-il des séminaires, si les jeunes gens se trouvaient, durant cinq années ininterrompues, aux prises avec les mêmes difficultés, en face des mêmes condisciples, en tête à tête avec les mêmes maîtres !
Si les vacances en famille ne sont pas sans quelque danger, qui ne voit que cette épreuve est indispensable? Avant d'appeler un jeune homme aux Ordres, ne faut-il pas avoir moralement l'assurance qu'il sera fidèle aux obligations de la vie sacerdotale? Tant qu'il est au Séminaire, soutenu par des tuteurs, abrité contre les tempêtes, on ne sait pas s'il a de la la vbrtu ou simplement de la correction, on ignore s'il a une âme forte ou seulement malléable, on ne peut rien présager de l'attitude qu'il prendra une fois rendu à la vie libre. Envoyezle en vacances, loin de la règle qui l'encadre, loin des condisciples dont l'exemple le porte, loin des maîtres dont les yeux le domptent et dont les avis le poussent en avant, et vous saurez bientôt ce qu'il peut, ce qu'il vaut, ce qu'il est. La façon
dont il accomplira son règlement de vacances sera la mesure de sa volonté ; sa fidélité aux exercices religieux vous dira si sa piété était profonde et personnelle ou seulement de commande; par l'emploi de son temps, vous verrez s'il aime l'étude et s'il est capable de cette concentration intérieure d'âme que suppose le travail; vous saurez aussi quelle prudence il peut garder dans ses relations, quelle solidité présente en lui la chasteté; sa vie montrera quel homme il est, et quel prêtre il peut devenir. Il n'est pas rare que les vacances produisent l'efFondrement des espérances qu'on avait fondées sur un jeune homme; on s'était fait illusion sur son compte : les vacances ont très heureusement ouvert les yeux sur ses insuffisances. D'autres fois, les vacances sont pour le séminariste et pour son directeur une très utile leçon : elles révèlent ses points faibles : elles indiquent de quel côté il faudra désormais porter les efforts; elles font connaître l'ennemi et orientent le combat pour l'avenir. Combien seraient allés au sacerdoce dans uîie sécurité trompeuse, dans une dommageable ignorance de leurs besoins réels, s'ils n'avaient été, par les vacances passées dans le monde, mis en face de leurs faiblesses et de leurs défauts ! L'expérience les instruit et les stimule.
Un profit positif que procurent les vacances en famille est le contact nécessaire du monde. Quand l'Évangile dit que les prêtres ne seront pas du « monde ». il entend que les prêtres se garderont des erreurs et des vices du monde. Mais l'Évangile nous montre par ailleurs que les prêtres sont envoyés « à travers le monde, comme des agneaux parmi les loups », pour assainir le monde et le gagner à Jésus-Christ. Comment les prêtres feront-ils la conquête du monde, s'ils en sont séparés par un fossé profond, s'ils y vivent en étrangers sans le pénétrer? Et. c'est précisément ce que souvent on reproche aux prêtres, d'être au milieu du monde sans avoir prise sur le monde, d'y apparaître, aux enfants du peuple, comme s'ils étaient incapables de prendre contact avec le peuple. Et ce reproche vise, en quelques-uns de nous, trois principaux traits :
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lis S(inl naïfs, dil-on. ils sont icslrs onfanls jusque dans l'i^n 1I1ÙI-. Cdiiimo s'ils niaiH|uai(Mil de rcxix'-iiciicf de la vie; ils no savent couHueiil prendre les honinies, ct)ninie s'ils ignoraient leurs pensées, Iniis senliments, leurs préoccupations, leurs <nnibilions. leurs labeurs, leurs soullVanccs ; ils sont malhabiles à lier conunerce avec eux, gauches dans les plus élémentaires relations, comme s'ils n'étaient pas du milieu où ils sont placés. C'est à ce lri|)l(^ défaut, si dommageable au ministère sacerdotal, (jue remétlienl les l'apjiorts sociaux auxquels obligent les vacances. Tout en visant parmi les siens, le séminariste est astreint à des devoirs sociaux multiples, qui l'enrichissent d'un trésor d'expériences et mûrissent son âme, qui le tirent <le la région des fantômes ponr le mettre en face de réalités saisissantes et lui donner l'intelligence pratique du monde, qui l'exercent à lier conversation avec les hommes qTi'il aura mission d'évangéliser. Le séminaire, pour des raisons supérieures d'éducation, l'éloigné momentanément du sol qu'il doit cultiver : les vacances, heureusement, l'y ramènent et empêchent qu'il ne s'en détache tout à fait.
Les vacances, enfin, peuvent devenir pour les séminaristes un utile apprentissage du ministère. Tant en ville qu'à la campagne, lorsqu'ils reçoivent de leur curé, comme c'est l'ordinaire, un accueil sympathique, ils en deviennent les auxiliaires. Sous ses yeux bienveillants, ils s'exercent et se font la main aux oeuvres d'apostolat : ils catéchisent les enfants, ils surveillent les patronages et y infusent la vie de leur jeunesse, ils mettent l'ordre et l'entrain dans les colonies de vacances, ils visitent les malades et les préparent auxsacrements, ils secourentles pauvres et leur enseignent l'art de se secourir eux-mêmes par le travail, ils apprennent à serrer simplement et cordialement la main calleuse du cultivateur et de l'ouvrier... Et tandis qu'ils développent ainsi dans leurs cœurs les goûts et les facultés de l'apostolat, ils n'en reviennent qu'avec plus de fidélité et d'ardeur, soir et matin, à leurs exercices de piété et à leurs chères études théologiques. Ils sont vraiment, alors, dans une école d'application.
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Sur des vies ainsi conçues et ordonnées, on se demande où la lentalion peut avoir prise. Quels dangers peuvent donc courir ces jeunes gens, lorsqu'ils sont bien encadrés dans le milieu l'amilial et sacerdotal où ils passent leurs vacances ?
Dangers pour leur foi? Et d'où naîtraient-ils? De lectures et de conversations capables de fausser l'esprit. Or, à cet égard, le séminaire est plus fécond en tempêtes intellectuelles que ne le sont les vacances. C'est au séminaire que les problèmes religieux se posent et se discutent : une difficulté qui se révèle à une Ame naïve, une objection à laquelle le manuel répond mal, un système erroné, que le professeur expose clairement et dont l'élève ne saisit pas la réfutation, une argumentation qui soulève des doutes et ne les dissipe pas, les échos des luttes intellectuelles qui divisent les esprits au dehors, des feuilles avancées qui pénètrent subrepticement dans la maison, des discussions entre élèves où les idées se poussent aux extrêmes et les tempéraments s'exaltent..., en voilà plus qu'il n'en faut pour produire, dans un séminaire où l'on travaille, de ces fermentations de travail qui inquiètent les directeurs et de ces malaises dont pâtissent certaines jeunes âmes. Les vacances venues, on fait généralement trêve à l'étude des questions épineuses, on lit moins, les bibliothèques de presbytères contiennent rarement des nouveautés dangereuses, les œuvres de zèle attirent l'attention dans le domaine pratique, le bon air et le repos font tomber l'exaspération nerveuse : la paix revient. Il y a quelques années, visitant un séminaire qui avait beaucoup souffert de la crise doctrinale, je recueillis sur les lèvres de l'évêque et du supérieur ces paroles pleines de bon sens : « Nous patientons, nous attendons la rentrée ; beaucoup ont été atteints ; au retour, nous garderons ceux que les vacances auront guéris. » Voilà le mot juste : les vacances guérissent ceux qui sont guérissables.
Les autres ne sont pas faits pour le sacerdoce. Dangers pour le cœur? 11 se peut, en effet, que certains jeunes gens se laissent prendre le cœur à quelque piège. Mais le