‹ Contribution à l'Education des ClercsChapitre 40 sur 60 · LIVRE VI · texte numérisé non relu

LIVRE VI

§1 Le Travail Intellectuel des Clercs

Mon intention n'est pas de développer ici les raisons capables d'inculquer dans les clercs et les prêtres l'estime et l'amour du travail intellectuel. Ces raisons sont connues ; on a dans le rlergé l'estime du travail ; seule, la pratique a besoin d'être dirigée et soutenue. Il n'est personne, en effet, qui ne connaisse et qui n'apprécie toute la valeur morale du travail : contre quelles tentations il prémunit et de combien de fautes il préserve ; quelle richesse de savoir et quelle élévation d'idées il communique à l'esprit; quelle trempe en revient au caractèie ft quelle fermeté, à la volonté ; et, lorsqu'il s'agit du commerce des sciences sacrées, combien l'esprit de foi s'y ranime et la vie surnaturelle s'y alimente.

Cependant ces généralités eussent rendu notre tâche facile, au lieu qued'en venir immédiatement à la pratique crée unebesoprne assez ingrate. Ingrate, parce que, autant il importe de parier juste, autant il est malaisé de ne pas excéder dans les expressions ; car, soit pour mieux se faire entendre, soit pour fiitraîiier plus efficacement certaines volontés revêches au tra-

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vail, on est tenté d'élever la voix et de dépasser dans les exigences ce que les forces humaines peuvent raisonnablement fournir. Ingrate, parce qu'il est rare que. sur ce point, la parole change les habitudes de ceux qui l'écoutent : ceux qui aiment le travail continuent de le pratiquer après qu'on l'a renouvelé dans leur estime ; ceux qui ont peu de goût pour l'étude se déterminent malaisément à yentrer, même lorsqu'on leur en a ouvert les voies.

11 est d'expérience, néanmoins, que l'ofTort tenté en faveur du travail n'est jamais totalement perdu ; il achève de convaincre des hésitants, et il met en mouvement ceux qui n'attendaient qu'un peu plus de lumière pour s'orienter dans l'étude. C'est pourquoi nous abordons avec confiance le diiïicile sujet de l'étude chez les ecclésiastiques.

Le travail intellectuel des clercs comporte deux parties : l'une concerne le temps du séminaire, l'autre regarde les années qui se dérouleront dans le ministère actif des âmes. Pendant qu'ils sont au séminaire, comment les clercs s'y prendront-ils pour acquérir la science propre de leur état ? Une fois entrés dans le ministère, comment les prêtres arriveront-ils à étudier suffisamment pour conserver et accroître la science acquise ?Et j)Our mieux synthétiser tout l'objet de notre étude, cherchons comment les directeurs de séminaires procureront le travail de leurs élèves au séminaire même et les mettront en état de se suffire pour travailler jusque parmi les occupations du ministère.

Prenons les séminaires tels qu'ils sont aujourd'hui. Dans leur toute première fondation en France, ils ne donnaient asile qu'à des clercs déjà instruits dans les Universités, et qui ve-

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ii;ii(Mit cIkmcIu'I iliiiis la rcliaitc une prt'-paiatidii iiiniii-diatc aux >aiiits ordres ou au\ fonclious sacerdotales. I,o liavail inlellecluel n'y avait point ou peu de place : tautes les heures étaient consacrées à la piété, aux exercices du chant et descérémonies; à peine \ faisait-on, en vue du sacrement de pénitence, une repasse de théologie morale. Mais cette situation dura peu. Bientôt arrivèrent, et en grand nombre, des clorcs(pii n'avaient pa;* achevé leurs études : soit qu'on leur fît suivre des cours d'Lnivorsité dans le voisinage, soit qu'on les format j)ar des conférences dans le séminaire lui-même, toujours est-il que l'étuch' s'ajouta aux exercices de la piété personnelle et des fonctions liturgiques. Dejiuis ce temps l'importance desétudes n'a fait que croître dans les grands séminaires ; et même, pour la grande majorité des clercs, elles constituent toute la jiréparation intellectuelle à la vie sacerdotale. Aussi la question de l'étude dans nos séminaires se pose-t-elle avec une acuité qu'on ne connaissait pas autrefois.

Le hut des études au séminaire est nettement défini : elles doivent mettre aux mains des clercs une science suffisante pour remplir avec fruit et avec honneur le ministère ecclésias- {i(}ue. En conséquence, les clercs doivent acquérir au séminaire des connaissances nettes, précises et s'il se peut, étendueset prolondes, sur toutes les matières qui concernent leur état : philosophie, théologie. Ecriture sainte, droit canon, histoire ecclésiastique, archéologie, chant d'église et liturgie. Cette seule éimmération rappelle presque une encyclopédie : c'est dire combien le travail du séminaire doit embrasser un très vaste champ.

Pour que ce travail s'accomplisse utilement, les maîtres ont à faire porter leurs efforts sur trois points principaux : tracer un programme à la fois complet et facile à parcourir, ménager aux élèves des heures indispensables pour l'étude, les diriger suivant les méthodes les plus efficaces.

Le programme des études dans les grands séminaires a été^ dans ces vingt dernières années, l'objet de discussions parfois très vives. Beaucoup de gens, dont plusieurs sans autorité et sans compétence, ont essayé d'y apporter des retouches. Cette agitation du dehors s'est heureusement heurtée à l'esprit de tradition qui préside à la direction de nos séminaires. A part les réformes qui étaient imposées par l'autorité légitime. les séminaires ont continué leur travail dans la ligne de leurs anciens programmes. Ce n'est pas que les directeurs eussent les oreilles fermées à toute annonce de progrès sain, et ne fussent prêts à proposer à NN. SS. les Evêques les créations nouvelles qui leur semblaient vraiment avantageuses. Mais ces modifications n'ont jamais porté que sur des points secondaires, et les anciens programmes, dans leur ensemble, sont restés immuables. C'est qu'ils étaient le fruit du bon sens, conjQrmé par une expérience déjà longue ; c'est qu'ils avaient l'approbation de nos Evêques et que Rome, loin de les blâmer, les proposait en substance pour l'organisation des séminaires d'Italie.

D'ailleurs, ce ne sont pas les programmes qui donnent le savoir, mais le travail et les méthodes avec lesquels on les met en œuvre. A la rigueur, on pourrait faire de bons élèves avec des programmes mal conçus ; mais quelle que soit la perfection des programmes, jamais on ne fera de bons élèves sans travail appliqué et sans méthodes sagement conduites. Nos programmes, du reste, sont assez habilement combinés pour échapper aux critiques dont ils ont été l'objet.

La science qui doit avoir le pas sur toutes les autres dans un grand séminaire est la théologie. La théologie est la science même de la religion ; c'est pour elle, par conséquent, que nos séminaristes étudient. Mais la théologie puise ses données à

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doux sources : à la sdiiicc de la H('\(''lali()ii, ((ui lui osl (juvcrlc dans IKcriluro saiidr et dans la Tradition calholicuic ; à la source de la laisnii liuiiiaiiic, (lui lui l'ouinil. d'idnxd sou iiislinnu'id tic travail ou le laisnuucnicul, puis li' fond des vcrilc'-s nalmcllcs (|uc l'esprit humain peut découvrir. C'est pounjuoi les séminaristes ne s(Md |)as admis de j)lain-|)ied dans l'élude d<' la théologie ; ils onl à prendre contact préalablement avec les sources de la Révélation et les sources des vérités rationnelles. De là, dans nos programmes, la philosophie placée au début de nos études ecclésiastiques, avec l'Ecriture sainte dont les trésors surnaturels resteront ouverts jusqu'à la lin des études tbéologiques. La durée du séminaire étant habituellement de cinq années, les deux premières sont consacrées à la jihilosophie, et sur toutes chevauche constamment l'Ecrituie sainte.

La théologie est si vaste que, dans la plupart des séminaires, on n'a pas cru pouvoir consacrer deux années totalement à l'étude de la philosophie. Du moins on la répartit sur deux années ; et c'est une grande sagesse. Car parcourue, àdeux classes par jour, pendant une seule année, elle ne peut laisser dans l'esprit que des impressions vagues et passagères ; méditée j)endant deux ans, en une seule classe par jour, elle s'assimile beaucoup plus aisément à l'esprit. Il est clair que la philosophie, pour remplir son rôle de a servante de la théologie », doit être enseignée dans nos séminaires, suivant les méthodes et dans l'esprit de la théologie ; et c'est ce que l'Eglise entend lorsqu'elle recommande si instamment par les Souverains Pontifes la philosophie scolastique, spécialement étudiée dans saint Thomas. La nécessité où se trouve le maître de signaler et de réfuter les erreurs contemporaines ne doit ni lui faire briser les cadres ni le faire rompre avec le langage et les doctrines de notre philosophie chrétienne. Car c'est là qu'il doit puiser les vérités rationnelles dont la philosophie fait apport à la théologie, et par là qu'il doit réfuter les erreurs qui tenteraient d'altérer ce trésor de vérités naturelles.

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L'Ecriture sainte fut longtemps négligée dans presque tous nos séminaires, non point par manque de respect, mais par défaut de préparation suffisante de la part des maîtres. Depuis fine Léon XIII a donné un si puissant élan aux études scripturaires, des professeurs vraiment compétents se sont formés, et, désormais les cours d'Ecriture sainte, au lieu d'être relégués au <lrrnier plan, arrivent au tout premier rang. La parole de Dieu n'exigeait pas moins. En plusieurs séminaires les classes se sont multipliées ; partout elles ont grandi eu sérieux, en intérêt, et en vrai savoir. Quel que soit le livre sacré qu'on étudie, on s'attache à recliercher ce que Dieu veut nous y faire entendre. Nous aurons toujours le loisir de placer sur les termes de l'Ecriture sainte les sens spirituels et accommodatices que notre dévotion nous inspirera, mais l'étude seule peut nous livrer le vrai sens littéral, qui est le sens direct et principal de la parole divine, (l'est le but qu'on poursuit en plaçant, par les généralités, chaque livre dans son milieu, et en discutant la portée de chacun des termes employés par les écrivains sacrés.

Dans la plupart de nos séminaires, la théologie règne sur toutes les années d'études, et elle marche de front, du moins dans sa partie fondamentale, même avec la philosophie. C'est justice, puisque la théologie est la science même de la religion, et qu'on lui consacrera toujours trop peu de temps. Elle est si vaste que, même en cinq années, des séminaristes ne peuvent o^uère l'étudier autrement que comme un grand catéchisme raisonné. Dans ces dernières années, dans le dessein de la renou- ^eler et de la relever, scientifiquement, nombre de maîtres insliuits ont tenté de substituer la théologie positive à la théologie scolastique dans leurs séminaires. L'entreprise ne manquait pas d'intérêt, puisqu'elle mettait en honneur une méthode qui montrait par des documents l'histoire de chaque dogme à travers les siècles chrétiens. Mais on s'aperçut bien vite — et je crois qu'on le constate de plus en plus — que l'entreprise était périlleuse et dommageable à bien des égards. Cette théologie positive n'étant pas encore faite, mais en voie de le devenir, il n'y a pas de

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livr(> à nicllic ;m\ m;iiris des l'IrNcs ; il l'aiil (I(iiu(|ii(' le pinlcs- SiMir dirli' si>ii cours ; le Iciiips se troiiN.iiil l'oil liiiiilr, ce coiirH. oiilir (niil est inipaifail. est Inicrmcnl ImcI" cl incoinpicl. de soiio que les (''lèves n'y Idiieliciil (ju'à iiii(> partie foil reslrciiile (le la Ihéologrie. Duiaiil ce Icinps ils iiéj^'lif,M'iil falalenient les raisonnements tliéoloyitjiies, et n entrent pas dans ce qui devra un jour faire l'objet de leur enseignement en chaire et au catéchisme. De plus, les erreurs contemporaines, cpii sont pres([ue toutes d"origiiU' [)hilosophi(pie, trouvent dillicilcment leur jilace et leur léjj^ilime rriulalion dans un svslème (|ui se borne à exposer le passé. Kiifin. à forc(Mle dépecer par l'histoire chacun!^ de nos croyances, sans l'avoir d'abord établie sur des bases solides, on a lini par ébranler la j)rofondeur de conviction que la foi simpliste des jeunes gens apportait au séminaire.

C'est pourquoi l'encyclique Pascendi s'est montrée si justement sévère à l'égard de la méthode positive. Elle ne l'a pas condamnée ; mais elle l'a contenue, et elle a remis en honneur la méthode d'exposition dite scolastique. En tous cas, cette dernière, seule, peut avoir cours dans nos séminaires. Car, seule, elle permet de parcourir en cinq années l'immense cycle théologique ; suivant le talent et la science du professeur, elle aura plus ou moins d'envergure, mais elle aura appris aux jeunes gens la somme intégrale de leur religion. Et, dans ce procédé, loin de sentir leur foi s'amoindrir dans des analyses dissolvantes, ils la sentiront s'atT(U'mir dans des synthèses réconfortantes. Ils auront dans les mains des manuels qui viendront en aide au professeur surchargé de questions : d'abord celui de saint Thomas, sa Somme Ihcologiqiie, manuel incomj)arable qui traverse tous les temps ; puis un manuel propre à l'heure présente, qui soit l'écho des difficultés et des discussions du jour, et dans lequel le grain vigoureux de saint Thomas soit pétri en pain adapté à des estomacs plus débiles. La méthode scolastique, sans négliger l'histoire, a plus de souplesse pour s'adapter aux discussions philosophiques que comportent plus que jamais, en théologie, les erreurs modernes.

CONTKIBl!TIO\ A l'ÊDUCATION L>ES CI.EHCS. 22

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Philosophie, Ecriture sainte, Théologie, ce sont bien les trois principaux enseignements du Séminaire ; dans le programme, aucune autre partie n'a plus d'importance, n'exige plus de temps. Cependant le programme est loin d'être épuise. Comment appellerons-nous le reste ? Secondaire ? Accessoire ? Ce serait le traiter avec une sorte de dédain, contre lequel protesteraient justement les professeurs. Disons seulement que ce sont des objets d'étude auxquels, par la force des choses, le règlement consacre moins de temps. Pour que ces parties du programme soient à l'honneur et non dans le mépris, il ne faut point compter sur le règlement, qui ne peut dilater ses cadres en leur faveur, mais sur chacun des professeurs, à qui il appartient de gagner l'attention et le zèle des élèves par un enseignement solide et captivant.

C'est d'abord l'Histoire de l'Eglise qui se présente à nous. Pas un élève ne devrait sortir du Séminaire sans posséder au moins les lignes générales des dix-neuf siècles où se déroulent les événements de la vie de l'Eglise, où la pensée religieuse se précise et s'élargit à mesure qu'elle repousse les hérésies. Encore les principaux points de repère ne suffisent pas : il faudrait que, par lui-même ou sous la conduite du maître, chaque élève eût exploré soigneusement quelques coins d'histoire, afin de se former, par ce travail, aux exigences et aux difficultés des recherches historiques. En un mot, le séminaire devrait lui apprendre, en histoire, les points essentiels avec la connaissance des bonnes méthodes d'étude.

Le Droit Canon n'est point à reléguer au second plan ; il contient les lois de l'Eglise, leur texte et leur interprétation ; il est le code de la discipline dans laquelle doivent vivre les prêtres et les fidèles. Les canonistes qui consacrent leur vie à l'étude des lois ecclésiastiques n'ont jamais achevé d'en approfondir les secrets. Des séminaristes ne peuvent donc en acquérir qu'une connaissance fort réduite : elle sera superficielle et sans empreinte durable, si le professeur ne veille à bien choisir les | questions et à les traiter en termes très nets ; mais elle pourra

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riro profomlo et in('n"a«;ablo, nièino ni iiiatKiUiuil (ITlciidiic, si 11' piolVssour se prépare et eMseifj;iie eoinnic il l'aiil.

Oe loul leni|>s la Pasiorale a élé Iraitreaxee honneur ; les Supérieurs s'en sonl pii'S(|iie toujours réservé renseignement. Kllc consiste clans la pré[)aration inimédiate au saint ministère ; elle comprend ccriaines (piestions spéciales de morale, parfois une rejiassc fort utile des principaux cas de conscience, l'explication des statuts diocésains, l'organisation des œuvres sociales, comme patronages, cercles, caisses rurales, etc. etc. L'objet en est très vaste, assurément ; mais, n'étant point hérissé de métai)hysi(iue, il est d'un enseignement facile ; car les jeunes clercs ont surtout à y recevoir de bonnes leçons de zèle et de tact.

Dans ces dernières années, on a fait effort pour introduire un cours de Sociologie dans les séminaires. Mais l'idée a ren- -contré presque partout de l'opposition ; car, d'un côté, elle s'est heurtée à la difliculté d'établir des cours nouveaux ; et, d'un autre côté, elle a paru recevoir une réalisation suffisante tant dans le cours de morale que dans celui de Pastorale.

L'Archéologie a été introduite par plusieurs évêques. Et, vraiment, si le temps ne faisait pas défaut, on aimerait à la voir enseignée partout. Car, grâce à une première initiation d'art faite au séminaire, les curés ne seraient pas les plus redoutables vandales de l'église dont ils ont la garde. Leur bon goût créerait pour le culte un milieu toujours décent et flatteur à l'œil.

11 y a un siècle, les Sciences étaient enseignées dans un très grand nombre de séminaires ; désormais elles ne le sont plus, et encore d'une façon très réduite, que dans un petit nombre. Cette suppression s'est opérée à mesure que l'étude des Sciences s'est développée dans les petits séminaires, et que, d'ailleurs, les sciences ecclésiastiques ont pris de plus en plus la place dans les grands. Il n'en reste pas moins vrai qu'un cours de Sciences, conduit concurremment avec la Philosophie, serait d'un grand secours, soit pour éclairer la philosophie.

soit pour fournir des documents utiles à rApologctique. Mais, pour cet enseignement, souvent les maîtres compétents font défaut non moins que le temps lui-même.

Il reste à mentionner deux objets d'étude, qui appartiennent moins à l'enseignement proprement dit qu'à la formation sacerdotale des clercs ; nous voulons dire le Chant et la Liturgie. Ces deux objets sont si sacrés dans l'œuvre des séminaires, qu'au début de ces saintes institutions, on disait : des séminaires s'ouvrent pour que les clercs s'y forment à l'oraison, au chant et aux cérémonies. Rien ne saurait prescrire, aucune nécessité scientifique ne saurait prévaloir, contre cette portion inviolable du programme primitif de nos séminaires ; le chant et la liturgie.

Sous le nom de chant, nous comprenons tout ce qui a trait à l'émission de la voix dans l'église : la diction et la modulation.

La diction est d'une importance capitale pour le prêtre ; sa mission est de parler aux fidèles ; son devoir est d'émettre les sons avec tant de netteté qu'il soit entendu toujours. Car à quoi bon parler, si les fidèles n'entendent pas. Or, il faut que le clergé l'avoue à sa confusion, il parle et il est rarement entendu. Dans la prédication, à peine trente pour cent se font très bien entendre ; dans la lecture, je ne sais s'il y en a plus de cinq pour cent : dans la récitation des prières en trouverait-on toujours un pour cent ? Cette situation est inadmissible. C'est pourquoi des cours de diction, servant de préambule à des cours de chant, sont essentiels. Dans les classes de prédication, il importe moins de former les jeunes gens à la belle structure des sermons ou à la souplesse des gestes, qu'à la netteté de la prononciation ; car, encore une fois, il faut que le prédicateur soit d'abord entendu ; les auditeurs lui pardonneront ses gaucheries sur le reste, pourvu qu'ils l'entendent sans effort. 11 en est de même de la lecture, dont l'art est bien plus difficile que celui de la prédication ; car, dans la prédication, chacun fait sa phrase pour son souffle, et la prononce aisément, au lieu que, dans la lecture, c'est le souffle d'un autre qui a

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commaiid»'' la phrase, de sorte quo nous mnoiis du mal h nou» \ acconiiuodcr. Dans la irritation ])nl)li(|no des priôres, le |)(Mipl(> n'entend pins rien : le j)rètie scnihh^ croire qne les formules (lih'S n(^ soient écrites (jne jionr Dieu, et (pi'il sullil <pje Dieu les entende. (Jrave erreur. Dieu n'a que faire de nos formules ; elles sont faites pour le peuple ; le peui)le doit les entendre, pour entrer dans les sentiments qu'elles expriment. — Si grande doit nous apparaître l'importance de la diction, que ce n'est pas troj) d'y consacrer plusieurs classes de chant au commencement de l'année, et. dans la suite, quehpies minutes au début de chaque classe de chant.

La nécessité de l'exercice apparaît mieux pour la modulation. Les jeunes gens qui ont des voix réfractaires ne doivent rien négliger pour arriver du moins à la décence dans les chants que le prêtre exécute ; car c'est une profonde humiliation que de provoquer, par son inhabileté, le rire parmi les fidèles au milieu de la Grand'Messe ou des Vêpres. Les mieux doués doivent avoir à cœur d'exceller dans cette expression la plus sensible du culte sacré. Un prêtre qui chante bien, sans orgueil mais avec un art réel, provoque dans l'église des mouvements de dévotion fort édifiants. Aussi personne ne doit-il se soustraire à l'obligation des exercices du chant, de même que les classes qui y sont consacrées ne doivent jamais être supprimées comme chose purement accessoire. Quant à l'attitude de ceux qui, se donnant pour intellectuels, méprisent le chant ou du moins professent n'avoir de goût que pour la musique, elle ne saurait être trop sévèrement traitée.

La Liturgie ne commande pas moins de respect. Si les règles de la politesse à l'égard des hommes sont gardées avec tant de scrupule par les gens bien élevés, comment notre bonne éducation religieuse ne commanderait-elle pas l'estime et l'observation des cérémonies qui président à nos contacts immédiats avec la divinité? L'esprit de foi suffit à nous convaincre sur ce point. Aussi les jeunes clercs doivent-ils être soucieux d'apprendre les moindres prescriptions de l'Eglise pour le bon

ordre du culte sacré ; en conséquence, ils seront attentifs auM classes de liturgie, heureux de connaître, non seulement la lettre des cérémonies, mais aussi leur origine et leur sens chrétien. De même, ils auront le souci de participer aux exercices qui préparent les offices solennels. Muni d'un guide liturgique pratique, ils le consulteront pour la moindre cérémonie qu'ils auront à accomplir ; ils ne s'exposeront pas aux hasards des surprises qu'amène fatalement l'ignorance des cérémonies.

De tout ce qui précède, il est aisé de conclure que le programme des grands séminaires est très surchargé, qu'il embrasse une vaste encyclopédie de connaissances, que les clercs ne peuvent, sur la plupart des objets, recevoir au Séminaire- (]ue des notions très restreintes.

Si restreintes qu'on les suppose, pour qu'elles soient cependant sérieuses, ces notions exigent du temps. Et nous touchons, ici, à l'un des cauchemars les plus angoissants des directeurs de séminaires : comment trouver du temps pour le travail intellectuel ")

Ce temps ne peut pas être pris sur le sommeil des élèves ; car les veillées, qu'elles soient autorisées ou simplement tolérées, sont extrêmement funestes ; en peu de jours, elles mettent hors d'état de produire le moindre travail les imprudents qui s'y laissent entraîner. Ce temps ne peut pas davantage être pris sur les heures dues à la piété : car nous menons de front deux ordres très distincts de formation, la piété et le travail ; mais tous deux ont des droits égaux qui ne peuvent être violés sans grave péril ; et, s'il fallait dire que l'un des deux a des droits plus sacrés que l'autre et ne doit jamais être sacrifié à l'autre, nous dirions que c'est la piété.

Du temps, il en faut d'abord pour les classes. 11 appartient aux maîtres de faire leur part dans la journée des séminaristes, et de distribuer les matières d'enseignement avec tant de sagacité

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