I.r THAWII INTF.I.I.rCriF.I. DF.S n.F.IlCS
([110 chacune ait la place (jui lui coiin iciil. Poui- faire droit aux t \iueuces du pro^Mauinie si él<Mi(!u (juc ikius a\nns décrit, il ne faut pas moins de (pialr(> classes par jour, soil vingt-deux classes ])ar s( luainc. (mi (Irlahinaiil l'apirs-uiidi du cougr. (Miacpie séminaire a sou horaire à cet é<,Mrd ; il n'y a pas lieu (l't-n dresser un ici. — Du temps, mais il eu faut aussi, et sur- Imit pour 1(^ tia\ail personnel des élèves; car il sert peu d'avoir entendu des nudtres qui parlent bien, si on manque d'heures suffisantes pour méditer et s'assimiler leur enseignemiMit. Les maîties, avant pris leur part, arrive-t-on à trouver uu(^ part sulTisant(> j)our les élèves ? La journée a des bornes ; ics heures ne sont pas élastiques. Par quelle sage économie les ('•lèves vont-ils se créer du temps?
Ils n'ont qu'un moyen. Avec le secours du règlement et des maîtres, ils ont à écarter les occupations parasitaires qui dévoieraient une partie de leurs heures.
Ils se mettront d'abord en garde contre les occupations du dehors, qui les éloigneraient de leur cellule et de leurs livres. Les unes sont tout à fait répréhensibles : ce sont les sorties. les visites, les réceptions au parloir, les conversations à la porte des confrères, même les « parlottes » prolongées dans la cliambi'e de certains directeurs, des travaux attenant aux charges même de la maison et exécutés, fût-ce même à la sacristie, jiendant les heures d'étude plutôt que durant les récréations. Le zèle des bons élèves se reconnaît à la promptitude avec la- (pielle ils reviennent à leur cellule et y demeurent. — D'autres se présentent, au contraire, comme tout à fait légitimes : elles consistent dans la participation à des œuvres du ministère, comme les catéchismes et les patronages. Je sais qu'ici se pose, pour certaines maisons, une question très brûlante. Mais qu'il me soit permis de l'envisager en dehors des contingences, dont il peut y avoir à tenir compte en certains cas particuliers. Ceux qui veulent les séminaristes dans les catéchismes et les patronages, les dimanches et les jours de congé, ne manquent point de bonnes raisons ; pour les séminaristes, disent-
LE TRAVAIL INTELLECTLEL
ils, c'est une initiation nécessaire ; pour les paroisses où ils sont, c'est un service inappréciable. Mais toute question a deux faces ; à ces motifs, si plausibles qu'ils soient, on peut en opposer de graves. Pour rester dans mon sujet je ne dirai que les raisons tirées des nécessités de l'étude. A cet égard, il est impossible que les jeunes gens ne prennent pas, surtout pour leis catéchismes, des heures nombreuses qui seraient consacrées au travail du séminaire. De plus, ils rentrent de ces œuvres extérieures exténués de corps et préoccupés d'esprit, deux obstacles au travail qui peuvent stériliser bien des heures. Et comme ce sont les plus intelligents qu'on trouble ainsi dans leurs études, c'est tout le mouvement du travail intellectuel qui se trouve paralysé dans le séminaire. Qu'on mette sérieusement en regard ce qu'on gagne et ce qu'on perd, et il me semble qu'on verra sans peine de quel côté devrait pencher la balance. 11 sera toujours aisé à un jeune prêtre instruit de se former aux catéchismes et aux patronages ; mais quelle que soit sa bonne volonté, s'il a négligé sa théologie, il n'arrivera jamais par lui-même à combler cette lacune.
Dès que l'amour de l'étude le'retient dans sa cellule, le séminariste se garde bien de perdre son temps sous une autre forme. Il en est si avare que. non content de ne point flâner, il s'interdit toutes les études étrangères à son programme. Cependant la tentation de s'écarter de cette règle est grande pour certains jeunes gens : celui-ci a la passion des sciences de la nature, et il ne se résigne pas à s'en détacher pour un temps ; cet autre a cultivé les langues vivantes et il tient à s'y entretenir ; tel autre a de nombreuses relations, avec lesquelles il ne veut pas rompre, et il consomme de longues heures en correspondance, etc. Toutes ces occupations, remplissant les heures .silencieuses passées en chambre, donnent l'air d'une vie retirée et appliquée au devoir ; en réalité elles éloignent de la tache prescrite. Conjment déjeunes élèves vont-ils se libérer de ce servage imposé par l'amour de choses étrangères au devoir ? Par la persuasion qu'il leur faut résolument opter entre les obligations d'études que le séminaire
m: thwmi. iNTii.i.iniTr, des r.M-.ncs '^2U
impose, cl les iiicliMalioiis juM-soriiicllcs que la règle conuiiancle «le sacrifier moinentanéiiieiil. Faire Ijicr» l'un el l'autre esl chose absolument impossible. Or iK'^'li^cr le devoir évident pour une satisfaction égoïste scrail une ^Mosse faille. On est xcnu au séminaire pc^ur y apprendre les scicMiccs ecelésiaslirpies ; la lo;,'i(pie exijj^e donc (jue toutes les heures soient iidèlemeiil consacrées à l'étude des sciences ecclésiastiques Les maîtres, du reste, aideront puissamment leurs élèves à faire passer cette conviction en action, si l'intérêt de leur cours bien préparé captive l'attention et provoque la curiosité de leurs élèves.
Tous ces procédés d'économie donnent du temps. Certes, ce temps sera toujours trop court, puisque les plus habiles auront peine à se réserver cinq heures par jour de solitude studieuse ; du moins la plupart pourront trouver quatre heures. Or on ne saurait calculer quelle somme de travail effectué et de science acquise représente une application méthodique de quatre heures par jour. Mais justement, c'est la méthode (pii donne au temps sa valeur ; c'est pourquoi nous allons aborder ce sujet nécessaire.
Avant d'aborder les détails de la méthode à suivre, nous poserons la question du manuel scolaire. Faut-il un manuel? El, s'il en faut un, quel usag^o doit-on en faire? Je réponds sans hésiter que le manuel est nécessaire, et non pas seulement poui' les enseignements principaux, comme la philosophie et la théologie, mais pour tous les enseignements. La bibliothèque du séminariste contiendra donc au moins un livre sur chacun des objets d'étude. Pour dispenser du manuel les élèves, il faudrait le remplacer. Or il ne peut être remplacé que par le cours du professeur. Mais, à supposer que le professeur fasse son cours, ce cours sera forcément fragmentaire, ne traitant que certaines questions capitales, laissant dans l'ombre toutes les autres, et ne présentant par conséquent jamais l'ensemble de l'enseignement ; de plus, ce cours sera très imparfait, il consistera en no-
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les nkligôps à la hàle par lo maîlio, ol il allcindra rarement à la valeur du manuel délaissé ; enfin qu'il soit pris à la volée ou dicté, il sera toujours écrit sur des feuilles incommodes à manier dès le séminaire, impossibles à retrouver après le séminaire, de sorte que, plus tard, les jeunes gens ne sauront où ni comment se rapporter à l'enseignement reçu. L'exemple des Universités, sur ce point, n'est qu'un trompe-l'œil. 11 est vrai que les professeurs font leurs cours, et que les élèves y prennent habituellement des notes. Mais, soit pour les examens, soit pour revoir un jour l'enseignement reçu, ce ne sont point les notes prises au cours qui servent, mais bien les manuels que les étudiants ont grand soin de se procurer.
Le manuel offre de grands avantages. D'abord il est complet et présente, même à la simple lecture de la Table, une synthèse de la science à acquérir. C'est un ouvrage achevé, et non un simple essai de l'auteur ; dès lors, il offre des garanties de maturité et de contrôle que n'a pas le cours plus ou moins improvisé du maître. Le manuel importe encore plus dans un grand séminaire que partout ailleurs ;car, seul, il permet, aux Supérieurs ecclésiastiques de diriger et de surveiller l'enseignement donné aux jeunes clercs. Enfin le manuel restera pour le prêtre le vade-mecum de tous les jours ; c'est lui que l'on consultera pour se rappeler une notion devenue plus ou moins imprécise, c'est lui qui sera le centre autour duquel le prêtre laborieux groupera le fruit de ses études ultérieures.
^lais, plus le manuel a d'importance, plus les maîtres doivent mettre de soins à le bien choisir. Ils ne doivent être ni les tenants routiniei^ d'un manuel déjà en usage, ni les novateurs empressés à se jeter sur tout livre nouA^eau : c'est pourquoi, un manuel ne doit être changé qu'après mûrs réflexion et jamais sans l'assentiment du Supérieur ou même du Conseil. Le manuel doit être rédigé dans un bon esprit : tout livre rédigé avec des tendances peu orthodoxes, ou avec un esprit plus ou moins frondeur à l'égard de l'Eglise et de ses institutions, doit être écarté ; la fidélité à suivre les décisions et les directions romaines
m: iiivx \ii. iM'Ei.i.Kcrt'F.L OKs f:i,Ei\f;s ^31
csl le nicillfiii- sii^iic i]r l'cspiit (•.•illi(ili(|ii(' (pic iimis (Icni.'uuloris. Lo inaniiol ne doil pasriic liop coiiil, cl les piolcssciiis (jiii icvent i\c manuels très Iiiofs raiiicncs à des lal)lea\i\ synoptiques irsuMiaiil la (loclrinc. se li(iiii[)eril ctiaii,i;ciiienl ; car s'ils sont on étal, eux. do se sulliio avec dos luttions si sèches, parce que leur science déjà ac(piise leur permet de remplir ces cadres très inj,'rals, il n'en \a j)as ainsi des élè\(\s ([ui, encore ignorants, ne peuNcnt cpie s'eimuycr devant des formules d'aspect imremeid ali^ébricpies : aux commeiKjants. il faut des livres qui, sans devenir p(\-^ants. contiennent néanmoins assez de substance pour les alimenter.
Toutefois, un manuel servirait de peu, s'il n'était pris par le professeur comme la base de son enseignement. C'est le manuel qui fournira l'objet de la leçon préparée par l'élève pour chaque classe; c'est le mamiel (jui fera avant fout l'-objet des explications du professeur; c'est le manuel qui sera le centre vers lequel convergeront les compléments personnels que donnera le maître, c'est le manuel, enfin, expliqué et complété, qui servira de base pour les examens.
Cette question préalable du manuel étant écîaircie, venonsen à la méthode proprement dite de l'enseignement et du travail des élèves. Elle dépend du savoir-faire des maîtres. La plupart des maîtres ayant tout le talent nécessaire poiir bien enseigner, il leur suffit souvent de posséder un principe directeur vraiment efficace. Or, en pédagogie, le principe directeur qui domine tout est le suivant : Provoquer l'activité intellectuelle des élèves. C'est la règle d'or. A'ous pouvez être éloquent et élégant dans votre parole, et vous serez néanmoins mauvais maître si vous ne provoquez pas l'activité de vos élèves. Quand même vous auriez la parole difficile, vous pouvez être, au contraire, un maître de premier ordre, si vous savez mettre en mouvement l'activité de vos élèves.
L'activité intellectuelle des élèves s'exerce sous plusieurs formes. L'élève est actif : 1° quand il lit et apprend do mémoire; 2" il est actif quand il écoute; 3" il est actif quand
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il écrit: 4" il est actif quand il parle; o" il est actif surtout quand il compose et produit. Ce sont tous ces modes d'activité que le professeur doit lour à lour mettre en jeu dans ses disciples.
D'abord, l'élève est actif (jaand il lit et apprend. Que lira-t-il avant tout? Evidemment la leçon de la classe suivante dans son manuel. Il la lira avec attention, tâchera de s'en pénétrer, essayera de la retenir pour en rendre compte en classe à la demande du maître. Celte lecture impose une application profonde; autrement, demeurant superficielle, elle ne fixerait rien dans la mémoire et ne donnerait aucune satisfaction à l'esprit. Certains maîtres croient bon d'expliquer la leçon i\ l'avance : pratique très périlleuse, car la jjlupart des élèves, tenant leur leçon comme préparée, se dispenseront de la lire et de l'apprendre. Pour les intelligences moyennes, la lecture appliquée de la leçon suivante est un travail suffisant pour absorber tout le temps dont elles disposent. Mais, s'il se rencontre des élèves mieux doués, il faut leur indiquer, sans les éloigner de la leçon et du manuel, des lectures complémentaires, en premier lieu la lecture des Sommes philosophique et théologique de saint Thomas, et de temps en temps des ouvrages où les questions importantes sont traitées avec plus d'étendue. Si, durant ces lectures préparatoires à la classe, l'élève adopte l'habitude souveraine de travailler la plume à la main, il aura certainement déployé, sous sa première forme, une grande activité intellectuelle.
Il est actif, en second l\eu, quand il écoule ; ]e ne dis pas quand il est assis devant un homme qui pérore, mais quand il prête une attention sérieuse à un homme qui parle. Pour nous rendre compte de l'activité que provoque en nous la parole entendue, souvenons-nous de ce qui se passe lorsque nous sommes au sermon : dès que nous sommes attentifs aux paroles dites, il se produit en nous, soit sur le sujet traité, soit sur tout autre objet qui nous préoccupe, un fourmillement d'idées qui témoigne d'une grande fermentation intellectuelle.
LK iKw K\\. IN rici.i.Kcri Kl. i)i:s clkhcs '.V.VX
!)(> iiiriiic, (iiiaiid le iiKiilir doiiiK- des explications hicii piépaivfs, Irt'S iictlt's dans leurs eonlouis, liés creusées par la léllexion, bien noiiriies tle réléreDces cl de citations, il rolieiil iid'ailliblenienl l'allenlion de ses «''lèves et piovfxpie clie/. eiiv une réaclioii inlellectuelle de premier onire. Il en a pour preuNc leur silence, |)uis leurs regards fixés sur lui, et encore les (pi(>stions (lo(d on l'accable pendant ou après la classe, et eiilin l'aNidilé av(X' laipudle on prend des notes pour ne rien laisser perdre du trésor do ses paroles. Qu'il se garde bien d'être entraîné par ce succès à faire des conférences, au lieu d'explicpier son cours; car par la conférence, il lasserait vil(^ ses élèves en s'écartant d'ailleurs de son devoir, tandis (pie. j)ar des explications cl des compléments de cours, il tiendra toujours sa classe en haleine.
L'élève est actif aussi, quand il écrit. On a même dit qu'écrire une fois vaut mieux que lire trois fois. Pour certains espiitsvoIap:cs, l'allenlion ne se fixe que par l'usage de la plume. Aussi est-ce un procédé adopté pour certaines natures rcvêches, de leur apprendre l'art de mettre l'orlliographe et de construireune phrase correcte, en les obligeant de copier des pages et des. ])ages dans les bons auteurs. Quoi qu'il eu soit de la formation littéraire, il est certain que rien n'attache plus séricusemeiit l'esprit aux matières abstraites de la philosophie, de la théologie et des autres sciences ecclésiastiques, que l'emploi de l'écriture. En classe, les élèves prendront la bonne habitude de noter sur un cahier toutes les remarques du professeur; ils prendront intégralement tous les compléments que le maîtrejugera bon d'ajouter au manuel ; la classe finie, ils auront hâte de mettre à jour leur coinpciuUiun, comme nous disions autrefois, c'est-à-dire le résumé de cours qu'ils font à leur usage, en combinant le texte du manuel avec les explications et l<s cr)mpléments du professeur. Ce travail d'après la classe n'est jias obligatoire dans tous les séminaires, ni imposé pour toutes les matières d'enseignement; mais, s'il est libre, il sera Ifr fruit des conseils pressants du professeur et du zèle laborieux.
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des élèves. L'exercice écrit a para ces dernières années d'une leiie importance, que plusieurs séminaires ont établi des examens écrits de quinzaine, et même de courtes leçons écrites laites chaque semaine au début d'une classe. Ces exercices sont assurément salutaires; mais ayant pour principal objet la reproduction des cours, ils ressemblent plutôt à des moyens de contrôle qu'à des instruments de formation.
L'élève est actif, avons-nous ajouté, quand il parle. Il parle trop peu. C'est pourquoi il lui en coûte de délier sa langue en public. Si pourtant il y est tenu, le manque d'habitude lui «nlève toute contenance; il hésite, il bredouille, il va trop vite, il perd le fil de ses idées. Cependant il est destiné à être l'homme de la parole, puisqu'il doit enseigner. On ne saurait donc en multiplier trop pour lui les exercices. L'exercice annuel du sermon compte à peine; car c'est une récitation, d'ordinaire faite gauchement, dans des conditions tout artificielles; encore ne se produit-il que deux ou trois fois dans le cours du séminaire. Le professeur peut très utilement, surtout dans les Séminaires peu nombreux, exercer ses élèves à la parole. Outre qu'il les appelle souvent pour la récitation des leçons, et qu'il leur impose par surcroît des examens de quinzaine, il a la grande ressource de leur faire faire la leçon à tour de rôle. Pourquoi, en effet, la leçon ne serait-elle pas faite en classe par quelque élève deux ou trois fois par semaine, je ne dis pas durant l'heure entière, mais durant une demi-heure ou seulement vingt minutes? La classe n'y perd rien, puisque la leçon est expliquée et même, d'ordinaire, très bien expliquée; car l'élève, pour être un instant professeur, aura eu à cœur de se bien documenter et d'organiser avec art ses idées. Si ses confrères n'y perdent pas, lui, par contre, en tire un grand profit; car, parla, il s'habitue aux recherches, il se forme au classement méthodique des pensées, il s'exerce à la parole publique bien préparée mais non récitée, il acquiert de la hardiesse, il devient -assez maître de lui-même pour posséder sa pensée et ne pas •être décontenancé par le bruit de sa propre voix. Cet usage.
Li: ruw Ml imi;i.m:(:it i:i, i)i;s ci.Liics XV.')
ii' crois, a peu cours chu 1 s nos sr mi lia ires, (l'csl ^laiid (ioiiiiiia;i[(î ; taiil sciait un ('M'cIIciil iuoncii de loiiiialiiui iiilcllcclcllc. .)(! souproniu' im pou les |)rt»rt'ss('urs(loc{)nsiclércr leur panjlo comme esscnliellc ; un léger ilclachcnicnt sur ce point les lirerail il'une erreur et servirait grandement la cause de leurs élèves.
Enfin, et surtout, l'élève est actif (juand il compose. Pour composer, en elTet, il doit avoir pénétré à fond la matière enseignée, il doit se l'être assimilée, de sorte que, sous le jet de sa plume, elle ne soit pas une récilatioii. mais la production d'une pensée personnelle. D'ailleurs tous les maîtres sont d'accord pour reconnaître que là réside le moyen par excellence de la formation intellectuelle. Dans le passé, le devoir écrit n'était pas pratique dans les grands séminaires dans le sens que nous Aenonsde dire, il n'était en usage que sous forme de récitation et d'examen, pour servir de contrôle au travail solitaire des séminaristes. Mais on a reconnu qu'il y avait là une grande lacune à combler, qu'il était fâcheux de passer cinq années au grand séminaire sans composition proprement dite, d'autant plus que, d'un côté les élèves y arrivent entraînés à cette méthode par le travail des petits séminaires, et que, d'un autre côté, l'obligation de composer ressaisira le jeune prêtre dès son entrée dans le ministère. C'est pourquoi, depuis quelques années, l'usage des compositions écrites s'est établi dans la plupart de nos grands séminaires. Tous les anciens moyens de contrôle, exercices hebdomadaires, mensuels, ou semestriels, soit écrits, soit oraux, ont été conservés ; on y a ajoute la dissertation ou travail personnel de l'élève sur un sujet proposé. Ce devoir écrit peut être fait soit en latin, soit en français, suivant le gré de l'élève ou, s'il y a lieu, suivant l'exigence du professeur; il y aura grand avantage à faire manier les deux langues avec aisance ; et, pour ce qui est de la valeur de la composition, dans l'une ou dans l'autre langue, l'élève révél«ra les mêmes qualités et les mêmes défauts.
Cette institution des compositions écrites s'est heurtée à quelques difficultés. Oa a objecté d'abord le défaut de
lomps; mais, si on n'en doniif qu'une par mois, soil neuf dans le cours de l'année, et si, le dimanche, les élèves ont leur temps libre, l'expérience a montré que le nouvel usage n'est pas une grosse surcharge. Une autre difficullé réside dans le choix des sujets ; chaque professeur qui donne un devoir doit le tirer de son enseignement et cependant ne pas faire reproduire son enseignement; mais il suffît d'un peu d'habilude pour poser des questions qui exigent un travail personnel des élèves sur les matières enseignées. La correction des copies, sans laquelle la composition écrite est à peu près inutile, a soulevé une autre difficulté; mais, si les professeurs donnent le devoir écrit à lour de rùle, ils n'auront en moyenne qu'une série de copies à corriger chaque semestre; et d'ailleurs, lorsqu'ils auront contracté l'habitude de faire ces corrections, ils les aimeront au lieu de les avoir à charge. En remettant à chaque élève sa copie corrigée, le maître a l'occasion d'entrer en relation avec lui et de lui donner sur sa formation les avis les plus utiles.
Tel est l'ensemble des moyens par lesquels le professeur éveillera l'esprit de ses jeunes gens, leur ouvrira le trésor des sciences sacrées et leur communiquera le zèle de l'étude. Le double résultat qu'un professeur de grand séminaire doit poursuivre toujours, c'est 1" de retenir à tout prix ses élèves dans le cercle des études du séminaire, afin qu'ils acquièrent le goût des sciences de leur état et qu'ils y prennent une compétence proportionnée à leurs talents ; 2" de faire contracter de telles habitudes de travail intellectuel que, dès leur sortie du séminaire, les jeunes prêtres sentent le besoin de poursuivre leurs études.
LE TRAVAIL INTEf.LEC TL EL DANS LE MIMSTÈHE SACERDOTAL
Je ne m'adresse pas ici aux prêtres du ministère, mais aux directeurs de séminaire. Devant eux je pose ainsi le problème difficile de la persévérance dans le travail. Que faites-vous, que
LE TUWAIL INTEU-ECriKI, DES CLEHCS 337
faut-il raiiv. au sruiliiaiic, pour que les jouncs {^'cns prali(|uoul l"clu(lo (piaïKl ils (Ml scroul soilis ! J'imagine que vous leur iMrul(|ii(v. dalioni de fermes convictions sur la nccessiUî du Iravail.
Le Iravail inlellectuel, en elVef, esl un préservalif de premier ordre ; il préserve de rirré;j:ularité dans les occupations, il préserve de la négligence et de la tiédeur dans la piété, il préserve des relations comproniettaiil(>s et dangereuses, il préserve des tentations inliines (>t des défaillances (jui en sciaient la suite. Qui v(>ut persévérer dans la sainteté de vie doit donc pratiquer l'étude.
D'autre part, le prêtre cultivé, instruit, est une grande force dans l'Eglise : son nom y fait autorité tant i)our lesfidèles que pour les mécréants, son prestige attire à la religion le respect même des indifférents, sa parole a une portée persviasive qui saisit les âmes, ses réponses aux dilTicultés d'ordre religieux inspirent une confiance aveugle. Mais le prêtre instruit n'est pas celui ([ui a fermé ses livres au sortir du séminaire ; eût-il même fréquenté avec succès les Universités, il est resté figé au point où il a fini d'étudier. La lecture quotidienne des journaux ne le tiii' point de celte situation arriérée de son esprit et de son savoir. Jx prêtre instruit est celui qui a étudié toute sa vie, qui s'est tenu ouvert à toutes les questions, qui a grossi en vieillissant le bagage de savoir pris au séminaire. La force sociale du cleigé serait centuj)lée, si la culture intellectuelle était en honneur jusque dans les plus humbles presbytères de campagne.
Et elle pourrait l'être en dépit des objections qu'on entend parfois se produire. Car s'il est vrai qu'on y mancpie du secours que la règle procure aux séminaristi^s, le prêtre peut, avec une volonté déterminée, y suppléer par un règlement particulier dont il priera son directeur de conscience de surveiller l'accomplissement. L'entraînement fait défaut, sans doute, puisque le prêtre séculier n'est pas en contact quotidien avec •des âmes qu'anime le zèle de l'étude ; mais cette difTicullé ne
coNi'RinrrioM a i.'kiht.ation df.s cr.Encs. 23
dure qu'un temps, puisque l'appétit de l'étude se développr spontanément dans tous ceux qui s'y adonnent au début par effort. Enfin dira-t-on que ce serait peine pei-due de tant travailler et que l'étude d'un prêtre perdu dans un fond de campagne n'est d'aucune utilité? C'est une objection qu'il ne faut jamais tolérer, car l'étude est toujours utile : elle est utile à celui qui la pratique, parce qu'elle le rend meilleur à bien des égards, et que ce n'est jamais perdre son temps que de monter vers plus de valeur et de perfection ; elle est utile au peuple que le prêtre évangélise, parce que bon gré, malgré, la parole de l'homme qui se cultive est toujours plus pénétrante et plus conquérante que la parole de celui qui moisit dans la banalité ; elle est utile à l'Église, d'abord parce que toute culture dans le prêtre l'honore, et ensuite parce que la vie studieuse ne manque jamais de produire ici ou là quelque Gorini qui la défend triomphalement.
Au reste, les séminaristes sont animés de sentiments si généreux qu'ils se laissent aisément convaincre. Aussi s'agit-il principalement, de la part des maîtres, d'enseigner aux élèves l'art de travailler quand ils seront seuls. Or cet art consiste principalement en trois points : savoir trouver du temps, savoir trouver des sujets d'études, savoir trouver et exploiter deslivres.
L'art de trouver du temps n'est pas le plus difficile ; il n'y faut qu'un peu d'habileté et de bonne volonté. Parmi les prêtres engagés dans le ministère, les uns sont très occupés^ les autres le sont trop peu.
Lesprêtres très occupés sont ceux qui exercent leur zèle dans les: paroisses importantes ; ils ont des œuvres multiples à diriger, des visites à recevoir, des visites à faire aux malades et aux pauvres, des relations de politesse à entretenir avec certaines fa^i milles divouées aux œuvres, des confessions plus nombreuses. |
LE TKv\ \ii. iMi;i.i.r.(;iici. i)i:s ci.eucs 'XM\
qui roli(Min(Mil à r/gliso le lualiii cl le soir... <Jiicl(iij(' cliarg('-(|ii(' soit co pro^Maiiiine dos priHics (X^riipés, il leur rosfe oiicorc de bomit's lieuios pour réliidc Mais il faut (pril>lii'iil leur volonté par un règlement lidèlenienl obsei\é. J'estiuie que, dans ce rèfi:lemcnl. ils peuvent plae(>r un minimum de deux heures d'étude par jour. Je ne demaudeiais i)as (pi'ils s"en imposent davantage par devoir ; mais je suis sûr que, si ce devoir est accomi)li. il inspirera le désir de consacrer au travail un temps plus long. Naturellement, il ne s'agit que de cinq jours par semaine. le j)rêtre ayant besoin de son dimanche et d'un congé sur la semaine. Il est à remarquer que ces deux heures par jour se présentent d'elles-mêmes pour l'étude, si on a un sujet de travail qui attire ; lesheures ne fuient que devant celui qui n'a aucun chantier ouvert. Il est d'expérience que ce ne sont pas les prêtres les moins chargés de ministère qui étudient ; c'est au contraire parmi eux que se rencontre l'élite studieuse du clergé.
Il semblerait que les prêtres moins occupés dussent trouver plus aisément du temps pour l'étude. Ce n'est pas, en effet, que les loisirs leur manquent ; mais l'habitude d'un certain désœuvrement les rend parfois plus inaptes à l'application du travail intellectuel. C'est pourquoi ils n'ont pas moins besoin que les autres d'un règlement de vie qui les tienne en haleine et les ramène chaque jour à leurs heures d'étude. Une fois engagés dans le travail, ils ont promptement assez de zèle pour multiplier les heures d'application. L'important, pour eux, est de ne céder ni à une somnolence paresseuse, ni au goût immodéré des travaux manuels.
Ce cyii fait le plus souvent échec au travail intellectuel des prêtres, c'est la difficulté qu'ils éprouvent à trouver un sujet d'étude. Tant au grand séminaire qu'au petit, ils n'ont jamais travaillé que sur des sujets déterminés par leurs maîtres. Ils
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ont eu toujours un programme à remplir, ils n'ont jamais eu à s'en tracenm. Les plus laborieux parmi eux n'ont été que des fidèles écoliers; voilà que, brusquement, ils ont à faire œuvre personnelle et à se choisir un plan d'étude dans l'immense champ qu'ils ont jusqu'ici rapidement parcouru. La plupart reculeutdevantcette tâche, non point à cause de l'eflort qu'elle exige, mais parce qu'ils ne savent comment s'orienter parmi tant d'objets qui les sollicitent à la fois. C'est pourquoi, les maîtres du grand séminaire leur doivent un dernier service avant de les congédier, celui de sonder leurs préférences intellectuelles et de leur désigner l'olijet sur lequel ils travailleront avec le plus de goût et le plus de fruit. Le supérieur, en lec- M turc spirituelle, attirera leur attention sur ce point, et leur dira de ne point partir qu'ils n'aient découvert un sujet fécond pour leurs études ultérieures ; ainsi avertis, ils iront consulter les maîtres qui les connaissent, et parmi les conseils reçus, ils verront quelle direction s'accorde le mieux avec leurs aptitudes et leurs désirs.
A moins d'exception, les convenances exigent que des prêtres choisissent pour objet d'études des sujets ecclésiastiques. On n'attend d'un prêtre de paroisse ni qu'il donne des conseils de Droit ou de Médecine, ni qu'il soit passé maître en fait de connaissances industrielles ou agricoles, mais qu'il sache sa religion et qu'il l'explique à tous ceux qui cherchent en ce point capital plus de lumière. C'est une manie regrettable que de vouloir tout connaître. Chaque métier possède son genre de science, et, quand on veut s'en faire instruire, on s'adresse aux gens du métier : à un ingénieur pour un pont, à un notaire pour les affiiires, à un médecin pour les maladies. Désormais, tous les services d'informations sont assurés par des compétences indiscutables. Cependant on s'est plaint parfois que le service de la science religieuse n'était suffisamment assuré ni par la prédication en chaire ni par les explications privées. D'où viendrait cette lacune, sinon de ce que les prêtres ne sont pas, en général, assez soucieux d'ai>-
I,K IIIVVMI, IMKI.I.ECri El. DES i:l.EUCS 'M\
jucikIic à fond la sriiMirc de ItMir rial. Kl, chose sinfîulièrc, il i'>l prcscpic pins aisé de Innivcr des prrlrrs spécialistes on niallirMialiipics. en Ixtlanicpic, en ^éoio^ic, en liisloiic piol'aiio, (juc d'en lroiivci'(pii soient vraiment maîtres dans les sciences relij,'iouses. C'est ponnpioi on a dit, avec Immour sans doute, mais pas sans vérité, (pie le service de la science religieuse n'était j)as assuré dans la société présente, (^.ette réflexion a du moins l'avantage d'attirer notre attention sur la nécessité de diriger avant tout les jeunes prêtres vers l'étude approfondi(> des sciences ecclésiastiipies. L'objet, du reste, n'est pas seulement très vaste, el oITranl de la place à tous les prêtres laborieux ; il est aussi l'objet intéressant par excellence, puis- (juil traite de toutes les (juestions qui mettent le plus en éveil la curiosité de resj)ril humain.
En premier lieu, j)ar sa dignité même, se présente l'Fxriture sainte. L'habitude a été prise au séminaire d'en lire tous les jours quelques chapitres ; elle est donc déjà comme et aimée. A combien de points de vue ne peut-elle pas être étudiée ? Elle est oi)jet de science pour les critiques et les. exégèles ; elle ne sera jamais trop exploitée par les prédicateiirs ; elle est le plus inépuisable et le plus substantiel aliment de la piété. Suivant le point de vue qu'on poursuit, on se procure les livres adaptés et l'on prend les notes qui conviennent. Tant dans la lecture (jue dans la documentation, la variété s'offre à celui qui veut étudier. S'il est fixé dès le séminaire sur le programme qu'il souhaite de remplir, il ne manquera pas de dresser la bibliographie correspondante.
Un sujet plus vaste encore est la théologie. Elle a été parcourue d'un pas si rapide durant le séminaire, que le premier soin de tout jeune prêtre devrait être de la revoir à tête reposée dès son entrée dans le ministère. La revoir dans son manuel serait déjà une œuvre profitable ; mais la revoir dans un cours plus étendu serait un avantage plus grand encore. Celte révision une fois bien faite, il y aurait lieu pour le prêtre de s'attacher soit à un objet spécial, comme l'Apologétique ou
l'Église, soit à un point de vue spécial, comme la mise en œuvre de la théologie par la prédication. C'est même pour donner des exemples de cette utilisation, que certains professeurs de théologie ont pris l'hahitudcde clore chaque grande thèse par l'indication de quelque plan de sermon. Les études privées de théologie peuvent revêtir plusieurs formes : les recherches de théologie positive, si on en a le goût, peuvent être faites alors sans péril.
Les Pères sont, pour le travail, une mine très féconde. Les ressources qu'ils offrent aux chercheurs sont si variées qu'on peut les étudier des points de vue les plus divers. Vous pouvez ks fouiller pour nourrir la piété ; ils sont d'une richesse incomparable. Vous pouvez vivre avec eux pour vous former à la prédication ; vous y trouvez des trésors d'exemples oratoires et de doctrines chrétiennes. Vous pouvez les interroger en théologie, ils sont les témoins fidèles de la Tradition et les interprètes autorisés des divines Ecritures. C'est pourquoi une patrologie, du moins partielle, a si bien sa place dans la bibliothèque de tout prêtre studieux.
L'Histoire, à son tour, est un champ immense à explorer. Los travailleurs peuvent y prendre place sans se gêner. Au séminaire, on en voit en raccourci les points culminants, mais tous ces sommets sont entourés de terres à défricher. Soit en histoire générale, soit en histoires locales, tous ceux qui ont le goût du document et qui se plaisent à dépouiller des archives, peuvent Y faire œuvre utile. L'Église ne craint pas qu'on scrute minutieusement son passé, dût-on y découvrir souvent des fautes dans ses ministres ; elle se complaît dans la vérité, parce qu'elle a pleine confiance qu'elle ne peut que gagner à être connue dans la lumière de la pleine vérité historique.
Il serait superflu de parcourir ainsi toutes les sciences ecclésiastiques. Toutes sont susceptibles de fournir des sujets d'étude, même celles qui paraîtraient d'abord les plus ingrates. Dora Guéranger n'a-t-il pas excellé dans la liturgie ? Or loin d'épuiser le sujet, il a suscité une pléiade de travailleurs qui marchent sur
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s(^s pas ot ajoulciil à ses (k'couvorlcs? Doni Pothicr n'a-l-il pas lit' un mailio de pivniieionlio dans la science du chaiild'é^dise ? V sou liiur. il ai''\('illr Ic^^dùl de ces sortes d'rludes el auloui' de lui se ^noup(>ul un 1res ■;rand ru)Uil)ie d'érudilsel de pralicieus.
Ku d(Minanl nos prélëiences aux sciences ecclésiastiques, nous a\ons voulu niai(|uei' cpie c'est le pro[)re des i)rètrcs de les cultiver el qu'il serait très nialséantdelcsnégliger par dédain ; mais notre pensée n'a pas été de fermer complètement aux prêtres le cliamp des sciences dites profanes. Au contraire, il est avantai:eux à l'IOglise (pTon trouve des ecclésiastiques honorablement celés dans toutes les branches du savoir humain. Le prestige du clergé y gagne ; la distance entre le monde sacerdotal et le monde laïque s'elface, grâce aux contacts ciu'élablissent les recherches communes : les prêtres qui tiennent à la fois du monde de la théologie par leur état et du monde des sciences profanes par leurs éludes peuvent rendre le double service de fournir à la théologie des documents apologétiques précieux, et de pénétrer d'esprit chrétien les sciences d'ordre purement naturel trop exposées à s'égarer. C'est pourquoi il y a lieu d'encourager les jeunes gens qui annoncent une vocation scientifique riche de promesses.
Tout d'abord, les professeurs de petits séminaires et de collèges ont leur champ d'étude tout délimité. Car le devoir d'exceller dans leur enseignement leur impose l'obligation d'étudier spécialement la partie qu'ils professent ; ils seraient de mauvais maîtres, si, chargés de cultiver dans leurs élèves une branche du savoir, ils s'adonnaient pour leur propre compte à un objet différent. C'est ainsi que le professeur d'histoire se fera spécialiste en lùstoire, le professeur d'humanités se fera spécialiste dans les littératures classiques, etc.
En dehors de ces cas clairement indiqués, il y a des prêtres <iui présentent de remarquables dispositions pour telle ou telle «cience : l'un sera archiviste, un autre archéologue, un autre naturaliste, un autre mathématicien, un autre sociologue... Les in- •clinations de ce genre sont à respecter ; en les suivant, les ecclé-
34i LE TRAVAIL INTELLECTIEL
siastiques où elles se rencontrent n'en sont pas moins des prêtres très réguliers et paifois même très zélés dans l'apostolat.
Un direcleui' de séminaire n'aura donc que l'embarras du choix, lorsqu'il s'agira de conseiller un jeune prêtre sur un objet d'étude. Ce choix, cependant, ne doit pas être précipité ni fait au hasard ; il dépendra des dispositions intellectuelles qu'un sérieux examen aura révélé dans le jeune homme qui consulte.
Le sujet d'étude une fois fixé, des instruments de travail sont nécessaires. Ces instruments sont les revues' et les livres où sont traitées les questions relatiAes à l'objet choisi. Rarement un séminariste apprendra de lui-même à trouver ces moyens de recherches. La leçon doit lui en être donnée avant qu'il parte du séminaire. Les professeurs ont deux manières de donner cette nécessaire leçon : leur exemple d'abord, et ensuite leurs conseils directeurs.
Les jeunes gens qui sont à l'école de maîtres bibliophiles apprennent spontanément l'art de se procurer et d'exploiter les livres. Que font, en effet, les maîtres vraiment sérieux dans leur enseignement? S'abstenant de pérorer, ils avancent pas à pas dans leurs thèses et leurs preuves, et, à mesure qu'ils font un pas, ils citent l'autorité sur laquelle ils établissent leur doctrine : non pas qu'ils s'interdisent d'avoir leur pensée personnelle ; mais, comme cependant ils ne créent pas tout dans leur enseignement, ils nomment les auteurs auxquels ils empruntent leurs pensées. Cette fidélité est déjà un commencement de formation à la probité intellectuelle pour les élèves. Dans la multitude des auteurs qui ont traité une question, les maîtres ne s'attachent qu'à ceux dont l'œuvre fait vraiment autorité : ils négligent la médiocrité, ils n'ont de culle que pour la valeur. Par là ilsdon-
i II n'est pas question ici do faire lire des revues au séminaire, ce qui serait enfreindre une défense de \si Consii^torialt; ; il s'aprit seulement des sources à consulter pour les éludes à faire après !e séminaire achevé.
i.i: 1UK\ \ii. iM r.M.i;<:n Kl. i)i:s ci.i:u(;s lU.")
lient à louis rirves rcvcMiipli' (lt> la srloilioii à prali(|ii('i- paiiui 'es ouvra^'os (jiii sollicilciil Iciif allnilioii. Kiiliri les inaîlics doiiiKMil leurs rt'iVicnees a\<'c' cxacliliKlt'. Ils ne se conleiileiil i)as (le l)il)li()j,'ra|)lii('s d'aiilaiil plus imililes (pTclles sont conenes en termes plus f,MMu''iau\. \in>ice n'est pas faire une biblio<^Mapliie sérieuse que d'écrire à la lin dune question : \'oir saint 'J'hninas, Sunniw tlu'ologùjiie, Kleulgen, Philosophie scolaslitjiie, M<,'r d'IIulsl, (]onfcrciu:e& de .\olre-l)ame, etc., etc. Au lieu de ces renvois inutilisables, les bons professeurs indicjuenl l'auteur, le titre exact de rouvra:^e, le loiue, lechapitre, la page avec le numéro de l'édition. Munisde renseignements si précis, les élèves peuvent aller tout droit à la citation pour la vérifier dans son texte et son contexte; de plus, ils contractent, par le fait qu'ils ont sous les yeux cet exemple, la bonne habitude de ne donner que des références 4 rès nettes.
Cependant, à ces exemples, les maîtres joindront les conseils prati(pies. Nous avons un svijct d'étude; pour le fouiller, des livres et des revues sont indisj)ensables; comment les connaître et comment nous les procurer!*
11 lie faut pas compter sur les professeurs du séminaire pour avoir la bibliographie détaillée du sujet choisi : ils ne peuvent pas faire face à tout. Du moins ils indiqueront la revue, s'il y en a une, qui se rapporte à cet objet et quelques ouvrages importants qui le traitent. 11 n'im faut pas davantage à la sagacité d'un jeune prètie pour qu'il constitue lui-même la bibliographie de son sujet. D'abonl il surveillera soigneusement tous les livres annoncés, surtout dans sa revue spéciale, pour saisir ceux qui le regardent. Ensuite, les livres s'appellent les uns les autres; les références d'un seul volume découvrent parfois toute la bibliographie d'un sujet. ;Mais. parmi tant de livres annoncés ou cités, il n'y en a qu'un polit nombre qui méritent d'être retenus. Pour discerner ceux qui ont de la valeur, on examine d'abord le nom de l'auteur, si c'est un homme de marque, vraiment compétent dans son sujet, on examine ensuite la librairie où le volume est édité, car il y a des maisons dont le
^4-6 LE TRWAIL nTELLECTUEL
nom seul est une garantie. Et si, par là, on ne réussit pas à s'éclairer, on consulte, et surtout on attend avant de faire un achat dispendieux. Il n'y a pas, du reste, à s'inquiéter; à mesure qu'on avance dans un sujet, la bibliographie se présente d'ellemême; on connaît "site les livres, et les meilleurs. La difficulté qui reste est celle de se les procurer.
Il y a trois moyens de se procurer un livre : le premier est de l'avoir sur fiche; le second est de l'emprunter; le troisième est de l'acheter.
C'est déjà posséder un livre que d'en posséder la fiche bien dressée. Quand vous achetez un livre et que vous le placez dans votre bii)]ioîlièque pour l'y prendre le jour où vous en aurez besoin, vous dites bien que vous possédez ce livre; et cependant il ne sert pas encore, il attend. Qu'il attende sur un rayon cîe Aotre bibliothèque ou qu'il attende sur LTfiche où vous l'avez inscrit, c'est tout un ; la seule difîérence est que vous, par la iiche, n'avez pas fait de dépense d'argent, puisqu'elle ne vous a rien coûté : vous ferez l'achat, sitôt que vous aurez un réel besoin du livre.
Ayez donc des fiches bien faites et bien classées. Sur chaque fiche, écrivez le nom de l'auteur, le titre exact et complet du livre, l'année et le lieu de l'impression, le nom de l'éditeur et U) prix de l'ouvrage. Que chaque indication soit sur carton ou fiche à part; que tous ces cartons soient de même dimension ; })uis classez-les par ordre alphabétique de façon à retrouver facilement un ouvrage désiré. Votre richesse en fiches fait déjà la richesse de votre bibliothèque. Gardez-vous cependant de vous encombrer ; ne notez que les ouvrages de valeur parmi ceux qui reviennent à votre sujet.
Lorsqu'un livre ou une revue vous est nécessaire, vous pouvez procéder par emprunt. Peu de gens, aujourd'hui, aiment à prêter des livres, surtout des livres de valeur ; ils se défient de i'empi'unteur qui, généralement, ne rend pas. Mais les gens d'étude sont plus fidèles à rendre, et vous pouvez, d'ailleurs, vous faire la réputation d'être un emprunteur qui rend; vous
i.F. v\\K\ \ii. iMLi.i.Kcri Kl. DES f:i,i:uf:s 'Ml
]Mn\nc/. alors fac-ilcmi'iil Iromci- des pix-toiirs. Vos confrères, l("S laï((U('s lui'iiu's, ((ui loiil des rliKlcs analo^'uos aux vôtres, \ous piètoroiil dos livres; mais nous Irouverez plus aisémeiil ciu-ore à eiiipiuiiler dans de grandes hihliolhi'Mpies prixôcs IVintU'es a<l hoc, et luèine dans les bihliollièipies pnijli(pies des \ illes de proNince. Seulement, on n'emprunte (pie les livres diin usage passag(>r: 1rs li\ res dnnl \<»iis aurez à faire un usage eonslant doi\ent être aciuiés.
II faut bien en arrixer là; quelque économe avisé qu'on soit, on ne peut travailler sans dépenser. Impossible de se priver de la revue ou des revues (jui traitent spécialement le sujet qu'on éludic ; première dépense. Impossible de se passer des ouvrages de fond concernant le même oljjel, tant de ceux qui contiennent la première documentalion. q\ie de ceux qui paraissent au jour le jour; seconde dépense. 11 est vrai que ces dépenses peuvent èlre réduites à l'essenlicl ; encore est-il qu'elles sont inévitables. Mais un prêtre qui a sérieusement au cœur l'amour du travail ne craint pas d'inscrire à son budget le pain de son esprit comme il y inscrit le pain de son corps. Gorini était curé d'une toute petite paroisse et n'avait que de maigres ressources, et •cependant on a vu passer par ses mains les plus riches documents de l'histoire de l'Eglise; c'était un chercheur liabile. Le besoin de savoir rend de même fort ingénieux tous les prêtres <[m travaillent.
Bien entendu, je n'ai point la pensée de demander des travaux savants à tous les ecclésiastiques. Mon but a été de les aider à persévérer tous dans l'étude après leur séminaire. Quelques-uns seront des mineurs habiles et infatigables, et, leur veine une fois trouvée, l'exploiteront si bien, qu'ils se feront un nom dans la science. Les autres, et ce sera ïe plus grand nombre, feront du moins des études utiles, qui tourneront, non seulement à leur honneur, mais aussi à la gloire et -au progrès de l'Église.
s II Le latin dans les séminaires i
L'AIlia/ice des Gramls Séminaires venait à peine d'être créée, que déjà son Bureau était sollicité de mettre la question du latin à l'ordre du jour de ses Congrès. J'ai reçu à ce sujet, notamment d'un vieux Directeur de séminaire, de nombreuses lettres qui se résument toutes en ce pressant appel : « Obtenez, que tous nos confrères se concertent pour faire revivre le latin dans les séminaires : ce sera l'un des plus lieureux fruits de l'Alliance ». Mon correspondant ajoutait : « Ce sera aussi vous conformer aux désirs de Rome ».
Depuis dix ans, le Saint-Siège a en effet plusieurs fois exhorté le clergé français à la culture du latin, principalement dans les séminaires. Dans son Encyclique du 8 septembre 1890, Léon Xlll nous invitait à mettre le latin à la place d'honneur dans l'éducation des clercs, non seulement parce que c'est la langue de l'Eglise, mais aussi parce que c'est le génie latin qui a façonné les plus pures gloires de notre littérature nationale. Depuis lors, plusieurs avertissements, émanés de la sacrée Congrégation des Etudes, ont été adressés à NN. SS. les Evoques et transmis aux Directeurs de séminaires, sur la nécessité de relever l'usage du latin dans les classes. « C'est pour nous une très vive peine, écrivait le cardinal Satolli, le 1"'" juillet 1908, d'apprendre que dans certains séminaires la langue latine est à ce point négligée, qu'elle est comme exclue, non seulement des études de philosophie et de droit canonique, mais aussi de toute la théologie elle-même. Et cela au détriment des élèves, de ceux-
' Rapport présente à l'Alliance des Grands Séminaires au Congrès de 1909.