‹ Contribution à l'Education des ClercsChapitre 5 sur 60 · NOS GRANDS SÉ.MIN VIIŒS · texte numérisé non relu

NOS GRANDS SÉ.MIN VIIŒS

par les périlleux conlacls du umntle. Ce fut pour rcmrdier à cetle lacune daus l'éducaliou des clercs (|ue les séminaires lurent créés.

Et, certes, le motif de cette fondation était de premier ordre. Car si les prêtres sont, par état, les ministres de Dieu, n'est-il pas juste qu'ils soient d'abord, par leur vie, des hommes de Dieu? Destinés h se mouvoir constamment dans le surnaturel, u'est-il pas opportun qu'ils soient personnellement tout animés et comme pétris de l'esprit surnaturel? Or, qui nous fait vivre dans le commerce de Dieu, sinon la piété? Qui nous fait vivre pour Dieu et d une façon digne de Dieu, sinon la vertu? C'est pourquoi les séminaires n'ont pas eu premièrement en vue la science théologique, mais la formation à la piété et à la vertu. Ils sont avant tout des noviciats religieux ; plus ils gardent ce caractère, plus ils sont fidèles à la pensée qui les a fait naître.

C'est aussi par là qu'ils rendent le plus de services au clergé, qu'ils en assurent le mieux la force et la fécondité. Loin de moi la pensée de dénigrer la science dans le clergé ; elle lui est nécessaire sans doute ; mais elle est relativement facile à acquérir, et d'ailleurs elle est vaine et inefficace sans la piété et la vertu. C'est toujours le prêtre le plus saint qui convertit et qui sanctifie les âmes. Si la science donne à l'Eglise un indispensable relief, c'est la sainteté qui investit ses ministres de la puissance religieuse sur les cœurs.

Forts de ces convictions, les directeurs de nos séminaires, si épris qu'ils soient personnellement d'amour pour les sciences sacrées, n'hésitent pas à donner la première place à tout ce qui favorise la piété et à tout ce qui consolide la vertu.

Quatre éléments principaux concourent à cette fin ; le règlement, le supérieur, le directeur spirituel, l'entraînement mutuel des séminaristes.

Le règlement, par le silence qu'il impose, crée une atmosphère de recueillement éminemment propice à la prière et à l'union à Dieu : spontanément, les séminaristes prient dans

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leurs allées el venues à travers îles corridors silencieux, el lorsqu'ils se retrouvent eux-mêmes dans leur cellule solitaire au pied du Crucifix. Par les exercices religieux qu'il sème tout le long du jour, depuis roraison du matin jusqu'à la prière du soir, le règlement ramène à toute heure les jeunes gens à l'intime conversation avec Dieu, et les plie à cette régularité de piété, qu'ils auront à garder toute leur vie. Enfin, par l'austérité à laquelle il les astreint, le règlement leur facilite ces victoires intérieures d'où sortiront les habitudes vertueuses, et les prépare à cette existence laborieuse, au fond pénitente et dure, qu'ils auront à mener un jour parmi leurs paroissiens.

Ainsi disposés, les séminaristes reçoivent docilement les leçons de leur supérieur. Car c'est à lui principalement qu'est dévolu le rôle de faire l'éducation des clercs du séminaire, lia, pour accomplir celte lâche, deux moyens très puissants : la lecture spirituelle et les avis individuels.

La lecture spirituelle a notablement évolué depuis le XMi* siècle : elle ne fut d'abord qu'une lecture que chacun faisait, à la salle commune, dans le livre qui lui avait été marqué par son directeur; puis elle devint unique pour toute la communauté et fut faite à haute voix, avec quelques gloses ajoutées par le supérieur ; enfin elle est devenue, presque partout, une conférence spirituelle soigneusement préparée par le supérieur, et coupée seulement de quelques lectures. On ne peut que s'applaudir de cette transformation : car la parole vivante du supérieur a infiniment plus d'emprise sur les séminaristes que la lecture toujours terne des meilleurs livres. A ce rendez-vous quotidien, à l'heure précisément où les âmes sont à la fois le plus éveillées et le plus recueillies, de quoi n'est pas capable la parole sérieusement méditée d'un supérieur vraiment homme de Dieu ?

Il a sa communauté dans sa main, et, à la lettre, il la pétrit comme il veut. Au début de chaque année, en expliquant le règlement, il donne l'élan, il insuffle l'esprit bon, il apprend l'art de bien prier et de vivre régulièrement. Puis, donnant

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plus (lo (l('\(l()pp(Mii(Mit à la inrlliode d'oraison, il apprend à ses élèves le sei rel îles collocpies intimes à lenir avec Dieu dans la médilalion. 11 aboide ensuite les leçons d'ascétisuïe, enseigne la prati(|ue des vertus et la inaiiière d'avancer dans les voies de la pcrlcclion. Chemin faisant, il signale les défauts à corriger, non seulement ceux qui se glissent dans la vie spirituelle, mais aussi ceux qui déparent les personnes et seraient considérés dans le monde comme des manques d'éducation, ^laniant ainsi tous les jours sa communauté, tantôt il lui adresse quelques reproches, tantôt il l'excite à plus de ferveur, tantôt il éveille dans les âmes les sentiments que suggèrent les circonstances. Quelle belle éclosion de vie le supérieur peut provoquer ainsi dans son séminaire !

Mais il complète son actiou sur les séminaristes par les avis individuels (pi'il a mille occasions de leur donner. Sans empiéter sur le domaine de la conscience, il peut, dans les rencontres plus intimes, reprendre les irréguliers, stimuler les faibles, encourager les bonnes volontés, dissiper des malentendus, calmer des appréhensions, susciter des dévouements...

Plus profonde encore est l'action du directeur de conscience qui va jusqu'au bout de sa tache. 11 est d'abord confesseur et, comme tel, il a mission de maintenir la conscience de son pénitent dans la grâce de Dieu. 11 est ensuite le juge de la vocation au for interne, et c'est à lui qu'incombe le devoir redoutable de dire au séminariste quelle conduite il doit tenir au regard de l'appel aux ordres : je leviendrai plus loin à cet objet. Mais il est surtout, à tout instant, le directeur, le père, le vrai éducateur intime du séminariste.

La direction spirituelle se pratique, d'une façon plus ou moins intense, dans tous nos séminaires français. Tous les mois au moins, d'ordinaire plus souvent, le pénitent va trouver son directeur pour l'entretenir de l'état de sa vie intérieure. Cette conversation suppose une entière confiance et se fait avec le plus filial abandon. Le pénitent expose sa semaine ou sa quinzaine : il dit ses défaillances, ses efforts, soit en ce qui

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regarde la piélc, soit en ce qui concerne les devoirs d'état, soit en ce qui tient aux relations, soit en ce qui touche aux sentiments les plus intimes et aux tentations : il ouvre vraiment son cœur. La première conséquence est que le directeur connaît son pénitent et sera en état de lui donner des décisions éclairées dans les circonstances graves. La seconde est qu'il va pouvoir façonner cette âme qui s'est ainsi confiée à lui et la guider à pas sûr dans la piété, dans les vertus, dans la correction de ses défauts, dans ses études mêmes, et surtout dans la préparation de son avenir. Les conférences publiques du supérieur instruisent en général ; mais les applications individuelles se font en direction. C'est alors que le séminariste prend conscience de son état personnel, qu'il découvre son défaut dominant, qu'il organise la stratégie du combat spirituel. Le grand ressort moral du séminaire est là, d'autant plus que les saintes exigences du directeur profitent à la communauté tout entière. Car il faut ajouter que les séminaristes s'influencent et se forment les uns les autres. Les courants qui se manifestent dans une communauté importent à sa vie. Suivant que la piété est en honneur ou mal portée, suivant que les aspirations du zèle y sont ardentes ou tièdes, suivant que le goût des études y sera plus ou moins prononcé, la communauté sera en voie de progrès ou en train de déchoir. C'est pourquoi les directeurs souhaitent si vivement qu'il y ait toujours dans le séminaire des âmes d'élite qui entraînent la masse ; c'est pourquoi ils exhortent aux conversations religieuses et y prennent part eux-mêmes pour en relever le niveau ; c'est pourquoi ils favorisent les réunions de piété, où pourra se développer la chaleur des âmes ; voilà pourquoi, enfin, ils créent des conférences d'œuvres, pour susciter dans les cœurs le mouvement si sain de l'apostolat.

7" Les Etudes. — Les adolescents reçus dans le séminaire, avait dit le concile de Trente, « y seront élevés dans la piété et for-

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mes aux scioncos ecclésiasliinirs. » Kl. de (ail, (1rs lours drljuts, nos séniiiiairos s'ouvriioiit aii\ éliulcs on niriiio lonips qu'à la culture religieuse et morale. Dans les premières années, on vit des prêtres s'y mêler aux jevines clercs, pour s'adonner uniquement à l'oraison et à l'étude des devoirs professionnels : mais en règle générale, les élèves cullivèrcnt tout ensemble la piélé et la science.

Dans les villes cpiscopales où il y avait des Facultés de théologie, les séminaristes suivaient les cours de ces Facultés et recevaient seulement des conférences ou des répétitions au séminaire, ainsi que cela se pratique encore aujourd'hui à Rome. Mais, dans la plupart des diocèses, l'enseignement fut entièrement donné au séminaire par les directeurs de la maison.

Le programme des études a singulièrement évolué depuis lors : de simple qu'il était d'abord, il est devenu très complexe de nos jours. Au début, il ne s'étendait guère au delà de la théologie, tant dogmatique que morale, à laquelle on ajoutait des conférences sur l'Ecriture sainte, le droit canon, le chant et les cérémonies. Vers la fin du xvii' siècle, on attira peu à peu la philosophie au grand séminaire : on préféra la joindre à la théologie, dont elle est le portique tout naturel, plutôt que de la laisser dans les collèges comme couronnement des humanités. Plus tard l'histoire ecclésiastique revendiqua une place : l'exégèse prit elle-même, avec le développement des sciences critiques, beaucoup plus d'importance. Dans ces derniers temps, d'autres annexes des sciences ecclésiastiques ont reçu droit de cité : par exemple l'hébreu, la prédication, la catéchistique, l'ascétique, la pastorale, la déclamation, les questions sociales, la politesse, etc.

Le temps du séminaire se divise en deux parties principales : la philosophie et la théologie. Il n'y a plus qu'un tout petit nombre de séminaires où ces deux sections soient séparées : elles sont d'ordinaire dans le même local, suivant les mêmes exercices, sous le gouvernement du même supérieur.

Presque partout la philosophie dure deux années entières.

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lors même que les jeunes gens auraient déjà étudié de la philosophie en vue du baccalauréat es lettres. Mais on n'y consacre généralement qu'une classe par jour, l'autre étant réservée soit aux prolégomènes de la théologie dogmatique ou morale, soit, en quelques rares maisons, aux sciences de la nature.

La théologie dure en moyenne trois années entières, et se répartit de manière assez diverse sur chacune de ces années. On veille à ce que les traités soient à peu près tous enseignés aux séminaristes, et on prend des arrangements pour que les périodes d'exercices militaires ne nuisent pas à l'intégrité des études.

Sur ces matières principales chevauchent les enseignements improprement appelés secondaires, j'entends ceux auxquels on consacre moins de temps. Désormais, il n'y a point de séminaire où on ne fasse au moins trois classes par jour, souvent quatre. De cette multiplicité des matières enseignées et du peu de temps qui reste aux élèves pour étudier, il résulte qu'au fond la théologie ne tient qu'une place très restreinte et que les élèves ne gardent que des impressions superficielles des nombreuses leçons qu'ils ont reçues. Le mal dont on se plaint dans l'enseignement secondaire sévit aussi dans nos grands séminaires : beaucoup d'esprits avisés regrettent que, tandis que les études sont objectivement en progrès, elles sont subjectivement en décroissance. Je ne passerai point, aux yeux des obsei'vateurs sagaces, pour un vain u laudator temporis acti », si je dis que les élèves d'aujourd'hui, tout en voyant plus de choses que nous n'en voyions autrefois, ne savent pas plus que nous ne savions. L'encombrement en est la cause fatale. Je ne veux que signaler cette situation, sans avoir le dessein d'en indiquer ici le remède.

En dépit de cette complexité, l'enseignement donné dans nos séminaires atteint encore le double but de former l'esprit et d'inculquer la science suffisante, lorsqu'il est élémentaire, pratique, et actuel.

Elémentaire, il doit l'être, puisqu'il s'adresse à des commençants, puisqu'il doit être compris môme des intelligences moyen-

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nos, ])uisqu'il doit lapidomcnt parcourir toutes les quoslions essoiilitllespour les éclaircir et ne pas insister sur un petit nombre aux dépens des autres. Il ditlère. par là, de l'enseignement supérieur, qui peut se I)orner à ([uel(|ues ciuestions plus synthétiques et (pii est réservé d'ailleurs à une élite. C'est pour rester plus humble, en môme temps que pour avoir im point d'appui plus tan,i,nble, qu'il suit un manuel. Au professeur qui voudrait substituer sur toute la ligne son cours personnel au texte de l'auteur, on pourrait conseiller la lecture de la lettre si sage et si spirituelle écrite sur ce sujet })ar saint Vincent de Paul, le 17 mars 16i2, l'année même où se faisait à la fois sur tous les points de la France l'éclosion de nos séminaires. Ce n'est pas que le professeur soit tellement lié qu'il ne puisse rien créer de personnel dans son cours ; mais, s'il est pratique, il le fera modérément.

Pratique, en ofTet, l'enseignement doit l'être ; car les élèves doi>ent être tous rendus capables d'expliquer clairement les divers points de doctrine chrétienne en chaire et au catéchisme, capables de réfuter nettement les objections les plus répandues dans le peuple contre la religion, capables de résoudre promptement les cas de conscience qui se présentent le plus ordinairement au confessionnal, assez instruits de la discipline ecclésiastique et du cérémonial pour reconnaître à tout moment leurs devoirs professionnels. Des maîtres qui ont constamment cette fin en vue donneront évidemment à leurs leçonsun caractère très pratique, et n'entraîneront pas leurs élèves dans des considérations spéculatives sans utilité.

Actuel, l'enseignement doit l'être aussi, en ce sens que tout en professant les doctrines traditionnelles les plus sûres, il doit mettre en garde contre les erreurs du temps présent, il doit répondre aux difTicultés religieuses soulevées à l'heure actuelle, il doit aborder les cas de conscience que les jeunes prêtres auront à résoudre dès leur sortie du séminaire. Il ne faut pas laisser aux jeunes gens le soin de faire eux-mêmes cette adaptation : car, ou bien ils ne la feraient pas, et ils seraient sans action

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sur leur milieu ; ou bien ils la feraient mal, et les déviations, inlelleclaelles qui en seraient la conséquence tourneraient à leur grave dommage et à celui des âmes confiées à leur soin.

Faut-il ajouter que nos professeurs, dans les grands séminaires, ne professent que des doctrines éprouvées, et qu'ils se mettent en garde même contre les tendances téméraires? C'est à cette condition seulement qu'ils ont un ensei.irnemcnt ferme,, et qu'ils assoient sur des bases non vacillantes la foi de leurs élèves.

Quant à la langue dans laquelle se donne ou doit se donner l'enseignement de la philosophie et de la théologie, j'en ai parlé sulusamment ailleurs pour n'avoir pas à y revenir en ce lieu.

8" L'appel aux ordres. — L'appel aux ordres, sous la forme où il se pratiqije en France, est assez récent : il date du concile de Trente et de la création des séminaires. On ne saurait en comprendre toute la portée, si on ne se rappelait d'abord l'ancien mode de recrutement du clergé.

Loî-squ'arrivaient les quatre-temps, l'évéque faisait savoir s'il avait l'intention de procéder à une ordination. Dans ce cas, avant la limite fixée pour la clôture des listes, tous ceux qui aspiraient à recevoir les ordres venaient se faire inscrire, indiquant quel degré ils désiraient franchir. La demande déposée, ils avaient à répondre à tous les détails de l'enquête que l'évéque devait alors instituer. Avaient-ils reçu les ordres précédents? C'est ce que démontraient les lettres d'ordination. Avaient-ils la science requise parles saints canons pour l'ordre désiré? C'est à cela que répondait l'examen passé devant un jury spécial. Avaient-ils mené jusqu'alors une vie irréprochable, et donnaient-ils l'espoir de garder une conduite édifiante et de se rendre utiles dans le clergé? C'est ce qu'on essayait de savoir par des lettres testimoniales soigneusement étudiées. Cependant, même si les conditions étaient entièrement remplies, un sujet n'avait jamais droit à l'ordination.

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Il doniandait rordiiialioii : en principe, l'évèquc jiouvail la lui refuser, en alléfjuanl pour motif que son Eglise n'avait pas besoin (l(>lui. Ce droit de révèipic à refuser les ordres, môme au sujet qui le désire ardemment et qui prouve qu'il n'en est pas indigne, est établi par les textes les plus formels des conciles et par les déclarations les plus explicites des Souverains Pontifes jusqu'à Pie X. En fait, les évoques ont rarement rejeté les bons sujets, et ils ont même notablement dépassé autrefois les besoins de leurs Eglises respectives.

Ce mode de recrutement des clercs n'était pas sans inconvénient. Si attentive que fût l'enquête de l'évêque, des sujets médiocres et même indignes se glissaient aisément. L'examen pouvait attester la science suffisante : mais quelle était la valeur intellectuelle du sujet, et quelle était la rectitude de son jugement? Voilà ce qu'un examen rapide ne disait pas. De même les lettres testimoniales ne témoignaient qu'en faveur de la renommée de bonne vie : mais que valait la vraie vie morale du sujet? Quelles dispositions avait-il pour observer la discipline? Pouvait-on se fier à sa chasteté future sur d'autres bases qu'une promesse très sujette à l'illusion? Quelles étaient ses intentions? Etait-il amené par des vues ambitieuses ou par le sincère désir de servir l'Eglise? Autant de questions qui restaient sans réponse. A la faveur de ces incertitudes, bien des sujets mauvais avaient fait leur entrée dans l'Eglise au xv"^ siècle, et en avaient été la honle par leur vie scandaleuse et par leur insubordination.

Ce fut tout ensemble pour préserver les ordinands dès leur adolescence, et pour voir plus clair dans leur admission aux ordres, que les Pères du concile de Trente résolurent de fonder des séminaires. D'abord on les aura sous les yeux, disaient-ils, on les verra à l'œuvre, on saura de quelle science ils sont nantis et de quelle vie ils sont capables, et on ne les admettra qu'à bon escient. Ensuite, dans cette retraite féconde du séminaire, ils s'étudieront eux-mêmes, ils verront s'ils peuvent pratiquer les vertus qu'impose le sacerdoce, si c'est par un pur mouvement de la grâce de Dieu qu'ils sont entrés dans la voie cléii-

cale, cl ils ne demanderont l'ordiiialiiin que si, sous le regard de Dieu, leurconscience le leur permet. Cette double étude, faite parallèlement par les directeurs du séminaire et par les sujets eux-mêmes dans leur conscience, devait prendre un nom nouveau, qui a toujours été en usage depuis lors : l'étude de la vocation. C'est ce que M. Degert a si clairement montré dans un article solidement documeulé du Recrutement sacerdotal de juin loin.

Ce fut la perspective d'une si sérieuse étude et d'une si fructueuse préparation des futurs ordinands dans des séminaires qui causa tant de joie parmi les Pères du concile. Ce qu'ils ne purent qu'entrevoir, ce que leur décret a réalisé, c'est ce qu'en France du moins nous possédons heureusement dans tous nos séminaires.

La porte du sanctuaire est l)ien gardée : nul ne la franchit, s'il n'a été l'oljjet d'un douhle aj)pcl, celui du conseil des directeurs agissant au for externe, celui du directeur de conscience agissant au for interne. Ces deux appels sont, par leur nature, très différents ; mais, loin de se contredire, ils se complètent avantageusement. Pour les caractériser tout de suite, je dirai que le vrai appel de l'Eglise est dans la décision du conseil prise au nom de l'évêque, et que la décision du directeur de conscience a pour but de faire savoir au sujet si, devant Dieu, il a vraiment le droit de répondre à cet appel.

L'évêque, seul responsable du choix des sujets, délègue ses pouvoirs au conseil du séminaire. Comme il manque d'informations personnelles et qu'il a pleine confiance dans les lumières et la sagesse de ses délégués, il s'en remet totalement à leur verdict. Si on fait appel à son propre tribunal, il se garde bien d'user du droit qui certainement lui reste ; l'expérience a Irop souvent montré combien il est périlleux d'ordonner des sujets rejetés par le conseil.

Comme autrefois, les S('minaristes font la demande de l'ordination. En quelques rares maisons, ils déposent cette supplique par écrit entre les mains des supérieurs. Mais cette

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(Irmaiche est une choso Incti i'aclico. C'est leur présence nièiiin (|iii (>st leur supj)li(|ue : car ils ne seraient pas là, s'ils ne demandaient pas l'ordiiialion, s'ils ne la voulaient pas librement. l*eul-èlre, dans leur adolescence, avaienl-ils cédé à des sollicitations j)ressantes et n'avaieiit-ils pas été lout à fait spontanés ; mais, depuis lors, devenus maîtres d'eux-mêmes, ils ont eu mille occasions de changer de roule. Leur présence est donc l'expression d'un désir personnel.

Avant de le satisfaire, les membres du conseil font unelongue étude des sujets ([ui leur sont ainsi proposés. Ce n'est ])oint une enquèlc superficielle, ne portant que sur le passé,, où les témoignages des étrangers dictent la décision. C'est uneépreuve approfondie, portant sur un présent qui dure, où les impressions personnelles des juges seront les éléments diï jugement. Les membres du jury expérimentent ce qu'est hv science de leurs sujets, quelle est leur valeur intellectuelle, s'il y a en eux de la rectitude d'esprit, si leurs idées sont à l'abri de tout soupçon.

Ils suivent de leurs propres yeux la vie morale des séminaristes : ils savent si leur piété est solide, s'ils sont capables d'ellbrts, s'ils acceptent l'obéissance, si leur foi est intègre, sii leur vertu promet la persévérance, si leurs intentions sont droites et désintéressées. En un mot, ils voient si les jeunes gens ont les aptitudes ou l'idonéité de l'esprit et du cœur.

Ainsi informés, ils prononcent un jugement quand l'heureest venue ; et, pour éviter plus sûrement les surprises, ils leprononcent après délibération et à la majorité des voix.

Quelle est la nature de ce jugement? 11 est essentiellement d'ordre pratique. Vous pourriez dire qu'il est l'écho de l'appel éternel de Dieu, qu'il est la manifestation extérieure de la volonté de Dieu qui avait, de longue main, par des grâces de choix et des inclinations providentielles, préparé ces âmes au sacerdoce; et vous n'aurez point tort, puisque Dieu exerce sur les âmes des desseins de prédestination et qu'il les conduit lui-même par des voies secrètes à ses fins. Cependant, se

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hautes et si justes que soient ces pieuses suggestions de la foi, ce n'est pas explicitement cela que signifie le jugement du Conseil. Ouis iiovU sensuni Domini ? laves tigabilcs viœ ejus. Les membres du conseil, si surnaturels soient-ils, ne connaissent pas les desseins secrets de Dieu. Le verdict qu'ils prononcent signifie simplement ceci : « Autant que la fragilité humaine permet de le savoir, nous croyons que les sujets soumis à notre examen sont dignes de recevoir les Ordres qu'ils demandent. »

Et ce jugement se traduit par un appel. Et cet appel ouvre les portes du sanctuaire. Et, à moins qu'il ne survienne des faits nouveaux qui soient des empêchements au for externe, personne n'a le droit de s'interposer pour arrêter les élus du conseil. Le directeur de conscience lui-même n'a pas ce droit : ■de même qu'il a dû garder un mutisme absolu durant les délibérations, de même, après l'appel, il a les bras liés au for -externe.

Il a pourtant un rôle à remplir, et ce rôle est de la plus haute gravité, ^'on seulement ce rôle ne le met pas en conflit avec le conseil, mais le conseil et l'évêque n'ont pleine sécurité dans leur décision, que parce qu'ils comptent que le confesseur aura le courage de retenir hors du sanctuaire ceux qui seraient atteints d'indignités cachées. Le confesseurn'ouvre pas les portes du sanctuaire ; mais, si les appelés hésitent et qu'il les juge intérieurement dignes, il les presse d'en franchir le seuil; s'ils sont indignes, il leur fait une grave obligation de conscience de ne pas avancer, il les retient ; s'ils ont besoin d'une nouvelle épreuve, il les fait attendre. C'est celte action intime du confesseur, accomplie avec une discrétion qui s'enveloppe de silence au for externe, qu'on nomme parfois l'appel du directeur. Le directeur de conscience n'est donc jamais une gêne pour l'autorité épiscopale ; il en est au contraire le suprême recours.

Un confesseur qui est chargé de pénitents dont l'indignité lui ■est manifestée dans le domaine de la conscience, doit les écon-

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iluirc assez loi j)oiir s'i-vilor à liii-miMue rt rpargiuM' au conseil les scènes pénibles ([ui pourraiont suivenir après l'appel extérieur. Les directeurs sages, quand ils sont fixés sur l'indignité, ne doivent pas attendre les appels, à moins d'être sûrs que le refus d'appel extérieur leur viendra en aide pour faire accepter leur décision.

S'il arrive que le confesseur tient pour dignes des sujets que le conseil repousse, il doit d'abord très buniblement se défier de son propre jugement. Toutefois il peut faire attendre une autre période d'appel. Si son pénitent est toujours rejeté, il sera pru- <lent de ne pas s'obstiner à le maintenir sur les rangs des candidats.

9° La préparation pastorale. — Nos séminaires, enfin, sont une préparation. Ils ne sont pas à eux-mêmes leur but; on y travaille en vue du ministère qu'on remplira plus tard.

Ce ministère est celui des paroisses. Quoique, en plusieurs diocèses, le nombre des prêtres adonnés au professorat soit considérable, on suppose néanmoins partout que les clercs doivent être tous formés pour la vie pastorale.

On a fait le reproche à nos pères- d'avoir tenu leurs séminaristes trop isolés des œuvres de zèle, de ne les avoir pas assez initiés à l'apostolat, de les avoir élevés comme s'ils avaient été ■destinés au cloître. Mais la critique n'est point aussi justifiée qu'on le pense. Et d'abord, jamais la vie retirée n'a été en contradiction avec le zèle des âmes : car rien n'est plus favorable que la solitude pour développer l'esprit de foi, et l'expérience montre qu'en tout temps ce sont les hommes en qui la foi a le plus de vivacité qui se livrent le plus généreusement aux travaux du zèle. Ensuite les œuvres n'étaient pas innombrables comme aujourd'hui, les moyens de salut dont on usait, comme la prédication, le catéchisme, la confession, étaient précisément ceux auxquels on se préparait au séminaire.

De nos jours les œuvres se sont multipliées : œuvres scolaires, o'uvres de patronage, œuvres de persévérance, œuvres sociales sous toutes les formes; elles s'adressent à tous les Ages, à toutes les conditions; on s'ingénie de toutes façons à entrer en contact avec le peuple, afin de le gagner à Jésus-Christ. L'avenir nous dira si, à tant se disperser, à réserver si peu de temps pour la prière recueillie et le travail personnel, le prêtre n'a pas notablement perdu de sa valeur d'influence religieuse. Quoi qu'il en soit de ce point d'interrogation, toujours est-il que nos séminaires se sont ouverts à la préparation de ces nouveaux modes d'apostolat.

D'abord on en parle : le supérieur en traite dans ses lectures spirituelles et dans ses cours de pastorale ; le professeur de morale, principalement au traité des contrats, attire l'attention sur les questions sociales que le prêtre devra toucher un jour; les élèves dans leurs conférences d'œ-uvres, établies depuis V ingl-cinq ans dans la plupart des séminaires, s'initient aux travaux de l'apostolat, et y entendent les praticiens qui viennent exposer leurs méthodes d'action sur le peuple; les cours de prédication, et, en plusieurs lieux, de catéchistique, complètent cet enseignement d'ordre pastoral.

11 y a plus : on s'y exerce. Dans le cours même du séminaire, les élèves ont à donner plusieurs fois le sermon traditionnel. Dans certains diocèses, on confie aux séminaristes les catéchismes des paroisses de la ville. D'autres fois, ce sont les patronages. Les vacances deviennent de plus en plus pour eux une occasion d'apostolat : on met à contribution leur dévouement pour des catéchismes, des patronages, des colonies de vacances.

Déjà très complexe par la multiplicité des études qu'on y fait et par le temps sacré qu'on réserve pour la piété, la vie du séminaire reçoit une nouvelle surcharge du fait que la préoccupalion des œuvres pastorales y prend à son tour une place importante. Mais cette complication est fatale : elle s'est introduite dans tous les groupements de la société moderne. Du moins, on ne reprochera pas à nos séminaires d'avoir été des solitudes

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