‹ Contribution à l'Education des ClercsChapitre 50 sur 60 · LES MOYENS A PRENDRE POUR RELEVER LE LATIN · texte numérisé non relu

LES MOYENS A PRENDRE POUR RELEVER LE LATIN

Je crois, messieurs, que, sur les principes, l'entente est faite parmi nous ; nous unirons nos efforts pour relever le lalin. Quels moyens prendrons-nous ? Voilà la question pratique.

Mais, au préalable, quelle connaissance du latin voulonsnous obtenir ?

Il y a, dans la science pratique d'une langue, deux degrés assez nettement définis : le premier est de la lire couramment, le second est de la parler et de l'écrire correctement.

coNiniBrrioN a l'éducation oes clercs. 23

370 LE TRAVAIL i:?TELLECTLEL

Que les ecclésiastiques lisent couramment le latin, c'est uit minimum qu'on a droit de leur demander et auquel il faut les préparer. Ce serait trop peu que, dans l'occasion, ils puissent faire des traductions ; il faut qu'ils soient assez familiers avec le latin pour le lire facilement et volontiers. Alors ils feront dans la Yulgate leur lecture d'Écriture sainte ; ils ne chercheront pas de traductions françaises pour l'Imitation ; ils se complairont dans les livres de piété écrits en latin, les Méditations et les Soliloques de saint Augustin, le De Cura pastorali de saint Grégoire, les Traités pieux de saint Bonaventure, le Memoriale vitœ sacerdotalis d'Arvisenet, les Méditations écrites en latin de tant d'auteurs de marque ; ils ne se rebuteront pas de leurs manuels de philosophie, de théologie et de droit canon ; ils iront à l'école de nos grands théologiens, et spécialement de saint Thomas ; ils ne reculeront pas devant la lecture des documents ecclésiastiques, conciles et actes pontificaux.

S'il est de rigoureuse nécessité que les clercs lisent aisément le latin, il est grandement souhaitable qu'ils le parlent et l'écrivent correctement. Je dis souhaitable, parce qu'il n'est pas de clerc ni de prêtre qui n'ait à parler et à écrire latin dans certaines occasions, et qu'ainsi la simple capacité de lire le latin ne suffit pas à leurs besoins. Or, si l'on considère qu'il est aisé de passer de la lecture facile à la parole, qu'il suffît, pour franchir ce degré, d'un peu d'exercice, que d'ailleurs l'usage écrit et parlé da latin en facilite extrêmement la lecture, nous n'hésiterons pas,, dans les Séminaires, à provoquer de si utiles exercices de parole et de composition en latin.

Quelque malin me demandera peut-être : a De quel latin voulez-vous qu'on use? Du latin du siècle d'Auguste, du latin des Pères ou du latin des scolastiques ? » A celui-là je répondrai : « Lorsque vous parlez ou que vous écrivez français, de quel français usez-vous? De celui de Descartes, de celui de Bossuet, de celui de La Bruyère, de celui de Voltaire ou de celui des romanciers contemporains ? » On me dira, j'en suis sûr : « En fait de français, je comprends tous les styles, et j'ai celui que je

LE I.ATIN DANS LES SÉMINAIUES 371

peux ». Alors je conclus : Eh bien ! de niôiue pour le lalin, je demande que l(>s clercs comprennent toutes les époques, et qu'ils parlent ou écrivent de leur mieux ». 11 est entendu, messieuis. que, s'il s'agissait de la licence es lettres, je m'exprimerais autrement. Mais, pour le cas qui nous occupe, c'est la réponse qui convient.

Ainsi, messieurs, notre but est bien déterminé : nous voulons absolument que les prêtres lisent couramment le latin, nous souhaitons — et nous travaillerons dans ce but — qu'ils le parlent et l'écrivent correctement.

Pour arriver à ce résultat, il est un moyen qui réussit pour toutes les langues, et qui réussira infailliljlement pour le latin. C'est l'usage, l'usage prolongé et fréquent. On n'ignore le latin que parce qu'on en fait trop peu. Qu'on fasse beaucoup de latin, et le latin deviendra une langue familière, facile, agréable. S'il s'agissait pour nous d'acquérir la connaissance scientifique du latin, je dirais : étudions surtout les grammaires savantes, mettons-nous au courant des recherches philologiques. Mais, puisqu'il s'agit plutôt de rendre l'usage du latin très familier à nos élèves, je dis de préférence : faisons-leur lire beaucoup de latin, imposons-leur de nombreux exercices de plume et de parole en latin.

L'usage abondant de la-langue latine, voilà donc le remède général au mal que nous combattons.

Où ferons-nous appliquer ce remède ? Dans les Petits Séminaires d'abord, mais aussi et surtout chez nous dans les Grands Séminaires.

a) Les Directeurs des Peti ts Séminaires ne trouveront pas mauvais que nous leur disions : u Vos élèves nous arrivent trop faibles en latin. Ce n'est pas qu'en général ils ne fassent de bonnes versions latines ; mais ils sont si peu familiarisés avec le latin, qu'ils sont dépaysés dans un milieu où les manuels sont écrits et les enseignements donnés en langue latine ». Il vous sera facile, messieurs, défaire parvenir ces doléances à leur destination par NN. SS. les Évêques ; notre Alliance les exprimera à

l'Alliance des Maisons (T Education chrétienne. J'ai lu dans le programme de l'Alliance des maisons secondaires qu'on nous demandera de créer dans les Grands Séminaires des conférences de Pédagogie et d'Éducation, afin de leur préparer des maîtres moins inexpérimentés ; par réciprocité, notre Alliance leur demande de donner au latin une plus large place dans leur enseignement. Que ces messieurs aient en vue le baccalauréat, c'est très bien; mais qu'ils n'oublient pas qu'en même temps ils préparent des élèves ecclésiastiques pour le Grand Séminaire.

Puisque la principale cause de la chute du latin dans les Séminaires est qu'on en fait trop peu, nous insisterons pour qu'on le manie davantage. En dépit de la place qu'il a fallu trouver pour l'histoire, pour les sciences et pour les langues vivantes, nous demanderons qu'on exige des élèves plus d'exercices latins : que les versions latines y redeviennent fréquentes, que les thèmes latins ne soient pas si tôt supprimés, que l'usage des vers latins ne soit pas totalement aboli, que les narrations latines soient ramenées, qu'en classe les explications latines à livre ouvert soient multipliées. Nous avons, dans presque toutes nos maisons d'éducation, des professeurs licenciés fort instruits, capables de faire ressortir toutes les finesses d'un texte latin. Quelques-uns d'entre eux ont à cœur d'expliquer en perfection leurs textes latins, dussent-ils en expliquer fort peu. Ce serait une meilleure règle d'alterner de la manière suivante : expliquer à fond un texte ou deux par semaine, et adopter pour chaque jour une lecture rapide et une explication à pied levé de textes faciles. Car il ne faut pas oublier que le latin doit être rendu familier, et qu'il ne le deviendra que par d'abondantes lectures.

b) Cependant, messieurs, nous ne sommes point assemblés ici pour faire la leçon à nos collègues des Petits Séminaires, mais pour nous la faire à nous-mêmes. D'ailleurs, je ne crois pas qu'il soit juste d'attribuer la chute du lalin principalement à l'enseignement secondaire, ni qu'il soit suffisant d'appliquer là le remède. Nous sommes, messieurs, pour une grande part, pour la principale part, dans cette déchéance ; nous avons ù

Page 1