‹ Contribution à l'Education des ClercsChapitre 53 sur 60 · I.'f.NSEIG>(EMENT l'IIII.f)SOPHlQi;K · texte numérisé non relu

I.'f.NSEIG>(EMENT l'IIII.f)SOPHlQi;K

à la m(^me doctrino. coWc que l'I-lj^lisc nous domando de poser h. la base de reusoifrueinenl, qui ne sent quels graves dommages en seraient la conséquence? Quels troubles intellectuels, quel danger de scepticisme, pour de jeunes séminaristes qui recevraient successivement, de la bouche de maîtres vénérés, des solutions peut-être contradictoires sur les questions fondamentales du monde, de l'homme et de la morale! Pour les jeunes laïques, qui n'auront jamais d'autre bagage philosophique que celui du baccalauréat, dont la vie n'aura d'autres principes directeurs que ceux de leur dernière année de collège, ne serait-il pas regrettable que l'empreinte décisive de leur éducation n'ait pas été aussi nettement chrétienne qu'elle aurait pu l'être? Le professeur de philosophie tient dans ses mains, pour une grande part, la destinée de ces jeunes gens : n'est-il pas souhaitable qu'il leur inculque des idées si justes et des convictions si fortes, qu'il les prémunisse contre les déviations irrémédiables de l'esprit et les défaillances du cœur?

Aussi l'on comprend que l'Alliance des Grands Séminaires , sans aucune allusion personnelle et sans le moindre esprit de critique, ait émis le vœu que, dans tous les établissements catholiques, depuis les pensionnats primaires supérieurs et les collèges secondaires jusqu'aux grands séminaires, il ne soit ■donné, sous des formes diverses, qu'un même enseignement philosophique, que partout règne la philosophie chrétienne.

Car il y a une philosophie chrétienne. Il n'est pas indifférent à notre foi catholique qu'on adopte tel ou tel système, qu'on pense ceci ou cela sur le monde et ses origines, sur l'homme «t sa nature, sur Dieu et son action providentielle, sur le devoir et son fondement. Notre foi suppose à ces questions capitales une certaine solution et leur fait suite. Cette solution est à la fois rationnelle et chrétienne : rationnelle, en tant qu'elle procède du seul effort de la raison, comme il convient à ime philosophie ; chrétienne, en tant qu'elle présente une base solide au majestueux édifice de nos croyances religieuses et de nos sciences sacrées.

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Or, il importe que cette philosophie, et non une autre, informe tous les esprits chrétiens. S'ils sont imprégnés de principes moins en harmonie avec la foi, ils subiront tôt ou tard l'impitoyable effet logique de ces mauvais principes. Car des idées incompatibles ne peuvent exister longtemps dans une même âme : par un travail intérieur, à peine conscient peutêtre mais très réel, ou bien la foi chassera la mauvaise philosophie, ou bien la mauvaise philosophie altérera la foi, si elle ne la congédie pas tout à fait. Et cette remarque contient toute l'histoire du modernisme. Le modernisme, en effet, est une doctrine philosophique incompatible avec le franc christianisme traditionnel, objectif, révélé, surnaturel. Parmi ceux qui ont embrasse celle doctrine, les uns ont versé dans l'agnosticisme et totalement rompu avec la croyance, les autres ont amoindri la foi au point de la réduire à un naturalisme d'ailleurs tout subjectif. C'est pourquoi l'encyclique Pascendl et les divers documents pontificaux qui ont paru depuis recommandent, comme le remède le plus efficace contre le mal du modernisme, la culture de la philosophie chrétienne.

Cette philosophie en partie héritée de la puissante raison des génies de l'antiquité, lentement élaborée par les Pères et les théologiens, a atteint son apogée au xiii" siècle et trouvé son expression la plus heureuse et la plus précise dans saint Thomas d'Aquin. Et comme personne n'incarne avec plus de pureté et d'intégrité la pensée chrétienne, on en est venu à dire, et à juste titre, que la philosophie chrétienne n'est autre que la philosophie de saint Thomas. De là ce grand effort, accompli par Léon XllI dans l'encyclique MLerni Patris, et j^oursuivi avec la même ténacité par Pie X, pour faire revenir toutes les écoles catholiques à la doctrine et même aux livres de saint Thomas.

Cependant, si parfaite et si dégagée de scories que soit l'œuvre de saint Thomas, elle n'est pas indépendante de l'époque où elle a été produite, elle garde l'empreinte du temps où elle a été écrite, non point précisément par la langue que l'auteur y

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j)arl(', mais par les (luoslioiis (ju'il y aborde. Il ne verse pas la lumière de la vérité clirélieime sur un mondcî liclif, mais sur uii monde réel ; il ne réfuie pas des erreurs imaginaires, mais les erreurs qui avaient cours dans la génération où il vivait. Son œuvre, par conséquent, est le pur rellet de l'élerriolle vérité éclairant les problèmes de son temps. Hien n'a vieilli de la philosophie chrétienne qu'il a projetée sur les <pieslions agitées au XIII* siècle : seules, certaines de ces (piestions ont cessé d'être aiguës, pour faire place à d'autres qui, pour notre génération, sont plus actuelles.

Que des problèmes nouveaux aient surgi, ou que du moins les problèmes anciens aient été posés sous une forme nouvelle, cela n'est point douteux : c'est le résultat d'une connaissance plus ai)profondie des sciences de la nature. Une philosophie, dès qu'elle veut être sincère et complète, ne peut s'en désintéresser. Vouloir ignorer les questions telles qu'elles se posent au tenqis présent, ce serait transporter, de parti pris, sa ^ic intellectuelle hors de son milieu. Mais de quelle façon faudra-t-il les aborder et les résoudre ? Diverses écoles, faisant litière de la pensée traditionnelle, ont tenté de répondre par des créations de systèmes philosophiques aux découvertes scientifiques. Leur essai n'a pas été heureux ; car, en rompant avec le passé, elles n'ont rien créé de satisfaisant, ni même de cohérent. Bien que les études sur le monde et sur l'homme aient été infiniment plus étendues comme observations qu'elles ne l'étaient au moyen âge, on n'a rien trouvé, pour les interpréter intégralement, de plus lumineux ni de plus solide que la métaphysique d'Aristote, revue et mise au point par saint Thomas d'Aquin. Le meilleur moyen d'éclairer les problèmes modernes est donc de projeter sur eux les rayons de cette philosophie ancienne. com})rise dans l'héritage de notre philosophie chrétienne. C'est donc en restant fidèles aux traditions de notre philosophie chrétienne, que nous ferons la meilleure philosophie moderne. Il en résulte que, cette fois encore, en nous ramenant à la philosophie antique, les Papes ont sauvegar-

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dé tout ensemble les droits de la raison et ceux de la foi.

On voit, dès lors, qu'il n'y a pas lieu de tolérer, dans nos écoles, un double courant philosophique. La bonne philosophie sera à la fois ancienne et moderne : ancienne, par la doctrine qu'elle professera ; moderne, par les problèmes nouveaux qu'elle abordera. Qu'elle prépare de jeunes clercs à la théologie, qu'elle initie des collégiens aux questions philosophiques du baccalauréat, elle sera toujours elle-même, s'inspirant des mêmes principes, puisant la vérité aux mêmes sources, variant seulement ses méthodes dans la distribution qu'elle en fait.

Les séminaristes étudieront dans des manuels latins, afin de se familiariser avec la langue des sciences sacrées; ils aimeront à feuilleter souvent la Somme de saint Thomas, et, si elle n'est pas leur guide unique, elle sera du moins leur principale inspiratrice. Mais en même temps, par leurs livres et par l'enseignement oral de leurs maîtres, ils seront mis au courant des^ questions du temps présent, ils apprendront quels aspects nouveaux prennent les problèmes anciens, ils s'exerceront à résoudre les difficultés actuelles par les principes qui dominent tous les temps. Par là, tout en restant fidèlement attachés au passé, ils ne seront point étrangers à leurs milieux. Il est d'ailleurs évident qu'une formation aussi compréhensive, qui les aurait mis au contact de la mentalité contemporaine, les rendrait également capables de subir des examens académiques devant l'Université et d'entrer de plain-pied dans les études théologiques. Et c'est ma réponse à ceux qui demandent si ou peut, par la scolastique, préparer au baccalauréat. Oui, on le peut, par une scolastique très fidèle, à la condition qu'elle soit largement comprise comme une philosophie qui a les yeux ouverts sur les problèmes du présent.

Les collégiens de leur côté, étudieront dans des manuels français, et ils multiplieront, dans la même langue, les exercices de composition. Mais rien n'empêche que, dans la langue nationale, on professe une philosophie très traditionnelle et

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très chrélionno. Il sullit. pour cela, qiip les manuels y aienl puisé leurs insj)iralioiis el emprunté leurs solutions, cpie les maîtres enseignent dans le même sens. Qu'exige-t-on au l)accalauréat ? Une information al)oiulanle et sûre, et non j)as un système plutôt qu'un autre. Les élèves qui pour accroître leuis chancesde succès, dissimulent leurs propres idées pour emprunter momentanément celles du correcteur, commettent inutilement un acte de faiblesse. Dans la multiplicité des systèmes contemporains, les examinateurs reçoivent également des candidats matérialistes et des candidats spiritualistes, des ])anthéistes et des sceptiques : ils acceptent tous ceux qui font preuve de connaissances sérieuses et de réelle vigueur d'esprit. Dès lors, pourquoi sacrifierait-on la philosophie chrétienne à de prétendues exigences du baccalauréat ? Que l'enseignement soit étendu tant qu'on voudra, mais qu'il ne soit pas atone. Que les jeunes gens soient mis au courant de tous les problèmes et des diverses solutions proposées, mais qu'ils ne soient pas livrés à tout vent de doctrine, qu'ils soient nettement orientés dans le sensde laphilosophiechrétienne. Cette fermeté d'attitude intellectuelle, sans nuire à leurs examens, servira mieux leur vie et leur foi qu'une pensée flottante et une doctrine sans arête.

Il est donc possible, comme c'est d'ailleurs un devoir, de n'avoir qu'un même enseignement philosophique dans toutes nos écoles catholiques, De la sorte, quand on passe d'une école à une autre, il n'y aura aucun heurt d'idées à redouter : il n'y aura qu'une adaptation de méthode à opérer.

La justice commande de reconnaître que c'est cet esprit qui anime nos divers manuels de philosophie, tant ceux qui sont destinés aux grands séminaires que ceux qui ont été écrits pour les collèges catholiques. Les maîtres, surtout quand ils s'interdisent de mettre aux mains de leurs élèves des manuels d'inspiration moins chrétienne, poursuivent aussi le même but.

Est-ce à dire que les efforts si loyalement accomplis en faveur de la philosophie chrétienne soient couronnés d'un plein suc-

ces? Qui voudrait l'affirmei? Ne se plaint-on pas au contraire, <jue le règne de la philosophie chrétienne ne soit pas encore assez afTermi, même dans nos écoles catholiques? Ce n'est peutêtre la faute de personne, puisqu'on a mis tant de bonne volonté à lire saint J'homas et à s'en inspirer dans l'enseignement. Il y a cependant une cause à ce retard du triomphe de la philosophie chrétienne parmi nos contemporains. Quelle est cette cause? Sans prétendre avoir trouvé la cause adéquate, j'en élirai une qui me paraît fondée.

La force de saint Thomas, ce qui l'a imposé comme maître, ce n'est pas seulement la pureté de sa doctrine, mais plus encore la puissance de sa synthèse. Il a fondu dans un magistral enseignement les éternels principes de mérité et tous les problèmes qui s'agitaient dans l'âme de ses contemporains. Il a résolu toutes les questions en les pénétrant de la lumière •de la philosophie chrétienne. Toute préoccupation intellectuelle trouvait, dans cette somme incomi)arable, et son exposé et sa solution. Son œuvre fut, dès lors, un trésor inépuisable, que les maîtres de moindre envergure exploitèrent et monnayèrent partout pour les besoins divers de leur enseignement.

Cette majestueuse synthèse n'a rien perdu de sa valeur. Elle est encore, et elle restera peut-être toujours le plus riche trésor que l'esprit humain ait à exploiter, ^'ulle part l'intelligence humaine ne prendra de contact qui la rende plus opulente.

Mais il reste vrai que, devant la multitude des questions nouvelles agitées de nos jours, il faudrait un nouveau Thomas d'Aquin, qui fît la synthèse de la philosophie chrétienne et des problèmes modernes. Il faudrait qu'un monument philosojihique fût élevé, qui s'imposât à tous par la fermeté de ses principes, parla puissance de sa valeur, par la justesse et l'universalité de ses applications. Cette synthèse, faite sur le modèle et dans les principes de celle de saint Thomas, est possible. Elle nous manque cependant, parce que le génie qui la créera, n'a pas encore paru. Qu'il vienne et qu'il fasse son œuvre : aussitôt tous les maîtres de second ordre, que nous sommes

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tous, lui ciiipi untciuiil la liiiiiiric cl ivalisoront alors fidèleiiiciit le vdMi riiiis de riiiiilr dans reiispignement philosoplii(|iio.

Mais q»ii sera ce maître? Scra-ro un Iionniie? Sera-ce un groupe?

Un groupe auiail peut-être plus de compétence. Un homme y mettrait plus d'unité.

CONTRIBUTIO.N A I.'kDUC.^T lOS DES CI.EUCf=. 26

s IV

L'étude des sciences dans les grands séminaires

M. l'abbé Seaderens, le savant professeur de l'Institut catholique de Toulouse, mène une campagne en faveur du développement des études scientifiques dans le clergé. Déjà, le 8 juin 1897, il avait abordé la question dans un discours prononcé à l'assemblée annuelle des anciens élèves de l'Institut catholique de Tou- I jouse ; le 2 décembre 1898, au Congrès national catholique tenu à Paris, il a traité le même sujet dans un rapport très sympathiquement accueilli '. Après s'être éclairés dans une pacifique discussion, les congressistes ont formulé diverses propositions.

« Le Congrès, considérant le rôle que jouent les sciences dans les questions philosophiques et l'influence qu'elles peuvent donner au prêtre dans l'exercice de son ministère, émet les vœux suivants :

« 1° Que dans les grands séminaires on institue un cours de sciences dirigé vers la philosophie et les applications pratiques.

« 2° Que les Instituts catholiques prennent, pour les facultés de théologie, l'initiative d'une semblable organisation.

« 3° Considérant aussi que le clergé doit marcher de pair avec les représentants les plus autorisés de la science, le Congrès émet le vœu :

« Que certains ecclésiastiques soient dirigés vers l'agréga-

* Ce rapport est pulslié dans la lievue du Clergé français, \" janvier 1899.

i.'iVrt nn ors sriKNcns nws i.f.s r.n\Nns skmiwiuks 3S7

lion, lo (l(Hi(ir;il. les rochoiclios oiiginalcs et la composition (l'artirles sciiMiti lie (tics.

(( Que Von molle à leur disposition des bourses et les ressources des laboratoires, n

Le Congrès ne pouvait qu'émettre des vœux spéculatifs. Il appartient à ceux qui ont la charge de l'éducation du clergé. Nosseigneurs les évêques et les directeurs de séminaires, de les prendre en considération et d'en faire l'application pratique.

Mais il ne semble pas qu'on puisse mettre en doute la grande utilité, sinon l'absolue nécessité, de la culture scientifique dans le clergé.

Désormais, les connaissances scientifiques entrent pour une part importante dans l'enseignement de toutes les écoles. Dès l'école primaire, l'enfant est initié aux sciences ; la culture littéraire des collèges a dû faire une place assez large à la partie scientifique ; le journal et la revue entretiennent et complètent, même pour le simple peuple, les premières données acquises dans les classes. Au milieu d'une société ainsi formée, le prêtre apparaîtrait comme un être étrange, inférieur, s'il ignorait ce que tout le monde sait. Le prêtre de la campagne surtout serait mis dans un état d'infériorité désastreuse, s'il était dépassé, dans le domaine des applications pratiques des sciences, par l'instituteur laïque du village ou par le jeune fermier qui a reçu, au pensionnat voisin, une certaine éducation libérale. En même temps qu'ils recueillent sur les lèvres du prêtre les paroles de la vie éternelle, les paysans et les ouvriers aiment bien à recevoir aussi les conseils de la vie présente : souvent ils n'estiment la science surnaturelle du prêtre que d'après le prix qu'ils attachent à sa science humaine.

Faut-il ajouter que le prêtre de campagne trouverait dans les études scientifiques continuées au presbytère, une heureuse compensation à des délaissements pénibles et une précieuse

sauvegarde contre le danger moral de loisirs trop prolongés ? Mais on ne commence rien, on ne s'initie à rien par soi-même, sauf dans de rares exceptions. Celui-là seul cultivera les sciences à la campagne, qui en aura pris le goût et appris la méthode auparavant.

Du reste, la culture scientifique dans les séminaires ne serait pas seulement un placement de travail à longue échéance. Les études propres à ces noviciats ecclésiastiques en percevraient un très appréciable bénéfice immédiat.

En effet, on ne voit pas comment, sans des connaissances scientifiques sérieuses, les éludes philosopinques et apologétiques pourraient être menées à Ijien.

La philosophie n'est pas une pure création de l'esprit, toute construite de raisonnements, indépendante des faits concrets. C'est une vraie science, au contraire, basée sur l'observation des phénomènes qui se déroulent dans l'âme et dans le monde ; et, plus elle prend pied fréquemment dans le domaine des faits, plus elle est sûre de sa voie. Le document positif est au point de départ de tout système philosophique. La formation du jeune philosophe suppose donc l'esprit d'observation, le don de la vérification par l'expérience, la possession d'un nombre assez notable de faits qui permette d'édifier des systèmes en toute sécurité. Or, est-il un meilleur moyen que la culture scientifique pour développer l'attention, pour fixer les sens sur les phénomènes paificuliers ? Par les sciences physiques et naturelles, on produit un double effet : l'aptitude à regarder et à voir en soi et autour de soi ; la mise en réserve de connaissances positives, indispensables au raisonnement philosophique, principalement en psychologie et en cosmologie.

Dans l'apologétique moderne, le rôle des sciences n'est pas moins important. C'est un procédé trop sommaire, de déclarer que la science et la révélation sont également l'œuvre de Dieu,, et que, par conséquent, elles ne peuvent se contredire. Car si l'Iiomme du peuple et le savant voient entre elles, à des degrés divers, une contradiction flagrante, ils sacrifieront toujours la

i.'iVii i)K ni:s scii:"S(:i:s nws i.cs (;«v\i»s sicmiwiiiks 381)

r»''M'l;ili(Ui à la science, el coiicliiioiil que la science csl l'œuvre «le riioMiiue et (|ue la ié\élalioii n'est qu'un mythe. — Il importe (jue l'jqiologiste connaisse avec une égale précision la lliéoIoj,Mc et la science humaifie. Dans les contours mal définis <le l'une et de l'autre, il se produit parfois une confusion apparente. Mais dès «pi'on dé limite exactement les exigences vraies <ie l'une el ()<' l'autre, on voit cpi'elles se meuvent toutes les deux tians leur orbite sans se heurter. L exégèse simplifiée dégage le j)remier chapitre de la Genèse de tout conflit avec l'histoire naturelle de la formation de l'univers ; mais cette constatation ne sera faite que par un homme au courant de l'exégèse et de la géologie. De même, la descendance commune des espèces vivantes, sorties d'un petit nombre de types anccstraux, se concilie fort bien avec l'idée philosophique et théologique d'un Dieu créateur et ordonnateur du monde : mais la conciliation ne sera visible que pour les esprits qui saisissent les deux termes avec une égale clarté, etc

L'expérience montre que l'apologétique reste lettre morte pour les jeunes gens qui n'ont pas de données scientifiques suffisantes. Un maître de philosophie, quelque habile qu'il soit, ne donnera jamais une idée nette des opérations sensibles de l'âme à des élèves qui ne savent pas la physiologie. De même, le professeur d'Écriture sainte, lorsqu'il traite des rapports de la révélation avec les sciences naturelles, n'a que l'illusion du succès, si ses élèves n'ont pas reçu un enseignement technique de géologie. Et, pour se convaincre de la réalité de ces échecs, qu'on se souvienne du peu d'intérêt qu'éveille dans les séminaires une philosophie privée d'observations préalables ; qu'on se rappelle l'imprécision regrettable, sinon l'inexactitnde, avec laquelle la plupart des prédicateurs traitent en chaire les questions d'apologétique.

Tous ces motifs sont d'ordre utilitaire et pratique. Mais, pour elle-même, pour la haute éducation qu'elle confère, pour l'honorabilité qu'elle attirerait dans le monde au corps sacerdotal, la science mérite aussi d'être cultivée, à un degré supérieur, par

un certain nombre de prêtres. Montrer qu'il y a dans le cierge des hommes d'une grande valeur scientifique, prouver par dosfaits que dans une même âme sincère et éclairée la science la plus avancée peut s'harmoniser avec la foi la plus pure, c'est faire la démonstration la plus saisissante de la religion. Aussi les prêtres adonnés aux recherches scientifiques de premièremain, ou appliqués à un enseignement dont l'objet paraît très étranger au sacerdoce, ont-ils conscience de remplir une mission utile à l'Église et aux âmes.

Mais les vocations scientifiques sont rares, et, avouons-le. trop rares dans le clergé. Certes, ce n'est pas à la foi qu'il faut s'en prendre, mais au défaut de préparation préalable dans le.s jeunes prêtres. On a peine à trouver, dans le clergé, des sujets capables d'enseigner les sciences dans les maisons secondaires : à plus forte raison serait-il malaisé d'y rencontrer de jeunes savants en formation. Personne ne prétendra, sans doiite, que les^ grands séminaires doivent créer des savants, ni conduire aux grades scientifiques les futurs professeurs : mais un enseignement scientifique élémentaire, intelligemment compris, suffirait à révéler les aptitudes natives, à développer le goût de l'observation, et de l'expérimentation. En faut-il davantage pour que certains jeunes prêtres puissent avec profit choisir les. sciences comme objet spécial de leurs études?

Ainsi, le développement des esprits, la défense de la foi, l'honneur du corps sacerdotal et de l'Église, les besoins urgents de nos maisons libres exigent que les sciences soient cultivées dans le clergé. Si la nécessité de cette étude est hors de conteste, la question du lieu où elle doit se faire sera, je crois, très discutée. L'enseignement scientifique donné au petit séminaire est-il suffisant? Ne serait-il pas opportun qu'il entrât pour une part sérieuse dans le programme de tous les grands séminaires ?

Il y a soixante ans, un bon nombre de grands séminaires avaient un enseignement scientifique. La plupart des petits sémi-

l'étude 1)i:s suikxces dans li:s uhanus slminvikks 3'JI

uaires non avaicnl pas, ou bien ils ne donnaiciil (|uo des élénionls fort simples de niallu'iualic^iics. La physique et l'astronomie étaient regardées conini»' une |)aiiie de la philosophie : aussi avait-on raison de les enseigner au grand séminaire.

Aujourd'hui, l'ordre est renversé. Les collèges et les petits séminaires ont ajouté les sciences j)liysiqnes et les sciences naturelles aux éléments de nialhémalicjues. En même temps, pres- (juo tous les granils séminaires ont rayé de leur programme les di\ erses sciences.

Ces modificalions ne paraissent pas avoir été le résultat d'une entente préalable. Les maisons secondaires ont inséré les sciences dans leur programme à cause des avantages qu'elles en ont espérés : ces éludes piquent la curiosité et fixent l'attention des enfants, elles entrent pour une part dans toute éducation libérale bien comprise, elles sont indispensables pour les examens du baccalauréat. D'un autre côté, la suppression opérée dans les grands séminaires avait aussi ses motifs : l'introduction de la philosophie scolastique, dont les tendances, du moins en certains auteurs, paraissaient plus sympathiques au syllogisme qu'à l'observation et à l'induction ; le développement donné aux cours de théologie, de droit canon, d'histoire... On étendit les programmes sans augmenter la durée des éludes. On crut bien faire d'emprunter aux sciences le lemps dont on avait besoin : on les supprima, et l'on eut un prétexte plausible à invoquer dans l'enseignement qui s'en faisait au petit séminaire.

Néanmoins, quelques grands séminaires ne sacrifièrent pas leurs cours de sciences : nous citerons entre autres, Saint-Sulpice (Issy), Lyon (Alix), Bordeaux, Clermont, Rodez, etc.. Mais, là où ils furent conservés, ils subirent une évolution qui ne laisse pas que d'être instructive. Prenons pour exemple ce qui s'est passé à Saint-Sulpice (Issy). 11 y a cinquante ans, M. Pinaull, ancien professeur de l'École polytechnique, enseignait les mathématiques et la physique : c'est alors qu'il composait son beau traité de Physique, où les phénomènes s'enchaînent et les théories se déduisent avec une vigoureuse logi-

que, bien propre à former l'esprit. Plus tard, les mathématiques cédèrent la place à la cosmographie et à la géologie : les sciences d'observation se développaient aux dépens des sciences de pur raisonnement. La physiologie de l'homme et la chimie vinrent à leur tour fortifier cette tendance. Mais à mesure que les élèves arrivèrent plus initiés aux sciences par les programmes d'études secondaires, on donna à l'enseignement du séminaire Saint-Sulpice une orientation plus accentuée vers la philosophie et l'apologétique. Depuis lors, le professeur de physique et de chimie s'attache à retrouver la marche de l'esprit humain dans les découvertes et à développer les théories modernes plus connexes à la cosmologie. En même temps, le professeur de sciences naturelles refait l'histoire biologique de la cellule vivante et la suit dans les difTérenciations multiples qui la rendent apte à remplir les fonctions diverses de l'organisme humain ; il retrace les phases successives qu'à traversées l'univers jusqu'à nos jours ; puis il dégage, dans une ^apologétique sobre, les sciences de la nature et la révélation du conflit où les ennemis de la foi se plaisaient à les représenter aux prises.

Ainsi entendu et pratiqué, l'enseignement serait donné aux prêtres à deux degrés et sous deux formes : il serait simplement initiateur, utilitaire, expérimental, analytique, au petit séminaire, comme le comporte d'ailleurs l'âge des enfants ; il serait plus élevé, plus synthétique, au grand séminaire, ainsi que l'exige la nature du nouveau milieu.

Les cours scientifiques du grand séminaire ne feraient donc pas double emploi avec ceux du petit séminaire et du collège. Ceux du petit séminaire préparent les autres, mais ils ne peuvent les remplacer. Les enfants sont trop jeunes alors, et trop étrangers aux problèmes philosophiques et religieux, pour que l'enseignement produise en eux tous les avantages énumérés plus haut. Aussi, M. Senderens avait-il raison, au Congrès national de 1898, de faire émettre le vœu que des cours de sciences fussent donnés dans tous les grands séminaires.

i.'kii i)K ni'.s scii.NCKs i)\>s i.ics GKVNiiS si':Mi\Mni;s Wj'.i

Coiilio ce piojtl, nii ne peut iillr^MicM" (|ii(' dciiv dilTiciillt'S ; le «It'l'aiil (II' IcMips. Ir (Irr.iiil ilf iiiaîlics.

La duivi' (les ('•liicics au ^Maiid sriiiiiiairc n'csl point iiiiiloriiio : elle est do six ans à l.yoii. à Uodcz. à lk'sanç()ii. olc. ; elle est de quatre ans senlenienl dans plusieurs diocèses ; en niovcnne, elle est de ciiK] années. Je cntis (pic j)aitout où le S(?minaire dure si\ ans. les cours de sciences ont (''le' conserv(!'S ; les deux l)reiiii('ros ann(''es sont consacrc-esà laj)liilosophieetaux sciences. Dans les diocè-ses où les ("'tudes ne durent cpie quatre ans, les sciences n'ont aucune place. Parmi les s(''iuinaircs où les élèves restent cinq ans. un petit nombre seulement possèdent l'enseignement scientifique.

Est-il vrai que le temps fait défaut dans les séminaires de ce dernier groupe ? Plusieurs, comme ceux de Paris. 15ordeaux, Clerniont, etc., prouvent qu'oïi peut fort bien, en cinq années, allier des cours de sciences assez étendus avec des éludes sérieuses de philosophie et de théologie. Si, comme on l'avoue généralement, les séminaristes sont loin de donner la somme de travail intellectuel dont leur âge est capable, n'est-ce pas un signe qu'on pourrait sans dommage rendre un peu plus denses les programmes cju'ils étudient?

^D'ailleurs, il n'est pas nécessaire, pour répondre aux vœux émis, que les cours de sciences occupent la moitié du temps pendant les deux premières années de séminaire. On peut se contenter d'un minimum ; on peut se borner à des compléments, d'ordre théorique et d'ordre pratique, des études faites dans les maisons secondaires. Par exeniple. la biologie et la géologie pourraient suffire, avec quelques applications à la philosophie et à l'apologétique : cela n'exigerait que trois cours par semaine durant une année. On v ajouteiait, les jours de congé, des conférences intéressantes sur l'application de la physique et de la chimie à l'industrie et à l'agriculture.

Ces conférences seraient un moyen de suppléer à l'enseignement technique dans les séminaires où l'on ne garde les élèves que quatre années. Dans la plupart de ces maisons, on le sait.

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les directeurs se préoccupent, tant pour la formation morale que pour le développement intellectuel, d'ajouter une cinquième année ; l'utilité d'un enseignement scientifique ne serait-elle pas un nouveau motif à mettre dans la balance ?

Je ne sais si les maîtres ne font pas encore plus défaut que le temps. Là où les sciences ont été supprimées, n'a-t-on jamais été déterminé par le manque de maîtres compétents ? 11 n'y a pas d'enseignement où un homme sente mieux son incompétence que celui des sciences ; il n'y en a point, par conséquent, où l'on craigne autant de s'aventurer. Une formation générale ne sufQt pas ; une préparation spéciale est indispensable.

Si, dans le passé, celte préparation était parfois difficile, elle est devenue très aisée, grâce aux Instituts catholiques. Les communautés qui dirigent les grands séminaires, ou les administrations diocésaines, n'ont qu'à jeter les yeux sur des sujets capables, destinés à l'enseignement des sciences. En deux années passées près des Facultés, ces jeunes gens recevront une initiation scientifique dont les grades universitaires seront la garantie.

Pour donner l'exemple de ce qui devrait se faire dans tous les établissements ecclésiastiques, les Instituts callioliques commencent à compléter par des cours de sciences l'enseignement de la philosophie scolastique. A Paris, par exemple, grâce^i l'intelligente initiative des PP. BuUiot et Peillaube, des conférences de mathématiques, de biologie et de physique expérimentale sont données chaque semaine aux étudiants de scolastique. Ce n'est pas innover, puique saint Thomas lui-même commenta les traités scientifiques d'Aristote. Mais c'est rajeunir et adapter au temps présent une philosophie qui a besoin, pour être vivante et moderne, de rester en contact avec les données toujours en progrès de la science positive.

WWMAi DES MATIKHKS

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