‹ Contribution à l'Education des ClercsChapitre 8 sur 60 · IDEE GENEU VIE DE L EDUCATION UES CLERCS · texte numérisé non relu

IDEE GENEU VIE DE L EDUCATION UES CLERCS

venir plcineuiciil lioinnios. de sorte que, éludiaiils. ils aioiil à cœur d'être les plus studieux des jeunes gens; professeurs, ils aient à cœur d'être les maîtres les mieux informés cl les plus habiles ; prêtres île paroisse, ils aient à cœur de l'emporter sur tous leurs paroissiens par leur savoir-faire dans leur propre état, par leur a{)plication à leur travail professionnel, par le rayonnement de leur inlluence sociale sur leur milieu. Quelle impulsion donnée à un jeune homme par cette seule idée : (( Je dois allerjusqu'auboutdemes facultés ; je ne dois pas souffrir qu'en moi l'homme soit un être inférieur et par là exposé au mépris, ni même qu'autour de moi on me dépasse en dignité et en valeur. » Quelle force serait acquise "ïiu sacerdoce, si tous ses représentants l'honoraient ainsi par une noble culture d'homme!

C'estjustement une partie importante de notre tâche, non seulement d'eu convaincre nos élèves, mais de les y préparer. Or, l'homme vaut à la fois par sa santé, par son esprit et par sa volonté. Notre sollicitude doit donc porter sur ces trois points.

Je mets en premier lieu la santé. Oui, mes chers confrères, la santé. Car, à nos enfants, il faut assurer d'abord la vie. Si nous n'y prenons garde, la mort nous enlèvera, dès le Séminaire, des sujets parfois de premier ordre ; d'autres, après avoir péniblement traversé une longue période d'épuisement, auront contracté des maladies qui les rendront inaptes à supporter les rudes labeurs d'un ministère très actif. Notre incurie en fait d'hygiène peut donc faire des victimes. Qui n'a remarqué combien nos séminaristes, en général, sont malingres et chétifs en comparaison des jeunes gens de leur âge. Faut-il donc, pour leur vertu, qu'ils soient des hommes alanguis et amoindris ? Non, assurément : car les directeurs les plus expérimentés savent bien qu'une âme n'est jamais plus saine que dans un corps tout à fait sain. Aussi devons-nous procurer à nos élèves les moyens de ne pas étioler, mais de développer leur jeunesse. Loin de moi la pensée de les dérober aux lois austères de la mortification chrétienne : n'est-il pas établi, au contraire, que la mortification et l'hygiène s&

donnent la main, que l'hygiène tient moins de la sensualité que <le la mortification, que la mortification, sagement conduite, a loujours profité à la santé et à la force? Dès lors, veillons à ce que ces jeunes poitrines se dilatent au lieu de s'aplatir, à ce que ces muscles se fortifient au lieu de s'atrophier, à ce que le sang circule dans les veines au lieu de dormir dans les marécages lymphatiques, à ce que la peau reste propre et souple pour garder À la sensibilité sa délicatesse et sa promptitude, à ce que la aiourrilure enfin soit suffisante pour fournir au travail les énergies suffisantes. Ce n'est pas seulement la santé qui bénéficiera •des soins qu'un tel plan comporte ; l'étude et la vertu, l'esprit el la volonté y trouveront aussi leur compte.

Dans la pensée de l'Eglise, la culture humaine de l'esprit tient ime grande place dans l'éducation des clercs. En tète du plan d'études pour les Séminaires d'Italie, Pie X déclare qu'il faut soumettre les jeunes clercs aux programmes en vigueur dans leur milieu ; car u ne pas s'y soumettre serait placer le clergé, ^TU moins dans l'opinion de bien des gens, au-dessous des séculiers. » 11 veut qu'ils prennent les titres ou grades officiels, non .seulement pour « se trouver ainsi plus libres dans le choix d'un état », mais aussi parce que « ces titres, loin d'être nuisibles, seront plutôt utiles à ceux que Dieu daignera appeler à la vie sacerdotale. » En tout temps, d'ailleurs, l'Eglise a fait grand cas de la culture humaine de l'esprit. Ses plus grands Docteurs, depuis S. Paul et S. Augustin jusqu'à Bossuetet au-delà, n'ont-ils pas été choisis par la Providence parmi les hommes en qui les lettres et les sciences humaines avaient produit le plus large dé- A eloppement de l'esprit ? Nous ne devons rien épargner pour que nos jeunes gens acquièrent une éducation intellectuelle forte et distinguée. Elle a dû être faite, pourrions-nous dire, pendant que nos élèves accomplissaient leurs études secondaires. Ce n'est pas sans raison, en elfct, que ces années de Petit Séminaire portent le nom d' « humanités », puisque c'est alors qu'on s'applique principalement à façonner l'esprit de 1' « homme ». Mais ce serait une erreur de regarder cette tâche comme achevée ;

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clic (loil se j)ouisiii\ ic encore à travers le (îriuid Séiniiiaire. Nous y lra\ailloiis. jxuirla part (|(ii nous concerne, lors(jue nous cnsei^'uons les bonn(>s niélhodes, lorsque nous dirigeons les lectures de nos élèves, lorsque nous leur ouvrons les sources du savoir, lorsque nous rectifions leurs idées et afTermissons leur jugement, lorsque nous les exerçons à s'exprimer en un langage sobre et précis. Le Pelil Séminaire n'a fait, le plus souvent, qu'éveiller resi)rit, et c'est beaucoup ; il nous appartient de le régler et de le mûrir. S'il est vrai, comme l'a dil Leibnilz, qu' « un seul seul esjnit \i\u{ tout un monde », quel service n'aurons-nous pas rendu à l'Eglise si nous lui formons des intelligences capables d'exercer sur le monde l'hégémonie de la pensée?

Mais il importe plus encore de tremper des caractères. L'homme, en efl'et, réside principalement dans sa volonté. 11 est et il peut ce qu'il veut. Celui qui n'est et ne peut rien n'a pas su vouloir. Xe craignons pas de développer la volonté chez nos élèves ; elle n'a rien de commun avec l'insubordination et l'opiniâtreté ; elle sait se soumettre à l'autorité et aux bonnes raisons. Sa nature est de tendre vers le bien ; si elle inclinait vers le mal, elle serait pervertie. Dans la recherche du bien, elle i)arcourt comme trois phases successives : elle se décide nettement, elle met la main à l'œuvre courageusement, elle persévère dans ses entreprises fidèlement. Ces trois mots contiennent tout notre i)rogramme d'action sur nos jeunes gens dans la formation de leur volonté : nous avons à combattre en eux l'indécision, la mollesse, l'inconstance. Les indécis hésitent toujours ; ils se complaisent dans la méditation du pour et du contre ; ils reculent devant l'effort intérieur d'une résolution précise ; il faut leur apprendre à se déterminer après mûr examen. Les paresseux conçoivent des plans qu'ils n'exécutent pas, se bercent de bons désirs qu'ils n'exécutent pas : féconds en paroles, pauvres en œuvres ; il faut leur apprendre à remplir leur devoir sans tarder, sans le remettre au lendemain. Les inconstants changent de desseins tous les jours ; ils ne se plaisent que dans ce qu'ils ne font

pas; volontiers ils abandonnent le travail commencé pour courir des chimères ; il faut leur apprendre que l'action résolue, dès lors qu'elle est bonne, ne i'ùt-elle pas la meilleure en soi, doit être poussée jusqu'au bout, parce que rien ne stérilise plus une vie d'homme que de recommencer toujours. Il est évident que, par de tels exercices de volonté, l'homme acquiert sur lui-même un puissant empire, et qu'à force de se vaincre ainsi soi-même et de se commander, il devient capable d'avoir sur ses semblables une emprise efficace dont bénéficiera l'Eglise.

A former ainsi des hommes, nous donnons à nos jeunes gens l'Esprit du Dieu Créateur, Auteur de la nature. Mais ce n'est là que la moindre partie de notre tâche : car il nous reste à leur insuffler l'Esprit du Dieu Trinité, Auteur du surnaturel. Par là, nous leur ouvrirons le sein même de Dieu, nous les mettrons en communion avec la vie même des trois Personnes divines. C'est en participant à cette source sacrée qu'ils deviendront vraiment prêtres. Faisons des hommes, soit, Dieu le veut ; mais ne nous arrêtons pas en chemin, faisons des prêtres. Ce serait trop peu de développer la nature ; il faut, avec plus de zèle encore, créer le surnaturel.

Or, pour ne toucher ici le surnaturel que dans son principe, nous dirons qu'il est une lumière et un guide par la foi, qu'il devient une vie par la prière. Tout le surnaturel germera et fructifiera dans les âmes où nous aurons déposé, comme de précieuses semences, la foi et la prière.

Mais il est à remarquer que la foi est tout ensemble, une croyance et une règle : une croyance qui ne subsiste que par l'intégrité ; une règle qui doit guider tous nos jugements.

11 fut un temps où nous n'avions pas à veiller sur l'intégrité de la foi de nos séminaristes : on ne soupçonnait pas même qu'elle put être entamée. Nous n'avons plus, aujourd'hui.

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colle pleine sccurilé. Jusque dans les diocèses les plus isolés des mauvais contacts, la tentation contre la foi peut se faire jour et faire tomber certaines Ames. Point n'est besoin d'avoir lu des livres de mauvaise doctrine ni des périodiques suspects : l'atmosphère moderne est si imprégnée de miasmes dangereux que nos jeunes gens les respirent sans y prendre garde, dans leur famille, à la caserne, à travers leurs voyages : sous la mauvaise influence d'une heure d'ennui, d'une faute sensuelle peut-être, ou simplement à l'occasion d'une objection lue dans un manuel très inolfensif, les germes pernicieux se développent, produisent la fièvre de l'inquiétude religieuse, et amènent des âmes faibles à chercher la paix de l'esprit dans le sacrifice de quelques vérités mal interprétées. Nous n'ignorons ni ces crises ni ces chutes, si rares soient-elles. Aussi est-ce un devoir pour nous de veiller sur la foi de nos enfants. Nous avons îi leur dire que leur Dieu n'est le vrai Dieu que s'ils l'adorent tel que l'Eglise le leur présente, que leur foi n'est la vraie foi que si elle embrasse, sans retranchement, tout ce que l'Eglise nous impose comme objet de croyance. Notre vigilance doit s'exercer encore en faisant observer les lois de l'Eglise en ce qui concerne l'interdiction des livres et des périodiques. Mais pour que cette obéissance ne produise pas une préservation purement momentanée, il importe d'immuniser les âmes par des initiations opportunes. L'erreur, qui n'est cachée que pour un temps, prend un virus d'une violence terrible pour le temps où elle est révélée : c'est pourquoi elle doit être exposée avec prudence et réfutée avec force dans un temps, comme celui du Séminaire, où la lutte peut s'engager sans péril et avec efficacité. C'est en ce sens que notre enseignement doit être adapté et actuel. Nous travaillerons ainsi à garder l'intégrité de la foi, non seulement dans nos séminaristes, mais dans nos prêtres de l'avenir.

Toutefois la croyance n'est pas un dépôt inerle que nous tenons sous clef pour le mettre à l'abri des voleurs. C'est un principe de vie, un foyer de lumière et de chaleur, d'où doivent jaillir

PREMMINAIUES

les énergies suriialuielles que nous mellrons en œuvre. En conséquence, nos élèves apprendront, à notre école, comment ils doivent juger de toutes choses aux divines clartés de la foi. Les choses ne seront rien, pour eux, que ce qu'elles sont aux yeux de la foi. Que faut-il penser du monde, de ses biens, de ses honneurs, de ses plaisirs ? Ce que Jésus-Christ lui-même en a pensé, ce que les saintes Ecritures nous enseignent, ce qu'à travers les siècles le sens chrétien en a jugé. Que faut-il penser du temps présent, des événements qui s'y déroulent, des persécutions dont l'Eglise est l'objet, du triomphe apparent du mal, de certaines défections retentissantes qui nous affligent? Toujours ce qu'en a pensé Jésus-Christ, ce qu'en pense l'Eglise elle-même, ce qu'en pensent les âmes les plus profondément imprégnées d'esprit surnaturel. Que vaut la vie humaine, quel emploi en faut-il faire, quelles sont les déviations d'existence qu'il faut redouter, dans quelles voies faut-il s'engager ? Autant de questions qu'il ne faut examiner et résoudre que suivant les données de la foi. Autant la sagesse humaine est courte et souvent erronée sur ces problèmes fondamentaux, autant l'Esprit de Dieu a de profondeur et de sécurité. Et si la foi, non contente de projeter sa lumière sur tout ce qu'il importe à l'homme de savoir, met aussi au cœur de l'homme la force divine dont il a besoin pour suivre ses convictions, n'est-elle pas alors un principe complet de vie, une règle de jugement et un réservoir d'énergies ? Voilà ce qu'elle sera pour nos jeunes gens, si, constamment, nous leur faisons entendre son langage et recevoir ses impulsions.

Par la foi, nos séminaristes seront naturellement conduits à la prière ; leur foi aura besoin de s'épancher en prière ; la prière deviendra la garde sûre de leur foi. Grâce à Dieu, nos séminaires, sont vraiment des maisons de prière : le silence y entretient partout le recueillement, les exercices de piété y sont en honneur, le goût de Dieu règne dans tous les cœurs. C'est cet esprit d'oraison qui crée l'atmosphère surnaturelle que respirent si heureusement nos jeunes gens. Notre vigilance doit avoir à tache de ne point perdre cet état de ferveur religieuse. Aussi écartons-

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jious avec soin toul ce (jiii. par des rolalions avec le deliors, introdiiiiail la dissipation, et loiil ce qui, par une application trop exclusive à lélude, détournerait les Ames du sentiment habituel de la ])résen(e de Dieu. 11 y a là, au sujet du travail intellectuel, un problème dillicile à résoudre; car la i)assion de l'étude, si souhaitable dans le prêtre, rend souvent le cœur improj)re à la ])rière. Mais je n'hésite pas à dire que, si la science et la piété sont les deux yeux d'un bon prêtre, c'est dans celui de la piété (ju'il doit y avoir toujours le plus de flamme et de clarté. En conséquence, les exercices religieux seront, dans notre règlement, des points intangibles; le jour où nous remarquerions ([ue les courants intellectuels font baisser la piété, nous aurions hâte de ranimer, par un souflle religieux plus intense, la ferveur dans les âmes ; lorsque nous aurons à juger de l'avenir probable de nos jeunes gens, c'est au plus sincèrement pieux que nous ferons le plus volontiers crédit de notre confiance ; dans nos maisons, tout ce qui frappe les sens, tableaux, signes extérieurs, paroles publiques, exhortations privées, entretiens fraternels, musique sacrée, tout doit avoir pour but d'éveiller la pensée de Dieu, de provoquer l'union à Dieu, d'imposer comme une obsession de Dieu. Après avoir été ainsi plongés quatre ou cinq ans dans un milieu si surnaturel, comment nos séminaristes ne garderaient-ils pas, le reste de leur vie, ce besoin salutaire de Dieu ?

Voilà comment l'Esprit de Dieu, auteur du surnaturel, les pénétrera et élèvera à la hauteur même de la vie divine leur valeur humaine. De la sorte, l'humble limon, remis en nos mains, se trouvera animé du souille intégral de Dieu, du souffle du Dieu créateur qui fait l'homme, du souffle de Dieu-Trinité qui fait le chrétien et le prêtre.

Après avoir donné une idée générale de l'éducation des clercs, il me reste à dire brièvement quels en sont les agents.

r»i PRÉUMINAinES

Ils sont au nombre de trois : le supérieur du Séminaire, le corps des maîtres, le directeur de conscience. C'est par l'harmonieuse action de ces trois influences que se réalisera le programme d'éducation cléricale que nous avons tracé.

Au Supérieur est dévolu le rôle prépondérant. Fatalement, le- Séminaire qu'il dirige sera fait à son image. Que doit-il être i^

Sa tâche est multiple : il doit être à la fois administrateur, homme de discipline, l'âme de son Séminaire. Auquel de cestrois titres doit-il attacher le plus d'importance ?

Administrateur, certes, il doit l'être. Lors même qu'il n'est pas chargé des intérêts temporels, il est tenu de s'assurer qu& les ressources suffisent à la dépense, il veille à la propreté et à l'hygiène, il assigne les diverses fonctions à ceux qu'il juge les plus capables de les remplir, il prévient les difRcultés, adoucit les heurts, résout les conflits, en conducteur sage il régularise la marche de la communauté. Cependant, cette première tâche n'absorbe pas toute son activité. S'il n'était qu'administrateur, il n'atteindrait pas les âmes ; il aurait créé des cadrés, il n'y aurait pas mis la vie.

Homme de discipline, il doit l'être aussi. Personne, même, n'est obligé de l'être autant que lui. L'ordre de la maison est sous sa responsabilité. Non seulement il explique le règlement, mais il le fait observer, dans son intégrité, avec ponctualité. C'est pourquoi il a toujours les yeux sur sa communauté pour en suivre les mouvements ; il s'identifie avec elle, il participe à tous les exercices, il reprend les élèves irréguliers, les élèves dissipés, les élèves lâches au travail. Si indispensable que soit le bon ordre, cette seconde tâche du Supérieur n'épuise pas, néanmoins, tous ses devoirs ; une discipline exacte ne règle que le dehors : pour infuser la vie, le Supérieur doit pénétrer plus avant et devenir l'âme de son Séminaire.

L'âme du Séminaire, voilà bien la principale tâche du Supérieur. Et d'abord il doit être une âme, c'est-à-dire avoir une pensée, une pensée sur le Séminaire et le but qu'il y faut réaliser, avoir une ambition, l'ambition de former des prêtres

iMKi: (:i:m.u\i.f, i>k l edication dls gleucs o.)

t'rlaiivs cl apo.^lolicjurs. avoir une vie personnelle intense, dont le laYonnenienl pt-nètre tous ses élèves. Car il faut que son ;une se coniimiiruiuc : par ses exoni[)l(>s, par ses paroles, par son action immédiate sur chaque séminariste. C'est à lui qu'il appartient de créer le milieu, c'est-à-dire l'ensemble des conditions morales où vivront les séminaristes. A cet égard, la lecture spirituelle, qui lui permet d'exercer sur les élèves une emprise profonde, lui est une ressource hors de prix. Les meilleurs auteurs, les i)lus pieux, « Rodriguez » ; n'y valent pas sa })arole vivante. Ne pas y parler, c'est refuser son âme à sa communauté. Je conçois qu'on n'y parle pas toujours ; mais il faut en user assez pour que l'ànie y passe tout entière.

Le Supérieur ne porte pas seul le poids des responsabilités : ses collègues en portent aussi une part ; le corps des maîtres participe efficacement à la bonne marche de la maison.

Sans rien enlever à l'autorité que confère au Supérieur la nomination de l'Evêque et que lui reconnaît expressément le Concile de Trente, le Conseil des maîtres en modère utilement l'exercice et en fortifie opportunément l'action. Grâce au concours de ses confrères, les décisions sont plus éclairées, la direction générale plus égale et plus soutenue.

Hors de l'Assemblée, leur influence n'est pas moins salutaire.

En classe, ils façonnent l'esprit de leurs élèves. Personne n'ignore, en effet, à quel point les professeurs sont d'ordinaire maîtres de leurs élèves. Ce n'est pas en vain qu'on lès appelle des (( maîtres » : lentement, mais inévitablement, ils leur inculquent leurs doctrines, ils les pénètrent de leurs idées et de leurs sentiments, ils leur communiquent jusqu'à leur propre tempérament moral. Qu'ils usent de cette puissance en unité de vues, qu'ils la mettent, ainsi qu'ils en ont le devoir, au service de la pure doctrine de l'Eglise, qu'ils s'étudient à faire

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naître des incliiialions d'amour pour l'Eglise et de dévouement pour les âmes, il est évident que ce concert d'àmes collaborant à la même œuvre produira un entraînement irrésistible. J'ai souvent regretté que les maîtres ne prissent pas sulfisamment conscience de l'irrésistible force intellectuelle et morale que leur confère renseignement, surtout lorsqu'une parfaite entente règne entre tous.

Supposons maintenant que les maîtres, comme cela se pratique dans nos séminaires de France, mêlent leur vie à la vie de leurs élèves, qu'ils prient avec eux et à côté d'eux dans les exercices spirituels, qu'ils s'astreignent à la même discipline qu'eux depuis l'heure matinale du réveil, qu'ils prennent part à leurs récréations et à leurs conversations, outre l'impression profonde que produit l'exemple, n'est-il pas évident qu'il s'établiia, entre maîtres et élèves, des courants de sympathie tels que l'àme des maîtres passera dans l'âme des élèves. Les maîtres seront alors comme le ferment déposé dans la pâle. Le ferment est un germe qui, dès qu'il en a l'occasion, se développe, se multiplie, et bientôt envahit toute la pâte. C'est dans cette vue que la vie commune avec nos séminaristes vient de noiis être si vivement recommandée par notre Cardinal protecteur. Si le Supérieur restait seul à la maison avec ses élèves, il risquerait fort d'être tenu pour un gendarme chargé de maintenir l'ordre : encore y réussirait-il toujours ? Avec ses confrères, non seulement il forme un réseau de dicipline où se laissent doucement prendre les séminaristes, mais il donne à la maison cet air de famille qui gagne la confiance des jeunes gens.

A cette double influence du Supérieur et du corps professoral s'ajoute celle du directeur de conscience. Chaque séminariste a le sien ; il le nomme son « père » dans l'intimité, et ce n'est pas un vain mot, car le « père » l'engendre véritablement à la

lUKic (;i:m:iui.r dk i. i:i)i c.vtion dks cr.Kucs ;)7

vie sar<'r(l<»talo. Co n'(»sl pas assez qu'il entende sa confession ; il le dirige. 11 le dirige dès la confession, par des avis appro- })riés à son état de conscience ; il le dirige dans des cnlreliens particuliers, duiant lesquels il faroiinc son ànic comme le ])otier fait l'argile.

Le Supérieur jette ses idées comme une semence à travers les rangs de ses séminaristes ; les professeurs font de mémo. Si on s'en tenait là, que d'avis échapperaient k l'attention, que de conseils resteraient stériles ! Les jeunes gens connaissent peu leurs besoins ; ils sont sujets à de graves illusions ; volontiers ils appliqueraient à d'autres ce qui est pourtant à leur adresse. C'est l'œuvre du directeur de conscience d'ouvrir l'esprit et le cœur de son pénitent à la bonne semence, de lui découvrir son état, de lui révéler ses besoins, de lui appliquer les remèdes qui lui conviennent. C'est par son directeur de conscience que le séminariste se connaît, que le séminariste prend la résolution de se travailler lui-même, que le séminariste met de l'ordre dans rentreprise de sa formation morale, que le séminariste persévère dans le long cfl'ort qui corrigera ses défauts et développera ses vertus naissantes. Avec un confesseur, le séminariste purifie son àme ; avec un directeur, il la forme. Dès lors, ne soyons pas seulement des confesseurs mais soyons •aussi des directeurs. Ce sera dans nos mains de directeurs que s'achèvera l'œuvre de l'éducation des clercs.

Telles sont, ÎNlessieurs et chers Confrères, les pensées qu'il m'a paru utile de faire revivre en nos âmes, durant cette retraite, au sujet de la formation de nos jeunes gens. Je ne vous ai rien dit (pie vous ne sachiez déjà : car ces méditations nous sont familières à tous. Puissions-nous, en repassant la somme de nos devoirs, avoir renouvelé nos âmes dans le dessein de nous en bien acquitter !

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