‹ Contribution à l'Épidémiologie de la Fièvre TyphoïdeChapitre 5 sur 17 · A. — EXCRÉTION PAR LA VOIE RECTALE · texte numérisé non relu

A. — EXCRÉTION PAR LA VOIE RECTALE

A mesure que se sont perfectionnés les procédés en usage pour la recherche du bacille d'Eberth dans les déjections, la proportion des résultats positifs fournis par l'examen des gardes-robes des typhoïdiques est allée en s'élevant. En outre, des renseignements d'une assez grande précision ont élé recueillis, concernant l'époque d'apparition, la marche et la durée de lexcrétion du ba-

AO

cille d'Eberth par la voie rectale. Nous allons en donner un aperçu fidèle, dans les paragraphes qui vont sui-

vre.

a) À parlir de quel moment les gardes-robes d'un lyphique conliennent-elles le bacille d'Eberth ? Pendant combien de lemps ce bacille continue-t-il de figurer dans ces gardes-robes ? — Voici la réponse qu'avait faite à ces deux questions le professeur Chantemesse, dans son élude déjà citée (9) : « Il est difficile de constater la présence du bacille avant la période des ulcérations mtestinales ; il s'agit dans la plupart de ces cas d’une difficullé technique plus que d’une absence réelle, car, des germes morbides introduits dans le tube intestinal, avant même le début appréciable de la maladie, beaucoup doivent se trouver dans les fèces. À partir du dix-septième Jour (moment de Ia chute des escharres) et surtout du quatorzième au dix-septième jour, les bacilles d'Eberth se montrent en grand nombre dans les gardes-robes; toulelois, les cas où l'on compie mille colonies typhiques par centimètre cube sont rares, À partir du vingt-deuxième Jour, dans la forme moyenne de la maladie, les germes ont disparu. Il n'en est plus ainsi quand l'affection se prolonge ou qu'il survient des rechutes. À chaque reprise on voit reparaitre les bacilles d'Eberth dans les gardes-robes. »

Nota.— Pour les indications bibliographiques, voir l'index placé à la fin de notre travail,

= loves

Les recherches faites depuis lors ont donné des résultats qui ne s'accordent qu'en partie avec ceux annoncés par Chantemesse.

Voici, par exemple, en quels termes Frosch (21) a rendu compte des résultats des observations faites au cours de la fameuse enquête sur la fièvre typhoïde dans le cercle Trèves, résultats relatifs à la marche de l’excréuion du bacille d'Eberth chez les typhiques :

« Il s'est fait voir qu'assez souvent les bacilles se montrent en abondance au début de la maladie, et qu'ils deviennent plus rares à la période d'acmée. Maintes fois il à été impossible de les découvrir dans des gardes-robes de forme et de couleur-typiques. À partir de la troisième semaine de la maladie, on réussit de nouveau à déceler leur présence plus facilement et plus souvent. Pendant la convalescence ils surgissent souvent avec une abondance étonnante. Dans S1 % environ des cas où sa recherche a donné un résultat positif, cette excrétion de bacilles a persisié Jusqu à la troisième ou quatrième semaine qui a suivi la déjervescence ; dans un certain nombre de cas, sa durée a été notablement plus longue. La question de savoir s'il existe une relation fixe entre la gravité de la maladie et abondance de l'élimination bacillaire n'a pu être tranchée au cours de la première année de fonctionnement de la commission d'enquête. Souvent on a constaté des évacuations très abondantes de bacilles, chez des malades atteints d’une fièvre typhoïde lésère La commission a été à même de vérifier (chez 50-75% des malades) le fait déjà connu comme quoi, à partir

ACTE de la troisième semaine environ, l'urine des typhiques contient très souvent des bacilles d'Eberth en très grand nombre, comme dans une culture. Dans deux cas, la recherche du bacille typhique dans le produit de l’expectoration pulmonaire a donné un résultat positif au D' Kremsé, attaché à la commission, à litre temporaire.»

Pour ce qui est de la durée que peut atteindre l’excrétion du bacille d’Eberth chez les anciens typhiques, Frosch se bornait à dire, qu'à s’en rapporter à certaines observations bactériologiques, elle pouvait dans quelques cas se chiffrer par un grand nombre d'années. « La durée la plus longue, démontrée par voie bactériologique, ajoutait-il, concerne un des premiers cas datant de février 1902 ; d'après une communication du D' Link, au cours de l'été 1906 le sujet évacuait encore des bacilles typhiques par quantité aussi grandes qu’au début. »

Une observation de Huggenberg (25 bis), dont il sera question plus loin, démontre que cette durée peut dépasser trente ans !

Les résultats obtenus par von Drikalski (15), et relatis à la recherche du bacille d'Eberth, dans les déjecions des typhiques, se trouvent résumés dans le tableau suivant :

La présence du bacille d'Eberth dans les gardes-robes a été constatée :

Dans 15.6 % des cas, du 1* au 5° jour de la maladie

LEE — 6 — 10° — — nr A — 11° — 20° + -- == A EEE —. 21° — 27 — — nn A — de la 8° à la 11° semaine — 47 % — après trois mois et plus

Voici, d'autre part, les résultats obtenus par Matthes et Neumann (39) chez 95 typhiques, au cours d'une épidémie propagée par l'eau potable contaminée :

La présence du bacille d'Eberth dans les gardes-robes

a été constatée : .

Dans 7.5 % des cas au cours de la 1" semaine

an MU Le, Cnil és 0.

lb HUE = Nr — — en — RIT ME ETUNONREE BTE SUCRES a un — No M DT — — PACA nl —

Les chiffres suivants traduisent les résultats obtenus par G. Simon (53) qui a examiné 3.150 échantillons de gardes-robes provenant de 880 typhiques :

La présence du bacille d'Eberth dans les gardes-ro-

bes a été constaté :

Dans 9.6 % des cas au cours de la 1° semaine

— 202% — — en — — 189% — — DU — 138 % — — Æ — — 9.3 & RIRE D DL — — 6.6 — — 0 — — RUES — — 1.

= 3.8 % — 2" SU == DD — == DRE — DES — — 10° — — IN — —, il — Le 0.9 % — — 1222 — CENTS — PAS — — 1Æ — — 0.1 % — 1419 — 0.7 % — — 16 —

Les recherches faites par deux médecins militaires allemands, les D Simon et Dennemark (54) ont abouti aux constatations suivantes, qui résument assez fidèlement les résultats des recherches entreprises jusqu’à ce jour pour nous éclairer sur le point de savoir combien de temps les personnes qui relèvent d'une atteinte de fièvre typhoïde secrètent des bacilles d'Eberth avec leurs ièces :

Dans les deux tiers des cas les convalescents qui relèvent d’une fièvre typhoïde excrètent des bacilles d'Eberth avec leurs gardes-robes. Cette excrétion se fait par poussées. Règle générale, elle touche à sa fin,

a LC ÈE au bout de trois semaines. On peut être à peu près cerain qu'elle est terminée, quand cinq examens successis des fèces, pratiqués à des intervalles de trois jours,

ont donné des résultats négatls.

D'après Schneider (51 bis), 3 % des typhiques deviendraient des excréteurs chroniques du bacille d'Eberth ; Park (43 bis), estime cette proportion à 6 %.

Maintenant que nous voilà fixé sur la marche de Fexcrétion du bacille d'Eberth par lx voie rectale, pendant el après une attemte de fièvre typhoïde, sur sa durée habituelle et sur la possibilité de sa persistance très longue, sinon indéfinie, il nous faut examiner le point de savoir ce qu'il faut entendre par les dénominations de « porteurs chroniques du bacille d'Éberth » et de « bacillijères éberthiens », qui sont devenus d'emploi courant, dans ces derniers temps, alors que leur exacte si-

gnification prête encore matière à discussion.

b) Que faut-il entendre par porteurs chroniques du bacille d'Eberth ? Il semble que la réponse à donner à celte question soit des plus simples. Il semble qu'elle puisse tenir dans ces quelques mots : Les porteurs chroniques du bacille d'Eberth sont des individus qui, pendant des périodes de temps relativement longues, pendant des mois ou des années, excrètent le bacille d'Eberth avec leurs déjections et peuvent ainsi contagionner leurs semblables, sans présenter le moindre symptôme de fièvre typhoïde, sans que rien, dans leur manière d'être, soit de nature à déceler le microbisme latent dont ils sont

détenteurs.

Les auteurs allemands qui se sont plus particulièrement occupés de cette question n'ont pu s’accommoder d’une définition aussi simple. Ils ont cru devoir établir une distinction, imcontestablement subtile, entre les porteurs chroniques du bacille d'Eberth, qui ont eu antérieurement, d'une façon bien avérée, une atteinte de fièvre typhoïde, et ceux qui sont ou croient être restés indemnes d’une telle atteinte. C’est à ces derniers que Frosch, par exemple, réserve le nom de bacillifères éber-liens (Bazillentraeger), tandis qu'il désigne les premiers par excréleurs chroniques (Dauerauscheider) du bacille en question. C’est ce dont fait foi la citation sui-

vante :

« Les bacillifères sont des personnes bien portantes de.

l'entourage des dothiénentériques, qui, sans devenir malades d'une façon apparente, accueillent et hébergent en elles le contage infectieux et peuvent ainsi transmettre l'infection à d'autres personnes ; au contraire, chez les excréleurs chroniques, il s’agit de personnes qui ont été malades précédemment, et qui, une fois guéries, ont conlinué de recéler des bacilles typhiques dans leurs déjections, pendant un laps de temps msolite. »

Or, du propre aveu de l’auteur que nous citons, « il est impossible, la plupart du temps, de trancher la queslion de savoir si les bacillifères sont des personnes dont effectivement la santé n’a subi aucune atteinte, ou si chez elles également il y à eu antécédence d'une affection (fièvre typhoïde) très légère. Etant donnée la difficulté d'en faire la preuve, 1l y a lieu de laisser indécis le point de savoir si réellement des sujets de notre es-

ER Tes

pèce, qui n'ont pas eu la fièvre typhoïde à une époque antérieure, recueillent en eux des bacilles typhiques et les hébergent dans leurs organes, sans présenter pour cela la moindre manifestàtion morbide. » Aussi Frosch n hésite-t1l pas à convenir « qu’il ne sera pas toujours facile de tracer la ligne de démarcation qui sépare les bacillifères (éberthiens) des anciens typhiques qui conünuent d'excréter d’une façon persistante le bacille.

d’'Eberth. ».

Conradi (10) a fait une autre distinction. Jusqu'’alors, écrit-1l dans un mémoire sur la contagion de la fièvre typhoïde, on a distingué des bacillifères bien portants et d’autres qui sont devenus des excréteurs chroniques, à la suite d’une atteinte de dothiénentérie. Or, il lui a semblé plus rationnel de distinguer trois catégories (de bacillifères, qu'il a respectivement qualifiées de primaires, secondaires, tertiaires.

Par primaires il entend les personnes qui, ayant subi une infection typhique, n’ont pas présenté de manilestations morbides et excrètent néanmoins des bacilles d'Eberth pendant une période de temps plus ou moims longue.

La qualification de secondaires doit être attribuée aux bacillifères qui, ayant été atteints de la fièvre typhoïde et se trouvant guéris, continuent, plus de 10 semaines après le début de la maladie, à excréter le bacille - d'Eberth, d'une façon transitoire, ou par poussées el

intermittences.

OR

Enfin les bacillifères'{erliaires sont des personnes qui, à la suite d'une atteinte de fièvre typhoïde, hébergent le bacille d'Eberth dans leurs organes et l'excrètent d’une facon durable, persistante.

Ces distinctions sont assez subtiles, pour qui n'envisage que le côté pratique des choses. Au fond, de quoi s'agit-il, somme toute? D'un microbisme latent, car il ne se révèle à nous par aucune manifestation extérieure, par aucun trouble appréciable, microbisme latent qui se rencontre tantôt chez d'anciens typhoïdiens, tantôt chez des personnes qui, semble-t-il, n’ont jamais eu la fièvre typhoïde, à s'en rapporter à leurs propres dires. Or, la question, intéressante par excellence, au point de vue pratique, est de savoir si ce microbisme latent comporte des dangers de contamination, s'il peut concourir à propager la fièvre typhoïde, et si oui, dans quelle mesure 1l participe à cette propagation. Nous sommes ainsi amenés à examiner les deux questions suivantes : Existet-1l des faits démontrant que les porteurs chroniques du bacille d'Eberth, qu'ils aient eu, ou non, la fièvre Lyphoïde, jouent un certain rôle dans la propagation de la fièvre typhoïde ? Quelle est l'importance de ce rôle, à en juger par la fréquence du microbisme latent que réalisent les porteurs chroniques du bacille d'Eberth ?

C'est de cette seconde question que nous allons nous occuper d'abord.

c) Que savons-nous de la fréquence du microbisme lalent réalisé par les porleurs chroniques du bacille

Er NE

d'Eberth? De l'ensemble des données statistiques que nous avons exposées précédemment il résulte que sur l'ensemble des convalescents qui relèvent d'une atteinte de fièvre typhoïde, 33 % environ excrètent des bacilles d'Eberth pendant plus de deux semaines, Voilà un chiffre qui nous laisse entrevoir quelle peut être approximativement la fréquence du microbisme éberthien latent, chez les anciens {yphiques.

Peu nombreux sont les documents susceptibles de nous renseigner sur la fréquence de ce même microbisme Jatent chez les sujets qui n’ont ou supposent n'avoh: jamais eu la fièvre typhoïde.

D'après P. Klinger (31), du 1° juillet 1903 au 31 mars 1905, on a eu l’occasion d'observer à l'Institut bactériologique de Strasbourg, 23 personnes, qui excrétaient le bacille d'Eberth, tout en étant en état de parfaite santé physique, ou tout au moins sans avoir présenté les symptômes spécifiques de la fièvre typhoïde. Tous ces porteurs chroniques du bacille d'Eberth évacuaient ce bacille avec leurs gardes-robes.

De ces 23 bacillifères ébertbiens, 11 avaient été recrutés sur un total de 1.700 sujets bien portants, examinés, dans l'intervalle de temps susdit, en raison de ce qu'ils avaient été en contact avec des dothiénentériques. Chez la plupart des 11 sujets de cette catégorie, la présence du bacille d'Eberth dans les gardes-robes n'a pu être constatée qu'à titre tout à fait accidentel : chez 9, une seule fois : chez un autre, à trois reprises différentes en

l’espace de quinze jours, et chez un dernier quatre fois

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