II. — Autres TERMINALIA utiles
Avant de quitter le genre Terminalia auquel appartiennent les Myrobalans, il convient de dire quelques mots des autres plantes ou parties de plantes appartenant à ce genre et employées à divers titres aux pays d’origine.
Notons d’abord que les amandes du T. Chebula sont comestibles (1). On retire de ces amandes une huile claire, transparente, fluide, presque incolore, employée aux Indes en médecine (2).
De l’amande du T. Belerica , on extrait également une huile « propre à faire croître les cheveux » (3) / Le suc de l’écorce de ce même arbre apaise les coliques.
Le Kumbuk, ou écorce de T. glabra , est très recherché pour son écorce par les tanneurs indigènes et donne au cuir cette couleur Touge-brun si particulière aux cuirs de Ceylan (4).
Le tronc des T. Chebula , Bellerica , Catappa , tomentosa et arjuna laisse écouler une gomme employée dans les pays d’origine. Celle du T. Bellerica est même indiquée comme substitution à la gomme arabique (5).
Dans l’Inde méridionale, le jus des feuilles de T. Catappa sert à faire un Uniment contre la gale, la lèpre et autres maladies de peau (6).
A l’ile Maurice (7), le cœur du Badamier ou T. Catappa , bouilli dans l’eau, arrête, dit-on, la diarrhée. Les sommités sont employées de même contre la dysenterie.
(1) Pharm. Journ., sér. 3, t. 19 1888-89, p. 225.
(2) G. Watt, loc. cil. vol. VI, part. IV, p. 25.
(3) Mérat et de Lens, loc. cit.
(4) Man. et Cat. off. de la section de Ceylan, loc. cit. p. 109.
(5) Dymock, Warden et Hooper, loc. cit. vol. I, p. 554.
(6) G. Watt, loc. cit., p. 23.
(7) D1 2 3 4 5 6 7’ Cl. Daruty, Loc. cit., p. 43 et 49.
Quant à l'écorce, elle est astringente et riche en tannin ; les indigènes en font une encre de bonne qualité.
L’écorce et la gomme du T. tomentosa W. et A. ont fait l’objet de recherches assez intéressantes. C’est ainsi que P. Braxdt(I) et D’ S. Rideal (2) ont donné l’analyse suivante de la gomme :
Humidité 17,50 %
Cendres 0,66 %‘
Viscosité n — 0,06510
Poids spécifique, solution à 10 %' 1,017
— solide 1,904
Azote 0,069 %
Couleur : jaune translucide.
Goût : nul.
Odeur: de cuir.
Elle est soluble en partie et donne une solution jaune pâle.
La solution à 10 °;0 a les caractères suivants :
1° chauffée avec P.E. de soude normale elle donne une coloration jaune ;
2° avec une solution concentrée de borax elle s’épaissit;
3° précipite avec le sublimé;
4° se gélifie avec le perchlorure de fer.
Elle donne une colle de bonne qualité.
L’écorce du T. tomentosa sert aux Indes dans l’industrie du tannage ; la couleur qu’elle donne au cuir est brune ou chamois.
Le fruit est une sorte de Myrobalan mais bien moins estimé que les autres par les tanneurs.
Outre la gomme dont nous avons parlé plus haut et dont les emplois sont assez peu connus, le T. Arjuna Bedd., ou Kahu, fournit encore une écorce dont on extrait, dans l’Inde, par ébullition, une teinture brun foncé dite Khaki. Pour fixer cette couleur, on se sert des cendres du bois de ce même T. Arjuna • L’écorce est très riche en tannin, 15 %. Il n’en est pas de même du fruit qui n’est pas employé (3).
(1) Brandt, Pharmacognostiche Studien über einige, bis jetzt noch venig bekannte Rinden Inaugural Diss. Dorpat, 1894, p. 30.
(2) Rideal, Pharm. Journ., 3e série, t. 22, 1891-92, p. 1075.
(3) G. Watt, Loc. cit., vol. VI, part. IV, p. 16.
En médecine, l’écorce de T. Arjuna esl recommandée par les écrivains sanscrits comme tonique, astringente et rafraîchissante. Elle servirait aussi, d’après les mêmes auteurs, dans les fractures et contusions avec ecchymoses.
Fig. XXV. — Coupe trausv. de Fécorce de Terminalia Arjuna , Beddv G = 68. — s, suber ; c, oxalate de Ca ; fibres ; l, liber.
A l’examen microscopique, (Fig. XXV), cette écorce te montre constituée par un suber très aplati et tellement rempli de tan nin qu’il forme une large bande brune, visible à l’œil nu.
Au-dessous de cette bande, une dizaine d’assises de cellules subéreuses, rectangulaires, moins aplaties que les premières et riches aussi en tannin. Puis vient le tissu parenchymateux à parois minces, parfois un peu ondulées, mais plutôt rectangulaires et disposées tangentiellement. Dans ce parenchyme viennent aboutir les rayons médullaires qui s’épanouissent en éventail. Ils sont formés de cellules cubiques à parois minces et ne contiennent ni cristaux ni fibres. Les cônes libériens très effilés sont composés de cellules plissées et présentent des strates d’oxalate et des fibres dont le nombre augmente à mesure qu’on examine la partie interne de l’écorce.
Enfin, dans le parenchyme et surtout dans le liber, on trouve d’énormes cristaux d’oxalate en oursins qui peuvent atteindre des grosseurs variant entre 270 p sur 140 y. et 140 p sur 120.
Le jus des feuilles du T. Arjuna calme, parait-il, des douleurs d'oreilles (1).
Les indigènes emploient le jus des fleurs fraîches du T.paniculata , mélangé à la racine parwel ( Cocciilus villosus). comme remède contre le choléra et dans l'empoisonnement par l’opium (2).
Enfin il faut signaler particulièrement les emplois du T. Ben z o in L. ou T. mauritiana .
Aux Indes, on se sert de son écorce ainsi que de la gomme qui découle des blessures faites à l’arbre.
Cette gomme, dit le D1 Royle (3), se présente en longs morceaux blancs et brun clair qui s’écrasent entre les doigts. Elle renferme de l'acide benzoïque et, de ce fait, est employée comme encens dans les églises de l’île Maurice.
C’est également la présence de l’acide benzoïque, beaucoup plus que la structure de la gomme elle-même, qui a contribué à faire donner à cet arbre le nom de T. Benzoin ou Benjoin de l’Ile Maurice.
Quant à l’écorce, sa structure est la même exactement que celle que nous venons de décrire à propos du T. Arjuna . Elle comprend, en effet, une assise subéreuse à cellules plus ou
(1) Ainslie, Mat. Ind., II, 193 (sous le nom de T. ctlata, Kœn).
(2) G. Watt, Loc. cit., p. 22.
(3) Cooke, Report of the gunis, Loc. cit. , p. 26.
moins plates, (les cônes libériens allongés et présentant des couches alternatives de fibres et d’oxalate ; mais on n’y trouve pas, comme dans l’écorce de T. Arjuna , de gros cristaux d'oxaîate groupées en oursins.
Cette écorce est astringente, emménagogue, sudorifique. Elle entre dans le remède de Lagravelle, ou mauvis, utilisé contre la dysenterie, et dans une formule contre la gonorrhée, remèdes employés l’un et l’autre dans l'ile Maurice (1).