IV. — Le KINKÉLIBA
En 1889, le R. -P. Raimbault, missionnaire apostolique, envoyait à M. Hœckel une assez grande quantité de feuilles d’une plante arborescente de l’Afrique occidentale, qu'il lui signalait comme ayant, à sa connaissance, donné, en décoction,
(1) Cl. Daruty, Loc. ait., p. 46 et 67,
(2) Cl. Daruty, Loc. cit., p. XXXIX.
(3) Dr J. Régnault, La Pharm. sino-annamite. La Pharm. Française, t. 8, 1904, p. 283.
(4) Dragendorff, Die Heilpflanzea (Stuttgart, 1898).
les meilleurs résultats curatifs dans les cas de fièvre bilieuse hématurique.
Ce végétal, appelé Kinkéliba en langue Soso, fut étudié par MM. IIœckel et SchlagdeniiAuffen. Nous avons dit, dans un chapitre antérieur (Etude des Genres), que M. Hœckel en a fait, à tort, une espèce nouvelle qu'il a nommée Combretum Raimbaulti, et nous avons démontré que le Kinkéliba est bien le C. micranthum Don., appelé encore C. parviflorum \\ eich., C. ait um DC, mais qu’il ne doit pas être confondu |avec le C. glutinosum Guill. et Perr.
Dragendorff (1), en 1898, classe, dans son ouvrage, le C. micranthum parmi les plantes utiles.
Plus récemment encore, le Dr A. Mesnard (2) en signale l’emploi de préférence kl' ergot de seigle, le Ratanhia, YHamamelis virginie a , le monésia , le perchlorure de fer , la quinine , dans le traitement de l’hématurie à Madagascar et à la côte d’Afrique.
L’analyse du Kinkéliba ne semble pas avoir donné de résultats bien probants, en ce qui concerne la présence d’un principe réellement actif. M. Schlagdenhauffen (3) a pu isoler des feuilles un tannin et constater la présence d’azotate de potassium : ce qui en ferait un tonique et un diurétique, comme beaucoup de plantes des terrains sablonneux.
Le Kinkéliba, qui est désigné dans les différents dialectes africains sous les noms de Késèouy Sèhèou , Sérèou (Wolof),
///(Foulbé), Paquia-Karo (mandingue de Sedhiou, en Casamance), constitue l'un des médicaments les plus courants de la médecine indigène . On emploie les feuilles en décoction, et il y a tout lieu de croire, dans une certaine mesure, à son efficacité réelle. Il mérite donc d’attirer à nouveau l’attention ; mais l’on ne devra pas oublier, en entreprenant de semblables recherches, que des espèces voisines pourront se trouver mêlées avec la plus grande facilité, au véritable Kinkéliba.
(1) Dragendorff, Loc. cit.
(2) D‘ Ars. Mesnard, Trait, de T hématurie par le Combretum. Bull. Sc., Ph., t. VI 1902, p. 100.
(3) Hœckel, Rép. de Pharm ., Paris, 1891, 3e série, III, 246.
La plus grande circonspection sera de rigueur pour les expériences à entreprendre, et il faudra établir un contrôle sévère sur l’origine authentique de la drogue, du moins jusqu’au jour où l’on aura pu s’assurer que les espèces voisines du Combretum ne sont pas entièrement dépourvues d’action thérapeutique.
Devant les affirmations des voyageurs ayant habité les régions où le Kinkéliba jouit d’une réputation qui paraît méritée, nous le répétons, il serait bon de reprendre l’étude chimique, physiologique et thérapeuthique de cetle drogue ; car nous ne devons pas oublier que la lièvre bilieuse hématurique, dont elle serait un des agents de guérison, constitue l’un des véritables iléaux qui accablent l’Européen sous les climats tropicaux (1).