ADR
La recherche des bacilles de Koch par les méthodes d’Ehrlich, de Ziehl, de Kühne (recommandée par Borrel), et répétée sur un grand nombre de coupes de tous les fragments fixés, donna des résultats négatifs.
Dans des cas analogues de tuberculose primitive de la rate, rapportés par Moutard-Martinet Lefas et par Rendu et Widal, onne put voir de bacilles; on sait du reste la difficulté de cette recherche dans beaucoup de tuberculoses localisées.
Du reste, le résultat de l'examen histologique en lPabsence même des bacilles et de foyers caséeux ne fait aucun doute. Les tubercules étaient trop nombreux et trop typiques, avec cellules géantes centrales, cellules épithéliales et lymphoïdes disposées d’une façon caractéristique, pour que nous ayons pu être trompés par des formations accidentelles étrangères ; sur chaque coupe on trouvait ces tubercules isolés ou réunis en petits groupes, mais non confluents, ni amassés en foyers avec nécrose centrale. Ils étaient en partie développés dans les corpuscules lymphatiques, reconnaissables à leurs lymphocytes groupés autour de lartériole. D'autres apparaissaient directe: ment développés dans la pulpe, car on ne voyait pas de vaisseaux voisins, et les cellules lymphoïdes de la zone périphérique étaient disposées moins régulièrement que dans les corpuscules. On note de très nombreux tubercules sans cellules géantes, avec seulement cellules épithélioïdes au centre, certaines avec début de nécrose. Le tissu de la pulpe était plus épais et d'apparence moins réticulé, par augmentation des cellules fixes. GCà et là disséminés, surtout au voisinage des tubercules, existaient de petits foyers hémmorragiques, dont quelques-uns anciens étaient représentés par des amas de pigment au milieu d'une aire de
tissu sclérosé. Les tubercules ne paraissaient pas épaissis,
Observation V (AcHArD ET CASTAIGNE).
Tuberculose primitive de la rate.
Galv.… (Henri), âgé de 38 ans, entre à l'hôpital Tenon, le 26 avril 1897, pour une phlegmatia alba dolens du membre inférieur ‘gauche, Ses antécédents morbides sont à peu près nuls ; ses parents sont morts très âgés : il n’a pas de frère ; lui-même à toujours été très bien portant : il ne se rappelle pas avoir été alité depuis son enfance. Points importants à signaler : il n’est pas tousseur, il n’a jamais eu de crises impaludiques et n’a pas habité de pays marécageux ; enfin il nie la syphilis et n’en porte aucun stigmate.
La maladie actuelle semble remonter au commencement d'avril ; pour la première fois, à cette époque, il ressent une violente douleur à la base du thorax, du côté gauche, en même temps qu'il a un peu de fièvre et qu'il tousse. Il se présente, le 6 avril, à la consultation de l'hôpital Beaujon, où on lui parle de grippe et de congestion pulmonaire. On Jui ordonne une potion destinée à calmer sa toux, et on lui recommande de venir se faire poser des ventouses sèches pendant trois matins de suite, ce qui fut fait. A la suite de ce traitement, le malade se trouva un peu soulagé et il reprit son travail, mais au bout de quinze jours, il fut obligé de recesser de nouveau parce que sa jambe gauche était ædématiée et douloureuse. Il se reposa encore quelques Jours chez lui, mais les phénomènes mor. bides ne s’amendant pas, il se décida à entrer à l'hôpital le
26 avril.
A son entrée, l’attention est immédiatement attirée du côté
— 105 — è \ de son membre inférieur gauche : le malade est couché sur le dos, ayant la cuisse en extension et légèrement en abduction, tandis que la jambe légèrement fléchie sur la cuisse, repose sur le plan du lit par sa face externe. Dans toute son étendue, et jusqu’à la racine de la cuisse, il s’agit d’un œdème dur dans lequel le doigt peut à peine former un godet. La rotule est légèrement soulevée par du liquide, et les euls-de-sac synodiaux sont distendus. Sur le fond blanc de l’æœdème, on voit des veines bleuâtres qui sillonnent tout le membre, et l’on juge inutile de rechercher l’existence de cordons veineux ; il ne peut s’agir, en effet, que d’une phlegmatia qui a débuté par le pied gauche ; puis a gagné rapidement la jambe et la cuÿsse. Reste à savoir sous quelle influence s’est développée cette phlegmatia. Nous croyons pouvoir rejeter l'hypothèse d’une phlébite survenue par infection secondaire chez un cachectique cancéreux ou tuberculeux ; le malade a été pris rapidement, presque en pleine santé, et d’ailleurs on ne trouve du côté d'aucun organe des signes de tuberculose ou de cancer. En revanche, on trouve dans les antécédents morbides du malade la donnée d’une infection grippale récente, et il semble logique de supposer qu’à l’occasion d’une grippe à forme thoracique s’est développée une phlébite engendrée, soit par linfection grippale, soit par une infection associée.
D'ailleurs cette phlébite ne saurait être que l’expression d’une infection atténuée : le facies est bon, le malade n’est pas amaigri, il n’a pas de fièvre, et son membre inférieur gauche, immobilisé soigneusement dans une gouttière, devient de jour en jour moins douloureux, Son eœur bat normalement à 72; il reste à peine, du côté du poumon, un peu de faiblesse du mur-
mure vésiculaire à la base gauche.
nee ©
Fe Û ” <
Les symptômes morbides se déroulèrent ainsi jusqu’au 13 mai sans qu'aucun changement notable survint dans l’état du malade: il semblait plutôt s'améliorer, et la question se posait de savoir à quel moment on pourrait retirer la gouttière. Mais le 14 mai, la température, qui depuis l'entrée du malade s'était maintenue au-dessous de 38°, monte le matin à 379 et le soir à 38°5 ; le lendemain même elle est de 38°7. En même temps, on s’aperçoit que la racine de la cuisse droite devient douloureuse, puis s’œdématie, et très rapidement le malade a le membreinférieur droit dans le même état que le gauche. Puis les signes généraux ne s’amendent pas, bien au contraire. La fièvre persiste, s'élevantquelquefois à 40° et au-dessus, retombant d’autres jours aux environs de 38° et même une seule fois à 368. Les urines, dont letaux et la composition avaient été jusque-là normaux, diminuent de quantité pour tomber à un demi-litre et au-des-
sous en même temps qu'apparaissent des traces d’albumine.
L'état de la perméabilité rénale, recherché par l’épreuve du
bleu de méthylène montre, lors d’ane première injection, une élimination normale ; à la seconde épreuve, il y a un retard pour le bleu, mais non pour le chromogène ; huit jours plus tard, il y a retard à la fois pour le bleu et pour le chromogène.
D’après l’ensemble de ces symptômes, on pouvait supposer que l'infection, d’abord localisée aux veines du membre inférieur gauche, avait peu à peu exalté sa virulence, atteignant le membre inférieur droit, donnant lieu à de la fièvre à grandes oscillations, et entraînant une altération progressive des éléments nobles du rein. Aux phénomènes de toxi-infection, on pouvait rattacher aussi le développement des troubles gastro-intestinaux consistant en une anorexie marquée pour tous les aliments et
une diarrhée incoercible,
Toutefois, songeant encore à la possibilité d’un cancer ignoré du tube digestif, nous tentimes un examen rapide du suc gastrique qui nous sembla normal et nous examinâmes le sang, tant au point de vue de la forme que de la quantité de ses globules. Nous ne trouvämes aucune modification dans le diamètre ni la configuration des hématies et nos numérations nous donnèrent 3.200.000 globules rouges, {tandis que la richesse en hémoglobine, mesurée parle procédé de Hayem, était de 2.500.000, ce qui portäit à 0,8 la valeur globulaire. Le nombre des globules blancs était de 6.200. :
On ne retrouvait donc ni la déformation des globules, ni la leucocytose ordinaire dans le cancer ; aussi en revint-on à l’idée d’une infection ayant eu pour point de départ les phénomènes broncho-pulmonaires constatés à Beaujon.
Quant à la nature de l'infection, nous essayâmes, à différentes reprises, de la déterminer en recueillant du sang par ponctions dans les veinesdu pli du coude, mais nos cultures, qui ne furent
faites d’ailleurs qu’en milieux aérobies, restèrent toujours ) ]
négatives.
Quoi qu’il en soit, l’état général s’aggravait de jour en jour, le taux des urines diminuait, la fièvre restait maintenant stationnaire aux environs de 40°5; le système nerveux, indemne jusqu'alors, réagissait à son tour, et le malade présentait pendant quelques jours des phénomènes ataxo-adynamiques, puis tombait dans le coma et mourait le 12 juin, c’est-à-dire deux mois et six jours après qu’il eût ressenti pour la première fois des douleurs dans le flanc gauche.
À l’autopsie,la constatation qui tout de suite attire l'attention est l’existence d’une rate énorme occupant la plus grande