‹ Contribution à l'étude anatopathologique des épithéliomas adamantinsChapitre 24 sur 26 · ACT. RE · texte numérisé non relu

ACT. RE

Kruse (1) publie en 1891 un fort intéressant mémoire sur une série de trois observations de tumeurs adamantines.

Le premier de ces faits concerne un homme de 21 ans, atteint d’une tumeur du maxillaire inférieur droit, ayant débuté, il y à dix ans, à la suite d’une poussée de périostite alvéolo-dentaire. La tumeur a le volume d’un œuf d’oie et s’est développée entre les deux tables de l'os. La muqueuse gingivale est soulevée par la tumeur, mais paraît saine ; les dents, sauf la canine et une prémolaire, sont tombées. À l’œil nu, pas trace de kystes.

Au microscope, on voit dans le stroma de la tumeur de nombreuses travées épithéliales dont les éléments sont peu différenciés. Les cellules de ces cordons épithéliaux revêtent le type polyédrique et on ne trouve de cellules cylindriques qu’au niveau de l'extrémité terminale renflée en massue de ces cordons. Quelquefois même existent en ces points de petits kystes microscopiques. Kruse comparé ces formes épithéliales à celles de la lame épithéliale et des cordons folliculaires.

La seconde tumeur a été enlevée chez une jeune fille de douze ans. ‘Elle s’est développé en un an, en s’accompagnant de poussées fluxionnaires assez intenses du côté des dents qui sont tombées. Le néoplasme est partout entouré d’une coque osseuse et soulève la muqueuse gingivale qui ne lui adhère pas. Sa masse principale est molle, d'aspect vitreux ; en arrière existe un kyste assez volumineux à parois lisses, à contenu clair.

Au sein du stroma conjonctif de la tumeur, le microscope montre des travées épithéliales de cellules polyédriques analogues aux précédentes ; mais la plupart de ces productions présentent une phase de différenciation plus élevée. Les amas cellulaires, avec leur bordure périphérique de belles cellules cylindriques et leurs cellules centrales aplaties ou étoilées, ont exactement la même structure que des organes adamantins jeunes, tels qu’on les observe par exemple chez des embryons de six mois. Beaucoup de ces amas présentent une tendance nette à la formation de kystes, par suite de la dégénérescence « muqueuse » de

leurs cellules étoilées centrales.

(1) KruSE, Sur le développement des tumeurs kystiques du maxillaire inférieur. Arch. f. pathol. Anat., CXXIV, p. 1.

Po life

Le troisième cas a été observé chez une femme de 40 ans. La tumeur a apparu, il y a 48 ans, à la suite d’une extraction dentaire, sous forme d’un épaississement périostique qui a grossi lentement jusqu’à nécessiter la résection du maxilliaire inférieur droit. L’os est complètement envahi par le néoplasme qui a écarté ses deux tables. La tumeur est composée d’une multitude de kystes dont le volume varie de celui d’un œuf à celui d’une tête d’épingle et de masses solides et dures parcourues par des travées osseuses.

On retrouve dans sa structure toutes les formes épithéliales décrites dans les deux tumeurs précédentes. Mais ici la tendance des masses épithéliales étoilées à former des kystes est beaucoup plus marquée. Le revêtement de ces kystes comprend des cellules aplaties ou étoilées, doublées en dehors de cellules cylindriques dans les petites cavités, cubiques dans les grandes.

L'intérêt de [ces faits, remarque Kruse, c’est qu'ils forment une série bien nette. Chacune de ces tumeurs quoiqu’ayant des caractères propres, se relie pourtant aux autres par des points communs. La première, surtout, aurait été difficile à interpréter sans l’étude des deux : suivantes, car il n’existe dans la littérature médicale aucune observation analogue. Les deux derniers cas, au contraire, sont comparables à ceux de Malassez, Nasse, Derujunsky.

Le point de départ de ces tumeurs est probablement, d’après Kruse, dans les débris épithéliaux paradentaires décrits par Malassez. Cette pathogénie, basée sur la connaissance d’un fait anatomique bien constatée, lui paraît plus acceptable que l’origine aux dépens de germes dentaires supplémentaires dont l’existence est hypothétique. Les formes épithéliales décrites par Malassez dans les débris paradentaires sont d’ailleurs analogues aux formes épithéliales observées dans ces tumeurs,

Quant à la théorie gingivale, elle lui semble devoir être rejetée également, car, dans tous les cas, la néoformation a paru d'emblée être intra-osseuse. Dans les deux premières observations, la muqueuse buccale est saine ; dans la troisième elle a envahi la gencive, mais cela peut s'expliquer, en admettant que les débris épithéliaux d’où est partie la tumeur, appartenaient au groupe superficiel de ces débris.

La cause première de la prolifération de ces débris pourrait s’expli-

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