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quer par le processus irritatif initial (poussées d’ostéo-périostite) signalé dans les trois observations.
Nous avons tenu à analyser complètement le mémoire si consciencieux de Kruse, à cause de l'intérêt que présente la série de ces trois cas. Notre tumeur vient la compléter, puisque la différenciation cellulaire y est poussée encore plus loin. Non seulement nous y trouvons, comme dans les deux dernières observations de Kruse, le type le plus parfait de l’épithélium adamantin, mais encore des productions de tissus dentaires adultes : émail et dentine.
Îl nous reste à analyser une intéressante observation publiée dans le Bulletin de la Société anatomique par Souligoux et Pilliet (A) sous le titre de « kyste multiloculaire du maxillaire inférieur ».
Il s’agit d’une femme de 38 ans, déjà opérée deux fois, cinq et six ans auparavant, d’une tumeur du maxillaire inférieur gauche, siégeant sur l’angle de la mâchoire.
Une récidive volumineuse étant survenue, M. le professeur Tillaux dut pratiquer la résection du maxillaire.
L'examen anatomique fait par Pilliet montre que la tumeur s’est développée entre les deux tables de l'os, en soulevant surtout la table externe, réduite à une mince lamelle. Le tissu spongieux du maxillaire est presque partout remplacé par des masses fibreuses criblées d’une quantité de petits kystes. Les dents sont irrégulièrement implantées mais paraissent saines. « La muqueuse qui recouvre le bord externe soulevé du maxillaire présente sa coloration normale ».
Dans le stroma fibreux de la tumeur existent de nombreuses productions épithéliales qui, dans les parties de la tumeur les plus voisines du bord gingival, se montrent sous forme de nombreuses traînées arborescentes renflées à leurs extrémités. « Plus bas, ces renflements en massue se creusent de cavités d’abord très petites, puis de plus en plus grandes, en sorte que l’on peut voir sur la même coupe une surface criblée de petits kystes, à côté d’une autre qu’occupent presque exclusivement des noyaux épithéliaux aussi tassés’et aussi nombreux que dans l’épithéliome le plus malin ». En d’autres points, existent des kystes plus volumineux.
Ces productions ont toutes une structure identique « Les ramifica-
(4) SouriGoux et Przcrer, Kyste multiloculaire du maxillaire inférieur (Bull. Soc. Anat., décembre 189,2, p. 84).
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tions épithéliales pleines présentent de dehors en dedans une couche de cellules basales, s’engrenant dans le tissu conjonctif à la façon des’ cellules du corps muqueux de Malpighi. Puis viennent plusieurs rangées de cellules polygonales petites et serrées et, au centre des noyaux, ces cellules dégénèrent sans subir aucune transformation cornée... Dans les petits kystes, les cellules-centrales du kyste qui est incomplet se réticulent et ces points rappellent assez bien l'aspect du tissu adamantin. Mais bientôt on voit les éléments se remplir de graisse; non pas à la façon des cellules sébacées, mais à la façon des cellules adipeuses proprement dites. Geci montre qu'il n'existe pas dans leur imtérieur de cloisons protoplasmiques kératinisées et résistantes. Puis dans les grands kystes, toutes ces cellules dégénérées forment un magma mélicérique ; toutes les loges paraissent remplies de graisse... En résumé, le diagnostic dubitatif serait donc : épithéliome adamantin avec transformation kystique et dégénérescence graisseuse… Le point de départ de la tumeur est évidemment gingival, d’après les caractères histologiques dont nous venons de parler ».
M. Pilliet nous a très aimablement donné un fragment de cette tumeur pour que nous puissions l’examiner. Nous croyons, comme lui, qu'il s’agit bien là d’une tumeur épithéliale à type adamantin et nous n’avons que peu de chose à ajouter à la description si soigneuse qu’il en a. faite.
Cependant, dans aucun des points que nous avons examinés, nous n’avons constaté de dégénérescence graisseuse des cellules étoilées. Ces cellules nous ont paru subir simplement une dégénérescence vacuolaire observée par plusieurs auteurs, qui prélude habituellement dans ces tumeurs à la transformation kystique des masses épithéliales pleines.
Nous ferons également quelques réserves sur l’origine gingivale de cet épithélioma. D'après l’histoire clinique, la tumeur parait avoir débuté au niveau de l’angle de la mâchoire, loin de la muqueuse gingivobuccale, puisque dans les deux premières opérations, M. le Professeur Tillaux a abordé le néoplasme par une incision longeant le bord inférieur du maxillaire. Enfin, sur la pièce, la muqueuse gingivo-buccale, bien que soulevée, paraissait saine.
Il nous semble donc que nous avons là une de ces formes d’épithélioma adamantin intermédiaire aux kystes multiloculaires vrais et aux tumeurs solides.
Conclusions.
Cette longue suite d'analyses nous montre qu'il existe dans la science quelques observations de tumeurs des maxillaires comparables à la nôtre. Il nous semble qu'on peut dégager de ces descriptions, à défaut d'un type clinique, un type anatomo-pathologique assez bien défini, qui mérite de prendre place dans la classification des tumeurs du maxillaire à côté de la maladie kystique des mâchoires.
Nous croyons d’ailleurs que, grâce à l’analyse microscopique, beaucoup de tumeurs qu’on aurait décrites autrefois sous le nom de sarcomes ou de fibromes du maxillaire seront rangées désormais dans le groupe des épithéliomas adamantins. |
Résumons rapidement le caractère de ces tumeurs.
Elles siègent presqu'exclusivement au niveau du maxillaire inférieur, très rarement au niveau du maxillaire supérieur (cas d’Albarran). Elles se développent toujours au centre de l'os en écartant ses deux tables, et sont, par conséquent, entourées d’une coque osseuse plus ou moins complète.
A la coupe, leur tissu est habituellement ferme, d'aspect fibreux, rarement mou, gélatineux. Il est habituellement creusé de cavités kystiques de dimensions variables. Toutes les formes de transition existent d’ailleurs entre les tumeurs complètement solides et les tumeurs franchement kystiques qui constituent les kystes multiloculaires des mâchoires.
Leur marche est habituellement lente et progressive. Dans la plupart des cas, la tumeur met plusieurs années à évoluer.
Le degré de malignité de ces néoplasmes est difficile à apprécier à l'heure actuelle. Il semble cependant que, dans la majorité des cas, elles sont relativement bénignes (1).
(1) Ces tumeurs ne paraissent pas habituellement récidives lorsqu’elles ont été CHIBRET 1