CHAPITRE IV
Des gommes au point de vue ehimique, Contribution à cette étude.
Nous résumerons dans ce chapitre aussi complètement que possible les résultats auxquels sont parvenus les divers auteurs qui se sont occupés de cette question.
Propriétés générales communes à toutes les gommes.
On peut dire d’une façon générale que les gommes sont des substances incristallisables, ordinairement peu colorées, d’une saveur fade et partieulière, diversement solubles dans l’eau, les unes complètement en lui communiquant une consistance visqueuse, d’autres incomplètement, d’autres enfin insolubles dans ce liquide, mais s’y gonflant et prenant l’aspect d’un mucilage.
Les gommes sont insolubles dans l’alcool, l’éther, les huiles fixes et volatiles. L’alcool et l’éther les précipitent de leurs solutions aqueuses. Les sels de sesquioxyde de fer les précipitent également et le précipité est soluble dans l’acide acétique. En présence de l’ammoniaque une solution de gomme versée dans un sel de plomb y détermine la formation d’un précipité cailleboté soluble dans un excès de solution gommeuse, mais précipité de cette solution par l’acide carbonique de l’air (Freidank).
Les solutions aqueuses des gommes sont douées du pouvoir rotatoire. La plupart dévient à gauche la lumière polarisée, propriété qui les distingue de la dexirine ou gomme artificielle qui est dextrogyre. La déviation est d’environ 30“ et varie un peu suivant l’espèce de gomme.
Soumises à l’action de la chaleur, les gommes se boursouflent, commencent à s’altérer vers 13.5° (Mulder) et se décomposent complètement vers 200“ en donnant des produits empyreumatiques et
diveca gaz parmi lesquels un carbure d’hydrogène et de l’acide carbonique. Il reste comme résidu un charbon volumineux, mêlé de chaux, de magnésie et d’un peu de silice.
Si l’action de la chaleur est poussée plus loin, le charbon est brûlé à son tour et il reste un poids relativement faible de cendres dont la composition varie légèrement suivant les espèces de gommes et sur lesquelles nous aurons occasion de revenir.
Traitées par les oxydants et en particulier par l’acide nitrique, elles donnent naissance à de l’acide muciqueC® H*® O®, isomérique de l’acide saccharique, qui, si l’action se continue, et surtout si l’on opère à chaud, donne comme produits ultimes, de l’acide racémique et de l’acide oxalique, ou, dans quelques circonstances, de l’acide oxalique seul.
Traitées par un mélange d’acide sulfurique et d’acide azotique, elles peuvent se transformer en un composé nitré doué de propriétés explosives.
Par la potasse fondante elles donnent lieu à un dégagement d’hydrogène et à la production de formiate, d’acétate et de propionate de potasse (Gottlieb).
Distillées avec de la chaux,elles donnent de la propione ou métacétone et de l’acétone.
Fonction chimique.
Les gommes sont loin d’être des espèces chimiques nettement définies.
M. Frémy a en effet montré que la gomme arabique, que l’on peut considérer comme le type le plus pur des gommes, était un produit de combinaison d’un acide particulier, Y Acide arabique ou acide gummique avec la chaux et la potasse.
Neubauer qui a également étudié cette question signale en outre, dans cette combinaison, la présence de la magnésie, mais en admettant toutefois que la chaux est, de ces différentes bases, celle dont la proportion dans le produit est la plus considérable.
Cette combinaison avait été longtemps considérée un produit défini auquel on donnait le nom d’arabine.
L’acide arabique peut s’isoler facilement de la gomme. Il suffit en effet d’aciduler par l’acide chlorhydrique une solution concentrée de gomme, puis de précipiter par l’alcool fort. Le précipité est lavé à l’alcool puis finalement desséché à l’étuve.
- C’est alors un produit vitreux rappelant la gomme par son aspect. Sa formule est G“ H®* O", ou, d’après certains auteurs allemands, C®® H*"* 0“* ; mais la plupart des chimistes se sont rangés à la première opinion.
S’il a été desséché au dessous de 100°, il n’est plus soluhle dans l’eau et s’y gonlle seulement à la manière de la gomme adraganle.
Pour l’avoir tout à fait pur,on peut traiter sa solution aqueuse par du carbonate d’argent ou de l’oxyde d’argent nouvellement préparé.
On peut encore isoler l’acide gummique par la dialyse. Il suffit d’ajouter à une solution épaisse de gomme 4 0 5% d’acide chlorhydrique et de dialyser jusqu’à ce que la solution gommeuse ne précipite plus par l’azotate d’argent. L’acide gummique qui en résulte présente une réaction acide marquée, neutralisée par 2.85 °/o de potasse.
Le gummate de potasse, dialysé à son tour sans addition d’acide, laisse échapper l’alcali et remet en liberté l’acide gummique (Dictionnaire de Wurtz).
Chauffé vers 130^ l’acide gummique perd de l’eau et devient isomérique de l’amidon et de la cellulose.
A 150“ il se change en acide mélagnmmique insoluble dans l’eau. On peut encore obtenir cet acide métagummique par l’action de l'acide sulfurique concentré sur une solution concentrée de gomme, lavage à l’eau et dessication à l’étuve.
L’acide métagummique est, de même que l’acide gummique, susceptible de former des combinaisons avec les alcalis et les oxydes terreux. Ces combinaisons sont insolubles dans l’eau, mais se dissolvent sous l’influence d’une ébullition prolongée qui détermine leur transformation en gummates.
Au contraire les gummates alcalins et alcalino-terreux sont solubles dans l’eau. Le gummate de potasse forme avec le sulfate de cuivre un composé soluble dans l’eau, ce qui permet de distinguer la gomme de la dextrine.
Si l’on mélange des solutions d’acide gummique et de gélatine, il se produit des gouttelettes huileuses qui se réunissent en une gelée presque incolore, fusible à 25”. Ce gummate de gélatine est légèrement soluhle dans l’eau, plus soluble dans une solution de gélatine.
Si on cherche à l’obtenir au moyen de gomme brute ou de gummate de potasse, on ne peut y réussir (Graham).
Les métagummales -de chaux, dé potasse et de magnésie se rencontrent associés aux gummates de ces mêmes bases dans les gom-
mes nostras. Ils conslituent alors ce que Guérin-Varry a désigné sous le nom de Cérasinc.
Signalons encore un principe particulier qui forme la majeure partie de la gomme de Bassora, auquel on a donné le nom de Bassorineon Adraganline el qui se rencontre également dans la gomme adragante, la gomme d’Acajou,la gomme de Simarouba.Ce principe, auquel on a attribué la formule G® 0“ ou G** II*® 0*®, serait, d’après certains auteurs, semblable à la Cérasine; d’après d’autres, identique.
Nous aurons l’occasion d’y revenir en étudiant les caractères chimiques de la gomme de Bassora.
Propriétés chimiques des Gommes.
Pour étudier les propriétés chimiques des gommes, nous allons les rapporter à trois types principaux dont les propriétés sont bien définies et dont les autres ne se distinguent que par des caractères secondaires dont nous nous occuperons en traitant chacune de ces gommes en particulier.
En considérant la composition des diverses gommes, nous pouvons en effet les diviser en cinq classes, comme le font un certain nombre d’auteurs allemands, en remarquant que les unes contiennent beaucoup d’arabine, d’autres beaucoup de métarabine, d’autres un mélange des deux, etc. Sans vouloir entrer de nouveau à cette place dans la discussion de cette classification,nous pouvons l’adopter pour un instant, car elle nous sera commode pour l’élude des propriétés chimiques générales des gommes.Voici cette classification telle que nous l’avons déjà donnée plus haut :
!<!' Groupe. — Gommes contenant de l’acide arabique. — Ces gommes contiennent beaucoup d’arabine et pas de cérasine (métarabine). Ex.: gommes d’acacias, gomme vraie de l’Inde orientale. Type : gomme arabique.
2^ Groupe. — Gommes contenant de l’acide mélarabique. — Ce sont des gommes contenant un mélange de métarabine et d’arabine, mais où la première prédomine. Ex. : gomme des amandiers, gomme nostras. Type : gomme de cerisier.
3‘ Groupe. — Gommes contenant de la Bamrine. — Ces gommes renferment de la Bassorine avec une faible proportion d’arabine. Ex.: gomme adragante, gommes de Bassora, de Chagual, d’Acajou, des Moringa. Types : gomme de Bassora, gomme adragante.
Groupe. — Gomme de Cochlospermum Gossypium. - Celle gomme se rapproche comme conslilulion des gommes contenanl de la Bassorine.
5® Groupe. — Mucilages végétaux. — Nous laisserons de côlé à dessin ce groupe pour en faire l’objel d’une élude spéciale à la fin de ce mémoire.
Il nous reste donc quaire groupes que l’on peut faire rentrer dans trois principaux renfermant des types bien définis que nous allons prendre comme exemples^ leurs propriétés s’étendant aux autres espèces du groupe.
■1®' Groupe. - GROUPE DE L’ARABINE.
Le type le plus pur de ce groupe est la gomme arabique.
Nous avons vu tout à l’heure les propriétés générales des gommes, propriétés qui peuvent s’appliquer à la gomme arabique.
La gomme arabique est soluble entièrement dans l’eau, insoluble dans l’alcool, l’éther, les huiles fixes et volatiles. L’alcool et l’éther, l’alcool surtout la précipitent de ses solutions aqueuses. Elle est soluble dans la glycérine. D’après Vogel, 3 part. 5 de ce liquide dissolvent un gramme de gomme arabique.
Sa densité varie un peu, suivant qu’on a affaire à la gomme arabique vraie ou à la gomme du Sénégal. Les résultats obtenus sont les suivants ;
llerbsrger
îluckiser
Ouérin-
Uta
Gomme arabique vraie.
Gomme du Sénégal.
Elle est douée du pouvoir rotatoire à gauche et ce pouvoir rotatoire mesuré pour la raie («) j. est donné pour les deux variétés : Arabique et Sénégal, par les quantités suivantes :
Gomme du Sénégal. — («) j = — 30® 12 à — 31» 12 (Vée). ■ Gomme arabique. — (a) j = — 25“54 (Vée) ou — 28“4 (Béchamp).
Dialyse. — Soumise à la dialyse, la gomme ne traverse le
septum qu’avec un pouvoir très faible. Graham ayant recouvert
I décim. carré de papier parcheminé par une couche de O'^Ol d’une solution de gomme arabique à 2 O/q, a constaté qu’il n’en passait à la dialyse que 0 gr. 013 par jour. Ce pouvoir diffusible est donc très faible, 1/400 environ de celui du chlorure de sodium.
II est encore diminué par la présence de substances cristalloïdes.
Propriétés chimiques. — La gomme dissoute présente une
réaction acide plus ou moins prononcée. C’est ainsi que la gomme du Sénégal rougit très franchement le papier de tournesol. Or l’acide gummique ne peut exister dans la gomme qu’à l’état de combinaison saline, ceci étant la condition de sa solubilité. — On peut donc admettre la présence d’un acide libre dont la proportion pourrait être représentée par 0,254 “/o d’acide oxalique. (Vée. Loc. cit.)
La présence de cet acide libre permet d’expliquer la fermentation spontanée qu’éprouve la dissolution de gomme, fermentation dont la conséquence est une saccharification du produit, et qui a été constatée par Fermond et Flückiger.
Incinérée, elle donne 2 à 3 ®/o de cendres contenant d’après M. Vée 50 V» de chaux, 35 "/o de potasse, 15 % de magnésie et des traces d’acide sulfurique.
Par distillation sèche elle donne do l’acétone, des produits empyreumatiques, des gaz de la série méthylique et une faible proportion de carbures éthyléniques (Frémy).
La teinture de Gaiac la colore en bleu.
Action des acides. — Acide sulfurique. — L’acide sulfurique agit de diverses manières suivant qu’il est étendu ou concentré et que la gomme est dissoute ou nom.
(«) Gomme en poudre et acide sulfurique concentré. — Si on traite de la gomme arabique en poudre par de l’acide sulfurique concentré, on obtient d’abord une masse peu colorée, brunissant à l’air au bout de peu de temps. Si alors on reprend le produit par l’eau et qu’on sature l’excès d’acide par du carbonate de chaux, on trouve de la dexlrine dans le liquide filtré.
(g) Gomme en solution concentrée et acide sulfurique concentré.— Dans ces conditions on observe la formation d’acide métagummique.
ly) Gomme dissoute et acide sulfurique étendu. — Dans ce cas, il se produit au bout de peu de temps un précipité cristallin formé de fines aiguilles de sulfate de chaux et la liqueur se transforme
lentement en arabinose, matière sucrée se rapprochant du galactose et sur laquelle nous reviendrons un peu plus loin.
Acide chlorhydrique. — Si on fait passer un courant d’acide chlorhydrique gazeux sur de la gomme pulvérisée, on obtient une substance noire et molle de nature indéterminée. Si on opère en solution, c’est de l’acide gummique qui se produit.
Acide oxalique. — Traitée par l’acide oxalique, la gomme ne produit pas d’acide métagummique comme avec l’acide sulfurique, mais on peut réaliser cette transformation en soumettant un mélange de ces deux corps à une légère torréfaction.
Anhydride acétique. — L’étude de cette action est due à M. Schützenberger. En traitant de la gomme arabique pulvérisée par 2 p. d’anhydride acétique à ta température de 150®, il obtint une masse gonflée qu’il lava à l’eau bouillante puis à l’alcool. Il obtint ainsi une ardbine diacélique, poudre blanche amorphe, saponifiable par tes alcalis avec régénération d’arabine soluble.
On peut encore obtenir un terme plus saturé en employant C à 8 p. d’anhydride et chauffant pendant 5 à 6 heures à 180®.
Ceilore. — L’action du chlore a été étudiée par un grand nombre de chimistes.
Guérin faisant passer pendant plusieurs jours un courant de chlore dans une solution de gomme au 1/4, prétendit obtenir un acide incristallisable.
Vauquelin, reprenant ces expériences, émit l’opinion que l’acide obtenu par Guérin n’était autre que Tacide citrique.
Liebig faisant à son tour passer pendant 8 heures un courant de chlore dans une solution de gomme n’obtint que de Tacide carbonique et de Tacide chlorhydrique, la gomme étant à peine attaquée.
Simonnin, opérant de même et saturant par de la craie la liqueur obtenue, filtrant et précipitant par l’alcool, obtient un sel de chaux visqueux qu’il redissout dans Teau et traite par un excès de chaux. Le précipité qui se forme, décomposé par Tacide sulfurique, donne un acide incristallisable, peu soluble dans l’alcool d’après Simonnin, très soluble au contraire d’après Guérin et formant avec Teau des sels amorphes.
M. Jolly, faisant passer dans une solution de gomme assez concentrée un courant de chlore, obtint un précipité floconneux d’une substance qu’il dit analogue à la bassorine. La liqueur filtrée, traitée par Talcool, donne un précipité blanc. Ce précipité redissout par Teau contenait de Tacide chlorhydrique (?) et une matière
qui, par évaporation de la solution, se prend en une masse cassante et vitreuse. L’alcool entraînait en outre un principe odorant non défini.
Iode. — Les opinions au sujet de l’action de l’iode sur la gomme arabique sont contradictoires. La plupart des auteurs admettent que l’iode est sans action. (Wurtz).
11 paraîtrait cependant que, si l’eau iodée et l’iodure de potassium ioduré ne donnent rien immédiatement avec la gomme, on peut, si l’on opère à la lumière solaire d’après le procédé de Husson, obtenir un produit gummo-ioduré par substitution de l’iode à l’hydrogène (Vée, thèse).
Il n’en est plus de même si l’on opère en présence d’un alcali ou d’un carbonate alcalin ; il se produit de l’iodoforme.
Action des sels métalliques.- L’action des sels métalliques est très variable.
L’oxalate d’ammoniaque produit dans les solutions de gomme un léger précipité dû à la présence de la chaux.
En liqueur alcoolique, le chlorure de calcium y détermine un abondant précipité.
L’acide chromique, en combinaison alcaline et sous l’influence de la lumière, rend la gomme insoluble. Cette propriété a été utilisée en photographie (Poitevin).
Les persels de fer y occasionnent la formation -d’un précipité gélatineux. .
Les sels de cuivre forment une combinaisoi>, un gummatede cuivre, soluble dans l’ammoniaque et contenant, d’après Vée,l6,3 0/0 de cuivre.
Avec le réactif de Schwcitzer on n’observe pas la formation d’ua composé insoluble; ceci est une conséquence de la solubilité du gummale de cuivre dans l’ammoniaque.
En présence de l’ammoniaque, une solution dé. gpmme versée dans un sel de plomb y détermine la formation d’un précipité cailleboté, soluble dans un excès de solution gommeuse, mais précipité de cette solution par l’acide carbonique de l’air. Ce précipité, d’après Berzélius, contiendrait'I8;25 O/O d’ôxyde de plomb. Par digestion avec de l’oxyde de plomb, Berzélius obtint encore un sousgummate adhérent et très pesant dont il ne fit pas l'analyse.
Les sels de zinc produisent un léger trouble dû à la formation d’un gummate qui se redissout fmmcdiàfémènt dans la Uqueur.
Les sels d’argent, le bichlofure dé niércurè, le ' bi-iodure de mercure ioduré ne donnent lieu à'aucune réaction s'ensiblè.
Enfin, faites dans certaines proportions, les solutions de gomme empêchent la précipitation de certains sels, tels que l’acétate de plomb, l’azotate de plomb, l’azotate d’argent, les sulfates de fer, de magnésie, de zinc, de cuivre, le chlorure d’antimoine, le bicblorure de mercure, etc., par le sulfure de sodium. Elles s’opposent également à la précipitation de quelques oxydes et de plusieurs alcaloïdes.
Bases.— Nous avons vu tout à l’heure l’action des alcalis et de la chaux.
Signalons en outre l’action de l’alumine, de l’ammoniaque et des autres bases alcalino-terreuses.
Alumine.— En traitant une solution de gomme par une lessive de soude saturée d’alumine, on obtient un gummale qui se précipite, mais qui se redissout immédiatement dans la liqueur (Vée).
La baryte, la strontiane, l’ammoniaque ne donnent aucune réaction avec la gomme arabique dissoute.
Composition chimique.
Un assez grand nombre d’auteurs ont étudié cette composition.
Guérin donne comme composition immédiate delà gomme :
Eau. 17 60
Cendres. 3
Arabine. 79 40
Total. 100 ))
Puis Gay-Lussac et Thénard donnent les chiffres suivants établissant une distinction entre la gomme arabique vraie et la gomme
du Sénégal ;
Arabique vraie Sénégal
Eau. 13 43 16 10
Cendres. 2 41 2 41
Arabine. 84 16 81 10
Total. 100 » 100 »
En 1860, Frémy a donné comme résultats de deux analyses différentes:
Première analyee Deuxième analyse
Total. 100 » 100 »
Il y a enfin peu temps, Gloez, étudiant la gomme produite à Collioure par un Acacia dealbala, l’a reconnue identique à la gomme arabique et lui a assigné comme composition :
Eau hygroscopique. 13 716
Sels fixes. 2 173
Tannin. 0 230
Gomme arabique. 83 881
Total. 100 T
Cette gomme présentait du reste les réactions suivantes :
Le perchlorure de fer y donnait un léger louche.
Le perchlorure de fer ammoniacal, un précipité brun.
L’azotate d’argent ammoniacal, un précipité brun.
Le sulfate de cuivre, id. louche.
L’acétate triplombique id.
Le chlore d’or, un précipité blanc.
Ces propriétés sont les mêmes que celles des produits d’exsudats gommeux caractéristiques de cet Acacia dans ses pays d’origine (MM. Heckel et Schlagdenhauffen, journal de pharmacie et chimie, l“'aoùt 1890).
On peut donc regarder les résultats ci-dessus comme les derniers obtenus pour la composition de la gomme arabique.
Gomme de Grevillea.
Nous avons vu dans la première partie de cette étude que l’on rencontrait fréquemment sur le tronc du Grevillea robusta (Protéacées), une exsudation gommeuse, ressemblant au premier abord à de la gomme de cerisier, mais dont les propriétés se rapprochaient davantage de celles de la gomme arabique.
Cette gomme mise en présence de l’eau s’y gonfle un peu et s’y divise lentement en produisant une émulsion blanche très persistante qui passe à travers tous les filtres. Elle ne contient pas d’amidon.
Elle donne à l’incinération 3 0/0 environ de cendres contenant un peu de potasse et surtout du carbonate de chaux.
Traitée par l’alcool absolu, une émulsion de cette gomme laisse précipiter de la gomme proprement dite, et il reste en solution une résine rougeâtre, transparente, dépourvue d’odeur et non volatile. Celte résine se dissout dans les alcalis caustiques et étendus, ainsi que dans l’alcool méthyllque et le sulfure de carbone. Elle se com-
porte comme un acide faible et existe dans la gomme dans la proportion de 5 à 6 O/fl.
La gomme épurée est de couleur grise. Mise dans l’eau, elle s’y gonfle peu et finit par s’y diviser en, donnant de la viscosité au liquide ; il ne paraît pas se produire de véritable dissolution. La liqueur passe difficilement à travers un filtre et elle est trouble. Le perchlorure de fer ne la précipite pas. Mais si on traite la gomme déjà divisée dans l’eau par de la potasse, de la chaux ou du carbonate de potasse, la dissolution a lieu immédiatement et la liqueur se prend en gelée sous l’influence du perchlorure de fer. Ce caractère très spécial permet de distinguer la gomme de Grevillea de toutes les autres gommes connues.
Une solution alcaline de cette gomme brunit à l’air et devient plus visqueuse. Elle est lévogyre et sans action sur la liqueur de Fehling.
L’acétate tribasique de plomb y produit un précipité blanc; le sulfate de cuivre, un précipité blanc gélatineux.
L’acide azotique la transforme en acide mucique avec un peu d’acide oxalique.
Par ébullition avec de l’acide sulfurique, elle donne un sucre réduclcur qu’il n’a pas été possible d’obtenir exempt de dcxtrine, mais qui semble être analogue à celui que l’on a obtenu en étudiant la gomme du Sénégal. En ellet, son pouvoir rotatoire est de 94° et s’abaisse quand on cherche à le débarrasser de la dextrine par des précipitations fractionnées.
Ces diverses réactions rapprochent donc la gomme de Grevillea de la gomme arabique dont elle semblait au premier abord devoir s’écarter par ses caractères physiques. (M. Fleury, journal de pharmacie et de chimie 1884, U*’ sem. p. 479).
2" Groupe. - GROUPE DE LA CÉRASINE.
Gommes Nostras.
Nous avons vu précédemment que si l’on chauffait à 150” de l’acide gummique, on obtenait un isomère insoluble dans l’eau, 1,’acide métagummique lequel était, ainsi que l’acide gummique, susceptible de former des combinaisons salines notamment de potasse, de chaux et de magnésie. Ces combinaisons se rencontrent associées aux gummates correspondants dans les gommes nostras.
Les métagunimates sont insolubles dans l’eau, mais par uneébullitiop prolongée ils s’y dissolvent en se transformant en gummates.
Leurs propriétés chimiques sont analogues à celles des gummates. Par suite, les propriétés des gommes nostras sont identiques à celles de la gomme arabique.
Composition chimique. — Les auteurs ne sont pas d’accord au sujet de cette composition ;
Guérin donne les résultats suivants ;
Eau. 8,402
Cendres. 1,011
Arabine. 90,587
Total. 100,000
D’après Wiessner elle renfermerait 12 à 14 O/q d’eau et de 2 à 3 1/2 O/o de cendres contenant, non seulement de la potasse et de la chaux, mais aussi du fer. (Schmidt).
Dans la gomme de pêcher on rencontrerait beaucoup d’arabine (Valenta).
3e Groupe. - GROUPE DE LA BASSORINE.
Gomme Adragante.
La gomme adragante, quels que soient son origine et son aspect, mise en présence de Peau, s’y gonfle considérablement et forme avec elle un mélange très adhérent. Mais dans ces conditions elle ne se dissout pas.
Si on opère avec de l’eau bouillante, il n’en est plus de même. Guérin avait bien prétendu que la gomme adragante était aussi insoluble à chaud qu’à froid, mais M. Giraud a démontré que l’adragante se dissolvait totalement dans l’eau chauffée au B. M. après un temps suffisamment prolongé. Le résidu (6 O/q environ) est formé de cellulose et d’amidon. M. Giraud remarque en outre que la quantité de gomme soluble n’a pas varié pendant cette action de la chaleur.
Quoiqu’il en soit, le composé soluble ainsi obtenu s’écarte par ses propriétés des gommes proprement dites ; il précipite l’acétate neutre de plomb, l’eau de chaux, l’eau de baryte, la liqueur de Fehling.
Action du chlore. — Faisant passer un courant de chlore dans une solution de gomme adragante, M. Giraud a obtenu un composé soluble dans l’eau, non déliquescent, insoluble dans l’alcool, possédant une réaction acide et qui lui paraît renfermer du chlore au nombre de ses éléments.
Action des Acides. — Acide azotique. —Chauffée avec de l’acide azotique (1 p. de gomme pour 4 d’acide)^ l’adragante donne des acides oxalique, tartrique, saccharique, etc., et environ 22 O/q d’acide mucique.
Autres acides. — L’action des acides sur la gomme adragante détermine la formation d’une matière incristallisable de saveur sucrée et n’éprouvant pas la fermentation alcoolique (Guérin et Simonnin). M. Giraud range ce sucre dans la classe des galactoses.
Si l’on opère avec les acides très étendus, l’acide chlorhydrique à 5 O/o par exemple, le produit ne contient que 8 O/q environ de gomme saccharifiée. Le reste constitue une matière gommeuse précipitable par l’alcool, soluble dans les alcalis, insoluble dans les dissolutions des bases alcalino-terreuses, précipitable par la plupart des sels métalliques et en particulier par l’acétate et le sous-acétate de plomb et le tartrate cupropotassique.
Action des alcalis. — L’action des alcalis sur l’adragante est à peine mentionnée par les auteurs. M. Giraud en a fait une élude assez étendue.
La gomme adragante mise en présence des alcalis s’y dissout puis s’altère. Il obtient ainsi, suivant que l’action est plus ou moins prolongée :
1" Une substance soluble dans l’eau, précipitable par l’alcool et ne se gonflant plus après dessication ;
2® Une matière insoluble dans l’eau qu’il identifie avec l’acide pectique ;
3“ Un composé soluble dans l’eau et l’alcool qu’il identifie avec l’acide métapectique.
La transformation de l’adragantc en acide pectique peut encore se réaliser par évaporation à sec d’une suspension de cette gomme dans beaucoup d’eau, ou bien par l’action prolongée de la chaleur sèche à 140”.
Composition chimique.
On a émis de nombreuses opinions relativement à la composition chimique de la gomme adragante.
Remarquant la présence d’une quantité considérable d’acide carbonique dans celle gomme, Vauquelin pensait que les alcalis devaient y exister à l’état de combinaison avec un acide organique, probablement l’acide acétique ou l’acide malique.
Cruikshank y reconnaît la présence de l’azote et de la chaux et en fait un principe immédiat des végétaux.
Gehlen la pense composée de deux substances.
Bucholz émet la même opinion et suppose en outre que l’une des substanc.es, contenue dans la proportion de 5 "/o, est analogue à la gomme arabique, tandis que l’autre est insoluble dans l’eau froide mais s’y gonfle pour former un mélange épais, est soluble dans l’eau bouillante et est contenue dans la gomme dans la proportion de 43 %• Il la désigne sous le nom à’Adraganline.
Guérin Varry en donne la composition suivante :
Eau. 11,10 7o
Arabine. 53,30
Bassorine et amidon. 33,10
Guibourt constate que la gomme en plaques est soluble dans l’eau bouillante en proportion plus grande que la gomme vermiculée, et que la partie insoluble se colore fortement en bleu par l’action de de l’iode.
Mulder assimile l’adragante aux mucilages.
Schmith en fait un hydrate de carbone qu’il rapproche des matières amylacées.
M. Guérin admet qu’elle est composée presque en totalité par un principe insoluble et une faible proportion, 7 à 10 % au maximum, d’un principe gommeux soluble qui ne peut être isolé par un traitement à l’eau froide. Il arrive à ces résultats en séparant la partie soluble de l’adragante par l’un des procédés suivants :
1“ Epuiser par l’alcool à 50° l’adragante réduite en poudre. L’alcool entraîne la partie soluble. On renouvelle le traitement jusqu’à épuisement complet et on évapore les liqueurs réunies.
2° Gonfler l’adragante dans 3 à 4 vol. d’eau distillée. Ajouter de l’eau de baryte qui précipite au bout de quelques heures et en le contractant le composé insoluble. La liqueur filtrée contient la gomme soluble. On enlève l’excès de baryte, on concentre la liqueur et on la précipite par l’alcool,
La substance ainsi obtenue est soluble dans l’eau à la manière de la gomme ordinaire. Elle ne précipite ni le sous-acétate de plomb, ni la liqueur de Fehling.
Tout récemment enfin, M. Girard a assigné à la gomme adragante la composition centésimale suivante :
Eau. 20 »/“
Gomme soluble. 3 à 10
Composé peclique. 60
Cellulose. 3
Amidon :. 2 à 3
Matières minérales. 3
Composé azoté. traces.
Les cendres, contenues dans les proportions de 2,80 à 3 7“) renferment du carbonate de potasse, des traces de sulfate de potasse, du phosphate et du carbonate de chaux, des traces de silice.
Gomme de Bassora.
Cette gomme se rapproche beaucoup comme propriétés et composition de laigomme adragante. Elle s’en distingue en ce qu’elle ne contient pas de cellulose et seulement des traces d’amidon.
Elle est presque insoluble dans l’eau froide ou chaude ; par ébullition on arrive à dissoudre dans l'eau 10 environ d’une substance analogue à la gomme arabique (Guérin et Guibourt).
Elle donne par incinération 3 à 4°/“ de cendres. Elle est in.soluble dans les alcalis étendus à froid et à chaud.
Traitée par l’acide azotique,elle produit beaucoup d’acide mucique.
A chaud, les acides étendus la changent en une substance analogue h la dextrine et une matière sucrée. Si l’action se prolonge, la transformation en matière sucrée peut devenir complète. Ce sucre est infermentescible ; il possède un pouvoir réducteur énergique et est rapprochée par M. Giraud de celui obtenu avec la gomme adragante.
Le mucilage qui prend naissance pai un traitement à l’eau ne subit aucune altération par le nitrate de sous-oxyde de mercure. Le sulfate de protoxyde de mercure le précipite ainsi que l’acétate de plomb. Enfin le borax ne l’épaissit pas. Ce caractère sert à distinguer la gomme de Bassora de la gomme arabique, à laquelle elle se mélange frauduleusement, {Encyclopædie der Pharmacie).
La gomme de Bassora est soluble dans l’eau à 110“ sous pression. La liqueur obtenue ne précipite pas l’acétate de plomb, l’eau de chaux, la liqueur de Fehling, caractères qui éloignent nettement la bassorine de l’adragantine (M. Giraud). Elle ne renferme cas non plus de composé pectique.
De plus, s’appuyant sur l’expérience de M. Gélis (action de la cnaleur à 150“ sur la gomme arabique qui se change en gomme
insoluble), et remarquant que la gomme de Bassora par hydratation artificielle se change en composé soluble, M. Giraud émet l’opinion qu’on peut « assimiler la gomme de Kuteera naturelle à a la gomme araliique insoluble de M. Gélis et à la variété insoluble « de nos pays {Cérusine de Guérin) dont M. Frémy fait une variété « de la gomme arabique ».
Composition. — D’après Gerslner, elle contiendrait 44,6 °j<> de Bassorine et 27 et 30 7 “ d’une gomme soluble dans l’eau et qui serait probablement de l’arabine.
Nous avons vu que cette opinion était fausse, la gomme de Bassora, n’abandonnant guère plus de 10 7“ de matière soluble à l’eau bouillante.
Complément à l’étude des acides giimmiqiies.
Tout récemment M. Garros a présenté à la Facullé des sciences de Paris une thèse contenant, entre autres travaux, des compléments intéressants à l’étude des acides gumrniques. Nous les résumerons ci-après.
Action sur les acides gumrniques de l'acide sulfurique étendu. — Lorsqu’on fait agir l’acide sulfurique sur les acides gumrniques, on obtient, ainsi qu’on l’a vu plus haut, des matières sucrées appartenant au groupe des galactoses. On croyait jusqu’ici que, par saccharification au moyen de l’acide sulfurique étendu, on n’obtenait qu’un seul sucre, tantôt l’arabinose (G® IP® 0“), tantôt la galactose (G® IP® 0®) suivant le cas. M. Garros établit que, dans cette saccharification, on obtient à la fois les deux sucres Arabinose et Galactose que l’on peut séparer par le procédé suivant :
On prend 9 à 10 gr. d’acide gummique, 40 gr. d’eau et 1 gr. d’acide sulfurique, on chaulfe au B. M. jusqu’à ce qu’une prise d’essai ne précipite plus par 2/3 de son volume d’alcool ; on neutralise la solution par du carbonate de baryte, on filtre, et on évapore en consistance de miel. On fait alors digérer au bain marie le produit avec de l’alcool absolu dans un ballon muni d’un réfrigérant ascendant. L’arabinose est assez .soluble dans l’alcool absolu, tandis que la galactose ne Test pas sensiblement. La solution alcoolique évaporée donne Tarabinose qu’on purifie par plusieurs cristallisations-. Le résidu, bien lavé à- l’alcool absolu, est dissout dans de Talcool à 80» qui l’abandonne par évaporation.
Action de l’acide sulfurique concentré. — Si on prend une solu-
tion d’acide gummique à dO 7° et qu’on la mette sur de l’acide sulfurique concentré (D = 1,84), on voit se développer au niveau de la couche de séparation, une magnifique coloration rouge cramoisi, tandis que la couche non attaquée est verdâtre. Ce fait, rapproché des colorations obtenues dans les mêmes conditions avec des solutions d’acides gallotannique, cachoutannique, etc., rapproché également de la production de pyrocatéchine par distillation sèche de l’acide gummique, lit penser à M. Garros que l’acide gummique était susceptible de fournir, par l’action de l’acide sulfurique concentré, des corps analogues à ceux fournis par les tannins colorant en vert les sels de fer.
Il obtint en effet un acide analogue à ceux produits par le tannin ordinaire et l’acide morintannique, auquel il donne le nom d’acide rufigummiqiie. Voici comment il opère pour obtenir ce produit.
On prend une solution de :
Acide gummique.. 40 gr.
Eau distillée. 400 gr.
On la verse dans un ballon contenant 1.000 gr. d’acide sulfurique concentré en opérant avec précaution de manière à ce qu’il n’y ait pas de mélange. Au bout d’une heure environ la réaction est terminée; on le reconnaît à ce que la coloration rouge a gagné toute la masse gommeuse. On étend alors de 10 volumes d’eau. L’acide rufigummique se précipite au bout de quelques heures ; on le recueille sur un fdlre. Le liquide fdtré contient de la galactose. Le précipité bien lavé à l’eau, est desséché dans le vide sur l’acide sulfurique. Ce rendement est d’environ 3 °/°.
L’acide rufigummique se présente sous forme de petits grains cristallins, insolubles dans l’eau, assez solubles dans l’alcool fort et l’éther. Il se dissout dans l’acide sulfurique concentré en donnant une belle coloration rouge. 11 se dissout également dans l’ammoniaque en donnant une solution rouge pourpre. En suspension dans l’eau acidulée, il offre une florescence verte. La chaleur à 220“ le détruit en partie. Enfin il ne teint pas les tissus mordancés et forme avec l’eau de baryte et l’acétate de plomb, des précipités rouge sale.
Sa composition centésimale est la suivante :