‹ Contribution à l'étude chimique & botanique des gommesChapitre 8 sur 18 · III. — Gomme adragante et similaires · texte numérisé non relu

III. — Gomme adragante et similaires

La gomme adragante et ses similaires sont caractérisées par la présence dans leur masse d’une matière spéciale, la Bassorine (C® IP^O* ouG‘® IP® 0*®),que ses propriétés rapprochent de la Cérasine à un tel point que certains auteurs ont admis l’identité de ces deux substances.

Les deux sortes les plus importantes de ce groupe sont la gomme adragante et la gomme de Bassora. Viennent ensuite un certain nombre de gommes-d’importance secondaire : Gommes de Coco, de Chalagua, de Moringa, de Sassa et pseudo-adragante.

Go.ume adragante.

La gomme adragante est un produit d’exsudation de divers .4siragalus, arbrisseaux appartenant à la tribu des Papilionacées. Ces plantes sont remarquables par la propriété de leur pétiole, qui est soudé aux stipules, de persister après la chute de la feuille et de former sur les tiges des sortes de longues épines.

Les principales espèces fournissant la gomme adragante sont :

A. gunmifer Labill. (Liban, Syrie, Asie mineure centrale, Arménie, Kurdistan).

A. FcrMS Olivi. (Perse occidenlale).

A. brachycalix Fisch. (Kurdistan, Perse).

A. adscendens Boiss. et Haussk. (Sud-Ouest de la Perse).

A. microcephalusV^\\\d.{A.s]e mineure,Turquie et Arménie russe).

A. pycnocladus Boiss. et Haussk. (Kurdistan).

A. Kurdikm Boiss. (Kurdistan, Syrie septentrionale, Cappadoce, Cilicie).

A. slomatodes Bunge. (Nord de la Syrie).

A. Cylleneus Boiss. et Heilder. (Morée sur le mont Kyllène, près de Patras et de Vostizza).

A. Creticus Lamk. (Ile de la Crète, Morée, Ionie).

Il existe encore d’autres sortes à’Aslragalus, mais qui ne fournissent pas de produits commerciaux.

La Gomme Adragante est connue depuis les temps les plus reculés ; Théophraste, Dioscoride, Aétius, etc., la citent dans leurs écrits. File commence à devenir un produit vraiment commercial vers le moyen-âge. Pierre Belon en décrit la récolte (1550) et Tournefort constate la marche de son exsudation sur VAslragalus Creticus du mont Ida (1700).

La gomme adragante est recueillie dans l’Asie mineure, l’Arménie, le Kurdistan et la Perse. Le principal centre d’exportation est Smyrne, puis viennent Constantinople et Bagdad. Une petite quantité arrive également de Grèce et de l’île de Crête.

La gomme adragante est formée, comme on le verra plus loin, par une métamorphose des cellules de la moelle et des rayons médullaires. Elle constitue dans la plante une masse mucilagineuse soumise à une pression considérable. Aussi cette masse jaillit par la moindre blessure et vient se concréter à l’air.

Dans l’exploitation de la gomme on favorise celte exsudation cil’extérieur par des incisions profondes faites dans la tige des Astragalns.

Le commerce divise la gomme adragante en trois variétés :

1“ Gomme en plaques ou en rubans;

2“ Gomme vermiculée;

Gomme en sorte.

La première découle des incisions; laseconde provient des exsudations spontanées.

La gomme en plaques est la plus belle. Elle forme des lames minces aplaties, légèrement contournées, larges de 1 à 2 cm., longues de 2 à 7 cm., dont la surface est marquée de stries parallèles au bord. Sa couleur est blanc laiteux, translucide, elle est un peu flexible, à cassure nette, inodore, presque insipide.

La gomme venniculée est en filaments plus ou moins contournés, d’une couleur jaunâtre sale.

La gomme en sorte est un mélange de ces deux espèces dans lesquelles on trouve encore, outre des impuretés, de petites masses mamelonnées, de la grosseur d’un pois, qui résultent d’une exsudation spontanée de la gomme.

La gomme adragante se dissout partiellement dans l’eau, mais la plus grande partie reste indissoute et se gonfle considérablement. Il se forme ainsi un mucilage très adhésif, légèrement opalescent.

La gomme gonflée laisse apercevoir au microscope de nombreux débris cellulaires et des grains d’amidon que l’on peut reconnaître au moyen de l’eau iodée. C’est la présence de ces débris qui a permis à Hugo von Mohl de découvrir le mode de formation de l’Adragante.

La gomme de Bassora, appelée aussi gomme de Kuleera, se rencontre fréquemment dans la gomme du Sénégal. Son origine botanique est assez discutée. C’est ainsi que Martius l’attribue à VAcacia Leucophlœa, Virey à un Mesembryanlhemum, Devaux et Damart à un Cactus, Guibourt aux SiercuHa tragacantha, S. urens^ S. rarnosa et au Cochlospermum Gossypium.

Gomme de Bassora.

La gomme de Bassora se présente sous forme de morceaux irréguliers, mamelonnés, de grosseur variable, ou bien de larmes ou de stalactites jaune pâle ou incolores, translucides, à surface luisante et présentant de fines ondulations. Elle est inodore, insipide, croque sous la dent sans se dissoudre.

Elle est presque insoluble dans l’eau à froid comme à chaud, mais s’y gonfle considérablement en formant une masse gélatineuse dont les diverses parties ne sont douées d’aucune cohésion entre elles, et qui se séparent si on étend la liqueur d’une grande quantité d’eau. Par ébullition il se dissout environ 10 “/» d’une substance analogue à la gomme arabique (Guérin et Guibourt).

Elle ne contient pas de cellulose et seulement des traces d’amidon.

La gomme de Bassora est impropre à tous les usages.

Gomme pseudo-adragante .

Celle gomme est menlionnée par Guibourl.Cauvet la suppose élre la gomme de Mossoul qui esl cilée par Haiibury el Holmes, sans qu’ils en donnent les caractères.

Elle diffère de la gomme adragante par ses moindres dimensions ; elle forme avec l’eau un mucilage moins lié, qui, étendu d’eau et traité par l’iodure de potassium ioduré, donne un précipité bleu foncé, la liqueur surnageante restant incolore.

Le commerce la désigne fréquemment sous le nom de gomme de Bassora. Elle sert à falsifier la gomme adragante.

Gomme de Sassa.

Egalement menlionnée parGuibourt d’après Bruce, la gomme de Sassa constitue des masses mamelonnées ou en forme d’ammonites et de couleur rousse, se décolore dans l'eau et s’y gonfle en conservant sa forme. Elle renferme, comme la gomme Adragante, des débris cellulosiques et des grains d’amidon. Elle est très rare dans le commerce.

On peut rapprocher des gommes adragantes trois sortes de gommes très peu importantes dont nous ferons seulement mention.

La gomme de Coco, qui contient 70 à 90 »/o de Bassorine.

La gomme de Chalagua produite par le Paya coarclala, Gay, plante originaire du Chili, et dirigée sur Valparaiso.

La gomme de Moringa ou gomme de Ben ailé produite par le 3/oringaplerigosperma, arbre qui croît dans l’Inde. Cette gomme, offre le caractère particulier de contenir un peu de dextrine. Elle renferme en outre des membranes cellulaires. Les indigènes l’utilisent sous le nom de gomme de Shega comme antidysentérique et à haute dose comme abortif.

Page 1