‹ Contribution à l'étude clinique de la grippe – grippe à déterminations méningéesChapitre 29 sur 36 · RL · texte numérisé non relu

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vient mettre sur la voie du diagnostic ; il existe cependant un certain nombre de symptômes qui permettront de soup çonner et d’abord d'affirmer ensuite la nature grippalede la maladie. Le caractère mal défini quelquefois des signes méningitiques ou comateux, leur début rapide accompagné le plus souvent d’hyperthermie brusque, l’existence de prodromes souvent à peine marqués (courbature générale, céphalalgie, frissons) permettront de songer à la grippe surtout en temps d’épidémie, Le diagnostic se confirmera si les symptômes du début sont suivis d’accidents grippaux à allure franche ou même peu accentués, c’est donc d’après la marche de l’affection que peut être fait le plus souvent le diagnostic, car il n’existe pas de signe pathognomonique,

Nous avons vu en décrivant les symptômes de cette variété de grippe, qu’elle présentait dans certains cas une ressemblance très grande avec la méningite tuberculeuse, en effet, la céphalalgie, la constipation et les vomissements, cette triade symptomatique a été retrouvée dans la grippe; les phénomènes oculaires, strabisme, inégalité pupillaire, raie méningitique, hyperesthésie cutanée, etc., ont été également observés. On peut trouver aussi des cas, comme l’a montré le professeur Teissier, où la grippe peut présenter des accidents pulmonaires localisés vers les sommets (observations XII et XIIT) ; ceux-ci peuvent s’accompagner quelquefois d’expectoration purulente, de crachats ayant une allure déchiquetée, ressemblant beaucoup aux crachats nummulaires, donnant quelquefois à l’aus cultation les vrais symptômes d’une caverne (souffle, garvouillements, pectoriloquie aphone); il est aisé de comprendre que dans ces conditions le diagnostic de la grippe

avec la tuberculose pulmonaire Haas de méningite devienne particulièrement diflicile. .

Cette forme pseudo-phymique, ainsi appelée par ! M. ü professeur Teissier, se différencie cependant par les caractères suivants : le début brusque avec frissons, courbature, l'intensité et la précocité de l’expectoration purulente, l’absence de bacille de Koch à l’examen bactériolo= gique, un état général en discordance avec des symptômes graves, tous ces signes plaident en faveur de l'affection erippale.

Pour ce qui concerne la méningite tuberculeuse, nous pensons qu'on trouve des renseignements utiles dans l’examen des signes suivants

1° Le début. — La grippe à forme méningitique a un début brusque ; s’il y a des prodromes ils sont de peu de durée et ont une marche rapide; la méningite tuberculeuse, au contraire, est le plus souvent précédée d’une période prodromique longue de quinze jours àtrois semaines dans laquelle on note des modifications de caractère : les enfants devienuent tantôt méchants, tantôt au contraire dociles, caressants, ils deviennent maussades, taciturnes, ne jouent plus avec les autres enfants ; ils perdent l'appétit ; les adultes éprouvent un malaise général, une fatigue insolite, des douleurs dans les membres avec anorexie, amaigrissement.

2° La température, le pouls. — La température est souvent tres élevée dans la grippe (40 à 41 degrés), tandis que dans la méningite tuberculeuse elle ne s'élève guère au-dessus de 38 à 39 degrés ; quelquefois la température de la grippe suit la marche spéciale signalée par M. le professeur Teissier (observations XIV, XV, XVII)

avec phénomèries de collapsus thermique et existence d’une rechute ; ces deux accidents dans le tracé de la température sont encore des preuves surajoutées pour le diagnostic de la grippe.

Le ralentissement du pouls dans la méningite tuberculeuse se rencontre constamment, contrastant avec une température au-dessus de la normale 38°,5 à 39 degrés; dans la grippe à forme méningitique le pouls ralenti est très rare (observation II, IV); le plus souvent le pouls suit la marche de la température, c’est-à-dire devient fréquent. :

3° La céphalalgie est, en général, plus violente, plus intense dans la méningite tuberculeuse; dans la grippe méningitique elle prend un caractère plutôt gravatif.

4° La rétraction de l’abdomen, le ventre en bateau: manquent rarement dans la méningite, tandis que dans la grippe l'abdomen est le plus souvent normal, quelquefois ballonné.

9° L’examen de la rate ne doit pas être oublié ; dans la méningite tuberculeuse elle est, en général, normale; dans la grippe il y à très souvent augmentation de volume de cet organe. |

6° Des taches rosées peuvent exister dans la grippe (observation XIII); cette éruption vient révéler le caractère infectieux de l’affection comme aussi l’augmentation du volume du foie et de la rate; on ne trouve rien de semblable dans la méningite. |

6° L'évolution de la maladie, dans certains cas, pourra seule différencier la grippe de la méningite tubercu- Icuse ; dans celle-ci la guérison est extrêmement rare; dans la grippe les phénomènes méningés disparaissent

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souvent très rapidement et la guérison est la règle au bout de quelques jours ou de quelques semaines ; il est rare qu’on puisse observer une terminaison fatale.

& Dans tous les cas douteux on doit faire l'examen bactériologique du sang dans la période d’acmé fébrile; on prend, suivant la méthode de MM. Teissier, Roux et Pittion, une goutte de sang à l’état frais qu’on porte sous le champ du microscope, et l’on peut observer assez facilement au milieu des globules rouges des diplobacilles assez volumineux, entourés d’un halo clair qui leur donne l'aspect encapsulé ; ces diplobacilles sont animés de mouvements assez vifs. |

Si l'examen bactériologique est négatif, il faut pousser plus loin les recherches ; on recueille avec précaution dans la vessie du grippé, à l’aide d’une sonde préalablement stérilisée, quelques gouttes d’urine, de préférence le jour de la défervescence fébrile ; on fait des ensemencements de cette urine dans le bouillon et après quarante-huit heures de séjour à l’étuve à 87 degrés, en général, on trouve un microorganisme constitué par des éléments lancéolés, groupés deux à deux ; ces organismes apparais— sent au microscope comme enveloppés d’un halo clair qui donne l'impression d’une capsule non colorée.

Le diagnostic de grippe méningitique est difficile à faire avec celui de méningite aiguë à cause du début brusque de cette maladie etde la température élevée qu’on y rencontre ; cependant l'absence de traumatisme, d’otite, etc., le manque de ralentissement du pouls et de la rétraction de l'abdomen seront en faveur de la grippe ; mais le plus souvent c’est la guérison qui viendra confirmer le diagnostie, car si l’une, la grippe méningitique, guérit le plus

souvent, l’autre la méningite, aiguë, est presque toujours suivie de mort.

La grippe à accidents méningés peut offrir quelques points de ressemblance avec la fièvre typhoïde à forme ataxo-adynamique, mais nous croyons qu’on peut assurer le diagnostic en se basant sur les remarques suivantes :

1° Le début. — La fièvre typhoïde s’annonce à l’avance et se prépare ; elle est précédée d’une période prodromique caractérisée par un malaise général, de l’anorexie, de la céphalalgie et de l’insomnie.

La grippe méningitique a un. début brusque, elle atteint les individus en pleire santé, au milieu de leurs occupations habituelles. Les malades éprouvent tout d'un coup de la céphalalgie, un abattement général, de la fièvre et du délire.

2 Aspect général du malade. — Le typhique à de la stupeur, le grippé est abattu ; le typhique, sans prendre bien garde à ce quise passe autour de lui, comprend d’une façon plus ou moins vague, finit par répondre aux ques tion qu’on lui pose; ses facultés intellectuelles sont amoindries, mais non anéanties.

Dans la grippe méningitique le malade a souvent un anéantissement complet, il ne comprend pas, ne fait plus attention au monde extérieur, il n'entend pas.

Le tremblement des lèvres, de la langue qui existe chez les typhiques ne s’observe pas dans la grippe.

æ Le délire. — Le délire de la grippe est souvent plus intense, plus bruyant que celui de la fièvre typhoïde, il s’observe aussi bien le jour que la nuit ; il est encore très variable ; doux et tranquille il peut devenir agité et

violent.

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4 La température. — Le cycle fébrile de la fièvre typhoïde est très défini, il se compose d’une période d’ascension, d’état ou plateau, puis d’une période terminale où de descente. La température dans la grippe à forme méningitique n’a pas cette régularité, elle est très variable, on peut noter de l’hypothermie; d’autres fois de grandes oscillations et enfin quelquefois le coliapsus thermique au moment de l’acmé fébrile et une rechute à ja fin de laffection.

9° Les taches rosées,quand elles existent dans la grippe, s’effacent sous le doigt, comme dans la fièvre typhoïde, sauf dans quelques cas (obs. XJIT); mais elles sont plus précoces, apparaissent avant le neuvième jour de la maladie et sont de moins longue durée.

6° L’empâtement, la douleur à la pression dans la fosse iliaque ne se retrouvent pas en général dans la grippe. 1° La céphalalgie, les douleurs lombaires sont plus intenses dans la grippe.

8 D’après Faisans, l'examen de la langue peut dévoiler quelques signes particuliers à la grippe, la langue grippale, dit-il; n’est pas altérée dans sa forme ; elle n’est pas petite, contractée, et pointue comme dans la fièvre thyphoïde ; ce qui la caractérise surtout, c’est sa coloration d’un blanc bleuté assez analogue à celle de la porcelaine ; la langue est opaline.

La grippe méningitique accompagnée d’angine et d’une éruption scarlatiniforme (Obs. VI) peut faire songer à une scarlatine à forme ataxo-adynamique, mais il estrare toutefois que cette éruption ait le siège et les mêmes caractères qu'une véritable éruption de scarlatine ; de plus le peu d'intensité de l’angine, la desquamation réduite à une

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exfoliation épidermique furfuracée font écarter le diagnostic de scarlatine,

Il peut en être de même pour la rougeole, mais les éruptions rubéoliques sont un peu moins fréquentes dans le. cours de la grippe. |

Si quelquefois dans la grippe ménipgitique la douleur rachidienne a été intense de manière à rappeler dès le début la rachialgie de la variole ; nous devons dire qu’on ne trouve jamais dans la grippe une éruption qui puisse rappeler la variole.

La grippe à accidents méningés peut dans quelques cas rappeler le rhumatisme cérébral, surtout s’il y a eu comme cela arrive quelquefois des douleurs généralisées dans les membres, quelquefois même dans les articulations ; mais malgré cela le caractère des douleurs articulaires dues au rhumatisme est trop particulier ; plusieurs jointures sont prises, déformées, très douloureuses, souvent œdématiées et entourées de trainées roses; la fièvre est rémittente sans irrégularité; le doute n’est plus possible lorsque tout à coup la céphalalgie, les hallucinations, l’incohérence des idées, l’hyperthermie apparaissent suivies de douleurs vertébrales violentes avec contractures des muscles rachidiens, d’anxiété, d’insomuie, de convulsions, souvent de délire parfois très violent qui aboutit à la stupeur et au coma.

L’urémie dans ses formes cérébrales peut affecter quelquefois l’allure de la grippe méuingitique ; mais dans l’urémie les urines sont chargées d'albumine, la température est plutôt alors en hypothermie ; de plus les aceidents cérébraux ne se déclarent pas brusquement ; le malade passe par une phase de somnolence avec bourdon-

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ns ee nement d'oreilles, incohérence de paroles, frissons, céphalalgie intense, amblyopie, diplopie, vomissements opiniâtres ; alors se déclarent des convulsions dont le type tétanique simule parfaitement la méningite accompagnée de délire d’action, de paroles et souvent d’accès de fureur.

Dans les cas rares où la grippe peut s’accompagner d’hypothermie (observation VII) avec des accidents méningés primitifs, on pourrait songer encore à un empoisonnement aigu par la belladone ou l’atropine qui provoque rapidement de la céphalalgie occipitale accompagnée d’un délire triste ou gai, avec mouvements choréiques, dilatation considérable des pupilles, sécheresse complète de la bouche, spasmes cloniques des muscles de la face et du cou, période de dépression aboutissant au coma, mais le plus souvent dans ces cas les anamnestiques permettent de rattacher ces accidents à leur véritable cause.

Nous terminerons le diagnostic de la grippe méningitique en comparant le coma grippal aux autres variétés de coma : bien que nous ayons dit plus haut que le grippé est plus abattu, plus anéanti que le typhique; il ne s’ensuit pas que le coma grippal soit aussi complet que les conias que nous allons énumérer; il appartient à l'espèce de coma dit soporeux.

On ne le confondra pas avec le coma de la fièvre intermittente caractérisé par des accès comateux durant vingtquatre à quarante-huit heures, cédant par le sulfate de quinine.

Le coma de l'épilepsie a le caractère particulier de succéder à une attaque d’épilepsie avec ses caractères

D — très tranchés des périodes toniques et cloniques.

L’apoplexie hystérique pourrait simuler le coma grippal ; mais elle est apyrétique, survient souvent à la suite d’une émotion.

Le coma urémique survient chez un malade qui présente des antécédents brightiques ; examen des urines y décèle l’albumine ; le coma urémique est plus complet; la respiration est stertoreuse ; la mort succede assez souvent au COMA.

Le coma diabétique est précédé de troubles digestifs, cardiaques ou vertigineux ; il s'accompagne d'accès dyspnéiques, d’hypothermie, d’odeur d’acétone.

Le coma de l’empoisonnement par l’opium est caractérisé par des commémoratifs; précédé d’une phase d’excitation. hallucinations, délire, vomissements.

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