‹ Contribution à l'étude clinique de la grippe – grippe à déterminations méningéesChapitre 30 sur 36 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Etiologie et pathogénie.

La grippe à accidents méningés ne paraît pas avoir une étiologie spéciale; c’est celle de la grippe nerveuse en général.

Le sexe n'exerce aucune influence; elle apparaît aussi bien chez l’homme que chez la femme; l’âge n’y fait rien, car si elle existe chez de très jeunes sujets, elle est observée souvent aussi chez des adultes.

Le terrain et le tempérament peuvent faciliter la formation de phénomènes méningés; nous avons noté dans un cas l'alcoolisme, mais il n’est pas nécessaire, croyons-nous, que la grippe frappe des sujets ayant déjà une tare nerveuse pour déterminer les accidents méningés dont il est question; dans la plupart de nos observations nous n'avons relevé que rarement des antécédents personnels et héréditaires; seulement ces accidents apparaîtront d'autant plus facilement que le système cérébro- méningé sera susceptible d’une moindre réaction.

pr

Comment maintenant interpréter la cause de ces accidents du côté du cerveau et des méninges ? Quelle explication donner de ces cas cliniques dont nous rapportons les observations? Nous ne pouvons pas admettre une lésion profonde des méninges, puisque la maladie s’installe la plupart du temps d’une façon brusque et que les accidents de la méningite ne sont pas de ceux qui guérissent et disparaissent si facilement.

L’hystérie ne peut pas être invoquée ici, puisqu’aucun de nos malades n’en a présenté les stigmates.

L'origine urémique des accidents méningés pourrait être discutée, vu la ressemblance symptomatique des deux affections ; mais là encore il y a des différences notables, nous n’avons trouvé d’ailleurs dans nos obser vations aucune trace provocatrice de l’urémie et l’albuminurie qui à été constatée dans quelques cas n’a Jamais été que passagère, n'ayant jamais dépassé 50 centigrammes. .

Une autre hypothèse consiste à mettre en cause l'appareil cardio-vasculaire ; les troubles de la circulation san guine amèneraient l’éclosion d'accidents aigus.

Pour le D' Simon, ce serait une anémie aiguë du cerveau et des méninges plutôt que des caillots sanguins dans les sinus, des inflammations cérébrales ou méningées localisées ; cette anémie serait due à un abaissement soudain de l’action du cœur, d'où résulte une modifica tion dans la nutrition de la substance cérébrale.

Pour le D° Ritter, il y a deux hypothèses possibles : des troubles de circulation ou bien des troubles profonds de nutrition avec disparition, puis régénération d'éléments histologiques de la substance cérébrale même.

Le D' Kirn de Fribourg pense que les phénomènes méningés doivent être tributaires de l'élévation de la température, de l’accélération de la circulation ou encore, dit-il, de l’action des principes morbifiques même qui charrient le sang.

Luys et Gubler font jouer comme lui le rôle principal à la congestion cérébrale; cette congestion, d'après Gubler a lieu par paralysie réflexe des nerfs vaso-moteurs.

Bouchard de son côté explique les manifestations méningitiques par une congestion méningée offrant’ tous les symptômes de la méningite (fièvre, irrégularité du pouls, vomissements, céphalalgie); celte congestion est due, d’après lui, à des actions réflexes de paralysie ou de contraction vaso -motrice provenant du nerf grand sympathique.

L’idée du D’ Kirn de Fribourg qui admet l’hyperthermie peut être combattue par ce fait que les symptômes méningitiques, peuvent se montrer avant l'élévation de la tem— pérature et même sans elle; il convient donc de nous rattacher à l’action des principes morbifiques qu'il invoquait également, à la toxémie, à l’action directe du poison grippal sur le cerveau et les méninges. Ceci nous amène à dire que la grippe est actuellement considérée sans conteste comme une maladie de nature infectieuse; l’albuminurie qui existe dans un grand nombre de cas est la manifestation de l’altération du liquide sanguin; de même l’augmentation rapide du volume du foie et de la rate, est l'indice de la lutte de ces organes contre l’envahissement du poison de la grippe; les localisations successives de la maladie aux différents appareils semblent confirmer l’idée d’infection. La nature contagieuse a pu

ls, ds ds dd

7 pes être douteuse un moment, contestée même par Bouchard pendant quelque temps, mais aujourd’hui les épidémies de grippe sont trop connues et trop nettement caractérisées pour que nous nous arrêtions sur ce sujet.

Mais quels sont les éléments de cette infection qui agissent sur le système nerveux? et comment agissent-ils ? est-ce l’agent pathogène de la grippe ou sont-ce les sub stances analogues aux ptomaïnes que secrète le microbe? voilà autant de questions difficiles et sur lesquelles on ne peut guère faire que des hypothèses; cependant nous inclinons à croire, comme notre maitre le professeur Teissier, que c’est à des toxines que le micro-organisme de la grippe doit la majeure partie de ses effets pathogènes à cause de la soudaineté parfois si grande et l'intensité des phénomènes d’invasion, et enfin de l’action éminemment déprimante de la grippe.

Comment expliquer maintenant la localisation de la grippe sur le cerveau et les méninges? la grippe, a dit Joffroy, aime le système nerveux; il se peut alors que cette préférence soit attribuée à un état de déchéance transitoire de ce système provenant d’un surmenage antérieur où de prédispositions qui réalisent ainsi un locus minoris resislentiæ.

Les toxines dont nous venons de parler agissent sur les centres cérébraux en provoquant probablement soit de l’anémie, soit de la congestion; mais ces toxines relevent d’un micro organisme spécial qu’il s’agit de connaitre.

Sans vouloir ouvrir un chapitre particulier à la bactériologie, nous tenons cependant à citer les travaux les plus importants, qui ont été faits soit en France, soit en Allemagne pour la recherche de cet agent pathogène. En

NT ee

mars 1891, les auteurs lyonnais, MM. Teissier, Roux et Pition, retirèrent du sang pendant la période d'état et de l'urine au moment de la défervescence, deux bactéries semblant au premier abord très différentes l’une de l’autre; dans le sang c'était un streptocoque se distinguant nette ment du streptocoque vulgaire; dans les urines, c'était un diplobacille encapsulé. Il s’agissait donc là d’un micro- organisme essentiellement polymorphe, pouvant suivant son habitat prendre la forme streptococcienne ou l’aspect bacillaire (diplobacille), susceptible de modifier non seulement chez l’animal inoculé, mais encore in vitro ses formes et ses caractères de culture, comme l’a montré M. le professeur agrégé Gabriel Roux.

En Allemagne, des recherches ont été faites par M. Pfeiffer, Kitisato et Canon qui ont découvert un microbe qu'ils ont considéré comme spécifique et qui offre de grandes analogies avec le diplobacille des auteurs lyonnais; c’est un coccobacille le plus souvent groupé en amas ou en diplocoque où en chaïînettes; Bruschettini a montré qu'il se trouvait dans le sang et a reconnu également le polymorphisme de ce bacille, affectant tantôt la forme décrite par Pfeiffer, tantôt celle de chaînettes allongées.

Ges recherches ont ainsi une grande importance, elles semblent nous expliquer les divergences en apparence si grandes, qui ont semblé diviser les différents observateurs, les uns considérant les streptocoques comme source de l'infection grippale, les autres des diplobactéries ; on peut même d'après ces recherches trouver une explication rationnelle de la transformation des streptocoques en groupes de cocci, en les transportant du bouillon sur l'agar.

Page 1