‹ Contribution à l'étude clinique de la pigmentation de la muqueuse buccale en dehors de la maladie d'AddisonChapitre 3 sur 10 · DE LA · texte numérisé non relu

DE LA

Pigmentation de la Muqueuse buccale

Pigmentation de la mugjueuse buccale chez les saturnins

On observe souvent chez les saturnins, surtout chez les malades chroniquement iraprégnés, un tatouage grisâtre qui siège ordinairement au niveau des gencives (liséré de Burton), plus rarement au niveau des lèvres ou des joues (plaques ardoisces de Gubler).

Le LiIS*RÉ GiWwGIvAL a été fort anciennement décrit par Burton, Grisolle, Schebach. Il se caractérise par la présence d’une trainée gris-bleuâtre sur le bord libre des gencives,autour du collet des dents ; presque toujours, comme le fait remarquer le professeur Letulle, il se détache nettement sur la gencive pâle et anémiée. Il est constitué par du sulfure de plomb; le plomb est précipité sous cette forme par l'hydro-

gène sulfuré qui se produit dans la cavité buccale au

OT

niveau des zoncs particulièrement septiques (1); d'après Grisolle, il suffit de toucher les gencives à l’aide d'un collutoire à l’acétate de plomb (chez un individu non saturnin) pour faire apparaître le liséré (2). On peut faire disparaître le liséré saturnin en badigeonnant les gencives à l’aide d’eau oxygénée (D'Arcet,Tanquerel et Gréhant) ; dans ces conditions, le liséré prend une coloration blanchâtre due à la formation de sulfate de plomb. Si on applique ensuite sur les gencives une solution d'hydrogène sulfuré, la coloration antérieure reparaît, souvent plus intense, presque complètement noire (3).

Le liséré n'existe pas en permanence chez les saturnins ; lorsque le malade est à distance de l'intoxication, et surtout s'il lave la bouche avec soin, le liséré disparaît ; il est susceptible de réapparaitre, soit à l'occasion d’une intoxication nouvelle, soit à l’occasion d’une poussée de gingivite ; tels les cas de Frank-Smith et de Hilton Fagge où le liséré,

1. On peut rapprocher, dans une certaine mesure, la gingivite saturnine de la gingivilte mercurielle. Almkvist (Hy-giea, mars 1907) à bien montré que la stomatite mercurielle était due à la précipitation du mercure par l'hydrogène sulfuré ; la stomatite n’existe pas chez les animaux auxquels on fait ingérer du mercure, mais elle apparaît, à coup sûr, si on a pris le soin préalable de décoller leurs gencives et de les irriguer avec de l'hydrogène sulfuré. D'autre part, une autre localisation de l'intoxication mercurielle (expérimentale où humaine) est la colite; or, on sait que l'hydrogène sulfuré existe en abondance dans ce segment de l'intestin.

2. Grisolle, Traité de Pathologie interne, 1855, t. II, p. 13.

3. Consulter l'excellent article de Manouvriez (Dictionnaire Jaccoud, article Plomb, t. XXVIIL, p. 3r1).

absent chez des saturnins auciens, apparut à la suite d'un trailement ioduré.

On a discuté la valeur symptomatique du liséré ; constitue-t-il un signe d’imprégnation organique ou relève-t-il du simple apport de plomb par l'extérieur ? Nous ne pouvons nous appesantir sur cette question ; il est probable que, suivant tel ou tel cas particulier, l'une ou l’autre de ces voies d'apport peut être invoquée. Grisolle a montré que lesouvriers travaillant au milicu des poussières ae plomb, pré: sentent parfois le liséré, sans aucun signe d’intoxication saturnine ; d'autre part, il est iadéniable que le plomb passe dans la circulation, et les beaux travaux de Meillère (1) ont montré comment on peul le déceler dans un grand nombre d'organes et spécialement dans les centres nerveux.

Nous avons donné ces détails sur le liséré parce que la pigmentalion buccale, que nous devons maintenant décrire, lui est presque complètement

comparable.

Les taches labiales ou jugales ont donné lieu, au point de vue historique, à quelques contestations, Nous en trouvons l'écho à la Société médicale des hôpitaux en 1903. Galliard rapporte un cas de

tatouage des lèvres chez une femme atteinte de satur-

Page 1